Bienvenue sur le Site du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon (91 – Essonne)!

Chers(es) visiteurs(ses) et passionnés(es) de radio et de sciences,

Le Radio-Club F5KEE vous accueille à la Maison des Associations de Viry-Châtillon, au cœur de l’Essonne. Dans ce lieu ouvert et convivial, nous réunissons toutes celles et ceux qui partagent la curiosité des sciences, des techniques et des communications sans fil.

Le radioamateurisme, c’est bien plus qu’un simple hobby :
c’est une passion universelle, où l’on apprend à dialoguer avec le monde entier, à construire ses propres antennes et équipements, à explorer la propagation des ondes, mais aussi à découvrir les technologies numériques et les satellites.

À qui s’adresse le radio-club ?

Le F5KEE s’adresse à tous les publics :

  • les curieux qui veulent découvrir ce qu’est la radio et comment on peut communiquer sans Internet,

  • les jeunes et étudiants attirés par la technique, l’électronique ou l’aéronautique,

  • les futurs radioamateurs qui souhaitent préparer la licence,

  • les opérateurs confirmés qui veulent partager leurs expériences, expérimenter ou participer à des contests,

  • et plus largement, toute personne désireuse d’apprendre, de pratiquer et d’échanger dans un cadre associatif.

Que fait-on au F5KEE ?

Nos activités sont variées et adaptées à tous les niveaux :

  • Découverte et formation : initiation aux bases de la radio, aide à la préparation de la licence radioamateur ( voir : nos formations )

  • Pratique du trafic : contacts en phonie, en CW (morse), en modes numériques (FT8, …), via satellites ou encore à travers le monde en HF.

  • Expérimentations techniques : réalisation et essais d’antennes, utilisation du SDR, projets autour de l’Arduino ou d’interfaces numériques.

  • Activités collectives : organisation de démonstrations publiques, projets éducatifs en lien avec les écoles ou évènements internationaux (ARISS, QO-100, etc.).

  • Vie de club : échanges, entraide, convivialité et partage de connaissances dans une ambiance amicale.

Pourquoi nous rejoindre ?

Adhérer au Radio-Club F5KEE, c’est rejoindre une communauté dynamique et passionnée, c’est apprendre en pratiquant, c’est aussi trouver un lieu où la curiosité technique et la convivialité se conjuguent au quotidien.

C’est également l’occasion d’acquérir des bases solides en électricité et en électronique, compétences précieuses pour comprendre le fonctionnement des équipements mais aussi pour, pourquoi pas, préparer un futur métier dans les domaines techniques, scientifiques ou industriels.

Que vous soyez simple curieux, débutant ou opérateur chevronné, poussez la porte de la Maison des Associations de Viry-Châtillon : F5KEE vous accueille et vous invite à découvrir le monde fascinant du radioamateurisme.

L’équipe du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon

Une nouvelle saga sur F5KEE : « Histoire de… »

Histoire de la grande aventure radio

Comment sommes-nous passés de quelques impulsions électriques circulant dans un fil aux communications numériques, aux satellites et aux modes capables d’extraire un signal presque noyé dans le bruit ?

Pour le découvrir, F5KEE lance une nouvelle série : « Histoire de… ».

Le premier volet est déjà en ligne : « Et si la télégraphie m’était contée ! ». Il nous ramène aux origines du télégraphe, au code Morse, à la TSF et finalement à cette étonnante CW qui, près de deux siècles plus tard, continue de résonner quotidiennement sur les bandes radioamateurs.

Lire « Et si la télégraphie m’était contée ! »

Un nouvel épisode chaque matin

Désormais, chaque matin, un nouveau volet de cette saga sera publié sur F5KEE.

AM, FM, BLU, RTTY, SSTV, Packet, satellites, récepteurs, modes numériques… et bien d’autres sujets seront progressivement racontés.

Et vous risquez d’avoir quelques surprises !

Car l’histoire de la radio est remplie d’idées reçues. Certaines techniques sont beaucoup plus anciennes qu’on ne l’imagine, tandis que des inventions que nous associons spontanément à une époque ont parfois vu le jour plusieurs décennies auparavant.

Nous essaierons donc de replacer chaque évolution dans son contexte, avec ses inventeurs, ses expérimentations, ses dates importantes et surtout son influence sur la radio que nous pratiquons aujourd’hui.

Au moins 25 sujets sont déjà sélectionnés.

De quoi voyager pendant quelques semaines dans près de deux siècles d’inventions et d’expérimentations.

Rendez-vous chaque matin sur F5KEE pour découvrir la suite de l’Histoire !

La SSTV : transmettre et recevoir des images par radio, du Robot 36 au PD120

Banniere SSTV
Bien avant Internet, les radioamateurs savaient déjà transmettre des images à travers le monde. Pas besoin de haut débit : quelques kilohertz de bande passante suffisent !

La SSTV (Slow Scan Television), ou télévision à balayage lent, transforme une image fixe en une succession de tonalités audio. À la réception, un logiciel effectue l’opération inverse et reconstruit progressivement l’image.

Et contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la SSTV reste aujourd’hui particulièrement accessible : un récepteur, un ordinateur ou même un smartphone suffisent pour commencer.

Une image transformée en sons

Le principe ressemble davantage à celui d’un ancien fax qu’à celui de la télévision.

L’image est analysée ligne après ligne. La luminosité et les informations de couleur sont converties en fréquences audio. Dans les modes SSTV classiques, les informations de l’image se situent principalement entre 1 500 et 2 300 Hz, tandis qu’une tonalité autour de 1 200 Hz sert notamment à la synchronisation.

La chaîne complète peut se résumer ainsi :

Image → encodeur SSTV → signal audio → émetteur → récepteur → décodeur SSTV → image

Une image transformée en sons

Principe d’une transmission SSTV : l’image est analysée ligne par ligne et transformée en tonalités audio, transmises par la radio puis décodées à la réception pour reconstruire progressivement l’image originale.

En HF, ce signal audio peut être transmis en SSB ; en VHF/UHF, la FM peut également être utilisée. Le récepteur n’a donc pas besoin de « comprendre » la SSTV : il lui suffit de restituer correctement le signal audio.

Comment le logiciel reconnaît-il le mode ?

Lorsque vous écoutez une transmission SSTV, vous entendez généralement une série caractéristique de tonalités juste avant que l’image commence.

Il s’agit notamment du VIS (Vertical Interval Signalling).

Cette séquence transmet au décodeur un numéro correspondant au mode utilisé. Le logiciel peut ainsi déterminer automatiquement s’il doit reconstruire un Martin M1, un Scottie S1, un Robot 36 ou un PD120.

Par exemple, le VIS du Martin M1 est 44 (0x2C), celui du Scottie S1 est 60 (0x3C), celui du Robot 36 est 8 et celui du PD120 est 95 (0x5F).

Si vous prenez une transmission en cours de route et manquez cette séquence, le logiciel peut avoir davantage de difficultés à identifier automatiquement le format.

Pourquoi existe-t-il autant de modes SSTV ?

C’est là que les choses se compliquent un peu. Il n’existe pas un format SSTV mais plusieurs familles proposant chacune différents compromis entre durée de transmission, résolution et qualité d’image.

Robot

Les modes Robot sont parmi les plus connus, particulièrement Robot 36 et Robot 72.

Robot 36 transmet une image couleur de 320 × 240 pixels en seulement 36 secondes. Robot 72 demande environ deux fois plus longtemps.

Le Robot 36 est donc intéressant lorsqu’on privilégie la rapidité.

Martin

Les Martin M1 et M2 sont des grands classiques de la SSTV.

Le Martin M1 transmet une image 320 × 256 en environ 114 secondes, contre seulement 58 secondes pour le Martin M2.

Le Martin M1 reste très facilement observable sur les bandes HF : une station française de réception automatique sur 14,230 MHz recevait encore de nombreuses images Martin 1 en août 2026.

Scottie

Autre grande famille : Scottie S1, S2 et DX.

Scottie S1 demande environ 110 secondes, Scottie S2 environ 71 secondes et Scottie DX pousse le curseur vers la qualité avec une transmission d’environ 269 secondes.

Les modes PD

Les modes développés par Paul Dunlap permettent notamment d’obtenir des images de résolution supérieure.

On rencontre les PD50, PD90, PD120, PD160, PD180, PD240 et PD290.

Le célèbre PD120 transmet une image de 640 × 496 pixels en environ 126 secondes. À l’autre extrémité, le PD290 atteint 800 × 616 pixels mais demande près de cinq minutes.

