Bienvenue sur le Site du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon (91 – Essonne)!

Chers(es) visiteurs(ses) et passionnés(es) de radio et de sciences,

Le Radio-Club F5KEE vous accueille à la Maison des Associations de Viry-Châtillon, au cœur de l’Essonne. Dans ce lieu ouvert et convivial, nous réunissons toutes celles et ceux qui partagent la curiosité des sciences, des techniques et des communications sans fil.

Le radioamateurisme, c’est bien plus qu’un simple hobby :
c’est une passion universelle, où l’on apprend à dialoguer avec le monde entier, à construire ses propres antennes et équipements, à explorer la propagation des ondes, mais aussi à découvrir les technologies numériques et les satellites.

À qui s’adresse le radio-club ?

Le F5KEE s’adresse à tous les publics :

  • les curieux qui veulent découvrir ce qu’est la radio et comment on peut communiquer sans Internet,

  • les jeunes et étudiants attirés par la technique, l’électronique ou l’aéronautique,

  • les futurs radioamateurs qui souhaitent préparer la licence,

  • les opérateurs confirmés qui veulent partager leurs expériences, expérimenter ou participer à des contests,

  • et plus largement, toute personne désireuse d’apprendre, de pratiquer et d’échanger dans un cadre associatif.

Que fait-on au F5KEE ?

Nos activités sont variées et adaptées à tous les niveaux :

  • Découverte et formation : initiation aux bases de la radio, aide à la préparation de la licence radioamateur ( voir : nos formations )

  • Pratique du trafic : contacts en phonie, en CW (morse), en modes numériques (FT8, …), via satellites ou encore à travers le monde en HF.

  • Expérimentations techniques : réalisation et essais d’antennes, utilisation du SDR, projets autour de l’Arduino ou d’interfaces numériques.

  • Activités collectives : organisation de démonstrations publiques, projets éducatifs en lien avec les écoles ou évènements internationaux (ARISS, QO-100, etc.).

  • Vie de club : échanges, entraide, convivialité et partage de connaissances dans une ambiance amicale.

Pourquoi nous rejoindre ?

Adhérer au Radio-Club F5KEE, c’est rejoindre une communauté dynamique et passionnée, c’est apprendre en pratiquant, c’est aussi trouver un lieu où la curiosité technique et la convivialité se conjuguent au quotidien.

C’est également l’occasion d’acquérir des bases solides en électricité et en électronique, compétences précieuses pour comprendre le fonctionnement des équipements mais aussi pour, pourquoi pas, préparer un futur métier dans les domaines techniques, scientifiques ou industriels.

Que vous soyez simple curieux, débutant ou opérateur chevronné, poussez la porte de la Maison des Associations de Viry-Châtillon : F5KEE vous accueille et vous invite à découvrir le monde fascinant du radioamateurisme.

L’équipe du Radio-Club F5KEE de Viry-Châtillon

10 W sur 1 296 MHz : combien arrivent vraiment jusqu’à l’antenne ?

Pertes coaxiales à 1 296 MHz

Sur 1 296 MHz, disposer de 10 W à la sortie du transverter ne signifie pas que l’antenne reçoit 10 W. Entre les deux se trouve souvent plusieurs mètres de câble coaxial et, à cette fréquence, celui-ci peut devenir un véritable consommateur de watts.

Alors, avec 10 W dans le shack, combien en reste-t-il réellement au pied de l’antenne ?

À 1 296 MHz, chaque décibel compte

Sur les bandes HF, quelques mètres de coaxial ordinaire passent souvent presque inaperçus. À 1 296 MHz, la situation change radicalement : les pertes augmentent avec la fréquence et deviennent rapidement importantes.

Pour comprendre les chiffres, retenons simplement :

  • une perte de 1 dB laisse environ 79 % de la puissance ;
  • 2 dB en laissent environ 63 % ;
  • 3 dB n’en laissent plus que 50 % ;
  • 6 dB ne laissent plus qu’environ 25 %.

Autrement dit, avec 3 dB de pertes, nos 10 W deviennent seulement 5 W à l’antenne.

Prenons une station 23 cm de 10 W

Imaginons un transverter ou un amplificateur délivrant exactement 10 W sur 1 296 MHz. Pour simplifier, nous négligerons d’abord les pertes des connecteurs, relais et adaptateurs.

Comparons plusieurs solutions de ligne coaxiale avec des valeurs d’atténuation typiques. Celles-ci peuvent légèrement varier suivant les fabricants et les modèles.

Installation Longueur Perte approximative Puissance à l’antenne
RG-58 5 m ≈ 2,7 dB ≈ 5,4 W
RG-213 10 m ≈ 2,8 dB ≈ 5,2 W
Ecoflex 10 10 m ≈ 1,6 dB ≈ 6,9 W
Câble 1/2 pouce faible perte 10 m ≈ 0,8–0,9 dB ≈ 8,2 W
Transverter sous l’antenne ≈ 0,5 m ≈ 0,1 dB ≈ 9,8 W

Le constat est spectaculaire : seulement 5 mètres de RG-58 peuvent faire disparaître presque la moitié de nos 10 W !

Comparatif des pertes coaxiales à 1 296 MHz

À 1 296 MHz, quelques mètres de coaxial peuvent engloutir une grande partie des 10 W avant même qu’ils n’atteignent l’antenne.

Le RG-213 : mieux, mais attention à la longueur

Le RG-213 constitue déjà un câble beaucoup plus sérieux que le petit RG-58. Mais sur 1 296 MHz, dix mètres représentent encore près de 3 dB selon le modèle utilisé.

Résultat : nos 10 W peuvent arriver à l’antenne sous la forme de seulement 5 à 6 W.

Cela démontre une règle essentielle en SHF : la qualité du coaxial compte, mais sa longueur compte tout autant.

Ecoflex 10 : nous récupérons quelques watts

Avec environ 16 dB d’atténuation pour 100 mètres autour de 1 296 MHz, dix mètres d’Ecoflex 10 représentent environ 1,6 dB.

Nos 10 W deviennent alors approximativement 6,9 W à l’antenne.

Nous venons donc de récupérer près de 2 W simplement en remplaçant la ligne de transmission, sans toucher au transverter ni à l’amplificateur.

Le 1/2 pouce : la solution « sérieuse »

Les câbles professionnels semi-rigides ou corrugués de 1/2 pouce, souvent appelés Cellflex ou HELIAX selon les fabricants, offrent des pertes beaucoup plus faibles.

Avec environ 0,8 à 0,9 dB sur dix mètres, il reste autour de 8,2 W de nos 10 W initiaux.

C’est excellent, mais ces câbles sont plus gros, plus rigides et nécessitent une connectique adaptée.

Et si le meilleur coaxial était… aucun coaxial ?

Une autre solution consiste à déplacer le transverter.

Au lieu de faire : Transverter → 10 m de coaxial 1 296 MHz → antenne

nous pouvons faire : Station → liaison FI → transverter sous l’antenne → 50 cm de coaxial → antenne

Avec seulement quelques dizaines de centimètres de câble à 1 296 MHz, pratiquement toute la puissance produite arrive à l’antenne.

La liaison entre le shack et le transverter peut alors transporter une fréquence intermédiaire beaucoup plus basse, par exemple 144 ou 432 MHz, où les pertes sont nettement plus faciles à maîtriser.

Installation 1 296 MHz : classique ou optimisée

À 1 296 MHz, placer transverter et LNA près de l’antenne réduit fortement les pertes en émission comme en réception.

Et en réception ? C’est encore plus critique !

Nous avons parlé de watts perdus à l’émission, mais le même câble atténue également les précieux signaux reçus.

Un signal faible provenant de l’antenne doit traverser toute la descente avant d’atteindre le récepteur. Les pertes situées avant le premier amplificateur faible bruit (LNA) dégradent directement les performances de réception.

Voilà pourquoi les stations performantes en 1 296 MHz placent souvent le LNA au plus près de l’antenne.

Quelques mètres de câble après un bon LNA sont beaucoup moins pénalisants que les mêmes mètres placés avant lui.

N’oublions pas les connecteurs

Nos calculs sont encore optimistes. Une station réelle comporte des connecteurs, relais coaxiaux, parafoudres, adaptateurs, coupleurs et parfois un wattmètre.

