Bienvenue sur le Site du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon (91 – Essonne)!

Chers(es) visiteurs(ses) et passionnés(es) de radio et de sciences,

Le Radio-Club F5KEE vous accueille à la Maison des Associations de Viry-Châtillon, au cœur de l’Essonne. Dans ce lieu ouvert et convivial, nous réunissons toutes celles et ceux qui partagent la curiosité des sciences, des techniques et des communications sans fil.

Le radioamateurisme, c’est bien plus qu’un simple hobby :
c’est une passion universelle, où l’on apprend à dialoguer avec le monde entier, à construire ses propres antennes et équipements, à explorer la propagation des ondes, mais aussi à découvrir les technologies numériques et les satellites.

À qui s’adresse le radio-club ?

Le F5KEE s’adresse à tous les publics :

  • les curieux qui veulent découvrir ce qu’est la radio et comment on peut communiquer sans Internet,

  • les jeunes et étudiants attirés par la technique, l’électronique ou l’aéronautique,

  • les futurs radioamateurs qui souhaitent préparer la licence,

  • les opérateurs confirmés qui veulent partager leurs expériences, expérimenter ou participer à des contests,

  • et plus largement, toute personne désireuse d’apprendre, de pratiquer et d’échanger dans un cadre associatif.

Que fait-on au F5KEE ?

Nos activités sont variées et adaptées à tous les niveaux :

  • Découverte et formation : initiation aux bases de la radio, aide à la préparation de la licence radioamateur.

  • Pratique du trafic : contacts en phonie, en CW (morse), en modes numériques (FT8, …), via satellites ou encore à travers le monde en HF.

  • Expérimentations techniques : réalisation et essais d’antennes, utilisation du SDR, projets autour de l’Arduino ou d’interfaces numériques.

  • Activités collectives : organisation de démonstrations publiques, projets éducatifs en lien avec les écoles ou évènements internationaux (ARISS, QO-100, etc.).

  • Vie de club : échanges, entraide, convivialité et partage de connaissances dans une ambiance amicale.

Pourquoi nous rejoindre ?

Adhérer au Radio-Club F5KEE, c’est rejoindre une communauté dynamique et passionnée, c’est apprendre en pratiquant, c’est aussi trouver un lieu où la curiosité technique et la convivialité se conjuguent au quotidien.

C’est également l’occasion d’acquérir des bases solides en électricité et en électronique, compétences précieuses pour comprendre le fonctionnement des équipements mais aussi pour, pourquoi pas, préparer un futur métier dans les domaines techniques, scientifiques ou industriels.

Que vous soyez simple curieux, débutant ou opérateur chevronné, poussez la porte de la Maison des Associations de Viry-Châtillon : F5KEE vous accueille et vous invite à découvrir le monde fascinant du radioamateurisme.

L’équipe du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon

Recevoir un satellite amateur sur 10 GHz : quelle station faudra-t-il pour GOLF-TEE ?

Banniere GOLF-TEE

Après QO-100, les radioamateurs pourraient bientôt avoir une nouvelle occasion d’expérimenter les 10 GHz depuis l’espace. Mais cette fois, pas question de pointer tranquillement une parabole vers un satellite géostationnaire et de ne plus y toucher : avec GOLF-TEE, il faudra suivre un CubeSat traversant le ciel en quelques minutes !

Alors, faudra-t-il une installation digne d’une station spatiale ? Pas forcément. Une partie du matériel utilisé pour QO-100 pourrait même constituer un excellent point de départ.

GOLF-TEE : un laboratoire radioamateur en orbite

GOLF-TEE, pour Greater Orbit, Larger Footprint – Technology Exploration Environment, est un CubeSat 3U développé dans le cadre du programme GOLF d’AMSAT.

L’objectif dépasse la simple mise en orbite d’un nouveau relais radioamateur. GOLF-TEE doit permettre de tester plusieurs technologies destinées aux futures missions AMSAT : contrôle d’attitude trois axes, systèmes d’alimentation, communications multibandes et surtout un transpondeur SDR de nouvelle génération.

Parmi les expérimentations prévues figure une sortie en bande X, autour de 10 GHz, alimentée par différentes bandes radioamateurs. AMSAT envisage notamment des expériences 2,4 GHz → 10 GHz et 5 GHz → 10 GHz, ainsi que des transmissions numériques pouvant atteindre un débit de l’ordre de 1 Mbit/s.

Le projet étant encore en développement, fréquences, modes et caractéristiques définitives pourront évoluer.

500 km : seulement quelques minutes pour écouter

Contrairement à QO-100, GOLF-TEE doit évoluer en orbite basse, autour de 500 à 550 km selon les informations publiées jusqu’à présent.

À cette altitude, une révolution autour de la Terre prend environ 95 minutes, soit une quinzaine d’orbites par jour. Cela ne signifie évidemment pas quinze passages quotidiens au-dessus de notre station.

Lors d’un excellent passage, le satellite restera théoriquement visible d’un horizon à l’autre pendant environ 12 minutes. En pratique, pour une réception confortable sur 10 GHz, nous chercherons plutôt à travailler au-dessus de 10 ou 20° d’élévation.

Il restera alors typiquement 5 à 8 minutes réellement favorables.

comparaison visuelle QO-100 GEO / GOLF-TEE LEO, avec antenne fixe contre poursuite AZ/EL

Contrairement à QO-100, pratiquement immobile dans le ciel, GOLF-TEE évoluera en orbite basse et devra être poursuivi en azimut et en élévation. À environ 500 km d’altitude, un passage complet dure une douzaine de minutes, dont seulement 5 à 8 minutes particulièrement favorables à la réception sur 10 GHz.

Autrement dit : il faudra être prêt !

Une parabole, mais de quelle taille ?

À 10 GHz, la petite longueur d’onde permet d’obtenir beaucoup de gain avec une antenne relativement compacte.

À titre indicatif, avec un rendement raisonnable :

  • 40 cm : environ 30 dBi ;
  • 60 cm : environ 34 dBi ;
  • 80 cm : environ 36 dBi ;
  • 1 m : environ 38 dBi.

Une parabole de 60 à 80 cm semble donc constituer un excellent point de départ pour expérimenter.

Mais attention au piège : augmenter le diamètre augmente le gain, mais réduit également l’ouverture du faisceau. Une parabole d’un mètre recevra davantage de signal, mais demandera un pointage beaucoup plus précis.

Le choix de l’antenne sera donc un compromis entre gain et facilité de poursuite.

Peut-on recycler une station QO-100 ?

Bonne nouvelle : en réception, une partie importante de l’installation pourrait être familière aux utilisateurs de QO-100.

La chaîne pourrait ressembler à ceci :

Parabole → LNB 10 GHz → fréquence intermédiaire → SDR → ordinateur

Un LNB PLL utilisé pour QO-100 constitue donc une piste intéressante. Sa fréquence intermédiaire pourra être reçue par un RTL-SDR, SDRplay, Airspy ou un autre récepteur SDR compatible.

Il faudra toutefois attendre les caractéristiques définitives du signal GOLF-TEE avant de déterminer précisément la bande passante et le matériel nécessaire, particulièrement pour les expériences numériques à haut débit.

La stabilité devient importante

À 10 GHz, une petite erreur de l’oscillateur local du LNB provoque un décalage important de la fréquence reçue.

Les amateurs de QO-100 connaissent déjà le problème : température extérieure, échauffement du LNB et qualité de son oscillateur peuvent provoquer une dérive gênante.

Trois solutions sont envisageables : utiliser un bon LNB PLL, remplacer ou améliorer sa référence par un TCXO, ou employer une référence externe extrêmement stable provenant d’un GPSDO.

Pour les modes numériques étroits, cette dernière solution sera particulièrement intéressante.

Le Doppler : plusieurs centaines de kHz !

Voici une différence spectaculaire avec QO-100.

Un satellite LEO se déplace à environ 7,5 km/s. Sur 10 GHz, sa vitesse radiale peut provoquer un décalage Doppler dépassant 200 kHz en début et en fin de passage.

Le signal pourra donc parcourir plusieurs centaines de kilohertz sur le waterfall pendant le passage !

waterfall pédagogique montrant le signal 10 GHz traversant plusieurs centaines de kHz pendant un passage

À 10 GHz, l’effet Doppler devient spectaculaire : lors d’un passage favorable de GOLF-TEE, le signal peut se décaler de plus de 200 kHz à l’approche du satellite, passer près de sa fréquence nominale autour de l’élévation maximale, puis se retrouver décalé de plus de 200 kHz dans l’autre sens lorsqu’il s’éloigne. Une correction Doppler automatique du SDR permettra de conserver le signal dans la bande de réception pendant tout le passage.