Voici quelques modes représentatifs :

Mode Résolution Durée approximative
Robot 36 320 × 240 36 s
Robot 72 320 × 240 72 s
Martin M1 320 × 256 114 s
Martin M2 320 × 256 58 s
Scottie S1 320 × 256 110 s
Scottie S2 320 × 256 71 s
Scottie DX 320 × 256 269 s
PD120 640 × 496 126 s
PD180 640 × 496 187 s
PD290 800 × 616 289 s

Il existe encore d’autres formats, notamment Wraase/SC2 et AVT, sans compter plusieurs anciens modes monochromes.

tableau comparatif des modes

Comparaison de trois modes SSTV : Robot 36 privilégie la rapidité, Martin M1 offre un bon compromis entre durée et qualité, tandis que PD120 transmet une image de résolution supérieure au prix d’un temps de transmission plus long.

Le PD120 et les transmissions spatiales

Le PD120 est particulièrement connu des radioamateurs grâce aux transmissions SSTV réalisées depuis l’espace.

Lors d’opérations SSTV, la Station spatiale internationale a notamment utilisé les modes PD120 et PD180, avec une réception sur 145,800 MHz FM.

La SSTV présente ici un énorme avantage pédagogique : il n’est pas nécessaire d’émettre pour participer.

Une antenne VHF, un récepteur ou un SDR et un logiciel de décodage permettent de tenter l’expérience.

Comment recevoir la SSTV ?

La configuration traditionnelle est extrêmement simple :

Récepteur → sortie audio → carte son du PC → logiciel SSTV

Avec un transceiver moderne disposant d’une interface USB audio, la connexion est encore plus facile.

On peut également utiliser un SDR :

Antenne → SDR → logiciel SDR → câble audio virtuel → logiciel SSTV

Comment recevoir la SSTV ?

Décoder une image SSTV avec un SDR : le signal reçu est démodulé par le logiciel SDR puis envoyé, via une liaison audio virtuelle, au décodeur SSTV qui identifie le mode et reconstruit progressivement l’image ligne par ligne.

Il faut alors sélectionner la modulation correspondant à la transmission, régler correctement la bande passante et surtout éviter de saturer l’entrée du décodeur.

Certains projets vont encore plus loin. Il existe par exemple un module SSTV pour SDR++ capable de décoder directement Martin, Scottie, Robot et PD avec détection automatique du mode, correction automatique du slant et affichage de l’image en direct.

Et avec un simple smartphone ?

C’est probablement la façon la plus amusante de découvrir la SSTV.

Une application telle que Robot36 peut écouter directement le haut-parleur d’un poste avec le microphone du téléphone et reconstruire l’image.

Cela fonctionne sans aucune interface.

Pour de meilleurs résultats, une liaison audio directe est toutefois préférable : elle évite les bruits ambiants, l’écho et certaines distorsions. Le projet Robot36 propose d’ailleurs un exemple d’interface isolée entre une sortie audio et l’entrée microphone d’un smartphone.

Quels logiciels utiliser ?

Sous Windows, MMSSTV demeure une référence historique particulièrement connue des radioamateurs.

Sous Linux, QSSTV constitue une excellente solution.

Sur Android, Robot36 permet de transformer très simplement un téléphone ou une tablette en décodeur.

Pour l’émission, SSTV Encoder prend notamment en charge Martin 1/2, toute une série de modes PD, Robot 36/72, Scottie 1/2/DX et Wraase SC2-180. Il peut également produire directement un fichier WAV contenant la transmission SSTV.

Des projets permettent même maintenant de décoder une SSTV directement dans un navigateur Web, à partir d’un enregistrement audio.

Où écouter ?

L’une des fréquences SSTV HF les plus connues est :

14,230 MHz USB — bande des 20 mètres

Et ce n’est pas seulement une fréquence indiquée dans de vieux documents : une station automatique française y recevait encore quotidiennement en août 2026 des images en Martin 1, Scottie 1, Robot 36 et PD120.

En VHF, on rencontre également de l’activité autour de :

144,500 MHz — SSTV

Et, bien entendu, lors des opérations SSTV depuis l’ISS :

145,800 MHz FM.

Les fréquences utilisées doivent naturellement être vérifiées par rapport au plan de bande et aux recommandations applicables dans votre région.

Pourquoi mon image est-elle penchée ?

C’est l’un des problèmes typiques de la SSTV.

Vous recevez une image parfaitement reconnaissable mais elle se décale progressivement vers la gauche ou vers la droite.

Ce phénomène appelé slant provient généralement d’une petite différence entre les horloges utilisées lors de l’émission et de la réception. Sur plusieurs centaines de lignes, une erreur minuscule finit par devenir parfaitement visible.

Les logiciels SSTV proposent donc généralement une correction du slant, parfois automatique.

Une image très dégradée peut également provenir d’un niveau audio trop important, d’une mauvaise fréquence, d’une bande passante incorrecte ou tout simplement des aléas de la propagation.

Et la SSTV numérique ?

Attention à ne pas tout mélanger.

Les Martin, Scottie, Robot ou PD sont des modes SSTV analogiques : les caractéristiques de l’image sont représentées par les fréquences audio et l’image est reconstruite progressivement.

Il existe parallèlement des systèmes de transmission numérique d’images, généralement désignés DSSTV ou Digital SSTV, dont HAMDRM.

Le principe est alors différent : nous ne sommes plus simplement dans une variante du Martin ou du Robot mais dans une transmission numérique de données permettant de reconstruire l’image.

Cela mériterait presque un article à lui seul !

Pour aller plus loin

  • MMSSTV — le grand classique sous Windows
    Probablement le logiciel SSTV le plus connu chez les radioamateurs. Développé à l’origine par Makoto Mori JE3HHT, il permet l’émission et la réception et prend en charge de très nombreux modes SSTV.
    Documentation et ressources MMSSTV

  • RX-SSTV — décodage SSTV simplifié sous Windows
    Une solution orientée réception utilisant le moteur de décodage de MMSSTV. Elle reconnaît automatiquement le VIS et prend en charge 37 modes SSTV.
    RX-SSTV et documentation

  • QSSTV — Linux, SSTV analogique et numérique
    Logiciel open source permettant l’émission et la réception en SSTV analogique ainsi qu’en HAMDRM/DSSTV. Il constitue une excellente alternative à MMSSTV sous Linux.
    QSSTV — dépôt officiel

  • Robot36 — décoder la SSTV avec Android
    Application open source particulièrement pratique pour débuter avec un smartphone. Elle permet de décoder les signaux SSTV directement depuis l’audio reçu par le téléphone.
    Robot36 — projet officiel

  • SSTV Encoder — transmettre des images depuis Android
    Complément intéressant de Robot36 : il transforme une image en signal SSTV et peut également produire un fichier audio WAV.
    SSTV Encoder — projet officiel

  • SSTV Decoder pour SDR++ par F4JTV
    Projet particulièrement intéressant pour les utilisateurs de SDR : le décodeur fonctionne directement dans SDR++ et reconnaît automatiquement 14 modes, dont Martin, Scottie, Robot et toute la famille PD. Il propose également une correction automatique du slant.
    SSTV Decoder pour SDR++ — F4JTV

  • SSTV Decoder — décoder depuis un navigateur Web
    Projet permettant de charger un enregistrement WAV, MP3 ou OGG et de reconstruire l’image SSTV directement dans le navigateur, avec détection automatique du VIS pour plusieurs modes.
    SSTV Decoder Web — Equinoxis

  • SlowscanTV — comprendre les différents modes SSTV
    Une ressource pédagogique utile pour comparer Martin, Scottie, Robot et PD : résolution, temps de transmission, caractéristiques et fonctionnement du VIS.
    Guide des modes SSTV

  • SSTV.fr — voir ce qui est réellement reçu sur 14,230 MHz
    Très intéressant pour l’article F5KEE : cette station française publie automatiquement les images reçues sur 14,230 MHz. On peut y observer en conditions réelles du Martin 1/2, Robot 36 et d’autres modes.
    Réception SSTV automatique sur 14,230 MHz

 

Ce qu’il faut retenir

Malgré son âge, la SSTV reste l’un des modes les plus spectaculaires et les plus simples à expérimenter en radioamateur.

Pour débuter, nul besoin d’une installation complexe : un récepteur, un ordinateur ou un smartphone peuvent suffire. Réglez-vous sur une fréquence SSTV, lancez le décodeur et attendez.

Quelques secondes plus tard, une image commencera peut-être à apparaître, ligne après ligne.

Et lorsqu’on réalise que cette photographie vient parfois de l’autre côté de l’Europe… ou de plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes, la bonne vieille SSTV conserve tout son charme.

Comprendre le Si4732 : toute une radio dans une puce

Banniere Si4732

Quand on ouvre un ancien récepteur ondes courtes, on découvre généralement une électronique assez impressionnante : oscillateur local, mélangeur, amplificateurs FI, filtres, détecteur AM, BFO pour la SSB, circuits d’AGC… Avec le Si4732, une grande partie de cette électronique tient désormais dans un circuit intégré de quelques millimètres.