Pris individuellement, chacun peut sembler négligeable. Mais leurs pertes s’additionnent.

À 1 296 MHz, mieux vaut donc éviter la collection d’adaptateurs accumulés « parce qu’ils étaient dans le tiroir » !

Plus de watts ou moins de pertes ?

Face à une station jugée trop faible, la première idée consiste souvent à acheter un amplificateur plus puissant.

Pourtant, passer de 10 à 20 W dans le shack tout en perdant 3 dB dans le coaxial revient simplement à retrouver environ 10 W à l’antenne.

Avant d’ajouter des watts, il est donc souvent plus judicieux de raccourcir le coaxial, choisir une ligne à faibles pertes et rapprocher le transverter et le LNA de l’antenne.

Sur 1 296 MHz, le watt le moins cher est peut-être tout simplement celui que l’on évite de perdre en chemin.

Pour aller plus loin

Pour approfondir le choix des câbles et vérifier les valeurs d’atténuation utilisées dans cet article, voici quelques ressources techniques utiles :

  • F5KEE — Tout savoir sur les câbles coaxiaux : notre guide consacré aux différents coaxiaux, à leurs pertes, aux connecteurs et au choix du câble en fonction de la fréquence.
    Consulter l’article sur F5KEE
  • SSB Electronic — Ecoflex 10 : fiche technique constructeur avec les valeurs d’atténuation en fonction de la fréquence. L’Ecoflex 10 est notamment donné pour environ 15,68 dB/100 m à 1 296 MHz.
    Consulter la documentation Ecoflex 10
  • SSB Electronic — Catalogue des câbles coaxiaux : intéressant pour comparer Ecoflex, RG-213, RG-58 et d’autres câbles utilisés par les radioamateurs.
    Consulter le catalogue des câbles SSB Electronic
  • CommScope — HELIAX LDF4-50A : documentation constructeur d’un câble coaxial professionnel faible perte de 1/2 pouce, représentatif des feeders utilisés lorsque l’on veut limiter fortement les pertes en UHF et SHF.
    Consulter la fiche technique HELIAX LDF4-50A

Ces documentations permettent surtout de retenir une règle simple : à 1 296 MHz, il faut regarder la valeur d’atténuation du câble à la fréquence réellement utilisée, et non se fier uniquement à son diamètre ou à sa réputation sur les bandes HF/VHF.

Quand les machines se mirent à écrire !

Quand les machines écrivaient en RTTY

Il fut un temps où recevoir un message radio nécessitait obligatoirement une paire d’oreilles.

En télégraphie, l’opérateur écoutait les points et les traits du Morse. En AM, puis en BLU, il écoutait directement son correspondant.

Puis apparut dans certains shacks une drôle de machine.

Elle possédait un clavier, un rouleau de papier, un moteur, des engrenages, des électroaimants et faisait un vacarme épouvantable. Pourtant, lorsqu’un signal radio arrivait, quelque chose de presque magique se produisait : la machine se mettait à écrire toute seule.

CQ CQ CQ DE F5KEE F5KEE…

Le radioamateur venait de faire entrer le téléimprimeur dans son shack.

Le RTTY — Radio TeleTYpe était né.

Et son histoire commence curieusement bien avant l’invention de la radio.

1870-1874 : Baudot donne des nombres aux lettres

Pour retrouver l’un des ancêtres du RTTY, il faut remonter au XIXe siècle et rencontrer un ingénieur français : Émile Baudot.

À partir des années 1870, Baudot développe un système télégraphique permettant de représenter les caractères à l’aide de seulement cinq éléments binaires.

Cinq éléments permettent : 2⁵ = 32 combinaisons.

Problème : 32 possibilités ne suffisent pas pour coder toutes les lettres, les chiffres et les signes de ponctuation.

La solution consiste à faire fonctionner la machine avec plusieurs jeux de caractères.

Une combinaison spéciale indique : LETTERS — lettres

et une autre : FIGURES — chiffres et signes.

Après réception de FIGURES, les mêmes combinaisons ne représentent donc plus des lettres mais des chiffres ou des symboles.

Cette astuce permet de faire beaucoup avec seulement cinq bits.

Mais attention à une simplification courante : le code utilisé plus tard par les téléimprimeurs RTTY n’est pas exactement le code original inventé par Baudot.

Des origines du Baudot au RTTY

Du code à cinq éléments de Baudot à l’ITA2, les bases du futur RTTY étaient posées.

De Baudot à Murray, puis à l’ITA2

Au début du XXe siècle, l’ingénieur néo-zélandais Donald Murray perfectionne le principe.

Il adapte notamment le codage au fonctionnement de machines possédant un véritable clavier et introduit des fonctions utiles à l’impression automatique, comme le retour du chariot et le changement de ligne.

Ces évolutions conduiront progressivement à l’alphabet télégraphique que nous connaissons sous le nom : ITA2 — International Telegraph Alphabet No. 2.

C’est essentiellement cet alphabet qui sera utilisé par le RTTY traditionnel.

Dire que le RTTY utilise le « code Baudot » est donc devenu une habitude parfaitement compréhensible, mais historiquement un peu simplifiée.

Baudot en a posé les fondations ; le système utilisé par les téléimprimeurs est le résultat d’une évolution ultérieure.

Quand le télégraphe reçut un clavier

Le télégraphe Morse nécessitait un opérateur sachant transformer les points et les traits en caractères.

Le téléimprimeur change complètement le principe.

L’opérateur tape simplement : BONJOUR sur un clavier.

La machine transforme les caractères en impulsions électriques.

À l’autre bout de la ligne, une autre machine reçoit ces impulsions et imprime : BONJOUR sur une bande ou une feuille de papier.

Nous venons pratiquement d’inventer la machine à écrire à distance.

Au cours des premières décennies du XXe siècle, des constructeurs comme Morkrum, puis Teletype Corporation aux États-Unis ou Creed au Royaume-Uni développent des générations de téléimprimeurs.

Ils envahissent progressivement les agences de presse, les administrations, les compagnies aériennes, les services météorologiques, les réseaux militaires et les grandes entreprises.

Bien avant Internet, des informations circulent déjà automatiquement d’une machine à l’autre.

Mais elles circulent principalement sur des fils.

Les radioamateurs vont évidemment avoir une autre idée.

Et si nous supprimions le fil ?

Pour transmettre un caractère, le téléimprimeur utilise essentiellement deux états électriques.

Ils prendront les noms : MARK et SPACE.

Or une liaison radio sait parfaitement transporter deux états.

Il suffit de faire correspondre à chacun une fréquence légèrement différente :

MARK → fréquence 1

SPACE → fréquence 2

L’émetteur bascule alors rapidement entre ces deux fréquences au rythme des informations provenant du téléimprimeur.

Cette technique porte un nom : FSK — Frequency Shift Keying, ou modulation par déplacement de fréquence.

À la réception, il suffit d’effectuer l’opération inverse.

Le récepteur reçoit les deux fréquences, un circuit détermine s’il s’agit de MARK ou SPACE et les impulsions correspondantes commandent le téléimprimeur.

La machine peut alors imprimer un message transmis depuis l’autre côté du monde.

Le fameux « shift »

La différence de fréquence entre MARK et SPACE est appelée : SHIFT.

Historiquement, plusieurs valeurs ont été utilisées.

Les premières installations radioamateurs employaient fréquemment des shifts importants, notamment 850 Hz.

Avec l’amélioration des équipements et de leur stabilité, des valeurs plus faibles se sont imposées.

En RTTY amateur HF moderne, la valeur devenue classique est : 170 Hz.

Sur le waterfall d’un récepteur moderne, un signal RTTY apparaît ainsi sous la forme de deux composantes très proches l’une de l’autre.

Et ce que nous voyons aujourd’hui en quelques secondes sur un écran demandait autrefois des filtres, des discriminateurs et parfois beaucoup de patience.

Pourquoi 45,45 bauds ?

Autre valeur familière aux amateurs de RTTY : 45,45 bauds.

Le baud représente ici le nombre de symboles transmis par seconde.

Le RTTY amateur traditionnel utilise une transmission asynchrone. Chaque caractère est entouré d’informations permettant au téléimprimeur mécanique de savoir quand il commence et quand il se termine.