Heureusement, cette variation est parfaitement prévisible. À partir des données orbitales du satellite, un logiciel de poursuite peut calculer simultanément sa position et la correction Doppler à appliquer au SDR.

Le véritable défi : suivre la parabole

C’est probablement là que GOLF-TEE sera beaucoup plus exigeant que QO-100.

Notre parabole devra être installée sur un système motorisé azimut/élévation (AZ/EL). Un logiciel comme GPredict pourra calculer la position du satellite, tandis qu’un contrôleur commandera les moteurs.

La station devient alors :

Données orbitales → logiciel → rotor AZ/EL → parabole

et parallèlement :

logiciel → correction Doppler → SDR

Une difficulté supplémentaire apparaîtra lors des passages proches du zénith : le satellite pourra changer d’azimut extrêmement rapidement. Le rotor devra donc être suffisamment rapide et précis.

chaîne complète parabole → LNB → SDR → PC, avec la correction Doppler

Architecture possible d’une station de réception GOLF-TEE sur 10 GHz : une parabole de 60 à 80 cm montée sur rotor AZ/EL alimente un LNB ou downconverter stable, puis un SDR. L’ordinateur assure simultanément la réception, la correction du Doppler et le pilotage automatique de la parabole à partir de la position calculée du satellite.

À quoi pourrait ressembler une station GOLF-TEE ?

Pour commencer, nous pourrions imaginer une parabole de 60 à 80 cm, un LNB PLL suffisamment stable, un SDR et un ordinateur.

Pour une station réellement automatisée, ajoutons un rotor AZ/EL pilotable par ordinateur et la correction automatique du Doppler.

Enfin, la station de l’expérimentateur exigeant pourrait employer un LNB ou downconverter référencé par GPSDO, un SDR offrant une bande passante importante et un système de poursuite entièrement automatique.

Tout cela peut déjà être préparé avant même le lancement.

Un nouveau terrain d’expérimentation

GOLF-TEE pourrait finalement être beaucoup plus intéressant techniquement que ne le laisse penser la simple mention « réception 10 GHz ».

Avec QO-100, nous avons appris à recevoir des signaux micro-ondes provenant de l’espace. Avec un satellite LEO comme GOLF-TEE, il faudra ajouter la poursuite rapide, le calcul orbital et la correction Doppler.

La difficulté ne sera donc pas seulement d’entendre un signal faible.

Il faudra être au bon endroit, dans la bonne direction et sur la bonne fréquence… pendant les quelques minutes où le satellite sera au-dessus de nous.

Pour aller plus loin

Un transceiver de 144 MHz à 6 GHz dans un satellite : découvrons le SDR Gen 2 d’AMSAT

Banniere GEN2

Imaginez un satellite radioamateur capable de fonctionner en VHF, UHF, 1,2 GHz, 2,4 GHz ou 5,6 GHz, de transmettre en CW, SSB, FM, FT8 ou SSTV et même d’évoluer après son lancement grâce au logiciel.

C’est précisément la philosophie du SDR Gen 2, actuellement développé par AMSAT. Une véritable « radio à tout faire » destinée aux futurs satellites Fox-Plus et GOLF.

Une radio qui tient dans un CubeSat

Développé notamment par Ray Roberge, WA1CYB, le SDR Gen 2 est un transceiver/transpondeur programmable reposant sur la technologie SDR — Software Defined Radio.

Le défi est considérable : AMSAT veut intégrer cette radio dans l’encombrement disponible d’un CubeSat 1U, tout en assurant une couverture continue de 144 MHz à 6 GHz.

Cela permet de couvrir directement plusieurs bandes bien connues des radioamateurs :

  • VHF : 144 MHz ;
  • UHF : 430 MHz ;
  • 900 MHz ;
  • bande L : autour de 1,2 GHz ;
  • bande S : autour de 2,4 GHz ;
  • bande C : autour de 5,6 GHz.

Et AMSAT ne compte pas s’arrêter là.

De 144 MHz jusqu’à… 10 GHz

Le SDR Gen 2 couvre directement les fréquences jusqu’à 6 GHz, mais AMSAT prévoit également une conversion permettant d’atteindre 10 GHz. C’est ce que l’organisation appelle parfois la capacité « Five & Dime », en référence aux bandes 5 et 10 GHz.

Nous entrons alors véritablement dans le domaine des micro-ondes, avec la possibilité d’expérimenter des liaisons plus larges et des transmissions de données rapides.

spectre 144 MHz → 6 GHz → 10 GHz, avec VHF/UHF/L/S/C/X

Le SDR Gen 2 d’AMSAT couvre en continu les fréquences de 144 MHz à 6 GHz, englobant les principales bandes satellites radioamateurs VHF, UHF, L, S et C. Une conversion RF supplémentaire doit permettre d’étendre ses possibilités jusqu’à la bande X, autour de 10 GHz.

Sur le projet GOLF-TEE, AMSAT travaille justement sur un transpondeur SDR multibande pouvant recevoir sur les bandes V, U, L, S ou C et utiliser une liaison descendante en 10 GHz.

Five & Dime

Le concept « Five & Dime » du SDR Gen 2 ouvre la voie aux liaisons satellites radioamateurs dans les micro-ondes. Le SDR couvre directement les fréquences jusqu’à 6 GHz, tandis qu’une conversion RF permet d’envisager une liaison descendante autour de 10 GHz, notamment pour les futures missions GOLF d’AMSAT. De telles fréquences offrent davantage de bande passante et permettent d’expérimenter des transmissions numériques à plus haut débit.

Une radio définie par logiciel

Le véritable intérêt du SDR Gen 2 n’est pourtant pas sa couverture en fréquence, mais sa programmabilité.

Dans un transpondeur traditionnel, une grande partie de la fonction radio est déterminée par l’électronique. Avec un SDR, le signal est numérisé et une partie importante du traitement est effectuée par logiciel.

schéma fonctionnel pédagogique du SDR Gen 2, de l'antenne au traitement GNU Radio

Principe de fonctionnement du SDR Gen 2 d’AMSAT : après la chaîne RF large bande, les signaux sont convertis en données numériques puis traités par la plateforme embarquée. Le logiciel, notamment à travers GNU Radio, permet de définir différentes fonctions radio — répéteur, transpondeur, modes numériques ou transmission de données — sans devoir concevoir une électronique spécifique pour chaque usage.

Le SDR Gen 2 s’appuie notamment sur GNU Radio, environnement open source bien connu des expérimentateurs SDR.

Résultat : la même plateforme peut potentiellement remplir des fonctions très différentes sans devoir redessiner toute la chaîne radio.

CW, SSB, FT8, FM, SSTV…

AMSAT annonce une impressionnante variété de modes : CW, SSB, FT8, NBFM, SSTV, FSTV/ATV, auxquels pourront s’ajouter différents modes numériques.

Un même matériel pourrait donc devenir un transpondeur vocal, transporter des données ou servir à différentes expérimentations numériques.

C’est un changement important : plutôt que d’envoyer dans l’espace une radio conçue pour une fonction très précise, on envoie une plateforme radio reconfigurable.

Et les transmissions rapides ?

Les différentes publications d’AMSAT utilisent plusieurs unités pour caractériser les performances envisagées. L’état du projet publié en août 2026 indique notamment un débit descendant minimal de 1 Msps. D’autres communications AMSAT ont évoqué 1 Mbps, voire jusqu’à 1 MBps.

Attention à ne pas les confondre : échantillons par seconde, bits par seconde et octets par seconde ne représentent pas la même chose. Les performances définitives dépendront également du mode utilisé et de la configuration retenue pour chaque mission.

Un projet ouvert

Autre caractéristique particulièrement intéressante pour les radioamateurs : AMSAT prévoit que le matériel comme le logiciel soient open source.

Le projet ne concerne donc pas seulement quelques ingénieurs développant une boîte noire destinée à être lancée dans l’espace. Il pourrait également devenir une formidable plateforme d’expérimentation pour la communauté radioamateur.

Bientôt dans l’espace ?

Le SDR Gen 2 est encore en développement. Il ne faut donc pas chercher aujourd’hui son signal dans le ciel.

AMSAT prévoit cependant cette architecture pour ses futurs programmes Fox-Plus et GOLF. Le projet GOLF est particulièrement ambitieux puisqu’il doit contribuer au retour d’AMSAT vers des orbites plus élevées et donc des zones de couverture beaucoup plus importantes.