Associé à un Arduino ou un ESP32, ce petit composant permet de réaliser un véritable récepteur AM, FM et SSB. Mais comment fonctionne-t-il réellement ?

Le Si4732, c’est quoi exactement ?

Le Si4732 appartient à la famille Si47xx développée par Silicon Labs. Il s’agit d’un récepteur radio intégré utilisant massivement le traitement numérique du signal, ou DSP – Digital Signal Processing.

Son principe peut être résumé ainsi :

Antenne → étage RF → Si4732 → traitement DSP → audio

À l’intérieur de la puce se trouvent une grande partie des fonctions nécessaires à la réception : synthétiseur de fréquence, conversion du signal, filtrage, démodulation, contrôle automatique de gain et mesure du niveau reçu.

Autrement dit, le Si4732 constitue pratiquement un récepteur complet sur une seule puce.

ancien récepteur superhétérodyne vs Si4732

Du superhétérodyne au Si4732 : une grande partie des fonctions analogiques traditionnelles est désormais regroupée dans une seule puce et réalisée par traitement numérique DSP.

Il ne faut toutefois pas le confondre avec un microcontrôleur. Un Arduino ou un ESP32 reste nécessaire pour commander le récepteur et gérer son interface utilisateur.

Le microcontrôleur devient le chef d’orchestre

Dans un montage typique, nous retrouvons :

Encodeur + boutons + écran

Arduino / ESP32
↓ I²C
Si4732

Amplificateur BF

Haut-parleur

Le microcontrôleur communique avec le Si4732 par le bus I²C.

Lorsqu’on tourne l’encodeur pour passer de 7,100 MHz à 7,105 MHz, par exemple, ce n’est donc pas l’Arduino qui reçoit cette fréquence. Il transmet simplement au Si4732 une commande lui demandant de modifier sa fréquence de réception.

De la même manière, il peut commander le volume, la largeur du filtre, l’AGC ou encore le mode de réception.

Cette séparation des tâches explique pourquoi un ESP32 relativement modeste suffit pour réaliser un récepteur très complet.

architecture antenne → Si4732 → ESP32 → écran/audio

Architecture d’un récepteur Si4732 : la puce assure la réception et le traitement DSP, tandis que l’ESP32 pilote les réglages, l’affichage et l’interface utilisateur.

AM et FM directement dans la puce

Le Si4732 est initialement destiné aux récepteurs grand public.

La réception AM permet notamment de couvrir les grandes ondes, les ondes moyennes et les ondes courtes, tandis que la partie FM est destinée à la radiodiffusion FM.

Mais les radioamateurs se sont surtout intéressés à une possibilité beaucoup plus séduisante : la réception SSB.

Et c’est là que l’histoire devient intéressante.

Le fameux « patch SSB »

Le Si4732-A10 peut recevoir les émissions USB et LSB grâce au chargement d’un logiciel complémentaire appelé patch.

Au démarrage du récepteur, le microcontrôleur transfère ce programme dans la mémoire RAM du Si4732.

Une fois ce patch installé, de nouvelles fonctions deviennent accessibles et le récepteur peut notamment travailler en :

LSB – Lower Side Band
USB – Upper Side Band

Cela permet évidemment d’écouter les communications radioamateurs HF.

Mais il existe une particularité : le patch est chargé en mémoire volatile.

Lorsque le Si4732 est mis hors tension, il disparaît.

Au prochain démarrage, l’Arduino ou l’ESP32 doit donc recommencer le chargement avant que la réception SSB soit disponible.

Ce mécanisme explique les quelques secondes supplémentaires que l’on peut parfois observer au démarrage de certains petits récepteurs utilisant cette puce.

Et le BFO dans tout ça ?

Les radioamateurs habitués aux récepteurs classiques connaissent bien le BFO – Beat Frequency Oscillator.

Dans un ancien récepteur, il s’agit généralement d’un oscillateur physique permettant de restituer correctement la SSB ou la CW.

Avec le Si4732, cette fonction est réalisée numériquement.

Le logiciel peut modifier très finement le décalage du BFO. On peut donc accorder précisément une station SSB sans devoir modifier directement la fréquence principale du récepteur.

C’est ce qui permet à certains montages équipés d’un encodeur de proposer deux réglages :

  • accord principal de la fréquence ;
  • réglage fin du BFO.

Une approche particulièrement pratique pour écouter la SSB.

chargement du patch SSB et le rôle du BFO

Réception SSB avec le Si4732 : l’ESP32 charge le patch USB/LSB dans la mémoire du circuit, puis le BFO numérique permet d’affiner précisément l’accord de la station.

Des filtres qui n’existent plus physiquement

Autre changement spectaculaire par rapport aux anciens récepteurs : les filtres.

Autrefois, obtenir plusieurs largeurs de bande pouvait nécessiter plusieurs filtres céramiques, mécaniques ou à quartz.

Dans le Si4732, une grande partie de ce travail est effectuée par le DSP.

Le logiciel peut donc demander au circuit d’utiliser différentes largeurs de bande suivant le type de signal reçu.

Une bande relativement large conviendra à une émission AM de radiodiffusion, tandis qu’une bande plus étroite sera préférable pour une communication SSB ou CW perturbée par une station voisine.

Nous avons donc virtuellement plusieurs filtres dans un seul circuit intégré.

RSSI, SNR et AGC sont également disponibles

Le Si4732 peut également fournir au microcontrôleur différentes informations sur le signal reçu.

Le RSSI donne une indication de la puissance du signal.

Le SNR renseigne sur son rapport signal/bruit.

Ces informations peuvent être affichées sur un écran sous forme de chiffres ou d’un traditionnel S-mètre.

Le circuit possède également un AGC, contrôle automatique de gain, permettant d’adapter automatiquement le niveau du récepteur lorsque l’on passe d’un signal très faible à une station extrêmement puissante.

Jusqu’où peut-on écouter ?

Dans les réalisations radioamateurs utilisant le Si4732-A10 et le patch SSB, on rencontre couramment une couverture allant approximativement de 150 kHz à 30 MHz en AM/SSB.

Cela permet notamment d’explorer les bandes :

160 m, 80 m, 60 m, 40 m, 30 m, 20 m, 17 m, 15 m, 12 m et 10 m.

À cela s’ajoute la bande de radiodiffusion FM, typiquement autour de 64 à 108 MHz suivant la configuration utilisée.

Un minuscule circuit peut donc couvrir une partie considérable du spectre radio intéressant l’écouteur et le radioamateur.

Est-ce vraiment un SDR ?

Voilà une question intéressante.

Le Si4732 utilise bien du traitement numérique du signal, mais il ne faut pas pour autant le comparer directement à un RTL-SDR, un SDRplay ou un Airspy.

Avec ces véritables récepteurs SDR, le logiciel peut généralement récupérer les signaux I/Q et analyser simultanément une portion relativement importante du spectre.

C’est notamment ce qui permet d’obtenir un spectaculaire waterfall panoramique.

Avec le Si4732, le DSP reste essentiellement enfermé dans la puce. Nous lui demandons de recevoir une fréquence et il nous fournit le signal audio ainsi que différentes informations sur la réception.

On pourrait presque dire :

le Si4732 est une radio utilisant un DSP plutôt qu’un SDR ouvert sur l’extérieur.

Cette différence est importante.

Pourquoi voit-on autant de récepteurs Si4732 ?

Le succès de cette puce auprès des amateurs s’explique facilement.

Avec :

un Si4732 + un ESP32 + un écran TFT + un encodeur + quelques boutons + un amplificateur BF

on peut construire un petit récepteur AM/FM/SSB étonnamment performant.

C’est le principe que l’on retrouve derrière de nombreux récepteurs portables modernes et dans différentes réalisations personnelles.

La bibliothèque Arduino développée par PU2CLR a également énormément contribué à populariser cette famille de circuits. Elle simplifie considérablement le pilotage du Si4732 et la gestion du patch SSB.

Tout n’est pourtant pas dans la puce

Il serait tentant de croire qu’il suffit de raccorder une antenne au Si4732 pour obtenir immédiatement un excellent récepteur HF.

La réalité est évidemment un peu différente.

La qualité finale dépend énormément de ce que l’on place autour du circuit : adaptation d’antenne, filtrage RF, alimentation propre, implantation du circuit imprimé, blindage et découplage.

Un ESP32, un convertisseur DC/DC ou même un écran TFT peuvent générer suffisamment de parasites pour dégrader fortement la réception des signaux faibles.

Deux récepteurs utilisant exactement le même Si4732 peuvent donc présenter des performances très différentes.

C’est précisément ce qui rend cette petite puce intéressante pour l’expérimentation radioamateur.

Une formidable base pour expérimenter

Le Si4732 permet finalement de comprendre l’évolution spectaculaire du récepteur radio.