Typiquement : 1 élément de START puis 5 éléments correspondant au caractère puis environ 1,5 élément de STOP.

La transmission n’est donc pas très rapide.

Quelques caractères par seconde seulement !

Aujourd’hui cela semble incroyablement lent. Pourtant, face à une machine imprimant mécaniquement chaque lettre, cette vitesse était parfaitement adaptée.

Elle donne également au RTTY sa sonorité si caractéristique.

À l’oreille, on entend les deux tonalités MARK et SPACE alterner rapidement : dididididididididididi…

Pour un radioamateur expérimenté, ce bruit est immédiatement reconnaissable.

RTTY : des caractères aux ondes

En RTTY, les caractères deviennent une succession de deux fréquences MARK et SPACE, séparées généralement de 170 Hz.

Après-guerre : les monstres arrivent dans les shacks

Après la Seconde Guerre mondiale, d’importantes quantités de matériel de télécommunications militaire ou professionnel deviennent progressivement disponibles sur le marché du surplus.

Pour les radioamateurs bricoleurs, c’est une véritable mine d’or.

Des téléimprimeurs commencent à rejoindre les stations amateurs.

Mais oublions immédiatement l’image du petit clavier USB posé à côté du transceiver.

Ces machines sont parfois énormes.

Un téléimprimeur peut peser plusieurs dizaines de kilogrammes et contenir :

moteur électrique, engrenages, embrayages, cames, électroaimants, contacts, leviers et mécanismes d’impression.

Lorsqu’il fonctionne, tout ce petit monde tourne, claque et frappe le papier.

Faire du RTTY dans les années 1950 ou 1960 est donc une expérience autant mécanique que radioélectrique.

Lorsque le télétype démarre au milieu de la nuit, toute la maison peut savoir que le DX vient de répondre !


1953 : le RTTY amateur américain prend son envol

Une date importante dans l’histoire du RTTY amateur est 1953.

Cette année-là, la réglementation américaine autorise les radioamateurs à utiliser la FSK.

Forrest « Bart » Bartlett W6OWP et Richie Hoeck W6RZL figurent parmi les pionniers de cette nouvelle activité et réalisent un QSO RTTY FSK quelques minutes seulement après l’entrée en vigueur de l’autorisation.

Le mouvement est lancé.

Des groupes spécialisés se constituent, les revues radioamateurs publient des montages et les expérimentateurs perfectionnent leurs installations.

Mais un problème reste à résoudre.

Un récepteur radio et un téléimprimeur ne parlent pas directement le même langage.

Il faut donc un interprète.

La Terminal Unit : l’interprète entre la radio et la machine

Cet appareil prend généralement le nom de : Terminal Unit, ou simplement TU.

À la réception, son travail consiste à effectuer : signal audio du récepteur  détection de MARK et SPACE  impulsions électriques  téléimprimeur.

À l’émission, il faut effectuer l’opération inverse afin que les impulsions produites par le clavier puissent commander correctement l’émetteur.

Dans les années 1950 et 1960, la Terminal Unit constitue donc une partie essentielle d’une station RTTY.

Les radioamateurs construisent leurs propres filtres, discriminateurs et convertisseurs.

Le réglage correct de l’ensemble demande un véritable savoir-faire.

Un mauvais filtrage, un signal instable ou des parasites et la belle phrase reçue peut rapidement devenir une succession de caractères incompréhensibles.

Années 1960-1970 : l’âge d’or du télétype amateur

Le RTTY devient progressivement un monde à part entière dans le radioamateurisme.

Une station spécialisée peut alors réunir : un transceiver HF, une Terminal Unit, un oscilloscope ou un indicateur d’accord, et surtout… un énorme téléimprimeur.

Des réseaux RTTY se développent, des bulletins sont transmis et des concours apparaissent.

Les DX deviennent également accessibles au clavier.

Mais le papier continue de défiler.

Un QSO un peu bavard peut donc produire plusieurs mètres d’impression !

Le RTTY possède cependant un avantage extraordinaire : contrairement à un QSO en phonie, la conversation laisse automatiquement une trace écrite.

Le « fichier texte » existe déjà.

Simplement, il est en papier.

Quand les radioamateurs firent de l’art avec des caractères

Les utilisateurs de téléimprimeurs vont même détourner leurs machines de leur fonction première.

En choisissant soigneusement les caractères et les espaces, ils parviennent à dessiner des images.

C’est le : RTTY Art.

Indicatifs, cartes de vœux, portraits, dessins humoristiques ou personnages peuvent ainsi être transmis ligne après ligne.

Le téléimprimeur du correspondant reproduit progressivement l’image sur son rouleau de papier.

Certaines créations utilisent même plusieurs passages ou différents caractères afin d’obtenir des niveaux de densité.

Bien avant les fichiers JPEG envoyés par Internet, des radioamateurs échangeaient donc déjà des images… avec des lettres, des chiffres et des espaces.

Années 1980 : l’ordinateur pousse le télétype vers la sortie

Puis arrive un concurrent redoutable.

Le micro-ordinateur.

Apple II, TRS-80, Commodore, Atari puis PC commencent à entrer dans les maisons et, naturellement, dans les shacks.

Un ordinateur possède justement deux choses dont le RTTY a besoin : un clavier et un écran.

Avec une interface électronique appropriée et un logiciel, il peut générer et décoder les caractères RTTY.

Le résultat est spectaculaire.

Le moteur disparaît.

Les engrenages disparaissent.

Le rouleau de papier disparaît.

Le bruit disparaît.

Et plusieurs dizaines de kilogrammes de mécanique peuvent être remplacés par quelques circuits électroniques et un ordinateur.

Le RTTY entre dans une nouvelle époque.

Années 1990-2000 : la carte son termine la révolution

Une deuxième évolution va encore simplifier la station.

Les ordinateurs disposent désormais de cartes son capables de numériser et de produire correctement les signaux audio.

Pourquoi conserver une Terminal Unit matérielle si un programme peut reconnaître directement MARK et SPACE ?

La chaîne devient simplement : récepteur → carte son → logiciel → texte à l’écran.

À l’émission : clavier → logiciel → carte son → émetteur.

Des logiciels spécialisés rendent alors le RTTY accessible à pratiquement n’importe quel radioamateur disposant d’un transceiver et d’un ordinateur.

Le téléimprimeur électromécanique, lui, rejoint progressivement les collections.

RTTY : une incroyable évolution !

Du téléimprimeur mécanique au SDR, le RTTY a changé d’outils sans changer de principe.

FSK ou AFSK ?

Il existe toutefois deux manières courantes de produire du RTTY.

Avec la FSK véritable, l’émetteur commute directement sa fréquence entre MARK et SPACE.

Avec l’AFSK — Audio Frequency Shift Keying, le logiciel génère deux tonalités audio différentes. Elles sont ensuite injectées dans un émetteur, généralement utilisé en BLU.

Dans les deux cas, le correspondant reçoit finalement un signal RTTY.

Cette distinction explique pourquoi deux stations utilisant le même mode peuvent disposer d’installations très différentes.

Autrefois, tout cela demandait parfois plusieurs appareils.

Aujourd’hui, une grande partie du travail peut être réalisée par logiciel.

Une transmission qui ne laisse pas souffler l’émetteur

Le RTTY possède cependant une caractéristique qu’il ne faut pas oublier.

En phonie BLU, la puissance d’émission varie avec notre voix.

En RTTY, lorsque nous transmettons, le signal est pratiquement permanent : nous sommes continuellement sur MARK ou sur SPACE.

Le mode présente donc un rapport cyclique très élevé, proche de 100 % pendant la transmission.

L’étage final de l’émetteur travaille beaucoup plus durement qu’au cours d’un QSO en BLU.

Il faut donc respecter les recommandations du constructeur et, selon le matériel, réduire la puissance afin d’éviter une surchauffe.

Une précaution particulièrement importante pendant les longues séquences d’un contest.

Le RTTY aujourd’hui

Avec PSK31, FT8, FT4 et de nombreux autres modes numériques, on aurait pu penser que le vieux RTTY finirait par disparaître.

Il n’en est rien.