Avec SDR Gen 2, le satellite radioamateur pourrait ainsi progressivement devenir ce que nos stations terrestres sont déjà en train de devenir : un ordinateur auquel on ajoute des antennes et dont une grande partie de la radio est définie par logiciel.

Et lorsque ces satellites travailleront couramment à 5 ou 10 GHz, il faudra aussi commencer à repenser sérieusement… nos stations satellites au sol !

Pour aller plus loin

JAMX01 et BY70-4 : les premières écoutes commencent !

Banniere JAMX01 + BY70-4

À peine placés en orbite, JAMX01 et BY70-4 commencent à attirer l’attention des chasseurs de satellites. Lancés le 25 août 2026 à 03 h 30 UTC depuis le centre spatial de Taiyuan, en Chine, à bord d’une Longue Marche 6C, ces deux microsatellites éducatifs embarquent des équipements utilisant les bandes radioamateurs.

JAMX01 : FM, SSTV et télémétrie

JAMX01, ou Jing’an Dream Star, est un microsatellite d’environ 50 kg, développé dans le cadre d’un projet éducatif impliquant des étudiants du district de Jing’an à Shanghai et des radioamateurs.

Pour nous, son intérêt réside surtout dans une charge utile particulièrement complète. Quatre fréquences ont été coordonnées par l’IARU :

  • 145,950 MHz : montée du digipeater FM ;
  • 435,175 MHz : descente du digipeater FM ;
  • 435,075 MHz : balise BPSK 9600 bauds et transmissions SSTV ;
  • 435,500 MHz : télémétrie.

Le satellite est désormais indiqué comme opérationnel dans la base SatNOGS, avec l’identifiant temporaire 98248.

Le couple 145,950 MHz → 435,175 MHz est évidemment celui que nous surveillerons particulièrement : dès que le digipeater sera pleinement ouvert à l’utilisation radioamateur, il devrait permettre de réaliser des liaisons VHF/UHF pendant les passages favorables.

La réception SSTV sur 435,075 MHz constitue également une activité intéressante et relativement accessible avec une station satellite classique.

BY70-4 : rendez-vous sur 437,443 MHz

Son compagnon de voyage BY70-4, également appelé Harbin MicroSat, est plus léger avec environ 18,7 kg. Développé par l’équipe LilacSat de l’Institut de technologie de Harbin, il embarque notamment plusieurs caméras, dont une capable de produire des images JPEG et SSDV, ainsi qu’un système de messages courts.

Pour commencer la chasse, une fréquence est à retenir :

437,443 MHz – BPSK à 9 600 bit/s

Le format de télémétrie est annoncé comme compatible avec ASRTU. La situation est cependant un peu particulière : BY70-4 réutilise la coordination précédemment attribuée à BY70-3, aujourd’hui rentré dans l’atmosphère.

À vos SDR !

Ces premiers jours sont particulièrement intéressants : fréquences exactes, Doppler, niveau des signaux et comportement réel des charges utiles vont progressivement être documentés par la communauté.

Avec un SDR, une antenne VHF/UHF et un logiciel de suivi satellite, nous pouvons déjà surveiller les passages. JAMX01 et BY70-4 viennent à peine d’arriver en orbite : la chasse aux premiers signaux est ouverte !

Pour aller plus loin

AMSAT Francophone – JAMX01 et BY70-4
SatNOGS – JAMX01
SatNOGS – BY70-4
Coordination IARU – JAMX01

WSPR : mon signal est parti… mais jusqu’où est-il allé ?

Jusqu'ou est-il alle

Dans nos deux précédents articles consacrés au WSPR, nous avons commencé par découvrir comment quelques milliwatts, quatre tons et près de deux minutes d’émission peuvent permettre à un minuscule signal de parcourir des milliers de kilomètres.

Puis nous avons ouvert le capot : indicatif, locator et puissance transformés en 50 bits, codage convolutif, entrelacement, synchronisation et enfin 162 symboles 4-FSK transmis pendant environ 110,6 secondes.

Cette fois, oublions les bits !

Notre balise vient d’envoyer :

F5KEE — JN18 — 20 dBm

Autrement dit, 100 mW viennent de partir dans l’antenne.

La question est maintenant beaucoup plus amusante :

Qui nous a entendus et jusqu’où notre petit signal est-il allé ?

WSPRnet : la mémoire du réseau

Le premier endroit où regarder est naturellement WSPRnet.

Les stations qui décodent votre transmission avec WSJT-X ou un logiciel compatible peuvent automatiquement envoyer un spot aux serveurs WSPRnet.

Quelques minutes après votre émission, une recherche sur votre indicatif permet donc de découvrir les stations qui vous ont reçu.

Une ligne de résultat peut, par exemple, nous apprendre que :

F5KEE → reçu à –23 dB → 100 mW → 4 850 km

Comment lire un spot WSPR ?

Comment lire un spot WSPR ? Chaque ligne indique notamment qui a émis, sur quelle fréquence et avec quelle puissance, qui a reçu le signal, avec quel rapport signal/bruit (SNR), ainsi que la distance parcourue. Ici, l’exemple montre comment interpréter la réception d’une émission WSPR de F5KEE par une station distante.

On y retrouve notamment l’heure, la fréquence, le rapport signal/bruit (SNR), la dérive en fréquence, l’indicatif et le locator du récepteur ainsi que la distance.

La carte permet également de visualiser géographiquement les chemins parcourus.

Et c’est là que WSPR devient particulièrement addictif : une émission que vous n’entendriez probablement même pas à l’oreille peut soudain apparaître à plusieurs milliers de kilomètres !

WSPR Rocks! : faisons parler les spots

WSPR Rocks! reprend les données WSPR mais propose une interface particulièrement pratique pour les explorer.

Entrez votre indicatif, choisissez une bande et une période : vous pouvez rapidement découvrir qui vous a reçu, à quelle distance et avec quel niveau.

Mais l’intérêt ne s’arrête pas à une jolie carte.

Les filtres et graphiques permettent de commencer à poser de vraies questions de radioamateur :

À quelle heure le 20 mètres commence-t-il à s’ouvrir ?

Quelle station me reçoit le plus régulièrement ?

Dans quelle direction mes meilleurs reports sont-ils obtenus ?

Que se passe-t-il si je réduis ma puissance de 1 W à 100 mW ?

Et surtout :

ma nouvelle antenne fonctionne-t-elle réellement mieux que l’ancienne ?

Voilà où WSPR cesse d’être un simple moyen de collectionner les records de distance pour devenir un véritable outil de mesure de la propagation et de notre station.

Et pour les amateurs de données : WSPR Live

Si quelques points sur une carte ne vous suffisent plus, WSPR Live permet d’aller encore plus loin.

Le service donne accès à une immense quantité de données WSPR accumulées au fil des années.

Il devient alors possible d’étudier l’évolution de la propagation sur de longues périodes, de comparer des bandes ou d’effectuer des analyses statistiques beaucoup plus poussées.

Nous quittons progressivement le simple :

« Qui m’a entendu ce soir ? »

pour entrer dans :

« Que pouvons-nous apprendre de plusieurs millions de réceptions ? »

Et là, il y aurait largement matière à un autre article !

Un conseil : ne regardez pas seulement la distance

Lors de vos premières émissions WSPR, le réflexe sera probablement de chercher immédiatement le spot le plus éloigné.

C’est amusant, mais ce n’est pas forcément l’information la plus intéressante.

Regardez également le SNR, l’heure, la direction, la répétition des réceptions et leur évolution.

Une station qui vous reçoit régulièrement à 1 500 km peut fournir davantage d’informations pour comparer deux antennes qu’un unique spot exceptionnel à 10 000 km.

WSPR devient réellement passionnant lorsque l’on commence à comparer plutôt qu’à simplement regarder.

Émettre n’était finalement que la moitié de l’expérience

Nous avons maintenant parcouru toute la chaîne.

Dans notre premier article, nous avons découvert pourquoi WSPR pouvait aller si loin avec si peu de puissance.

Dans le deuxième, nous avons démonté les 162 symboles qui transportent notre indicatif.

Et maintenant, nous savons retrouver leur trace à l’autre bout du monde.

Il ne reste donc plus qu’à lancer une émission.

100 mW dans l’antenne, un café… et voyons jusqu’où ils sont allés.