Les fonctions qui nécessitaient autrefois plusieurs étages analogiques, des bobinages, des quartz et de nombreux réglages sont aujourd’hui concentrées dans quelques millimètres carrés de silicium.

Mais le radioamateur conserve encore beaucoup de choses à expérimenter autour de cette puce : filtres d’entrée, préamplificateurs, antennes, réduction du bruit numérique, interfaces utilisateur ou encore logiciels de commande.

Et surtout, le Si4732 permet de construire soi-même un véritable récepteur HF pour un budget particulièrement raisonnable.

Une excellente raison de sortir l’ESP32, l’encodeur… et le fer à souder.

Quand les postes se mirent à parler !

Quand les postes se mirent à parler

Pendant les premières années de la radio, personne ne parlait dans un microphone. Dans les écouteurs des opérateurs, on entendait surtout des signaux, des crépitements et bientôt les fameux points et traits du code Morse.

Puis, au début du XXᵉ siècle, quelques expérimentateurs eurent une idée extraordinaire : et si l’on pouvait transmettre directement la voix humaine par les ondes ?

La radio allait alors connaître l’une de ses plus grandes révolutions. Après avoir appris à écrire à distance, elle allait apprendre à parler.

Quand les postes se mirent à parler

Du Morse à la voix : au début du XXᵉ siècle, la radio apprend à parler.

Avant 1900 : la radio ne parle pas encore

À la fin du XIXᵉ siècle, les travaux de Hertz, Branly, Popov, Marconi et de nombreux autres chercheurs permettent progressivement de transmettre des signaux sans fil.

En 1898, Eugène Ducretet réalise notamment en France une démonstration de télégraphie sans fil entre la tour Eiffel et le Panthéon.

Mais ces systèmes sont essentiellement destinés à la télégraphie. Un émetteur produit ou interrompt une onde électromagnétique et l’opérateur transforme ces impulsions en caractères grâce au Morse.

Transmettre de la parole est une autre affaire.

La voix est un signal continuellement variable. Il faut donc trouver un moyen de faire varier l’onde radio en fonction des sons captés par un microphone.

C’est là qu’intervient la modulation.

1900 : Fessenden fait entendre une voix

L’ingénieur canadien Reginald Aubrey Fessenden est l’un des grands pionniers de cette aventure.

Le 23 décembre 1900, il réalise dans le Maryland une expérience souvent considérée comme l’une des premières transmissions intelligibles de parole par radio.

La qualité est encore médiocre, mais le principe est démontré : une onde radio peut transporter autre chose que des impulsions télégraphiques.

Fessenden travaille notamment sur un principe qui deviendra fondamental : faire varier l’amplitude d’une onde porteuse au rythme du son.

La modulation d’amplitude est née.

1906 : de la musique dans les écouteurs !

Une date est restée célèbre dans l’histoire de la radio : le 24 décembre 1906.

Selon le récit laissé par Fessenden, depuis sa station de Brant Rock, dans le Massachusetts, il aurait diffusé un programme comprenant de la parole et de la musique, notamment du violon. Des opérateurs radio habitués au Morse auraient alors entendu quelque chose d’incroyable dans leurs écouteurs : une voix humaine et de la musique venant de l’éther.

Cette émission de Noël est traditionnellement présentée comme l’une des premières véritables émissions radiophoniques.

Il faut cependant apporter une petite nuance historique : le récit détaillé de cette émission n’a été publié que bien plus tard, en 1932, à partir des souvenirs de Fessenden. Son importance dans le développement de la radiotéléphonie ne fait guère de doute, mais certains détails de la célèbre émission de Noël 1906 restent discutés.

Quoi qu’il en soit, la voie était ouverte : la radio pouvait parler.

1906-1915 : la lampe change tout

Les premiers émetteurs permettant de transporter correctement la parole restent compliqués.

Une autre invention va considérablement accélérer les progrès.

En 1906, Lee de Forest développe l’Audion, bientôt perfectionné sous la forme de la lampe triode.

Grâce à elle, il devient possible d’amplifier des signaux faibles et de réaliser des oscillateurs électroniques beaucoup plus pratiques.

À partir d’environ 1915, la triode équipe de nombreux systèmes de détection et d’amplification. Elle va jouer un rôle essentiel dans le développement de la radiotéléphonie puis de la radiodiffusion.

Mais comment l’AM fait-elle parler la radio ?

Le principe de la modulation d’amplitude est finalement assez simple.

Imaginons un émetteur fonctionnant sur une fréquence fixe, par exemple :

7,100 MHz

Sans modulation, il produit une porteuse dont l’amplitude reste constante.

Parlons maintenant devant un microphone. Celui-ci transforme notre voix en signal électrique.

Dans un émetteur AM, ce signal audio commande l’amplitude de la porteuse radio.

Lorsque le signal du microphone augmente, l’amplitude HF augmente ; lorsqu’il diminue, elle diminue également.

L’enveloppe du signal radio reproduit ainsi les variations du signal sonore.

À la réception, un détecteur d’enveloppe permet de récupérer cette modulation et de la transformer à nouveau en son.

Et la voix ressort du haut-parleur !

Comprendre la modulation d’amplitude AM

En AM, le signal audio fait varier l’amplitude de la porteuse radio.

Une porteuse et deux bandes latérales

Observons maintenant une émission AM avec un analyseur de spectre ou un SDR.

Nous découvrons trois éléments :

une porteuse centrale,
une bande latérale inférieure,
une bande latérale supérieure.

Si notre modulation audio s’étend jusqu’à 3 kHz, le spectre s’étendra approximativement de 3 kHz de chaque côté de la porteuse.

Notre émission occupera donc environ :

2 × 3 kHz = 6 kHz.

C’est une caractéristique importante de l’AM : les deux bandes latérales transportent essentiellement la même information.

Nous verrons plus tard que cette redondance donnera quelques idées aux ingénieurs…

Le spectre d’une émission AM

Une émission AM comporte une porteuse centrale et deux bandes latérales symétriques.

1920 : la radio entre dans une nouvelle époque

Après la Première Guerre mondiale, la technologie est suffisamment mûre pour que la radio sorte progressivement des laboratoires et des stations expérimentales.

Aux États-Unis, le 2 novembre 1920, la station qui deviendra KDKA à Pittsburgh diffuse les résultats de l’élection présidentielle américaine. Cet événement est généralement retenu comme l’un des grands points de départ de la radiodiffusion régulière américaine.

Très rapidement, les stations se multiplient.

La radio n’est plus seulement un outil permettant à deux opérateurs de communiquer.

Un seul émetteur peut désormais parler à des milliers d’auditeurs simultanément.

La radiodiffusion est née.

1921-1922 : la France se met à l’écoute

La France participe rapidement à cette révolution.

Le 26 novembre 1921, depuis Sainte-Assise en Seine-et-Marne, la cantatrice Yvonne Brothier participe à une transmission radiophonique restée célèbre. Quelques semaines plus tard, la tour Eiffel devient à son tour un centre majeur des premières émissions françaises.

Le 22 décembre 1921, une importante émission publique est diffusée depuis la tour Eiffel et les programmes deviennent progressivement réguliers. La station est officiellement inaugurée le 6 février 1922.

En 1922, la station privée Radiola commence également ses émissions.

La fameuse TSF entre progressivement dans les foyers français.

On se rassemble autour du poste. On écoute les informations, la météo, de la musique, des concerts et bientôt des reportages.

La boîte remplie de lampes est devenue une fenêtre sonore ouverte sur le monde.

Années 1920-1930 : l’âge d’or commence

Durant les années 1920, la radiodiffusion connaît une croissance spectaculaire en Europe comme aux États-Unis.

Les récepteurs à galène cèdent progressivement la place aux postes à lampes, beaucoup plus sensibles et capables d’alimenter un haut-parleur.

En France, Radiola devient Radio-Paris en 1924. Le premier « journal parlé » de Radio Tour Eiffel apparaît en 1925 et, en 1933, une redevance annuelle sur les récepteurs participe au financement de la radiodiffusion publique.

Dans les années 1930, le poste de TSF est devenu un véritable meuble familial.

Grandes ondes, petites ondes et ondes courtes permettent d’entendre des stations parfois situées à plusieurs milliers de kilomètres.

Pour les passionnés de radio, tourner le gros bouton du cadran devient déjà une invitation au voyage.

Et les radioamateurs ?

Les radioamateurs participent eux aussi au développement de la radiotéléphonie.

La télégraphie reste extrêmement efficace, notamment lorsque les signaux sont faibles, mais pouvoir discuter directement avec un correspondant constitue une révolution.

Les stations amateurs AM se développent particulièrement durant les années 1930, puis reprennent fortement après la Seconde Guerre mondiale.

Dans les années 1940 et 1950, la station AM classique peut devenir impressionnante : oscillateur, étages multiplicateurs, amplificateur final à lampes et modulateur audio parfois presque aussi imposant que l’émetteur HF lui-même.