Il reste particulièrement présent dans les contests, le DX et chez les amateurs de modes numériques traditionnels.

Le RTTY amateur HF classique conserve généralement les caractéristiques qui permettent de reconnaître immédiatement son héritage : alphabet ITA2, environ 45,45 bauds, cinq bits de données, MARK et SPACE, shift généralement de 170 Hz.

La différence est ailleurs.

Le lourd téléimprimeur a été remplacé par un écran.

Les engrenages par du logiciel.

Les filtres électromécaniques ou analogiques par du traitement numérique.

Et le rouleau de papier par un fichier informatique.

Mais derrière l’écran moderne se cache toujours une idée née il y a plus d’un siècle.

Quelques dates à retenir

1870-1874 — Émile Baudot développe son système télégraphique à cinq éléments.

Début du XXe siècle — Donald Murray perfectionne le principe pour les systèmes télégraphiques à clavier.

Années 1920-1930 — Les téléimprimeurs deviennent des outils importants des réseaux de télécommunications.

Après 1945 — Le matériel professionnel et militaire devient progressivement accessible aux expérimentateurs et radioamateurs.

1953 — Autorisation de la FSK pour les radioamateurs américains et essor du RTTY amateur.

Années 1960-1970 — Âge d’or des téléimprimeurs électromécaniques dans les shacks.

Années 1980 — Les micro-ordinateurs commencent à remplacer les télétypes.

Années 1990-2000 — Les cartes son et logiciels simplifient considérablement le décodage et l’émission RTTY.

Aujourd’hui — Le RTTY reste bien vivant, notamment dans les concours et le trafic DX.

Les machines écrivent toujours…

Il suffit finalement de comparer deux stations séparées par soixante-dix ans.

Dans la première, un moteur tourne. Des électroaimants claquent. Des engrenages entraînent un chariot et un marteau frappe mécaniquement les caractères sur un rouleau de papier.

Dans la seconde, un ordinateur analyse deux fines raies espacées de 170 Hz sur un waterfall.

Aucun moteur.

Aucun engrenage.

Aucun papier.

Quelques fractions de seconde plus tard, pourtant, le même message apparaît :

CQ CQ CQ DE…

Le matériel a presque entièrement changé.

Le principe, lui, reste étonnamment familier.

Plus d’un siècle après Baudot et plusieurs décennies après les premiers télétypes installés dans les shacks, les machines continuent donc à écrire.

Simplement, aujourd’hui, elles le font en silence.

Helioclock : après HamClock, les tableaux de bord du shack se multiplient — que faut-il vraiment afficher ?

Tableau de bord ultime du shack

Pendant des années, HamClock a occupé une place un peu particulière dans de nombreux shacks. Installé sur un Raspberry Pi ou un ordinateur et relié à un écran, il affichait en permanence l’heure UTC, la greyline, les conditions de propagation, l’activité solaire, les DX et quantité d’autres informations utiles.

Ce qui n’était au départ qu’une « horloge pour radioamateur » était devenu un véritable tableau de bord du shack.

Depuis, le concept fait des émules. HamClock-Next, HamDash, HamTab, PropDeck et surtout Helioclock montrent une tendance évidente : l’écran auxiliaire du shack devient presque aussi important que celui du transceiver.

Mais une question se pose : avons-nous réellement besoin de toutes les informations qu’il est désormais possible d’afficher ?

De HamClock au cockpit radio

Le succès de HamClock reposait sur une idée simple : réunir sur un seul écran les informations que le radioamateur devait auparavant rechercher sur plusieurs sites.

Quelle heure est-il en UTC ? Où se trouve la greyline ? Quelle est l’activité solaire ? Les bandes hautes sont-elles ouvertes ? Où sont les DX intéressants ?

Un coup d’œil suffisait.

La disparition de son créateur, Elwood Downey WB0OEW, début 2026, n’a pas fait disparaître le concept. Au contraire, plusieurs projets communautaires ou indépendants ont repris l’idée, parfois en allant beaucoup plus loin.

HamClock-Next, par exemple, propose des dizaines de widgets configurables. D’autres projets comme HamTab, HamDash ou PropDeck privilégient une utilisation directement depuis un navigateur.

Nous assistons donc à une évolution intéressante : l’horloge du shack devient progressivement son cockpit.

De HamClock à Helioclock

De HamClock à Helioclock : l’écran du shack évolue progressivement de l’horloge enrichie vers un véritable cockpit radio.

Helioclock pousse le concept beaucoup plus loin

Parmi cette nouvelle génération, Helioclock, développé par KA9NWM, est particulièrement intéressant.

Son principe reste familier : un écran fonctionne en permanence dans le shack et centralise les informations utiles. Mais la quantité de données exploitables est considérable.

On y retrouve notamment la greyline, les conditions HF, la MUF, les indices solaires, l’activité géomagnétique, les cartes DRAP d’absorption ionosphérique, les images du Soleil, les aurores, le DX Cluster, le Reverse Beacon Network, PSK Reporter, POTA, SOTA, WWFF, les DXpeditions, les concours, les satellites, l’ISS, les balises NCDXF ou encore la météo.

Helioclock peut fonctionner sur Raspberry Pi 4 ou 5 ainsi que sur des machines x86-64. Il est donc possible d’en faire un véritable appareil autonome, allumé en permanence à côté du transceiver.

Mais cette profusion d’informations soulève justement le problème qui nous intéresse.

Plus de données signifie-t-il forcément un meilleur tableau de bord ?

« Quelle bande dois-je utiliser maintenant ? »

Prenons un exemple.

Notre écran indique : SFI 145 — Kp 2 — MUF 24,8 MHz.

Ces chiffres sont intéressants… à condition de savoir exactement comment les interpréter.

Mais ce que veut généralement savoir l’opérateur est beaucoup plus simple : « Sur quelle bande ai-je le plus de chances de faire du DX maintenant ? »

C’est précisément l’une des orientations intéressantes de Helioclock avec sa fonction Best Band Now.

Le système ne se contente pas d’une prévision théorique. Il peut confronter les conditions attendues à l’activité réellement observée, notamment à travers le DX Cluster et le Reverse Beacon Network.

Une bande peut alors être présentée comme probablement ouverte, confirmée par l’activité observée, fermée ou même connaître une ouverture inattendue.

C’est un changement important.

Au lieu de simplement afficher des données, le tableau de bord commence à les interpréter.

Prévoir, observer… puis écouter

Pour savoir si une bande est ouverte, nous disposons aujourd’hui de trois niveaux d’information.

Le premier est la prévision. Des modèles comme VOACAP permettent d’estimer la probabilité d’une liaison HF selon l’heure, la saison, l’activité solaire, les fréquences utilisées et le trajet envisagé.

Le deuxième niveau est l’observation du réseau.

Le Reverse Beacon Network peut montrer que des stations sont effectivement reçues sur une bande. PSK Reporter apporte une quantité considérable d’informations pour les modes numériques. Les clusters DX montrent également où se déroule l’activité.

Autrement dit : la théorie prévoit, le réseau observe.

Helioclock ajoute encore une possibilité particulièrement intéressante : utiliser un RTL-SDR local.

Le tableau de bord peut alors disposer d’un récepteur avec spectre, waterfall et démodulation. À terme, l’écoute locale de balises ou d’autres signaux peut devenir une information supplémentaire pour juger réellement l’état d’une bande.

Nous obtenons alors : Prévision → activité observée sur Internet → signaux réellement reçus dans le shack.

Infographie Helioclock : données vers décisions

De la prévision à l’écoute locale : Helioclock croise plusieurs sources pour transformer les données de propagation en informations directement exploitables.

Voilà qui commence à ressembler à un véritable instrument radio.

Que faut-il vraiment laisser affiché ?

Si nous devions construire le tableau de bord F5KEE idéal, certaines informations mériteraient incontestablement d’être visibles en permanence.

D’abord, l’heure UTC et l’heure locale. Simple, mais indispensable.

Ensuite, une carte mondiale avec la greyline. Elle permet de comprendre instantanément la position jour/nuit et reste particulièrement intéressante pour certaines ouvertures DX sur les bandes basses.

Puis viendrait l’information essentielle : l’état des bandes.