Pour aller plus loin

WSPRnet — Le réseau historique et la base de données des spots WSPR.
https://www.wsprnet.org/

Carte WSPRnet — Pour visualiser les stations et les chemins de propagation.
https://www.wsprnet.org/drupal/WSPRnet/map

WSPR Rocks! — Recherche, cartes, graphiques et exploration très pratique de vos spots.
https://wspr.rocks/

Aide de WSPR Rocks! — Pour découvrir les filtres, graphiques et possibilités d’analyse.
https://wspr.rocks/help.html

WSPR Live — Pour explorer et analyser plus profondément les données historiques WSPR.
https://wspr.live/

WSPR : que se cache-t-il derrière ces 162 petits symboles ?

Banniere WSPR

Dans notre précédent article, nous avons découvert comment WSPR pouvait transmettre un minuscule message radio à des milliers de kilomètres avec quelques milliwatts. Nous savons maintenant qu’une émission dure environ 110,6 secondes, utilise quatre fréquences très proches et ne transporte que quelques informations.

Mais nous avons volontairement laissé une boîte fermée.

Comment un message aussi banal que :

F5KEE JN18 20

peut-il devenir une succession de 162 symboles radio ?

Et, question encore plus intéressante : comment le récepteur réussit-il à effectuer l’opération inverse lorsque le signal est presque entièrement noyé dans le bruit ?

Cette fois, ouvrons le capot.

Première étape : faire entrer F5KEE dans 28 bits

Un ordinateur pourrait naturellement coder chaque caractère de notre message séparément. Mais ce serait un énorme gaspillage pour WSPR.

Le protocole exploite le fait qu’un indicatif radioamateur possède une structure relativement prévisible.

Un indicatif standard peut être représenté par seulement 28 bits.

Pourquoi 28 ?

Avec 28 bits, nous pouvons représenter :

2²⁸ = 268 435 456 valeurs différentes.

C’est suffisamment pour numéroter les indicatifs standards que le protocole doit représenter.

WSPR ne transmet donc pas réellement les caractères :

F – 5 – K – E – E

Il applique une procédure de codage qui transforme l’indicatif complet en un nombre, puis représente ce nombre sur 28 bits.

C’est une première astuce fondamentale :

plutôt que transmettre des caractères, on transmet leur numéro dans un ensemble de combinaisons possibles.

Notre indicatif F5KEE devient ainsi une valeur numérique parfaitement réversible.

Le locator subit le même traitement

Notre message contient ensuite :

JN18

Là encore, transmettre quatre caractères séparément serait inutile.

Un locator Maidenhead à quatre caractères découpe la Terre en un nombre limité de cases.

Il existe 18 × 18 possibilités pour les deux lettres et 10 × 10 possibilités pour les deux chiffres :

18 × 18 × 10 × 10 = 32 400 locators possibles.

Or :

2¹⁵ = 32 768

Quinze bits suffisent donc pour identifier n’importe lequel des 32 400 locators.

Notre JN18 devient donc à son tour un nombre codé sur :

15 bits.

Nous avons maintenant :

F5KEE → 28 bits

JN18 → 15 bits

soit déjà :

43 bits.

Et les 7 derniers bits ?

Il reste la puissance.

Dans notre exemple :

20 dBm = 100 mW.

WSPR réserve 7 bits à ce dernier champ dans un message standard de type 1.

Nous arrivons donc exactement à :

28 + 15 + 7 = 50 bits.

la compression de F5KEE JN18 20 en 50 bits

De F5KEE JN18 20 aux 50 bits du message WSPR. Le codage source transforme l’indicatif, le locator Maidenhead et la puissance en valeurs numériques compactes : 28 bits + 15 bits + 7 bits = 50 bits. Ces 50 bits constituent l’information utile qui sera ensuite protégée par le codage correcteur d’erreurs avant la transmission.

Voilà notre premier tour de force.

Le message parfaitement lisible :

F5KEE JN18 20

est devenu un paquet de seulement :

50 bits.

Cette opération s’appelle le codage source : représenter l’information utile avec le moins de bits possible.

Mais si nous envoyions directement ces 50 bits, le moindre parasite pourrait transformer un 0 en 1 et rendre le message inutilisable.

Il faut donc maintenant faire quelque chose qui peut sembler contradictoire :

nous allons volontairement ajouter de l’information.

De 50 à 162 bits : le code convolutif

WSPR utilise un puissant système de correction d’erreurs appelé codage convolutif.

Ses deux caractéristiques principales sont :

K = 32

et

r = 1/2.

Le taux 1/2 signifie, de façon simplifiée, que pour chaque bit présenté au codeur, celui-ci produit deux bits codés.

Mais il ne regarde pas uniquement le bit actuel.

Il tient également compte des bits précédents grâce à une mémoire comparable à un registre à décalage.

C’est là qu’intervient :

K = 32

appelé constraint length, ou longueur de contrainte.

Autrement dit, chaque décision produite par le codeur dépend d’une longue histoire des bits qui l’ont précédée.

Cette propriété crée une forte redondance structurée dans le message.

Pour terminer correctement le processus, 31 positions supplémentaires sont nécessaires.

Nous obtenons donc :

(50 + 31) × 2 = 162 bits codés.

le registre du code convolutif

Le codage convolutif du WSPR. Les 50 bits d’information sont complétés par 31 bits de terminaison, puis traversent un codeur convolutif de longueur de contrainte K = 32 et de taux 1/2. Chaque bit traité produit deux bits codés selon les polynômes générateurs du protocole : 81 × 2 = 162 bits, apportant la redondance qui permettra au récepteur de corriger de nombreuses erreurs dues au bruit et au fading.

Et voilà enfin apparaître notre fameux nombre :

162

Il ne vient donc absolument pas de nulle part.

Les 50 bits d’information originale, accompagnés de la mémoire nécessaire au code convolutif, produisent les 162 bits codés utilisés pour construire la transmission WSPR.

À quoi sert toute cette redondance ?

Imaginons qu’un signal soit momentanément affaibli par du fading.

Quelques bits deviennent alors très difficiles à déterminer.

Sans correction d’erreurs, le récepteur devrait décider :

0 ou 1 ?

et espérer avoir choisi correctement.

Avec le codage convolutif, les bits ne sont plus indépendants. Ils appartiennent à une structure logique que le décodeur connaît.

Le récepteur peut donc rechercher quelle succession de bits d’origine explique le mieux l’ensemble des informations reçues.

C’est un peu comme lire :

R_DIO_MATEUR

Même avec des lettres manquantes, nous pouvons raisonnablement reconstruire :

RADIOAMATEUR

Le code correcteur fait quelque chose de conceptuellement comparable, mais avec des mathématiques plutôt qu’un dictionnaire.

Et maintenant, mélangeons tout !

Nous possédons désormais 162 bits.

On pourrait les transmettre dans leur ordre.

WSPR choisit pourtant de les mélanger volontairement.

C’est l’entrelacement, ou interleaving.

Imaginons une suite :

A B C D E F G H

et une perturbation radio qui détruit quatre éléments consécutifs :

A B ? ? ? ? G H

Une partie entière de notre information est touchée.

Si nous avions préalablement réorganisé les données, la même perturbation affecterait des informations qui, une fois remises dans leur ordre initial, seraient dispersées dans le message.

C’est exactement l’intérêt de l’entrelacement.

WSPR réorganise donc les 162 bits codés avant leur transmission.

Au récepteur, l’opération inverse — le désentrelacement — permettra de retrouver leur ordre logique.

l’entrelacement

L’entrelacement des 162 bits WSPR. Après le codage convolutif, les bits sont volontairement réordonnés avant leur transmission. Cette dispersion évite qu’une perturbation brève ou un fading n’endommage une série de bits voisins : après désentrelacement au récepteur, les erreurs se retrouvent réparties dans le message et deviennent plus faciles à traiter par le code correcteur.

Cela améliore la résistance aux perturbations brèves, au fading et aux interférences.

Nous avons 162 bits… mais toujours pas quatre tons

À ce stade, notre message :

F5KEE JN18 20

est devenu :

50 bits utiles → codage convolutif → 162 bits → entrelacement.

Chaque bit obtenu ne peut toujours prendre que deux valeurs :

0 ou 1.

Or WSPR utilise quatre tons :

0, 1, 2 ou 3.

Il nous manque donc une pièce du puzzle.

Et cette pièce est particulièrement astucieuse.

Le deuxième bit que connaît déjà le récepteur

WSPR possède une séquence de synchronisation pseudo-aléatoire de 162 bits.