Les amateurs parlent volontiers de modulation plaque, lorsqu’ils modulent l’alimentation de l’étage final de puissance.

Et lorsqu’une station est bien réglée, l’AM peut offrir une modulation particulièrement agréable à écouter.

Années 1950-1960 : la BLU arrive

L’AM possède cependant deux défauts importants.

Elle utilise une porteuse puissante qui ne transporte elle-même aucune information audio et elle transmet deux bandes latérales contenant la même information.

Pourquoi ne pas supprimer la porteuse et l’une des deux bandes latérales ?

C’est le principe de la bande latérale unique, ou BLU — SSB en anglais.

Le principe est connu depuis plusieurs décennies, mais les progrès des équipements et des filtres permettent à la BLU de se développer fortement dans les communications HF au cours des années 1950, puis chez les radioamateurs durant les années 1950 et 1960.

À puissance disponible comparable, elle permet des communications à longue distance beaucoup plus efficaces tout en occupant moins de spectre.

Progressivement, sur les bandes décamétriques amateurs, la BLU supplante donc l’AM pour le trafic courant.

Mais l’AM n’est jamais morte !

Plus d’un siècle après les premières expériences de radiotéléphonie, nous utilisons toujours la modulation d’amplitude.

Elle subsiste dans certaines bandes de radiodiffusion en ondes moyennes et courtes, même si celles-ci ont fortement décliné en Europe.

Elle reste surtout incontournable dans un domaine bien connu : les communications aéronautiques VHF utilisent toujours l’AM.

Et les radioamateurs ?

Certains continuent à faire vivre ce mode, parfois avec des émetteurs à lampes restaurés, parfois avec des transceivers modernes ou des équipements SDR.

Écouter une belle émission AM aujourd’hui constitue presque un voyage dans l’histoire de la radio.

Quelques dates à retenir

1898 — Ducretet réalise une liaison de TSF entre la tour Eiffel et le Panthéon.

1900 — Fessenden expérimente la transmission de la parole par radio.

1906 — Expériences de Fessenden et célèbre émission radiophonique de Noël ; apparition de l’Audion de Lee de Forest.

Vers 1915 — La triode devient un élément majeur de l’amplification et de la radiotéléphonie.

1920 — KDKA ouvre l’ère de la radiodiffusion régulière américaine.

1921 — Premières grandes émissions radiophoniques françaises ; la tour Eiffel commence à diffuser régulièrement.

1922 — Développement des émissions régulières en France et lancement de Radiola.

Années 1920-1930 — Explosion de la radiodiffusion AM et démocratisation du poste de TSF.

Années 1930-1950 — L’AM devient également un mode important chez les radioamateurs.

Années 1950-1960 — La BLU s’impose progressivement pour les communications HF à longue distance.

Aujourd’hui — L’AM continue d’être utilisée, notamment en aviation, en ondes courtes et par des radioamateurs passionnés.

Quand les postes se mirent à parler…

Le passage de la télégraphie à la radiotéléphonie fut beaucoup plus qu’une amélioration technique.

Pour la première fois, il n’était plus nécessaire de connaître le Morse pour comprendre ce qui arrivait par les airs.

Une voix pouvait partir d’un microphone, devenir un signal électrique, moduler une onde invisible, parcourir des centaines ou des milliers de kilomètres puis ressortir d’un haut-parleur.

Aujourd’hui, cela nous paraît banal.

Mais imaginons un instant l’opérateur du début du XXᵉ siècle, son casque sur les oreilles, habitué depuis des années aux points et aux traits du Morse…

Et soudain, au milieu des parasites, une voix se met à parler !

La radio venait de trouver sa voix.

DX-péditions de septembre 2026 : les opérations à suivre dès maintenant

Station radio DX au crépuscule

Le calendrier DX de septembre 2026 continue d’évoluer. Certaines opérations annoncées pour quelques jours sont finalement prolongées, d’autres commencent plus tard que prévu en raison des conditions météorologiques ou des difficultés de transport. Plusieurs stations particulièrement intéressantes sont actuellement présentes sur les bandes HF, le 6 mètres et même les satellites.

Voici les principales DX-péditions à surveiller depuis la France, avec une attention particulière portée aux Samoa américaines, aux Seychelles, au Guyana et à l’expédition arctique RI1FJZ.

KH8WW : la grande cible du moment

YL2GM et EA5EL sont annoncés depuis l’île d’Aunuʻu, aux Samoa américaines, sous l’indicatif KH8WW, du 10 au 24 septembre 2026.

L’équipe prévoit d’utiliser deux ou trois stations simultanément sur les bandes du 160 au 6 mètres, en CW, SSB et FT8. Plusieurs antennes ont été préparées, notamment une Spiderbeam, des verticales, une DX Commander et des dipôles en V inversé.

L’île d’Aunuʻu porte la référence IOTA OC-045. Les Samoa américaines constituent une entité recherchée et le trajet depuis la France sera difficile. Il faudra principalement surveiller les bandes hautes, notamment les 20, 17, 15, 12 et 10 mètres, en fonction de la propagation.

Les confirmations seront disponibles par l’OQRS de Club Log. Le chargement complet dans LoTW est annoncé six mois après la fin de l’expédition.

Consulter le site officiel de KH8WW

S79/DL2SBY : les Seychelles accessibles depuis la France

DL2SBY est actif sous l’indicatif S79/DL2SBY depuis l’île de Mahé, aux Seychelles, du 11 au 21 septembre.

La station est installée sur la côte nord de l’île, à environ 100 mètres de l’océan, avec un dégagement favorable du nord-est au nord-ouest. Cette implantation devrait offrir de bonnes conditions en direction de l’Europe.

L’activité est annoncée sur les bandes HF en CW, SSB et FT8 avec MSHV. Pour le 6 mètres, l’opérateur dispose d’une Yagi cinq éléments. Mahé appartient au groupe IOTA AF-024.

Pour les radioamateurs français, S79/DL2SBY devrait être l’une des opérations les plus accessibles de cette sélection. Les bandes de 20 à 10 mètres seront à privilégier en journée, tandis que les bandes plus basses pourront devenir intéressantes en soirée et autour du lever ou du coucher du Soleil.

Les QSO pourront être confirmés par LoTW, Club Log OQRS ou directement auprès de DL2SBY.

8R1TM : l’activité depuis le Guyana est prolongée

L’une des principales modifications concerne 8R1TM. L’activité de PY1SAD depuis Georgetown, au Guyana, était initialement annoncée jusqu’au 11 septembre. Elle est désormais prolongée jusqu’au 12 octobre 2026.

Le programme est également plus étendu que prévu : la station pourra être active du 160 au 10 mètres, en CW, SSB et modes numériques, ainsi que par satellite.

En semaine, l’opérateur prévoit principalement d’être présent entre 23 h et 03 h UTC, soit entre 1 h et 5 h du matin en France métropolitaine pendant l’heure d’été. Une activité plus importante est annoncée durant les week-ends.

Cette prolongation laisse davantage de temps pour contacter le Guyana, aussi bien sur les bandes HF que par satellite. Les confirmations sont prévues par LoTW, eQSL, QRZ ou directement auprès de PY1SAD.

D44TWO : le Cap-Vert également présent sur QO-100

DF2WO poursuit son activité depuis Praia, sur l’île de Santiago, au Cap-Vert, sous l’indicatif D44TWO. L’opération doit continuer jusqu’à la mi-septembre.

La station peut être entendue en CW, SSB et FT8 sur différentes bandes, mais également via le satellite géostationnaire QO-100. Cette dernière possibilité intéressera particulièrement les stations françaises équipées pour le transpondeur radioamateur d’Es’hail-2.

Santiago porte la référence IOTA AF-005. En raison de sa relative proximité avec l’Europe, D44TWO devrait être facilement accessible depuis la France sur plusieurs bandes.

Les confirmations sont gérées par l’OQRS de M0OXO.

KH0N : une courte activité numérique depuis Saipan

JA6CNL doit être actif sous l’indicatif KH0N depuis Saipan, dans les îles Mariannes, du 10 au 15 septembre.

Cette opération est principalement consacrée aux modes numériques FT8, FT4 et FT2. Saipan appartient au groupe IOTA OC-086.

La courte durée de l’activité et la distance séparant les Mariannes de la France en font une cible difficile. Les ouvertures sur les bandes hautes devront être exploitées rapidement. Les signaux numériques offrent toutefois une chance aux stations ne disposant pas d’une puissance ou d’antennes importantes.

VP5/K5UR depuis les îles Turques-et-Caïques

Rick, K5UR, est actif depuis Providenciales, dans les îles Turques-et-Caïques, sous l’indicatif VP5/K5UR, jusqu’au 17 septembre.