Plutôt que dix valeurs scientifiques, pourquoi ne pas afficher simplement : 80 m ● 40 m ● 20 m ● 15 m ● 10 m ●

avec un code visuel indiquant les bandes ouvertes, incertaines ou peu favorables ?

À côté, quelques DX réellement entendus ou signalés, avec leur fréquence, leur mode, leur distance et surtout leur azimut depuis le QTH.

Les données solaires resteraient disponibles, mais de manière secondaire : SFI, Kp, MUF ou DRAP n’ont pas nécessairement besoin d’occuper la moitié de l’écran.

Une indication comme : Propagation HF : BONNE — 15 m recommandé vers l’Amérique du Nord

serait souvent beaucoup plus utile.

Le tableau de bord devrait connaître notre station

C’est peut-être la prochaine grande évolution.

La plupart des services nous donnent encore des informations relativement générales. Pourtant, les conditions intéressantes pour une station équipée d’une Yagi trois éléments à 20 mètres du sol ne sont pas exactement celles d’un opérateur utilisant 10 W dans un dipôle.

Le tableau de bord idéal devrait donc connaître notre locator, nos antennes, notre puissance, nos modes favoris et éventuellement la position du rotor.

Imaginez alors l’affichage : 15 m — ouverture Amérique du Sud — 214° — activité confirmée par RBN.

Et pourquoi pas, demain : Tourner l’antenne vers 214° ?

À ce stade, le dashboard ne serait plus seulement un afficheur. Il deviendrait véritablement le copilote du shack.

DXer, FT8iste ou amateur de satellites : pas le même écran !

Il n’existe cependant probablement pas de tableau de bord universel.

Le DXer voudra principalement surveiller propagation, greyline, DX Cluster, RBN et DXpeditions.

L’amateur de FT8 privilégiera PSK Reporter, WSJT-X et l’activité par bande.

L’opérateur satellite préférera connaître les prochains passages, l’azimut, l’élévation, la position de l’ISS et les satellites actuellement accessibles.

Le passionné de QO-100 aura encore d’autres priorités.

La véritable force d’un tableau de bord moderne doit donc être sa personnalisation.

Attention au sapin de Noël !

Nous arrivons finalement au paradoxe.

Il est désormais possible d’afficher une carte mondiale, deux waterfalls, la météo locale, le Soleil en temps réel, trente spots DX, cinq indices géomagnétiques, quatre satellites, les concours du week-end et la température extérieure.

Mais si nous devons passer trente secondes à chercher l’information importante, le tableau de bord a raté son objectif.

Une règle pourrait suffire : une information affichée en permanence doit permettre de prendre une décision.

La greyline répond à cette règle. L’état des bandes aussi. Une alerte d’éruption solaire également.

En revanche, certaines informations très spécialisées peuvent parfaitement rester accessibles dans un écran secondaire.

Le meilleur dashboard n’est donc probablement pas celui qui possède le plus de widgets, mais celui qui sait montrer la bonne information au bon moment.

Le tableau de bord ultime du shack ?

Imaginons finalement notre écran idéal.

Tableau de bord radioamateur F5KEE

Le tableau de bord F5KEE idéal : l’essentiel de la propagation, du DX et de l’activité radio réuni sur un seul écran.

Au centre : une grande carte mondiale avec greyline et directions DX.

À gauche : l’état instantané des bandes.

À droite : quelques DX intéressants réellement entendus.

En haut : heure UTC, heure locale, indicatif et locator.

Dans un coin : SFI, Kp et MUF, accompagnés d’une interprétation immédiatement compréhensible.

En bas : prochaine DXpedition recherchée, prochain passage satellite ou alerte propagation.

Et au milieu de tout cela, une seule phrase pourrait parfois être l’information la plus précieuse : « 15 mètres ouvert — Japon entendu — tournez l’antenne vers 45°. »

HamClock nous avait appris à garder les conditions radio sous les yeux. Helioclock et les nouveaux tableaux de bord montrent maintenant l’étape suivante.

Il ne s’agit plus seulement de nous présenter davantage de données.

Il s’agit de répondre à trois questions :

Quelle bande est ouverte ? Vers où ? Et qui puis-je contacter maintenant ?

Après l’horloge du shack, voici peut-être venir son copilote.

Pour aller plus loin

HamRadioWeb : le FT8 quitte-t-il enfin l’écran du shack ?

HamRadioWeb : la radio sans frontières

Le FT8 a profondément changé nos habitudes. Le transceiver est toujours là, l’antenne aussi, mais une bonne partie du travail se déroule désormais sur l’écran de WSJT-X ou JTDX. Il restait toutefois une contrainte : pour exploiter confortablement la station, il fallait généralement rester devant le PC du shack… ou mettre en place une solution de bureau distant.

HamRadioWeb propose une autre approche : laisser la radio et WSJT-X travailler au shack, tout en déportant l’exploitation vers un simple navigateur web.

Un smartphone pourrait-il alors devenir l’écran FT8 de notre station ?

HamRadioWeb n’est pas un nouveau WSJT-X

Première précision importante : HamRadioWeb ne décode pas lui-même les signaux FT8 ou FT4 et ne remplace ni WSJT-X ni JTDX.

Le principe repose sur un petit logiciel installé sur le PC de la station : HamRadioWeb Companion.

L’architecture peut se résumer ainsi : Transceiver → WSJT-X/JTDX → HamRadioWeb Companion → Internet → navigateur

Le transceiver, l’interface audio, le CAT et WSJT-X restent donc exactement là où ils sont. Companion récupère notamment les informations fournies par WSJT-X/JTDX via leur interface UDP et assure la liaison avec la plateforme HamRadioWeb.

Le navigateur devient alors une sorte de tableau de bord distant spécialisé dans les modes numériques.

HamRadioWeb : une architecture simple

Illustration 1 + emplacement + légende courte

Plus besoin de prendre le contrôle du PC

Jusqu’à présent, exploiter WSJT-X depuis une autre pièce — ou depuis l’extérieur — signifiait souvent utiliser un bureau distant, un VPN ou diverses solutions de contrôle réseau.

Cela fonctionne, mais on transporte finalement l’écran complet de l’ordinateur vers un autre appareil. Sur un smartphone, l’ergonomie n’est pas toujours idéale.

HamRadioWeb adopte une philosophie différente : ne transmettre au navigateur que les informations et commandes utiles à l’exploitation FT8/FT4.

On obtient donc une interface adaptée à un ordinateur, une tablette ou un téléphone, sans avoir à manipuler directement le bureau Windows du shack.

Le FT8 dans la poche ?

C’est évidemment l’aspect le plus spectaculaire.

Les décodages effectués par WSJT-X ou JTDX peuvent être consultés depuis le navigateur. Mais HamRadioWeb ne se limite pas à l’observation : la plateforme permet également de commander les échanges et donc de réaliser des QSO à distance.

Imaginez le transceiver et le PC fonctionnant dans le shack pendant que vous êtes dans le jardin avec votre smartphone. Vous observez l’activité sur 20 mètres, repérez une station intéressante et lancez le QSO depuis votre téléphone.

Le smartphone n’effectue aucun traitement radio : c’est toujours le PC du shack qui fait le véritable travail.

Cette distinction est importante. HamRadioWeb déporte l’interface utilisateur, pas la station elle-même.

FT8 à distance depuis le jardin

Le shack reste en fonctionnement tandis que HamRadioWeb permet d’exploiter le FT8 depuis un smartphone.

Une carte pour voir la propagation

HamRadioWeb ajoute également des outils qui n’existent pas directement sous cette forme dans WSJT-X.

Les décodages peuvent être représentés géographiquement afin de visualiser d’où arrivent les signaux. Des cartes thermiques permettent ainsi d’observer les zones particulièrement actives.

Le FT8 devient alors un formidable outil d’observation de la propagation.

Au lieu de simplement constater : JA1XXX –14 dB

on peut replacer cette réception dans un contexte géographique : quelle région du monde arrive actuellement ? Dans quelle direction ? Avec quelle intensité relative ?

Le navigateur devient presque un petit observatoire de propagation.

Tableau de bord FT8 mondial en temps réel

Les décodages FT8 permettent de visualiser en temps réel l’ouverture des différentes zones de propagation.