Mais contrairement aux données de F5KEE, cette séquence n’est pas une information inconnue que le récepteur doit découvrir.

Le récepteur la connaît déjà.

Nous avons donc, pour chaque position :

un bit de données, provenant de notre message ;

et un bit de synchronisation, appartenant à une séquence connue.

Ces deux bits déterminent ensemble lequel des quatre tons doit être transmis.

La règle est remarquablement simple :

Ton = 2 × Data + Sync

Regardons ce que cela donne :

Data Sync Ton
0 0 0
0 1 1
1 0 2
1 1 3

Et voilà !

Nous venons de fabriquer les quatre états de la modulation WSPR.

formule Sync + 2 × Data = ton 0/1/2/3

Comment WSPR transforme deux bits en l’un des quatre tons 4-FSK. Pour chacun des 162 symboles, un bit de données issu du message est combiné avec un bit de la séquence de synchronisation connue du récepteur selon la relation Ton = 2 × Data + Sync. Le résultat, compris entre 0 et 3, sélectionne l’une des quatre fréquences espacées d’environ 1,4648 Hz qui constituent le signal WSPR.

C’est une notion essentielle pour comprendre le protocole.

Les quatre tons ne transportent donc pas simplement « deux bits de notre message ».

Un bit correspond aux données codées, tandis que l’autre appartient à la séquence de synchronisation connue du récepteur.

Du symbole à la fréquence radio

Chaque résultat 0, 1, 2 ou 3 sélectionne maintenant l’une des quatre fréquences possibles.

Si nous appelons f₀ la fréquence du ton le plus bas :

Ton 0 → f₀

Ton 1 → f₀ + 1,4648 Hz

Ton 2 → f₀ + 2,9296 Hz

Ton 3 → f₀ + 4,3944 Hz

L’écart entre deux tons voisins est donc d’environ :

1,4648 Hz.

Supposons, pour simplifier, qu’une petite partie de notre séquence devienne :

2 – 0 – 3 – 1 – 2 – 2 – 0 – 1…

L’émetteur ne transmet pas les chiffres.

Il produit successivement :

f₂ – f₀ – f₃ – f₁ – f₂ – f₂ – f₀ – f₁…

Chaque fréquence est maintenue pendant environ 0,683 seconde, puis l’émetteur passe au symbole suivant.

À raison de 162 symboles :

162 × 0,683 ≈ 110,6 secondes.

Nous avons maintenant suivi pratiquement toute la chaîne :

F5KEE JN18 20

50 bits

codage convolutif

162 bits

entrelacement

+ 162 bits de synchronisation connus

162 valeurs de 0 à 3

162 tons 4-FSK

110,6 secondes de radio.

Notre indicatif est maintenant dans l’air !

Mais à l’autre bout, il n’y a presque rien…

Imaginons maintenant notre transmission reçue à plusieurs milliers de kilomètres.

Le signal a subi l’ionosphère, du fading, du bruit atmosphérique, les parasites locaux et éventuellement les émissions voisines.

Avec quelques milliwatts au départ, sa trace peut être presque invisible.

Le récepteur doit pourtant retrouver :

F5KEE JN18 20

Nous allons donc refaire tout le voyage… à l’envers.

« aller-retour » message → 162 tons → bruit → 162 symboles → message retrouvé.

Du signal WSPR noyé dans le bruit au message F5KEE JN18 20. À la réception, le logiciel effectue le chemin inverse de l’encodage : il recherche et synchronise le signal, analyse les quatre tons, récupère les bits de données, les désentrelace puis exploite le code correcteur pour reconstruire les 50 bits utiles. Le décodage source permet finalement de retrouver l’indicatif, le locator et la puissance transmis.

Première mission : retrouver où se cache le WSPR

Le logiciel ne sait pas nécessairement exactement où se trouve notre signal dans la petite fenêtre WSPR.

Il doit rechercher une correspondance en temps et en fréquence.

C’est ici que notre séquence de synchronisation devient particulièrement précieuse.

Rappelez-vous : le récepteur la connaît.

Il peut donc rechercher dans le signal reçu une structure compatible avec cette séquence.

Lorsqu’une forte correspondance apparaît à une certaine fréquence et avec un certain décalage temporel, nous avons un candidat :

il y a peut-être une transmission WSPR ici.

La synchronisation aide ainsi le logiciel à déterminer précisément quand et analyser le signal.

Le récepteur ne doit pas décider trop vite

Voici une autre notion importante.

Pour chaque symbole, le logiciel pourrait simplement rechercher laquelle des quatre fréquences possède le plus d’énergie et déclarer :

« C’est le ton 2 ! »

Mais lorsque le signal se trouve très profondément dans le bruit, une décision aussi brutale serait souvent fausse.

Le décodeur peut conserver des informations sur la probabilité ou la vraisemblance des différentes possibilités.

Au lieu de penser :

Ton 2 certain

il peut, conceptuellement, travailler avec quelque chose comme :

ton 2 très probable, ton 3 possible, tons 0 et 1 peu probables.

Ces informations deviennent extrêmement utiles pour le décodage correcteur.

Retirer ce que nous connaissons déjà

Une fois la synchronisation établie et les symboles analysés, nous savons que chaque symbole obéissait à :

Ton = 2 × Data + Sync.

Puisque Sync est connu, le logiciel peut retrouver l’information correspondant aux données.

Il obtient ainsi les estimations des 162 bits codés.

Mais souvenons-nous : nous les avions mélangés.

Il faut donc maintenant effectuer le :

désentrelacement.

Les bits retrouvent alors l’ordre attendu par le code convolutif.

Le moment où le correcteur entre en scène

Nous arrivons au véritable cœur du décodage faible signal.

Le décodeur connaît les règles exactes utilisées par le codeur.

Il peut donc rechercher quelle séquence initiale de 50 bits est la plus compatible avec les 162 informations reçues.

Un symbole peut être douteux.

Deux peuvent être mauvais.

Certains peuvent avoir pratiquement disparu.

Mais le décodeur ne juge pas chacun indépendamment : il cherche une séquence complète cohérente avec les contraintes du code.

C’est ce qui donne au WSPR une part importante de sa remarquable capacité à fonctionner à très faible rapport signal/bruit.

La documentation WSJT-X indique un seuil de décodage voisin de –31 dB dans une bande de référence de 2500 Hz.

À l’oreille, nous sommes depuis longtemps dans le domaine du « je n’entends absolument rien ».

Le logiciel, lui, possède encore suffisamment d’informations statistiques et structurelles pour tenter de reconstruire le message.

Nous retrouvons enfin nos 50 bits

Si le décodage réussit, nous revenons finalement aux :

50 bits d’origine.

Il ne reste plus qu’à inverser le codage source.

Les premiers champs permettent de reconstruire l’indicatif.

Le nombre redevient :

F5KEE

Les 15 bits du locator redeviennent :

JN18

et les 7 derniers bits permettent de récupérer :

20 dBm.

Après 110,6 secondes de transmission, des milliers de kilomètres de propagation et une bonne quantité de bruit, nous retrouvons exactement :

F5KEE JN18 20

C’est tout de même assez remarquable.

Finalement, que contiennent réellement les 162 symboles ?

Nous pouvons maintenant répondre beaucoup plus précisément que dans notre premier article.

Une transmission WSPR classique commence par seulement 50 bits d’information utile.

Le code convolutif K=32 de taux 1/2 apporte la redondance nécessaire pour obtenir 162 bits codés.

Ces bits sont entrelacés.

Chacun est ensuite associé à un bit provenant d’une séquence de synchronisation connue.

La combinaison :

2 × Data + Sync

produit l’une des quatre valeurs :

0 – 1 – 2 – 3

qui sélectionne l’un des quatre tons 4-FSK espacés d’environ 1,4648 Hz.

Ces 162 symboles sont transmis à environ 1,465 baud pendant 110,6 secondes.

À la réception, le logiciel effectue essentiellement le parcours inverse :

RF → synchronisation → analyse des tons → données → désentrelacement → correction d’erreurs → 50 bits → F5KEE JN18 20.

Voilà ce qui se cachait derrière nos 162 petits symboles.

Et surtout, nous pouvons maintenant comprendre pourquoi WSPR est si performant : il ne repose pas sur une astuce miraculeuse, mais sur une succession de choix particulièrement intelligents.

Très peu d’information, énormément de temps pour la transmettre, une bande passante minuscule, une synchronisation connue et une forte redondance permettant au logiciel de retrouver ce que le bruit avait presque effacé.

Et si nous fabriquions nous-mêmes ces 162 symboles ?