Il utilise environ 100 W sur les bandes HF, principalement en CW et FT8, avec une éventuelle activité en SSB. Providenciales porte la référence IOTA NA-002.

Cette station devrait être plus facile à contacter depuis la France que les opérations du Pacifique. Les bandes de 20, 17 et 15 mètres seront particulièrement intéressantes lorsque le trajet transatlantique sera ouvert.

Les contacts seront confirmés par LoTW.

V47YA et V47RCX depuis Saint-Kitts

K0YA et W5RCX sont actifs depuis l’île de Saint-Kitts sous les indicatifs V47YA et V47RCX, jusqu’au 30 septembre.

Le programme couvre les bandes du 160 au 6 mètres, en CW, SSB et FT8. V47RCX doit cependant utiliser exclusivement le FT8.

Saint-Kitts appartient au groupe IOTA NA-104. Les Caraïbes sont généralement accessibles depuis la France en fin d’après-midi et en soirée, particulièrement sur 20, 17 et 15 mètres.

9N/OM0GA depuis le Népal

Suvarna, OM0GA — également titulaire de l’indicatif VU3OPT — reste actif depuis le Népal sous l’indicatif 9N/OM0GA jusqu’au 19 septembre.

Il travaille principalement en CW, du 40 au 10 mètres. Le Népal demeure une entité recherchée, et les ouvertures vers la France pourront être relativement courtes.

Les QSO seront confirmés par l’OQRS de Club Log.

J48S depuis l’île grecque de Samos

ON5CT est actif depuis l’île de Samos sous l’indicatif J48S, du 11 septembre au 10 octobre.

Il prévoit d’utiliser les bandes du 80 au 10 mètres, en SSB, RTTY, FT8, FT4 et occasionnellement en CW. Il participera également au CQ WW RTTY des 26 et 27 septembre.

Samos porte la référence IOTA EU-049. L’entité DXCC grecque n’est évidemment pas rare depuis la France, mais cette activité intéressera particulièrement les chasseurs d’îles et de diplômes IOTA.

Les contacts seront chargés dans LoTW, Club Log et eQSL. Aucune QSL papier n’est prévue.

RI1FJZ : l’expédition arctique encore en route

La DX-pédition RI1FJZ n’est toujours pas active depuis la Terre François-Joseph. L’équipe poursuit sa navigation à bord du voilier Apostol Andrey en direction de l’île Alexandra.

Le départ de Mourmansk a été retardé par une tempête. L’arrivée dans l’archipel est désormais envisagée autour des 13 ou 14 septembre. Il ne faut donc pas se fier aveuglément aux calendriers indiquant un début d’activité le 9 septembre.

Une fois installée sur l’île, l’équipe prévoit d’émettre du 160 au 10 mètres, en CW, SSB et FT8. Des activités sont également envisagées en EME, via les satellites en orbite basse et sur QO-100.

La Terre François-Joseph constitue une entité DXCC particulièrement recherchée. L’île Alexandra appartient au groupe IOTA EU-019. Toutefois, les trajets radio passant par les régions polaires pourront être fortement influencés par l’activité géomagnétique.

Suivre la progression de RI1FJZ

Les opérations terminées ou sur le point de s’arrêter

L’activité 3W9C depuis l’île vietnamienne de Hòn Sơn devait prendre fin le 11 septembre vers 05 h UTC, avec une éventuelle prolongation sur 6 mètres jusqu’à 11 h UTC. La station doit donc désormais être considérée comme QRT.

L’expédition H44GJ depuis Lola Island, aux îles Salomon, arrive également à son terme. Elle était principalement consacrée à l’EME sur 6 mètres en Q65-60A. Cette opération a permis à plusieurs stations françaises et européennes de contacter une nouvelle entité sur 50 MHz.

Enfin, J38LD et J38DX doivent quitter les bandes le 12 septembre après une activité soutenue depuis la Grenade, notamment sur 80 mètres.

Les prochaines opérations à préparer

Plusieurs autres DX-péditions méritent déjà une place dans le calendrier :

  • YM7KK/0, depuis l’île turque de Giresun, du 13 au 15 septembre : IOTA AS-154, POTA, WWFF et WCA ;
  • 5W0AF, depuis les Samoa, du 21 septembre au 12 octobre : 40 à 10 mètres, éventuellement 80 mètres, principalement en SSB ;
  • 9T0MD, depuis la République démocratique du Congo, du 30 septembre au 11 octobre : 160 à 6 mètres, CW, SSB, FT8 et RTTY ;
  • YJ0BP, depuis le Vanuatu : activité annoncée après le 9 septembre et jusqu’au début octobre depuis IOTA OC-035 ;
  • XR0Z, depuis l’île Alexander Selkirk, pendant environ dix jours en octobre : 160 à 10 mètres, CW, SSB et FT8, avec la référence IOTA SA-101 ;
  • H49A, depuis Guadalcanal, aux îles Salomon, du 7 au 21 octobre : toutes les bandes HF ainsi que le 6 mètres, en CW, SSB et FT8.

L’opération T32AZ depuis Kiritimati a, quant à elle, été partiellement annulée. Les deux premières semaines initialement prévues ne pourront pas avoir lieu. Une activité reste néanmoins envisagée pour l’Oceania DX SSB Contest des 3 et 4 octobre.

Quelles stations surveiller en priorité depuis la France ?

KH8WW constitue actuellement la cible la plus rare et la plus ambitieuse. Le trajet jusqu’aux Samoa américaines sera difficile, mais la présence de plusieurs stations et l’utilisation de différents modes devraient multiplier les possibilités.

S79/DL2SBY sera probablement beaucoup plus facile à contacter. Son installation proche de l’océan et son bon dégagement vers l’Europe en font une excellente cible sur les bandes hautes.

Pour les amateurs de satellites, 8R1TM doit être surveillé jusqu’au 12 octobre, tandis que D44TWO est actuellement disponible sur QO-100. RI1FJZ deviendra ensuite l’une des opérations les plus intéressantes, aussi bien en HF qu’en EME et par satellite, dès que l’équipe aura effectivement atteint la Terre François-Joseph.

Sources et liens utiles

Les dates, les modes et les fréquences peuvent évoluer rapidement en fonction de la météo, des transports, des autorisations et des conditions locales. Avant de lancer appel, il reste indispensable de consulter les annonces officielles, les clusters DX et, lorsque cela est possible, les journaux en ligne des expéditions.

EME avec seulement deux Yagi : où se trouve réellement la limite ?

EME avec deux Yagi sous la Lune

Quand on évoque l’EME (Earth-Moon-Earth), les images qui viennent immédiatement à l’esprit sont celles d’impressionnants groupements de quatre, huit ou seize Yagi pointées vers la Lune. Pourtant, l’EME moderne n’est plus exclusivement réservé à ces installations.

Sur 144 MHz, deux bonnes Yagi, quelques centaines de watts et une réception soigneusement optimisée peuvent déjà ouvrir la porte aux communications lunaires. Mais jusqu’où peut-on réellement aller ?

La Lune nous fait payer très cher le voyage

Le principe de l’EME est simple : envoyer notre signal vers la Lune et récupérer sur Terre une infime partie de l’énergie réfléchie.

La distance parcourue approche 800 000 km aller-retour, selon la position de la Lune. À cela s’ajoute le fait que notre satellite n’est évidemment pas un réflecteur parfait. Le signal reçu devient donc extraordinairement faible.

C’est précisément là que les modes numériques modernes ont changé la situation. Avec Q65, intégré à WSJT-X et conçu notamment pour les communications à signaux extrêmement faibles, il devient possible d’exploiter des signaux totalement inaudibles à l’oreille.

En 144 MHz EME, Q65-60A constitue aujourd’hui un choix particulièrement adapté.

Deux Yagi, c’est déjà une vraie antenne EME

Attention cependant : dire « deux Yagi » ne suffit pas.

Deux petites antennes de quelques éléments ne peuvent pas être comparées à deux longues Yagi de 12, 15 ou 18 éléments. C’est leur gain réel, et non simplement leur nombre, qui nous intéresse.

En théorie, coupler deux antennes identiques correctement espacées et mises en phase apporte environ 3 dB par rapport à une seule. En pratique, il faut retrancher les pertes du coupleur et des lignes de phasage.

Ces quelques décibels sont précieux.

L’expérience de stations EME montre d’ailleurs que des contacts 144 MHz sont possibles avec une seule longue Yagi lorsque la station correspondante possède une installation importante. W7GJ explique ainsi que des stations mono-Yagi correctement installées peuvent contacter plusieurs grosses stations EME.

Avec deux bonnes Yagi, nous disposons donc déjà d’une base très sérieuse.

Deux Yagi vers la Lune

Deux longues Yagi 144 MHz correctement couplées peuvent déjà constituer une véritable station EME.