PSKReporter entre dans la comparaison

Une autre fonction intéressante exploite les données de PSKReporter.

Ce réseau collecte les rapports de réception envoyés par des milliers de stations utilisant notamment FT8. HamRadioWeb peut s’appuyer sur ces informations pour comparer vos propres résultats avec ceux de stations situées à proximité.

Vous recevez par exemple une station américaine à –17 dB.

Est-ce une excellente réception compte tenu des conditions actuelles ? Ou vos voisins radioamateurs la reçoivent-ils à –5 dB ?

Cette comparaison peut donner de précieux indices sur les performances de l’antenne, les pertes dans la ligne coaxiale, le bruit local ou simplement les effets très locaux de propagation.

Il faut évidemment rester prudent : deux stations voisines n’ont jamais exactement les mêmes antennes, dégagements ou niveaux de bruit. Mais l’outil devient très instructif.

DXCC, locators et journal de trafic

HamRadioWeb cherche aussi à regrouper plusieurs informations habituellement dispersées entre différents logiciels et services.

La plateforme propose notamment le suivi des entités DXCC, des locators et des contacts réalisés. La journalisation des QSO peut également être automatisée.

Pour le chasseur de DX, l’intérêt est évident : savoir rapidement si une station décodée représente une nouvelle entité ou un locator recherché.

On se rapproche donc davantage d’un tableau de bord FT8 que d’un simple écran WSJT-X déporté.

Et si la liaison Internet disparaît ?

Commander un émetteur à distance impose quelques précautions.

Il faut bien distinguer deux éléments.

La partie radio et WSJT-X fonctionnent localement sur le PC du shack. HamRadioWeb ajoute une couche de communication distante qui, elle, dépend évidemment d’Internet et du service en ligne.

La plateforme annonce notamment une commande HALT, destinée à arrêter rapidement une émission.

Mais aucune interface web ne dispense d’une conception prudente de la station : temporisations correctes, puissance maîtrisée, surveillance du matériel et possibilité d’interrompre réellement l’émission restent indispensables pour une installation exploitée à distance.

De quoi avons-nous besoin ?

La configuration reste finalement assez classique : un transceiver compatible avec WSJT-X/JTDX ; une interface audio et CAT ; un PC Windows ; WSJT-X ou JTDX ; HamRadioWeb Companion ; une connexion Internet.

Companion est actuellement proposé pour Windows.

Du côté distant, en revanche, rien de particulier : un navigateur récent suffit. Smartphone, tablette, portable ou autre ordinateur peuvent donc devenir le terminal de la station.

Gratuit ou payant ?

En septembre 2026, HamRadioWeb propose une formule gratuite permettant notamment de recevoir les décodages, avec une limitation du nombre d’émissions quotidiennes. Une formule Premium supprime certaines restrictions.

Ces conditions étant susceptibles d’évoluer rapidement pour un service aussi récent, mieux vaut consulter directement le site avant de choisir une formule.

Le navigateur devient-il le nouvel écran du shack ?

HamRadioWeb s’inscrit dans une évolution beaucoup plus large du radioamateurisme.

QRZ, PSKReporter, Club Log, WebSDR, cartes de propagation et tableaux de bord ont déjà installé le navigateur au cœur de nombreuses stations.

Cette fois, une étape supplémentaire est franchie.

Le navigateur ne sert plus seulement à chercher une information sur notre activité radio : il devient progressivement l’interface de notre station.

HamRadioWeb ne fait donc pas disparaître WSJT-X. Bien au contraire : il le laisse travailler tranquillement dans le shack.

C’est peut-être simplement nous qui n’avons plus besoin d’y rester.

Liens utiles pour aller plus loin

Pour découvrir HamRadioWeb et mieux comprendre les différents outils sur lesquels il s’appuie :

Qui décide que le FT8 est ici, les satellites là et les relais ailleurs ?

Qui décide des bandes radioamateur ?

Allumez votre transceiver sur 20 mètres et rendez-vous sur 14,074 MHz : il y a de fortes chances que vous entendiez immédiatement le curieux bourdonnement du FT8. Passez en VHF ou en UHF : certaines portions sont réservées aux relais, d’autres aux satellites, aux balises ou aux modes numériques.

Tout paraît parfaitement rangé.

Mais qui a décidé de mettre le FT8 ici, les satellites là et les relais ailleurs ? Existe-t-il quelque part une administration mondiale qui attribue chaque fréquence ?

La réponse est plus subtile. Le spectre radioamateur repose sur plusieurs étages : réglementation internationale, réglementation nationale, plans de bandes et conventions entre opérateurs.

1. Tout commence très haut : l’UIT

Au sommet se trouve l’Union internationale des télécommunications (UIT ou ITU), une agence spécialisée des Nations unies.

Son rôle n’est pas de décider que le FT8 utilisera 14,074 MHz. L’UIT travaille à une échelle beaucoup plus large : elle organise le spectre radioélectrique mondial entre les différents services.

Radiodiffusion, aviation, marine, satellites, téléphonie mobile, radionavigation, radioamateurs… tout ce petit monde doit cohabiter.

Le monde est divisé en trois régions radio. La France métropolitaine appartient à la Région 1, avec notamment l’Europe et l’Afrique.

L’UIT définit donc les grandes règles du jeu : par exemple, quelles bandes peuvent être attribuées au service amateur ou au service amateur par satellite.

Mais elle ne vient pas placer nos QSO FT8 au kilohertz près.

2. En France, c’est la réglementation française qui commande

Deuxième étage : l’administration nationale.

En France, la gestion du spectre s’appuie notamment sur le Tableau national de répartition des bandes de fréquences, le fameux TNRBF, élaboré et tenu à jour par l’ANFR.

C’est ici que l’on passe de l’organisation internationale à ce que nous avons réellement le droit d’utiliser en France.

Une règle essentielle doit donc être retenue :

la réglementation nationale prime toujours.

Un plan de bande associatif ou une recommandation internationale ne peut évidemment pas autoriser un radioamateur français à émettre sur une fréquence que la réglementation française ne lui attribue pas.

Nous savons maintenant où nous pouvons émettre.

Reste à savoir comment des milliers de radioamateurs vont se partager cet espace.

3. L’IARU organise la circulation

C’est là qu’intervient l’International Amateur Radio Union (IARU) et, pour nous, l’IARU Région 1.

Imaginez une ville.

L’administration décide quelles parcelles peuvent servir de routes. Mais il reste encore à déterminer où placer les voies de circulation, les pistes cyclables, les arrêts de bus et les parkings.

Le plan de bande joue un rôle comparable.

À l’intérieur des bandes accessibles aux radioamateurs, il recommande des portions adaptées aux différentes activités : CW – phonie – modes numériques – balises – signaux faibles – satellites – relais – communications FM…

Le but est simple : éviter que chacun fasse n’importe quoi n’importe où.

Imaginez un relais FM puissant installé au milieu d’une portion utilisée pour recevoir des signaux satellites extrêmement faibles !

Infographie radioamateur : du mondial au local

Du cadre international aux usages locaux : qui décide quoi sur nos bandes ?

4. Un plan de bande n’est pas forcément une loi

Voici une distinction fondamentale.

Réglementation ≠ plan de bande ≠ fréquence d’usage.

Plan de bande radioamateur 20 mètres

Le plan de bande organise la cohabitation des différentes activités radioamateurs.

Les plans de bandes de l’IARU sont généralement des recommandations adoptées volontairement par la communauté radioamateur. Certaines de leurs dispositions peuvent cependant être reprises dans les réglementations nationales.

Cela explique pourquoi une fréquence peut être parfaitement légale au sens réglementaire tout en étant un très mauvais choix pour votre émission.

Respecter le plan de bande, c’est aussi respecter les autres utilisateurs.

Et lorsqu’une recommandation IARU et une réglementation nationale sont différentes, aucun doute : la réglementation nationale est prioritaire.

5. Alors, qui a décidé que le FT8 serait sur 14,074 MHz ?

Voilà le cas le plus amusant.

Sur 20 mètres, le FT8 se retrouve massivement autour de : 14,074 MHz USB.

On pourrait imaginer qu’une conférence internationale ait voté solennellement : « À compter de lundi, le FT8 sera sur 14,074 MHz ! »

Il n’en est rien.

