JTTY — Avons-nous trouvé le RTTY du XXIᵉ siècle ?

JTTY RTTY

4-GFSK, correction d’erreurs, texte libre et fonctionnement sans créneaux imposés : avec JTTY, l’équipe de WSJT-X tente de moderniser l’esprit du bon vieux RTTY sans le transformer en FT8. Alors, simple nouveau mode numérique ou véritable successeur du radiotélétype ?

Le RTTY fait partie de ces modes que l’on annonce régulièrement dépassés… et qui refusent obstinément de disparaître !

Avec ses deux tonalités MARK et SPACE, son traditionnel décalage de 170 Hz et ses 45,45 bauds, il continue d’être utilisé quotidiennement et conserve notamment une place importante dans les concours.

Pourtant, technologiquement, le RTTY accuse son âge. Son alphabet Baudot à cinq bits est hérité des téléimprimeurs et, surtout, il ne possède pratiquement aucun mécanisme permettant de corriger les erreurs de transmission.

Du bruit, du fading ou une perturbation suffisent donc à transformer une lettre en une autre.

Après FT8, FT4, Q65 ou encore FST4, l’équipe à l’origine de WSJT-X s’attaque maintenant à un problème assez différent :

Et si nous conservions la liberté d’utilisation du RTTY tout en lui donnant les techniques de traitement numérique du XXIᵉ siècle ?

C’est précisément l’idée de JTTY.

JTTY arrive dans WSJT-X

JTTY est un nouveau mode développé dans le cadre du projet WSJT autour de Joe Taylor, K1JT, et de l’équipe de développement de WSJT-X.

Et l’actualité est toute récente : le mode est maintenant accessible avec WSJT-X 3.2.0-rc1, publié en septembre 2026.

Le « RC » signifie Release Candidate. Il ne s’agit donc pas encore d’une version générale définitive, mais d’une version destinée à permettre aux utilisateurs expérimentés de tester les nouvelles fonctions et de faire remonter leurs observations.

JTTY est présenté par les développeurs comme un mode destiné aux échanges rapides de type RTTY en concours, mais également aux véritables communications clavier à clavier.

JTTY n’est pas un nouveau FT8

C’est probablement le premier point à comprendre.

Avec FT8, nous sommes habitués à des périodes de transmission parfaitement synchronisées. Chaque station attend son créneau avant d’émettre.

JTTY ne fonctionne pas ainsi.

Une transmission JTTY peut commencer à pratiquement n’importe quel instant et dure généralement quelques secondes.

Nous retrouvons donc une manière d’opérer beaucoup plus proche du RTTY : je tape — j’émets — mon correspondant reçoit et répond.

Il n’est pas nécessaire d’attendre le prochain créneau de 15 secondes.

JTTY cherche ainsi moins à concurrencer FT8 qu’à moderniser la conversation numérique interactive.

Deux fréquences contre quatre

Le RTTY classique utilise généralement une modulation FSK à deux états.

Une fréquence représente MARK, l’autre SPACE.

Avec le shift radioamateur traditionnel de 170 Hz, notre signal peut être représenté simplement ainsi : MARK ← 170 Hz → SPACE

JTTY abandonne cette architecture pour une modulation 4-GFSK.

Nous disposons donc de quatre états de fréquence au lieu de deux.

Le « G » signifie Gaussian. Les transitions sont façonnées afin d’obtenir un signal spectralement propre.

JTTY fonctionne à 31,25 bauds et son signal occupe approximativement 125 à 127 Hz.

Il reste donc un mode numérique particulièrement étroit.

JTTY RTTY

RTTY contre JTTY : le RTTY utilise deux états de fréquence (MARK/SPACE), tandis que JTTY exploite quatre tonalités en 4-GFSK et une correction d’erreurs FEC.

Mais où est passée la vitesse ?

À première vue, quelque chose peut surprendre.

Un RTTY à 45,45 bauds peut approcher une soixantaine de mots par minute dans de bonnes conditions.

Pour du texte totalement libre, JTTY offre environ 30 mots par minute correctement reçus.

JTTY serait-il donc deux fois plus lent ?

Pas exactement.

Nous comparons deux philosophies différentes.

Le RTTY transmet essentiellement les caractères les uns après les autres. Lorsqu’un bit est mal reçu, le caractère correspondant peut être faux.

JTTY consacre au contraire une partie de la transmission à protéger l’information.

Et cela change complètement la comparaison.

Le secret : la correction d’erreurs

Imaginons que nous voulions transmettre :

BONJOUR DE F5KEE

En RTTY, nous pouvons simplifier la chaîne ainsi : Texte → Baudot → émission → réception → texte

Si le bruit perturbe certains bits pendant le trajet, nous pourrions recevoir : BONJQUR DE F5XEE

Le décodeur n’a aucun moyen efficace de savoir que ces caractères sont incorrects.

JTTY ajoute une étape essentielle : Texte → codage → FEC → émission → réception → correction → texte

FEC signifie Forward Error Correction, ou correction d’erreurs anticipée.

L’émetteur introduit volontairement de la redondance. Le récepteur peut exploiter ces informations supplémentaires pour reconstruire une partie des données détériorées par le bruit ou le fading.