100 W, 300 W ou 500 W ?

Il serait tentant de définir une puissance minimale : « il faut 500 W pour faire de l’EME ».

La réalité est beaucoup moins simple.

Avec 100 W, deux longues Yagi et une excellente réception, quelques grosses stations peuvent devenir accessibles dans de bonnes conditions. Avec 300 à 500 W réellement disponibles aux antennes, le nombre de correspondants potentiels augmente considérablement.

W7GJ indique, à titre d’exemple pour une petite station 144 MHz, que plus de 200 W à l’antenne peuvent déjà permettre des contacts avec certaines grosses stations et que les possibilités augmentent fortement vers 400 W et au-delà.

Il faut cependant distinguer la puissance affichée par l’amplificateur de celle qui arrive réellement aux Yagi.

500 W dans le shack ne signifient pas nécessairement 500 W aux antennes !

Connecteurs, relais, coupleur, lignes de phasage et surtout câble coaxial prélèvent leur part.

En réception, chaque décibel compte

L’erreur classique consiste à concentrer tous les efforts sur l’amplificateur.

En EME, la réception est au moins aussi importante.

Un excellent préamplificateur derrière plusieurs décibels de pertes coaxiales ne pourra jamais récupérer le signal déjà perdu. L’idéal est donc de placer un LNA à très faible bruit au plus près des antennes, accompagné d’un système de commutation et de séquençage TX/RX correctement conçu.

Le principe à retenir est simple :

Yagi → relais RX/TX → LNA → coaxial → récepteur.

Une station de 300 W parfaitement optimisée peut ainsi se révéler plus efficace qu’une installation beaucoup plus puissante gaspillant plusieurs décibels dans ses câbles.

Budget de liaison EME : chaque décibel compte

En EME, le bilan de liaison est extrême : chaque décibel gagné sur les antennes, les câbles et la réception compte.

Q65 repousse encore la limite

Q65 constitue probablement l’élément qui rend aujourd’hui cette petite station réellement intéressante.

WSJT-X permet notamment l’averaging, c’est-à-dire l’exploitation de plusieurs séquences reçues pour améliorer les chances de décodage d’un signal extrêmement faible. W7GJ recommande notamment l’utilisation de cette fonction pour ses opérations EME en Q65.

Nous ne cherchons donc plus nécessairement à « entendre » notre correspondant. Le logiciel peut extraire une information située très profondément dans le bruit.

C’est une différence fondamentale avec l’EME historique pratiqué en CW.

N’oublions pas le sol !

Une petite station possède même un joker étonnant : le ground gain.

Lorsque la Lune se trouve très basse sur l’horizon, l’interaction entre le signal direct et celui réfléchi par le sol peut produire des lobes offrant plusieurs décibels supplémentaires. Avec un horizon favorable et une polarisation horizontale, W7GJ rapporte des gains pouvant atteindre 6 à 8 dB dans certaines configurations.

Gain de sol EME sous la Lune

À faible élévation, la réflexion sur le sol peut renforcer le signal EME de plusieurs décibels.

Ce phénomène explique certains résultats apparemment extraordinaires obtenus avec une seule Yagi.

Mais il est variable : terrain, hauteur de l’antenne et élévation de la Lune influencent fortement le résultat.

Alors, où est réellement la limite ?

Elle n’est finalement ni à deux Yagi, ni à 500 W.

La véritable limite est le bilan de liaison complet entre les deux stations.

Deux longues Yagi, 300 ou 500 W aux antennes, un excellent LNA, des coaxiaux à faibles pertes, un pointage précis et Q65 peuvent parfaitement constituer une petite station EME 144 MHz fonctionnelle.

Au début, les correspondants seront surtout les « big guns », équipés de grandes antennes et de puissances importantes. Deux petites stations identiques auront évidemment beaucoup plus de difficultés à communiquer entre elles.

C’est peut-être finalement la meilleure manière d’aborder l’EME : ne pas chercher immédiatement à construire quatre ou huit antennes, mais commencer par deux excellentes Yagi et traquer chaque décibel perdu.

Car en EME, ce n’est pas forcément celui qui possède le plus d’antennes qui gagne.

C’est celui qui gaspille le moins de dB.

Liens utiles

Documentation officielle WSJT-X et Q65 :
https://wsjt.sourceforge.io/wsjtx-main_en.html

W7GJ — Small or Portable 2m EME Stations :
https://www.bigskyspaces.com/w7gj/smallemestn.htm

W7GJ — conseils pour réussir en EME 144 MHz :
https://www.bigskyspaces.com/w7gj/emetips.htm

W7GJ — configuration de Q65 pour l’EME :
https://www.bigskyspaces.com/w7gj/Q65SETUP.pdf

Et si la télégraphie m’était contée !

De Morse à la radio moderne

Il suffit parfois de tourner le bouton d’un récepteur sur les bandes radioamateurs pour entendre surgir du bruit une succession de sons brefs et longs : ti-ti-tah, tah-ti-ti-ti…

À l’heure des satellites, d’Internet, du FT8 et des transmissions numériques, on pourrait croire cette manière de communiquer reléguée au musée. Pourtant, chaque jour, des milliers de radioamateurs continuent d’échanger ainsi à travers le monde.

Cette survivante a un nom : la CW, héritière directe de près de deux siècles de télégraphie.

Au commencement était… le fil

Bien avant que l’on imagine transmettre une voix par radio, une révolution avait déjà bouleversé les communications : le télégraphe électrique.

Dans les années 1830, plusieurs inventeurs travaillent sur des systèmes permettant d’envoyer une information grâce à l’électricité. Parmi eux, l’Américain Samuel Morse, associé notamment à Alfred Vail, développe un télégraphe électrique et un système de codage permettant de représenter les caractères.

Le principe est génialement simple : plutôt que transmettre directement une lettre, on transmet une succession d’impulsions.

Le fameux code Morse est né.

Le 24 mai 1844, Morse réalise une démonstration restée célèbre entre Washington et Baltimore avec le message :

« What hath God wrought ».

Le télégraphe allait bientôt couvrir les continents de milliers de kilomètres de fils.

Mais un problème subsistait : comment communiquer lorsqu’il n’y avait plus de fil ?

Le Morse prend les airs

À la fin du XIXe siècle, les expériences sur les ondes électromagnétiques ouvrent une nouvelle possibilité : transmettre les signaux télégraphiques… sans conducteur entre l’émetteur et le récepteur.

C’est l’époque de la TSF, la télégraphie sans fil.

Des expérimentateurs comme Guglielmo Marconi mettent progressivement au point des systèmes capables d’établir des communications sur des distances toujours plus importantes.

Le Morse quitte alors les poteaux télégraphiques pour voyager dans les airs.

L’intérêt est considérable, particulièrement en mer. Pour la première fois, un navire peut communiquer avec la terre alors qu’il se trouve à des centaines de kilomètres des côtes.

Les opérateurs radio, avec leurs écouteurs et leur manipulateur, deviennent indispensables à bord de nombreux bâtiments.

Pendant plusieurs décennies, la télégraphie sera ainsi l’un des principaux moyens de communication radio à longue distance.

Deux siècles de télégraphie CW

Du télégraphe électrique à la station radioamateur moderne : près de deux siècles d’évolution, mais toujours le même code.

SOS : trois lettres… qui n’en sont pas vraiment

Parmi les séquences Morse les plus connues figure :

… — …

Nous la lisons naturellement SOS.

Contrairement à une légende tenace, SOS n’a pas été choisi parce qu’il signifiait Save Our Souls ou Save Our Ship.

Cette séquence a surtout été retenue parce qu’elle est simple, symétrique et facilement reconnaissable :

trois signaux courts – trois longs – trois courts.

Adopté internationalement au début du XXe siècle comme signal de détresse radiotélégraphique, SOS deviendra universellement associé aux situations d’urgence.

Pourquoi les radioamateurs parlent-ils de CW ?

Nous employons souvent indifféremment les mots Morse et CW. Ils ne désignent pourtant pas exactement la même chose.

Morse désigne le code utilisé pour représenter les caractères.

CW signifie Continuous Wave, ou onde entretenue.

Les premiers émetteurs radio à étincelles produisaient des émissions très larges et peu propres. L’apparition d’émetteurs capables de générer une onde radio continue et stable améliora considérablement les communications.

En CW, le manipulateur commande essentiellement l’émission de cette porteuse :

porteuse présente – porteuse absente – porteuse présente…

Une particularité mérite d’être soulignée : la tonalité que nous entendons dans le haut-parleur d’un récepteur n’est pas directement « contenue » dans la porteuse CW.

C’est le récepteur qui, grâce à son oscillateur local et à son traitement du signal, transforme la porteuse reçue en une tonalité audible.

De la pioche à la double palette

Le premier outil du télégraphiste est le manipulateur.