WSJT-X fournit des fréquences de travail conventionnelles pour ses différents modes et différentes bandes. Ces fréquences correspondent aux pratiques adoptées par la communauté et peuvent évoluer.

Le logiciel contribue ensuite énormément à leur généralisation : des milliers d’opérateurs installent WSJT-X et disposent immédiatement des mêmes fréquences.

Le phénomène s’auto-entretient.

Plus il y a de stations sur 14,074 MHz, plus il devient intéressant d’y aller. Et plus les opérateurs y vont, plus 14,074 MHz devient la fréquence mondiale du FT8.

C’est donc essentiellement une convention internationale devenue un standard de fait, compatible avec l’organisation générale de la bande.

Personne ne vous empêche techniquement de configurer WSJT-X sur une autre fréquence autorisée. Mais si vous souhaitez contacter le monde entier en FT8, mieux vaut aller là où le monde entier écoute !

Le voyage du FT8 vers 14,074 MHz

14,074 MHz : une convention devenue le rendez-vous mondial du FT8 sur 20 mètres.

6. Pourquoi les satellites ont-ils leur propre quartier ?

Le problème devient encore plus évident avec les satellites radioamateurs.

Leurs signaux peuvent être faibles et affectés par l’effet Doppler. Surtout, un satellite peut être reçu simultanément depuis une immense zone géographique.

Un brouillage local qui paraît insignifiant peut donc perturber une activité beaucoup plus large.

Les plans de bandes prévoient ainsi des portions adaptées au service amateur par satellite, notamment dans certaines bandes VHF et UHF.

Et contrairement au FT8, il existe ici une dimension réglementaire supplémentaire : le service amateur par satellite est lui-même défini dans les allocations internationales et nationales.

On comprend alors pourquoi installer un relais terrestre dans une portion destinée aux satellites serait particulièrement malvenu.

7. Et les relais ?

Les relais posent encore un autre problème.

Deux stations FT8 peuvent arrêter leur émission et changer de fréquence. Un relais installé au sommet d’un pylône est là 24 heures sur 24.

Il faut donc coordonner :

  • sa fréquence d’émission ;
  • sa fréquence de réception ;
  • le décalage entre les deux ;
  • l’espacement des canaux ;
  • sa zone de couverture ;
  • les autres relais utilisant éventuellement les mêmes fréquences.

Les plans VHF/UHF sont donc particulièrement structurés afin que relais, simplex, satellites, balises et communications à signaux faibles puissent cohabiter.

Ce n’est plus seulement une question de fréquence : la géographie entre également dans l’équation.

8. Et lorsqu’un nouveau mode apparaît ?

Les plans de bandes ne sont pas gravés dans le marbre.

Imaginez demain un nouveau mode numérique baptisé « F5K8 ».

Quelques expérimentateurs commencent à l’utiliser. Une fréquence devient progressivement habituelle. Le logiciel la propose par défaut. Le nombre d’utilisateurs augmente.

Nous pourrions alors avoir : expérimentation → fréquence d’usage → adoption internationale → recommandations → éventuelle évolution du plan de bande.

Les associations membres de l’IARU peuvent proposer des évolutions qui sont étudiées dans les groupes de travail et lors des conférences.

Le plan de bande est donc le reflet d’un radioamateurisme qui évolue.

9. Avant d’appuyer sur PTT…

Lorsqu’on souhaite utiliser une fréquence inhabituelle, cinq questions permettent d’éviter bien des problèmes :

La fréquence est-elle autorisée en France ?
Mon mode et ma largeur de bande y sont-ils autorisés ?
Que recommande le plan IARU Région 1 ?
Existe-t-il déjà une activité particulière à cet endroit ?
Mon émission risque-t-elle de gêner d’autres utilisateurs ?

Être autorisé à émettre quelque part ne signifie pas nécessairement qu’il soit intelligent de le faire.

Une gigantesque entente entre radioamateurs

Finalement, personne n’a décidé seul que « le FT8 serait ici, les satellites là et les relais ailleurs ».

L’UIT organise le spectre mondial. Les administrations nationales déterminent ce qui est légal dans chaque pays. L’IARU et ses associations membres coordonnent les usages. Les développeurs et les communautés font émerger certaines fréquences conventionnelles.

Et au bout de la chaîne se trouve… le radioamateur devant son VFO.

Une grande partie du système fonctionne parce que des millions d’opérateurs acceptent volontairement de respecter les mêmes usages.

C’est peut-être cela le plus remarquable : derrière nos quelques kilohertz de FT8, une fréquence satellite ou le shift d’un relais se cachent plus d’un siècle de réglementation, de coordination internationale et de gentlemen’s agreement.

Pour aller plus loin

Quand la voix devint numérique !

Quand la voix devient numérique

Le Morse avait permis à la radio de transmettre des messages.

L’AM lui avait donné la parole.

La BLU avait supprimé ce qui n’était pas indispensable.

La FM avait appris à mieux résister aux parasites.

Restait encore une révolution à accomplir : transformer notre voix en nombres avant de l’envoyer sur les ondes.

Bienvenue dans l’univers de la voix numérique et, plus particulièrement, de FreeDV.

Une voix, cela représente beaucoup de données !

Commençons par notre microphone.

Pour numériser simplement une voix échantillonnée 8 000 fois par seconde avec une résolution de 16 bits, il faudrait transmettre :

8 000 × 16 = 128 000 bit/s.

Voilà qui est très raisonnable pour Internet.

Mais sur une liaison HF occupant quelques kilohertz ?

Impossible !

Il faut donc compresser énormément la parole avant de pouvoir l’envoyer par radio.

Et pas comme on compresse un fichier ZIP : il faut exploiter les particularités de la voix humaine.

Années 1990-2000 : faire parler la HF en numérique

L’idée d’utiliser la voix numérique sur les bandes radioamateurs n’est pas née avec FreeDV.

Dès les années 1990 et au début des années 2000, différents expérimentateurs travaillent sur la transmission numérique de la parole dans les canaux étroits disponibles en HF.

Le problème est double.

Il faut d’abord réduire considérablement le débit de la voix.

Il faut ensuite disposer d’un modem capable de transporter ces données à travers un canal HF particulièrement difficile : bruit, fading, multitrajets et brouillages.

Autre problème : les vocodeurs performants sont souvent propriétaires.

Pour un radioamateur qui souhaite comprendre, expérimenter et modifier son système, ce n’est pas idéal.

FDMDV prépare le terrain

Une étape importante est franchie avec FDMDV — Frequency Division Multiplex Digital Voice, développé notamment par Francesco Lanza HB9TLK.

Le principe consiste à répartir les données numériques sur plusieurs porteuses relativement lentes plutôt que de tout transmettre sur une seule porteuse rapide.

C’est particulièrement intéressant en HF, où les réflexions ionosphériques peuvent fortement perturber le signal.

L’expérience acquise avec FDMDV servira directement à la conception de FreeDV. L’interface et plusieurs principes de conception de FreeDV s’en inspireront.

Mais il manque encore un élément essentiel :

un codec vocal ouvert et suffisamment économe en données.

Vers 2009 : David Rowe ressort Codec 2

L’ingénieur et radioamateur australien David Rowe VK5DGR reprend alors des travaux qu’il avait commencés plusieurs années auparavant sur le codage de la parole.

Son objectif est particulièrement intéressant pour les radioamateurs :

créer un codec vocal à très faible débit et open source.

Il deviendra :

Codec 2.

Contrairement à une transmission PCM classique qui cherche à transmettre chaque échantillon sonore, Codec 2 analyse les caractéristiques de la parole et en produit une représentation numérique extrêmement compacte.

Au récepteur, ces informations permettent de reconstruire la voix.

Nous ne transportons donc plus véritablement la forme d’onde originale.

Nous transportons suffisamment d’informations pour que le correspondant puisse la reconstituer.

Codec 2 est aujourd’hui un codec vocal open source spécialement conçu pour les communications numériques à faible débit.

De 128 000 bit/s à quelques milliers

Mesurons le chemin parcouru.

Notre voix PCM précédente demandait :

128 000 bit/s.