Maintenant que nous savons comment fonctionne la machine, une question devient inévitable.

Pourquoi laisser WSJT-X faire tout le travail ?

On pourrait très bien imaginer une fonction :

encode_wspr("F5KEE", "JN18", 20)

qui nous retournerait simplement :

2, 0, 3, 1, 2, 2, 0, 1...

jusqu’au 162e symbole.

Un petit microcontrôleur n’aurait ensuite plus qu’à transformer chacune de ces valeurs en l’une des quatre fréquences RF appropriées.

Mais jusqu’où mon signal est-il allé ? Pour en savoir plus !

 

Pour aller plus loin

  • Guide officiel WSJT-X — spécification des protocoles — La référence à privilégier. Elle décrit les 50 bits, le code convolutif K=32, r=1/2, les 162 symboles, l’entrelacement et la combinaison des bits Data et Sync pour obtenir les quatre tons.
  • WSJT-X — utilisation du mode WSPR — Pour passer de la théorie à la pratique avec WSJT-X : configuration, périodes de deux minutes, puissance d’émission et réception des spots. Le guide indique également une capacité de décodage pouvant atteindre environ –31 dB dans 2500 Hz.
  • Code source officiel de WSJT-X sur GitHub — Pour ceux qui veulent aller jusqu’au code utilisé par WSJT-X et comprendre comment les différents modes faibles sont implémentés.
  • WSPRcode.f90 — exemple d’encodage et de décodage WSPR — Probablement le lien le plus intéressant pour accompagner notre article. Ce petit programme montre explicitement l’encodage source, le codage convolutif, l’entrelacement, les symboles de synchronisation et la formule 2*dat(i)+sync(i) qui produit les 162 symboles transmis.
  • JTEncode — bibliothèque Arduino pour générer du WSPR — Particulièrement intéressant pour les radioamateurs qui voudraient passer de la théorie à la construction : cette bibliothèque permet notamment de générer les symboles WSPR depuis un microcontrôleur. Elle constitue une excellente transition vers une future balise WSPR autonome.

WSPR : 2 minutes, 4 tons et quelques milliwatts… comment ce petit signal fait-il le tour du monde ?

Banniere WSPR

Imaginez : votre émetteur délivre seulement quelques dizaines ou centaines de milliwatts. Pas de grosse modulation, pas de voix, pas même un échange de messages. Pendant près de deux minutes, il émet quatre minuscules variations de fréquence presque confondues.

Et pourtant, quelques instants plus tard, votre indicatif apparaît sur une carte : reçu à 500, 2 000, parfois 10 000 km.

Bienvenue dans le monde du WSPR, probablement l’un des modes numériques qui illustre le mieux ce que l’on peut faire lorsqu’on remplace la puissance par… du traitement du signal.

Mais comment cela fonctionne-t-il réellement ?

WSPR : une balise plutôt qu’un mode de QSO

WSPR signifie Weak Signal Propagation Reporter, que l’on pourrait traduire par « système de compte rendu de propagation par signaux faibles ».

Le protocole a été développé par Joe Taylor, K1JT, prix Nobel de physique et radioamateur, également à l’origine de plusieurs modes numériques pour signaux faibles.

Contrairement au FT8 ou au FT4, le WSPR n’a pas été conçu principalement pour réaliser des QSO. Son objectif est beaucoup plus simple : envoyer suffisamment d’informations pour qu’une station distante puisse dire :

« J’ai entendu telle station, située approximativement ici, émettant avec telle puissance. »

Un réseau mondial de stations d’écoute collecte ensuite ces réceptions, appelées spots, ce qui permet de visualiser presque en temps réel l’état de la propagation.

Le voyage d'un spot WSPR

Le voyage d’un spot WSPR. Une émission de quelques milliwatts peut être reçue à plusieurs milliers de kilomètres, décodée par une station distante puis transmise à WSPRnet. Le réseau mondial de récepteurs transforme ainsi de minuscules signaux en un formidable outil d’observation de la propagation.

Seulement trois informations à transmettre

Pour aller loin avec très peu de puissance, une première solution consiste à ne transmettre que le strict nécessaire.

Un message WSPR classique contient essentiellement :

l’indicatif — le locator Maidenhead — la puissance

Prenons un exemple :

F4LER JN18 20

Le premier champ identifie la station.

JN18 donne sa position géographique avec une précision suffisante pour une expérience de propagation.

Enfin, 20 indique la puissance déclarée en dBm.

Cette unité peut sembler inhabituelle au début :

dBm Puissance
0 dBm 1 mW
10 dBm 10 mW
20 dBm 100 mW
30 dBm 1 W
37 dBm ≈ 5 W

Notre exemple indique donc une émission de 100 mW.

Ce message extrêmement court va maintenant subir toute une série de transformations avant d’arriver à l’antenne.

De l’indicatif aux bits

WSPR ne transmet évidemment pas directement les caractères « F », « 4 », « L », « E », « R » sous forme ASCII.

L’indicatif, le locator et la puissance sont compactés suivant les règles du protocole afin de réduire au maximum le nombre de bits nécessaires.

Pour le message WSPR classique, les informations utiles tiennent dans seulement 50 bits.

C’est remarquablement peu.

Mais ces 50 bits ne peuvent pas simplement être envoyés tels quels. Avec quelques milliwatts et un signal parfois enfoui dans le bruit, la moindre erreur ferait perdre le message.

WSPR va donc ajouter de la redondance.

Ajouter des bits pour mieux résister au bruit

Cela peut sembler paradoxal : nous venons de compresser le message pour économiser des bits… et nous allons maintenant en ajouter !

La raison est fondamentale.

Le WSPR utilise un codage correcteur d’erreurs, ou FEC (Forward Error Correction). Le principe consiste à introduire une redondance organisée permettant au récepteur de retrouver le message même lorsque certaines informations reçues sont incertaines.

Le WSPR classique utilise notamment un code convolutif de taux 1/2.

Il applique ensuite un entrelacement : les informations codées ne sont pas simplement envoyées dans leur ordre initial. Elles sont réorganisées afin qu’une perturbation momentanée de la liaison n’endommage pas une partie trop concentrée du message.

Nous n’entrerons pas ici dans les mathématiques du codage convolutif — cela mériterait un article à lui seul — mais retenons l’idée essentielle :

le WSPR sacrifie du débit pour gagner énormément en robustesse.

Pourquoi 162 symboles ?

Après compression, codage, entrelacement et ajout des informations nécessaires à la synchronisation, une transmission WSPR-2 est constituée de 162 symboles.

Et c’est ici qu’apparaît le deuxième chiffre de notre titre : les quatre tons.

Chaque symbole peut prendre l’une de quatre valeurs.

WSPR utilise une modulation appelée 4-FSK (4 Frequency Shift Keying).

Plutôt que de modifier l’amplitude ou la phase du signal, l’émetteur choisit simplement entre quatre fréquences extrêmement proches.

On peut les imaginer ainsi :

Ton 0 → f

Ton 1 → f + 1,4648 Hz

Ton 2 → f + 2,9296 Hz

Ton 3 → f + 4,3944 Hz

L’espacement entre deux tons n’est donc que d’environ 1,465 Hz !

Le signal complet n’occupe ainsi qu’environ 6 Hz de spectre en tenant compte de la modulation.

vLes quatre tons du WSPRLes quatre tons de la modulation WSPR. Chaque symbole est transmis en choisissant l’une de quatre fréquences espacées d’environ 1,4648 Hz et pendant environ 0,683 seconde. Le signal WSPR n’occupe ainsi qu’environ 6 Hz, une largeur de bande extrêmement faible qui contribue à permettre la détection de signaux très faibles noyés dans le bruit.

À l’échelle d’un récepteur SSB réglé sur quelques kilohertz, c’est minuscule.

Et c’est précisément l’une des clés du WSPR.

Que se passe-t-il pendant ces deux minutes ?

De l’indicatif aux 162 symboles WSPR. Le message contenant indicatif, locator et puissance est compacté, protégé par un codage correcteur, entrelacé et combiné avec la synchronisation avant d’être transmis sous forme de 162 symboles 4-FSK. À raison d’environ 0,683 seconde par symbole, l’émission complète dure près de 110,6 secondes, à l’intérieur d’un créneau de deux minutes.

Pourquoi presque deux minutes ?

Chaque symbole WSPR dure environ 0,683 seconde.

Avec 162 symboles :

162 × 0,683 ≈ 110,6 secondes

Une transmission dure donc environ 1 minute et 51 secondes.