JTTY RTTY

RTTY et JTTY face au bruit : grâce au FEC, JTTY peut reconstruire certaines données altérées pendant la transmission.

JTTY utilise notamment un code correcteur K=10 de taux 1/2.

Dit simplement : une partie du débit disponible est volontairement utilisée pour protéger le message.

Voilà pourquoi comparer uniquement les mots par minute serait trompeur.

Ce qui nous intéresse réellement est : combien de caractères corrects arrivent chez notre correspondant ?

Des trames de 1,888 seconde

Autre différence importante : JTTY ne transmet pas simplement chaque caractère comme le faisait historiquement un téléimprimeur.

Les informations sont organisées en trames de 1,888 seconde.

Le logiciel peut ainsi appliquer le codage et la correction d’erreurs sur des blocs d’informations.

Pour du texte libre, le débit sans erreur est d’environ 30 mots par minute.

Pour les messages courts de format prédéfini, notamment ceux destinés aux concours de type RTTY, il peut atteindre environ 60 mots par minute.

JTTY contre RTTY

Caractéristique RTTY JTTY
Modulation 2-FSK 4-GFSK
Vitesse symbole 45,45 bauds typique 31,25 bauds
Largeur caractéristique Shift 170 Hz ≈125–127 Hz
Codage Baudot ITA2 Codage numérique moderne
Correction d’erreurs Non Oui, FEC
Créneaux horaires imposés Non Non
Texte libre Oui Oui
Début d’émission libre Oui Oui
Texte libre ≈60 mots/min théoriques ≈30 mots/min sans erreur
Messages structurés — ≈60 mots/min
Logiciels Très nombreux Encore très limité
Maturité Plusieurs décennies Expérimental en 2026

Une chose doit cependant être parfaitement claire :

JTTY n’est pas compatible avec le RTTY.

Un logiciel RTTY traditionnel ne pourra pas décoder un signal JTTY.

Nous ne sommes donc pas devant une nouvelle variante du RTTY, mais devant un nouveau mode reprenant sa philosophie d’utilisation.

Quel logiciel faut-il pour essayer JTTY ?

Pour les premiers essais, la solution de référence est naturellement WSJT-X 3.2.0-rc1, puisque JTTY vient d’y être intégré.

Le logiciel existe pour Windows, Linux et macOS.

 JTTY RTTY

JTTY dans WSJT-X : réception, décodage et émission sur la fréquence expérimentale de rendez-vous 14,090 MHz en 20 mètres.

La configuration générale reste familière à tous ceux qui utilisent déjà FT8 avec WSJT-X : ordinateur → carte son/interface USB → transceiver

Le CAT peut commander automatiquement la fréquence du poste et le PTT assurer le passage en émission.

Il faudra évidemment commencer par vérifier correctement :

  • le choix de l’entrée et de la sortie audio ;
  • le fonctionnement du CAT ;
  • la commande PTT ;
  • le niveau audio en réception ;
  • le niveau d’émission ;
  • et l’absence d’ALC excessif ou de saturation de la chaîne audio.

Le principe reste celui que nous connaissons avec les autres modes numériques : un signal propre vaut mieux que quelques watts supplémentaires.

Avant même d’émettre, WSJT-X permet également de travailler à partir d’un fichier WAV d’exemple afin de se familiariser avec le décodage JTTY.

Sur quelle fréquence écouter JTTY ?

C’est probablement la question que se posera immédiatement celui qui vient d’installer le logiciel.

Le mode étant extrêmement récent, il n’existe pas encore de fréquence officiellement attribuée à JTTY dans le band plan IARU Région 1.

L’équipe WSJT-X propose cependant une première série de fréquences de rendez-vous expérimentales afin que les stations puissent se retrouver.

Le point de rencontre initial recommandé est : 20 mètres : 14,090 MHz

Les fréquences proposées sont actuellement les suivantes :

Bande Fréquence cadran proposée
160 m 1,838 MHz
80 m 3,575 MHz
40 m 7,090 MHz
30 m 10,140 MHz
20 m 14,090 MHz
17 m 18,100 MHz
15 m 21,090 MHz
12 m 24,920 MHz
10 m 28,090 MHz
6 m 50,160 MHz
2 m 144,160 MHz

Attention : les développeurs qualifient eux-mêmes ces fréquences de « very preliminary ».

Autrement dit : ce sont des points de rendez-vous proposés, pas des fréquences réservées à JTTY.

Elles pourront évoluer lorsque l’activité augmentera.

Et le band plan IARU ?

Cette distinction est importante.

Le band plan IARU Région 1 ne réserve pas nécessairement une fréquence à chaque nouveau mode numérique.

Depuis plusieurs années, sa philosophie consiste plutôt à définir des segments en fonction notamment de la largeur maximale occupée et des usages recommandés.

Les modes numériques étroits tels que RTTY ou PSK trouvent ainsi leur place dans des segments pouvant accueillir les narrow band modes.

Avec environ 125 Hz de largeur, JTTY entre naturellement dans la catégorie des transmissions numériques étroites.