Le modèle le plus simple est le manipulateur droit, souvent surnommé chez les radioamateurs français la pioche. L’opérateur appuie sur le levier pour fermer un contact électrique.

Un appui bref produit un dit.

Un appui plus long produit un dah.

Avec l’expérience sont apparus des systèmes permettant d’envoyer plus rapidement et plus régulièrement. Le célèbre bug semi-automatique produit automatiquement les dits tandis que l’opérateur forme encore manuellement les dahs.

Aujourd’hui, beaucoup d’opérateurs utilisent une double palette associée à un manipulateur électronique, le keyer. Une palette commande les dits, l’autre les dahs et l’électronique assure leur durée et leur espacement.

La main ne fabrique donc plus directement chaque impulsion : elle donne des ordres au keyer.

Évolution des manipulateurs CW : de la pioche au keyer

Du manipulateur droit à la double palette : les outils ont évolué, mais le principe de la CW reste le même.

Oubliez les points et les traits !

Voici probablement l’un des conseils les plus importants pour celui qui souhaite apprendre la CW.

À l’école ou dans les livres, le Morse est souvent représenté ainsi :

A : .-
B : -…
C : -.-.
D : -..

C’est très pratique pour imprimer un tableau… mais beaucoup moins pour apprendre à recevoir rapidement du Morse.

Car un télégraphiste expérimenté n’entend pas :

point – trait – point – point.

Il reconnaît un rythme.

De la même manière que nous reconnaissons immédiatement un mot prononcé sans analyser chacune de ses lettres, l’opérateur CW finit par reconnaître directement le son d’un caractère, puis d’un mot entier.

Il vaut donc mieux apprendre :

dit-dah

que :

point-trait.

Le Morse est avant tout une musique.

Le secret du rythme

Le code Morse possède une organisation temporelle très précise.

Le dit constitue l’unité de base.

Le dah dure trois unités.

L’espace entre deux éléments d’un même caractère vaut une unité, celui entre deux caractères trois unités et l’espace entre deux mots sept unités.

Ces proportions sont essentielles.

Un Morse mal espacé devient rapidement pénible à comprendre, même lorsque chaque caractère pris séparément est correct.

C’est pourquoi un bon opérateur CW ne se contente pas d’envoyer les bons dits et dahs : il respecte le rythme.

Le Morse, une question de rythme !

En Morse, tout est affaire de rythme : 1 unité pour un dit, 3 pour un dah et des espacements précis pour rendre le message parfaitement lisible.

12 WPM, 20 WPM, 30 WPM…

La vitesse de transmission est généralement exprimée en WPM, Words Per Minute, c’est-à-dire mots par minute.

Pour disposer d’une référence commune, on utilise traditionnellement le mot PARIS comme mot étalon.

Mais il existe une difficulté lorsqu’on débute.

Si les caractères sont envoyés très lentement, l’apprenti risque de commencer à compter mentalement les dits et les dahs :

un court, deux courts, un long…

Une habitude dont il sera ensuite difficile de se débarrasser.

La méthode Farnsworth propose une solution astucieuse : envoyer les caractères eux-mêmes à une vitesse relativement élevée, par exemple 18 ou 20 WPM, tout en augmentant l’espace entre eux.

Le débutant apprend ainsi immédiatement la sonorité globale du caractère sans être submergé par la vitesse du texte.

À quoi ressemble un QSO CW ?

Imaginons que notre station lance appel :

CQ CQ CQ DE F5KEE F5KEE K

Cela signifie simplement :

Appel général, ici F5KEE, à vous.

Une station répond :

F4KEE DE F6XXX K

Le QSO peut commencer.

Pour gagner du temps, les télégraphistes utilisent depuis longtemps des abréviations et des codes.

On rencontrera ainsi très souvent :

DE : de / ici
K : à vous
R : reçu
RST : report du signal
QTH : localisation de la station
QRM : brouillage provoqué par d’autres émissions
QRN : parasites
QRP : faible puissance
73 : salutations / amitiés
SK : fin de liaison

Un QSO CW peut donc transmettre beaucoup d’informations avec très peu de caractères.

Et lors d’un concours ou d’un pile-up DX, l’échange peut devenir extrêmement court : indicatif, report, numéro ou référence… et station suivante !

Pourquoi la CW fonctionne-t-elle si bien avec des signaux faibles ?

Voilà l’une des raisons expliquant sa longévité.

La CW peut être reçue avec une bande passante très étroite, souvent de quelques centaines de hertz. En réduisant la largeur du filtre du récepteur, on élimine une grande partie du bruit et des signaux voisins.

La CW concentre également l’énergie transmise dans une porteuse très étroite.

Cela ne signifie pas qu’une onde CW possède une propriété magique lui permettant d’aller « plus loin » que les autres.

Mais lorsque les conditions deviennent mauvaises, un opérateur entraîné peut encore extraire une information d’un signal extrêmement faible.

C’est particulièrement intéressant pour le DX et le QRP.

Avec quelques watts seulement — parfois beaucoup moins — il est possible de réaliser des liaisons à plusieurs milliers de kilomètres lorsque la propagation le permet.

C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles la CW reste appréciée lors d’activités portables : un émetteur simple, une petite batterie, une antenne et un manipulateur peuvent constituer une station extrêmement efficace.

Et maintenant, l’ordinateur sait-il lire le Morse ?

Nos transceivers modernes, SDR et logiciels peuvent naturellement décoder de la CW.

Dans de bonnes conditions, avec un signal propre et un opérateur envoyant régulièrement, les résultats peuvent être impressionnants.

Mais la réalité des bandes radio est rarement parfaite.

QSB, QRM, parasites, signaux simultanés, différences de vitesse et manipulation imparfaite peuvent rapidement mettre un décodeur automatique en difficulté.

L’oreille et surtout le cerveau humain conservent alors un avantage étonnant : nous sommes capables de reconstituer un mot dont une partie a disparu et d’utiliser le contexte pour comprendre ce que nous avons mal reçu.

L’ordinateur est donc un excellent assistant, mais apprendre réellement à écouter la CW reste une expérience très différente.

Faut-il encore apprendre la CW aujourd’hui ?

Pendant longtemps, la connaissance du Morse était associée à l’accès à certaines classes de licences et aux bandes décamétriques.

Ce n’est plus une obligation réglementaire pour le radioamateur français.

On pourrait donc penser que la CW allait progressivement disparaître.

C’est pourtant loin d’être le cas.

Elle reste très présente dans les concours, le DX, le QRP, les activations POTA et SOTA, mais également chez les amateurs de construction personnelle.

Car il est difficile d’imaginer un mode radio plus minimaliste : quelques composants peuvent suffire à construire un petit émetteur CW parfaitement fonctionnel.

Il existe également quelque chose de difficilement quantifiable : le plaisir de comprendre directement un signal Morse.

Au début, on n’entend qu’une succession incompréhensible de sons.

Puis quelques lettres apparaissent.

Un indicatif.

Un CQ.

Un 73.

Et un jour, presque sans s’en rendre compte, on n’écoute plus du Morse : on écoute quelqu’un parler.

Comment commencer ?

La première règle pourrait être : ne cherchez pas à apprendre le tableau des points et des traits par cœur.

Apprenez les caractères avec vos oreilles.

Des méthodes comme Koch permettent d’introduire progressivement les caractères, tandis que l’espacement Farnsworth permet de travailler immédiatement avec des caractères envoyés à une vitesse réaliste.

Dix ou quinze minutes quotidiennes valent généralement mieux qu’une longue séance hebdomadaire.

Écoutez également les bandes CW, même si vous ne comprenez presque rien au départ. Essayez simplement d’identifier un CQ, puis quelques indicatifs.

Et surtout, n’attendez pas de savoir recevoir à 25 ou 30 WPM pour oser répondre à une station.

Tout radioamateur ayant aujourd’hui une excellente maîtrise de la CW a, un jour, envoyé son premier QSO hésitant.

Une technologie obsolète… vraiment ?

Le télégraphe électrique appartient désormais aux musées. Les grandes stations radiotélégraphiques maritimes se sont tues et les communications modernes transportent en une fraction de seconde des quantités d’informations que Samuel Morse n’aurait probablement jamais imaginées.

Et pourtant, sur nos bandes radioamateurs, les dits et les dahs continuent leur voyage.

Avec parfois un émetteur de plusieurs milliers d’euros.

Parfois avec un petit montage construit sur un coin d’établi.

Et quelque part, à plusieurs centaines ou milliers de kilomètres, une oreille reconnaît soudain :

dit-dit-dit dah-dah-dah dit-dit-dit

Près de deux siècles après les premiers télégraphes électriques, le Morse n’est donc peut-être pas une technologie qui refuse de mourir.

C’est simplement une idée suffisamment simple et efficace pour ne jamais avoir vraiment vieilli.

73… et peut-être bientôt 73 en CW !