Les émissions sont organisées dans des créneaux synchronisés de deux minutes, commençant sur les minutes UTC paires.

Voilà donc expliqué le « 2 minutes » de notre titre.

À l’heure où certains modes numériques réalisent des échanges en quelques secondes, 110 secondes peuvent paraître interminables.

Mais WSPR ne cherche pas la vitesse.

Il cherche la sensibilité.

Le récepteur dispose d’un temps considérable pour analyser une quantité minuscule d’informations contenue dans une bande passante extrêmement étroite.

Le véritable secret n’est pas la propagation

Une précision est importante.

Un signal WSPR de 100 mW ne se propage pas mieux qu’un autre signal de 100 mW placé sur la même fréquence et utilisant la même antenne.

L’ionosphère ignore totalement qu’il s’agit de WSPR !

Le véritable exploit se produit dans le récepteur.

Supposons que vous essayiez d’entendre quelqu’un qui chuchote au milieu d’une foule. C’est extrêmement difficile.

Maintenant, imaginez que vous sachiez :

  • exactement à quel moment cette personne va commencer à parler ;
  • dans quelle petite zone elle se trouve ;
  • approximativement ce qu’elle va vous dire ;
  • et que vous puissiez écouter pendant presque deux minutes.

Le problème devient beaucoup plus facile.

C’est exactement ce que fait le décodeur WSPR.

Comment peut-on décoder un signal sous le bruit ?

Voici l’un des aspects les plus spectaculaires du WSPR.

Les logiciels peuvent décoder des signaux présentant des rapports signal/bruit très négatifs.

On rencontre couramment des spots à :

–15 dB, –20 dB, –25 dB…

et parfois encore plus bas dans de bonnes conditions.

Cela ne signifie pas que la puissance du signal est « négative ».

Le SNR, ou rapport signal/bruit, compare le niveau du signal au niveau du bruit dans une bande passante de référence.

À l’oreille, un tel signal peut sembler totalement absent. Sur un waterfall, il peut être à peine visible.

Mais le logiciel, lui, ne cherche pas à « écouter » comme nous.

Il effectue une analyse numérique du signal, recherche la structure temporelle et fréquentielle attendue, exploite la synchronisation connue et évalue les quatre positions fréquentielles possibles de chaque symbole.

Puis le processus utilisé à l’émission est parcouru en sens inverse :

signal reçu → symboles → désentrelacement → décodage correcteur → données → indicatif, locator et puissance.

Comment retrouver un signal sous le bruit ?

Comment WSPR retrouve un signal sous le bruit. Le décodeur recherche d’abord le signal au bon instant et à la bonne fréquence, puis analyse successivement les 162 symboles 4-FSK, les désentrelace et exploite le codage correcteur pour reconstruire les données originales. Grâce à la très faible largeur de bande, à la longue durée d’observation, à la synchronisation et au traitement numérique, un message peut ainsi être décodé alors que sa trace est pratiquement invisible sur le waterfall.

Même lorsque certaines décisions sont incertaines à cause du bruit, la redondance introduite par le codage permet au décodeur de retrouver le message le plus probable.

Voilà une bonne partie de la « magie » du WSPR.

Pourquoi l’heure de votre ordinateur est-elle importante ?

Puisque WSPR sait approximativement quand une émission doit commencer, la synchronisation temporelle constitue une information supplémentaire précieuse pour le décodeur.

Les périodes WSPR-2 sont alignées sur des créneaux de deux minutes.

Une horloge d’ordinateur fortement décalée peut donc compromettre les décodages.

C’est pourquoi une station WSPR doit disposer d’une heure système correctement synchronisée, généralement par NTP, ou par une référence GPS dans certaines installations autonomes.

Le récepteur connaît alors trois éléments précieux :

quand chercher, où chercher en fréquence et quelle structure rechercher.

De votre antenne à une carte mondiale

Une station WSPR de réception peut être extrêmement simple :

antenne → récepteur ou SDR → ordinateur → logiciel → Internet

Des logiciels tels que WSJT-X décodent les transmissions.

Lorsqu’un message est correctement identifié, la station réceptrice peut envoyer automatiquement un spot vers les serveurs WSPR.

Celui-ci indique notamment qui a été reçu, par quelle station, sur quelle bande, avec quel rapport signal/bruit et avec quelle dérive de fréquence.

Les informations accumulées par des milliers de stations constituent alors une formidable base de données sur la propagation radio.

Une balise de quelques milliwatts devient ainsi une véritable sonde de l’ionosphère.

WSPR n’est donc pas un concours de distance

Il est évidemment amusant d’émettre avec 100 mW et de découvrir quelques minutes plus tard un spot à plusieurs milliers de kilomètres.

Mais réduire WSPR à un concours du type « qui ira le plus loin avec le moins de milliwatts ? » serait passer à côté de son principal intérêt.

WSPR permet notamment d’observer l’ouverture et la fermeture d’une bande, de comparer les performances de deux antennes, d’étudier les différences entre propagation diurne et nocturne ou encore de suivre l’évolution d’une liaison pendant plusieurs jours.

Il permet également des expériences étonnantes avec des balises autonomes et des pico-ballons, où la faible consommation électrique et la possibilité d’être reçu à très grande distance sont particulièrement intéressantes.

Et surtout, WSPR permet de faire quelque chose que les radioamateurs adorent :

mesurer plutôt que supposer.

Vous pensez que votre nouvelle antenne fonctionne mieux que l’ancienne ?

WSPR peut contribuer à le vérifier.

Alors, comment quelques milliwatts font-ils le tour du monde ?

Ils ne le font pas toujours.

La fréquence, la propagation, l’antenne, l’heure, le bruit local et quantité d’autres paramètres restent déterminants.

Mais WSPR empile plusieurs avantages particulièrement efficaces :

très peu d’informations à transmettre + transmission lente + bande passante minuscule + quatre tons très rapprochés + synchronisation précise + correction d’erreurs + traitement numérique puissant.

Pris séparément, aucun de ces éléments n’est miraculeux.

Mis ensemble, ils permettent de retrouver des signaux que notre oreille considérerait volontiers comme perdus dans le bruit.

C’est finalement là que réside toute l’élégance du WSPR :

il ne fait pas mieux voyager les ondes ; il est extraordinairement doué pour retrouver les traces qu’elles laissent.

Alors, pour votre prochaine expérience, plutôt que d’ajouter encore quelques décibels à l’amplificateur, pourquoi ne pas essayer l’inverse ?

Baissez la puissance… et regardez jusqu’où quelques milliwatts peuvent encore vous faire entendre.

Pour en connaître davantage sur le protocole !

Pour aller plus loin

  • WSPRnet — carte mondiale des spots WSPR
    Pour observer en direct les chemins de propagation, filtrer par bande ou indicatif et visualiser les stations reçues dans le monde.
    Carte WSPRnet
  • WSPRnet — base de données des spots
    Très intéressante pour aller au-delà de la carte : fréquence, SNR, dérive, puissance déclarée, station réceptrice et distance parcourue.
    Base de données WSPRnet
  • WSJT-X — documentation officielle
    La référence pour utiliser WSPR avec WSJT-X. Le guide rappelle notamment le principe du protocole, les séquences de deux minutes et la possibilité de décoder des signaux extrêmement faibles, jusqu’à environ –31 dB dans une bande de référence de 2500 Hz.
    Guide officiel WSJT-X
  • WSPRnet — fréquences utilisées
    Pratique pour retrouver rapidement les fréquences USB de référence : par exemple 3,5686 MHz sur 80 m, 7,0386 MHz sur 40 m, 14,0956 MHz sur 20 m et 28,1246 MHz sur 10 m.
    Fréquences et carte WSPRnet

Haifuraiya : le futur QO-100 pourrait-il devenir un routeur numérique dans l’espace ?

Future GEO sat

QO-100 a profondément changé la pratique des satellites radioamateurs : pour la première fois, un transpondeur amateur géostationnaire permet de réaliser des contacts à toute heure, sans attendre le passage d’un satellite. Mais son éventuel successeur pourrait aller beaucoup plus loin. Avec Haifuraiya, l’Open Research Institute (ORI) propose de remplacer le traditionnel répéteur analogique par une véritable plateforme numérique régénérative dans l’espace.

Et une évolution technique annoncée le 24 août 2026 rend le projet encore plus concret : son architecture prévoit désormais 64 canaux numériques simultanés dans une bande de seulement 10 MHz.