Mais cela ne signifie pas que toutes les fréquences proposées par les développeurs deviennent automatiquement « des fréquences JTTY ».

Avant d’émettre, l’opérateur doit donc toujours vérifier que la fréquence choisie est compatible avec le band plan applicable dans sa région et les règles nationales en vigueur.

Et surtout écouter avant d’émettre.

Comment ajouter les fréquences dans WSJT-X ?

La plupart de ces fréquences peuvent apparaître automatiquement dans WSJT-X.

Dans : Settings → Frequencies 

Un clic droit dans le tableau permet de choisir : Reset et de retrouver les fréquences par défaut comprenant la plupart des nouveaux rendez-vous JTTY.

Mais attention !

Reset peut également faire disparaître les fréquences que vous avez ajoutées manuellement.

Si votre configuration WSJT-X est déjà personnalisée, il est donc plus prudent d’ajouter manuellement les quelques fréquences JTTY dont vous avez besoin.

Pour débuter, une seule suffit probablement : 14,090 MHz sur 20 mètres.

Quelques recommandations avant le premier CQ

JTTY est encore expérimental. C’est précisément ce qui rend son utilisation intéressante aujourd’hui, mais cela impose quelques précautions.

Commencez par écouter.

Regardez le waterfall et vérifiez que la fréquence est réellement disponible.

Pour les premiers essais, utilisez une puissance raisonnable. La philosophie des modes numériques à correction d’erreurs n’est pas de compenser un mauvais réglage par davantage de puissance.

Surveillez également votre émission.

Une interface audio saturée ou un niveau trop élevé peut produire un signal beaucoup plus large que les quelque 125 Hz attendus.

Et n’oublions pas que les fréquences proposées sont partagées avec d’autres utilisateurs.

Enfin, nous utilisons actuellement une Release Candidate. Des comportements inattendus sont donc possibles et les retours d’expérience font justement partie du processus de développement.

Alors, meilleur que le RTTY ?

C’est précisément la question à laquelle il est encore trop tôt pour répondre.

Sur le papier, JTTY possède plusieurs avantages séduisants : correction d’erreurs, modulation moderne, largeur réduite et meilleure exploitation des signaux faibles.

Mais le RTTY dispose d’un avantage considérable qu’aucune formule mathématique ne peut remplacer : plusieurs décennies d’utilisation.

Il existe des milliers d’opérateurs RTTY, de nombreux logiciels extrêmement performants, des concours internationaux et une connaissance approfondie de son comportement réel sur les bandes.

JTTY doit encore construire tout cela.

Et si F5KEE organisait le match ?

Plutôt que de nous contenter des caractéristiques théoriques, pourquoi ne pas mesurer les performances ?

Le protocole serait relativement simple.

Même émetteur, même récepteur, même puissance, même trajet radio et exactement le même texte : RTTY → JTTY → RTTY → JTTY

Nous diminuerions ensuite progressivement le niveau reçu.

À chaque niveau, nous compterions : nombre de caractères transmis → nombre de caractères corrects → nombre d’erreurs.

Nous pourrions ainsi tracer une courbe : taux d’erreurs en fonction du niveau du signal.

Voilà qui permettrait de déterminer à partir de quel moment la correction d’erreurs de JTTY commence réellement à faire la différence.

Et sur QO-100 ?

Le satellite géostationnaire QO-100 pourrait également constituer un remarquable laboratoire.

Son transpondeur linéaire permettrait de réaliser des essais particulièrement reproductibles.

En réduisant progressivement la puissance montante tout en alternant RTTY et JTTY, nous pourrions déterminer jusqu’où chaque mode reste exploitable.

Au lieu de demander : « Quel mode semble le meilleur ? » nous pourrions alors mesurer : « Pour un même niveau de signal, combien de caractères arrivent réellement sans erreur ? »

Voilà un futur banc d’essai F5KEE qui pourrait réserver quelques surprises !

Le RTTY du XXIᵉ siècle ?

JTTY ne remplacera certainement pas du jour au lendemain près d’un siècle d’histoire du radiotélétype.

Et ce n’est peut-être même pas la bonne manière de poser la question.

Depuis plusieurs années, les nouveaux modes numériques destinés aux signaux faibles ont surtout cherché à optimiser des échanges courts, structurés et largement automatisés.

Avec JTTY, nous retrouvons une idée différente : utiliser les techniques numériques modernes pour permettre aux opérateurs de réellement écrire ce qu’ils veulent.

Pas de créneau de quinze secondes.

Pas uniquement un indicatif, un locator et un report.

On tape son texte.

On appuie sur émission.

Et le correspondant répond.

Finalement, cela ressemble furieusement à ce que faisaient déjà les radioamateurs avec leurs téléimprimeurs.

Sauf qu’entre-temps, près d’un siècle de traitement du signal est passé par là.

Alors, JTTY sera-t-il vraiment le successeur du RTTY ?

Nous n’en savons encore rien.

Mais chez F5KEE, il existe une excellente manière de commencer à répondre à cette question :

installer WSJT-X 3.2, écouter 14,090 MHz… puis sortir l’atténuateur et organiser un véritable match JTTY contre RTTY !

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