QO-100 : un remarquable « tuyau » radio

Le principe de QO-100 reste relativement classique. Le satellite reçoit les signaux envoyés depuis le sol sur 2,4 GHz, les transpose et les retransmet sur 10 GHz.

C’est ce que les ingénieurs appellent un transpondeur « bent pipe », littéralement un tuyau coudé.

Le satellite ne cherche pas réellement à comprendre ce qu’il reçoit. Une station trop puissante, mal réglée ou occupant trop de bande passante est donc retransmise telle quelle.

Haifuraiya change complètement cette philosophie.

L’Open Research Institute décrit Haifuraiya — « High Flyer » — comme un projet open source destiné aux orbites HEO/GEO. Pour futureGEO, ORI propose cette architecture comme base possible d’une future charge utile amateur géostationnaire régénérative.

Cette fois, le satellite décode les signaux

Avec Haifuraiya, les stations au sol transmettraient individuellement des signaux numériques utilisant le protocole Opulent Voice (OPV).

Le satellite les reçoit, mais au lieu de simplement les retransmettre, il les sépare, démodule et décode à bord.

Les données provenant des différentes stations sont ensuite regroupées dans un flux numérique commun avant d’être réémises vers la Terre en DVB-S2/S2X.

Le fonctionnement peut se résumer ainsi :

Stations radioamateurs → canaux OPV → satellite → décodage → multiplexage → DVB-S2/S2X → Terre

Autrement dit, Haifuraiya serait beaucoup plus proche d’un routeur numérique placé à près de 36 000 km d’altitude que d’un répéteur radio traditionnel.

QO-100 Vs Haifuraiya

QO-100 et Haifuraiya : deux philosophies différentes. QO-100 fonctionne comme un transpondeur « bent pipe » qui transpose et retransmet les signaux reçus. Haifuraiya introduit un transpondeur régénératif : les canaux numériques OPV sont séparés et décodés à bord, puis regroupés avant d’être retransmis vers la Terre en DVB-S2/S2X.

64 radioamateurs simultanément dans 10 MHz

C’est précisément sur ce point qu’une évolution importante vient d’être publiée.

L’uplink actuellement étudié se situe sur 5,6 GHz, avec une largeur totale de 10 MHz. Chaque utilisateur émettrait dans son propre canal FDMA en Opulent Voice.

ORI avait initialement envisagé 96 canaux, mais les essais et simulations ont montré que cette solution devenait trop contraignante.

Le signal OPV occupe environ 81 kHz entre ses premiers zéros. Avec 96 canaux dans 10 MHz, chaque canal ne disposerait que de 104,17 kHz, laissant seulement environ 11,5 kHz de garde de chaque côté.

Le nouveau choix de 64 canaux donne au contraire :

  • largeur par canal : 156,25 kHz ;
  • signal utile : environ 81 kHz ;
  • bande de garde : environ 37,5 kHz de chaque côté ;
  • modulation : MSK ;
  • débit symbole : 54,2 kbauds.

Cette marge supplémentaire facilite énormément le filtrage et améliore la tolérance aux erreurs de fréquence, aux oscillateurs imparfaits et au Doppler.

Le chiffre 64 présente aussi un avantage informatique : 64 = 2⁶. Une FFT de 64 points est beaucoup plus naturelle à réaliser dans un FPGA qu’une FFT de 96 points. Le prototype utilise ainsi un channelizer polyphasé à 64 voies dont l’implémentation a déjà été synthétisée et vérifiée sur une plateforme AMD/Xilinx Zynq UltraScale+ ZCU102.

64 canaux OPV en 5,6 GHz

Architecture du transpondeur numérique Haifuraiya. Jusqu’à 64 utilisateurs disposent chacun d’un canal OPV/MSK sur l’uplink 5,6 GHz. À bord, un channelizer FPGA sépare les canaux avant leur démodulation et leur décodage. Les données utiles peuvent ensuite être identifiées, contrôlées et regroupées pour constituer un flux descendant unique en DVB-S2/S2X.

Opulent Voice : pas seulement de la voix

Malgré son nom, Opulent Voice ne se limite pas aux communications vocales.

Le protocole a été conçu pour transporter dans une même architecture voix, texte, fichiers, télémétrie, commandes et données de type IoT.

Pour la voix, OPV utilise notamment le codec Opus, avec un débit à partir de 16 kbit/s, très différent des vocodeurs à faible débit traditionnellement employés par certains systèmes de voix numérique radioamateur.

Les paramètres publiés indiquent notamment une modulation MSK à 54 200 bauds, des trames de 40 ms, une correction d’erreurs convolutionnelle de taux 1/2 et une identification de la station intégrée dans chaque trame.

Une communication pourrait donc évoluer de la voix vers du texte ou des données sans devoir changer complètement de système radio.

Pourquoi redescendre en DVB-S2/S2X ?

C’est l’une des idées les plus astucieuses du projet.

Le satellite reçoit de nombreux petits canaux numériques indépendants, mais il n’est pas nécessaire de les retransmettre individuellement.

Après décodage, les informations utiles sont multiplexées dans un flux descendant DVB-S2/S2X unique.

Ce choix est particulièrement intéressant pour les radioamateurs : DVB-S2 est déjà largement connu dans le monde de la DATV et bénéficie d’un important écosystème matériel et logiciel.

Le principe devient donc :

64 petits uplinks individuels → traitement numérique à bord → un downlink numérique multiplexé.

Le satellite pourrait même gérer les utilisateurs

Le traitement régénératif apporte une autre possibilité inexistante avec un simple transpondeur analogique.

Les trames OPV comportent notamment l’identification de la station et un jeton d’authentification. Haifuraiya peut donc déterminer quelles trames doivent être acceptées et retransmises. ORI décrit pour cela une architecture baptisée AAAAA : Access, Authentication, Authorization, Accounting, Auditing.

Un signal incorrect ou perturbateur pourrait ainsi être rejeté avant même d’atteindre le downlink.

Cette possibilité risque évidemment d’alimenter quelques discussions entre radioamateurs : jusqu’où doit aller le contrôle d’accès à un satellite amateur ?

Techniquement, en revanche, les possibilités deviennent considérables.

Ce n’est plus seulement une idée sur le papier

Un autre aspect rend Haifuraiya particulièrement intéressant : plusieurs briques technologiques fonctionnent déjà.

ORI a présenté en 2026 des implémentations opérationnelles du modem Opulent Voice, de la chaîne logicielle utilisateur et de l’émetteur DVB-S2 sur FPGA. L’organisation indique également travailler sur une version terrestre du répéteur ainsi que sur un prototype de carte de communication qualifiable pour le spatial.

Le channelizer 64 voies publié en août constitue une nouvelle étape : son implémentation FPGA fonctionne à 100 MHz et a été vérifiée par comparaison avec un modèle Python de référence.

L’ensemble du projet reste dans la philosophie radioamateur : architecture documentée et développements matériels et logiciels open source.

Haifuraiya sera-t-il réellement le successeur de QO-100 ?

Pas encore.

C’est une distinction importante.

Le programme futureGEO, conduit autour d’AMSAT-DL avec le soutien de l’ESA dans le cadre d’ARTES Future Preparation 1A.126, travaille à la définition des besoins et des concepts d’une future charge utile amateur géostationnaire.

Plusieurs philosophies ont été étudiées : un successeur amélioré mais relativement classique de QO-100, une plateforme numérique SDR régénérative baptisée Digital Innovation Lab, et un concept exploratoire utilisant des fréquences millimétriques.

Haifuraiya constitue la proposition d’ORI pour montrer ce que pourrait être la solution régénérative. ORI indique participer à la phase 2 de futureGEO.

Il serait donc prématuré d’affirmer que « Haifuraiya remplacera QO-100 ».

Mais le projet permet déjà d’entrevoir ce que pourrait devenir la prochaine génération de satellites radioamateurs géostationnaires.

Du répéteur spatial au réseau numérique spatial

QO-100 a démontré que la radio d’amateur géostationnaire était possible et extrêmement attractive.

Haifuraiya pose maintenant une autre question :

et si le prochain satellite ne se contentait plus de répéter nos signaux ?

Avec 64 canaux numériques, du traitement FPGA à bord, Opulent Voice pour transporter voix et données et DVB-S2/S2X pour les redescendre vers la Terre, le satellite deviendrait une véritable infrastructure de communications numériques dans l’espace.

Le passage du transpondeur « bent pipe » au transpondeur régénératif serait alors probablement aussi important que l’arrivée de QO-100 elle-même.

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