Les différentes générations de Codec 2 fonctionnent avec des débits de seulement quelques milliers, voire quelques centaines de bits par seconde selon les modes.

La qualité n’est évidemment pas celle d’un enregistrement Hi-Fi.

Mais ce n’est pas le but.

Pour une communication radio, nous recherchons avant tout :

l’intelligibilité avec le moins de données possible.

Et soudain, transmettre de la voix numérique dans quelques kilohertz de spectre devient envisageable.

De la voix au canal HF

Codec 2 réduit fortement le débit de la voix pour permettre sa transmission dans un canal HF étroit.

2012 : FreeDV est né

En 2012, FreeDV franchit une étape décisive.

Le projet associe plusieurs éléments :

Codec 2 + modem numérique + synchronisation + éventuellement correction d’erreurs.

FreeDV constitue donc beaucoup plus qu’un simple codec : c’est un protocole de voix numérique conçu pour fonctionner sur une liaison radio.

Et surtout, FreeDV peut être utilisé avec un transceiver HF BLU classique.

Le logiciel transforme la parole numérique en un signal audio adapté à l’entrée du poste.

Le transceiver BLU fait ensuite ce qu’il sait parfaitement faire :

transporter ce signal audio sur les ondes.

Il n’est donc pas nécessaire, à l’origine, de posséder un émetteur-récepteur spécialement conçu pour la voix numérique.

Un ordinateur, une interface audio et un poste BLU peuvent suffire.

Dans les entrailles d’une transmission FreeDV

Suivons maintenant notre voix.

Nous parlons devant le microphone.

Le signal est :

numérisé → analysé → compressé par le codec → transformé en bits.

Ces bits peuvent ensuite recevoir des informations supplémentaires permettant la synchronisation ou la correction de certaines erreurs.

Le modem transforme enfin les données en un signal audio que notre transceiver BLU peut transmettre.

Chez notre correspondant, tout se déroule à l’envers :

signal HF → modem → bits → décodage → Codec 2 → voix reconstruite.

Le haut-parleur ne reproduit donc pas directement la voix que nous avons envoyée.

Il reproduit une voix reconstruite à partir des informations numériques reçues.

Chaîne FreeDV : des bits aux ondes

De la voix aux bits, puis des ondes à la voix : la chaîne complète d’une communication FreeDV.

FreeDV 1600 : quinze petites porteuses

Le mode historique FreeDV 1600, apparu en 2012, illustre parfaitement cette philosophie.

Son signal comporte 14 porteuses DQPSK, espacées de 75 Hz, auxquelles s’ajoute une porteuse DBPSK utilisée notamment pour la synchronisation et l’estimation du décalage de fréquence.

Au total :

15 porteuses.

Et tout cela tient dans environ :

1,125 kHz !

Comparons grossièrement :

AM : environ 6 kHz

BLU : environ 2,4 à 3 kHz

FreeDV 1600 : environ 1,1 kHz

Voilà qui aurait probablement fait sourire les pionniers de la radio !

Nous transmettons maintenant une conversation entière dans une largeur de spectre plus petite que celle utilisée par une émission BLU classique.

Mais la HF est un drôle de tuyau !

Sur Internet, un bit envoyé dans une fibre optique possède de bonnes chances d’arriver correctement.

La HF est beaucoup moins coopérative.

Notre signal peut atteindre l’antenne du correspondant après plusieurs réflexions ionosphériques.

Certaines parties arrivent légèrement plus tard que d’autres.

Le niveau monte et descend.

Des parasites apparaissent.

Une autre station se trouve à proximité.

Bref :

des bits peuvent être perdus ou modifiés.

Les générations suivantes de FreeDV vont donc chercher à améliorer la résistance à ces conditions difficiles.

2017-2022 : FreeDV devient une famille

FreeDV ne désigne progressivement plus un seul mode, mais plusieurs formes d’onde adaptées à différents compromis.

En 2017 apparaît 700C.

En 2018, 700D utilise notamment un modem OFDM/QPSK et une correction d’erreurs LDPC. Sa largeur RF est d’environ 1 000 Hz.

En 2019, FreeDV 2020 introduit le codec neuronal LPCNet.

En 2020 apparaît 700E.

Puis viennent 2020B et 2020C en 2022.

Les différences concernent le codec, le modem, la largeur occupée, la correction d’erreurs et la capacité à supporter les différents types de propagation HF.

La voix numérique amateur devient un véritable laboratoire.

La correction d’erreurs entre dans la conversation

Certains modes FreeDV utilisent une technique appelée :

FEC — Forward Error Correction.

Le principe consiste à transmettre des informations redondantes permettant au récepteur de retrouver certains bits erronés sans demander leur retransmission.

Pour une conversation en temps réel, c’est indispensable.

Nous ne pouvons pas interrompre notre correspondant toutes les deux secondes en disant :

« Attends, renvoie-moi le paquet précédent ! »

Des modes comme 700D utilisent ainsi des codes LDPC capables de corriger une partie des erreurs provoquées par le canal radio.

BLU et FreeDV ne meurent pas de la même façon

Voilà une différence immédiatement perceptible à l’écoute.

En BLU analogique, lorsque le signal devient plus faible :

la voix se couvre progressivement de bruit.

Nous continuons parfois à comprendre quelques mots au milieu du souffle.

Avec une transmission numérique, le comportement est différent.

Tant que le modem arrive à récupérer suffisamment d’informations, la parole peut rester étonnamment intelligible.

Puis les erreurs augmentent.

La voix commence à présenter des artefacts.

Et lorsque le système ne parvient plus à récupérer suffisamment de données :

le décodage s’effondre.

Il existe donc un effet de seuil beaucoup plus marqué que pour la BLU analogique.

FreeDV est surtout une radio que l’on peut ouvrir

Il existe de nombreux systèmes de voix numérique.

Mais FreeDV possède une particularité fondamentale :

il est open source.

Le protocole, les codecs, les modems et les logiciels peuvent être étudiés par les radioamateurs. Codec 2 est lui-même distribué comme codec vocal open source à faible débit.

Cela change profondément la philosophie du système.

Nous pouvons l’utiliser.

Mais nous pouvons également :

l’étudier, l’expérimenter, le mesurer et participer à son amélioration.

Voilà qui correspond particulièrement bien à l’esprit du service amateur.

Et DMR, D-STAR ou C4FM ?

FreeDV n’est évidemment pas la seule façon de transmettre numériquement la voix par radio.

Les radioamateurs connaissent notamment :

D-STAR, DMR, C4FM/System Fusion, M17…

Ces systèmes ont trouvé une place importante, particulièrement en VHF/UHF et dans les réseaux de relais.

FreeDV poursuit historiquement un objectif différent :

faire fonctionner efficacement la voix numérique sur les bandes HF, notamment à travers un canal de largeur comparable ou inférieure à celui de la BLU.

Il ne s’agit donc pas de déterminer lequel est « meilleur ».

Ils répondent à des architectures et à des usages différents.

2019 : quand un réseau neuronal reconstruit notre voix

Avec FreeDV 2020, une nouvelle étape est franchie.

Le mode utilise LPCNet, un système de codage vocal reposant notamment sur des techniques neuronales.

Nous changeons alors progressivement de philosophie.

Le système ne cherche plus seulement à compresser très fortement une forme d’onde.

Il transmet une représentation compacte à partir de laquelle un modèle peut produire la parole à la réception.

L’idée de la voix reconstruite prend alors une dimension nouvelle.

Et l’histoire ne s’arrête pas là.

2026 : RADE ouvre une nouvelle époque

Aujourd’hui, FreeDV explore une approche encore plus ambitieuse avec RADE — Radio Autoencoder.

Cette technologie combine apprentissage automatique et traitement numérique classique du signal pour transmettre directement une représentation de la parole adaptée au canal radio.

La version FreeDV 2.0.0 a intégré officiellement RADE V1. Le projet annonce pour cette technologie une largeur d’environ 1 500 Hz et un fonctionnement pouvant descendre jusqu’à environ −2 dB de SNR dans certaines conditions.

Nous sommes bien loin du premier FreeDV 1600 de 2012.

Et pourtant l’objectif reste identique :

faire passer une conversation intelligible dans un canal HF aussi efficacement que possible.

Évolution de FreeDV : la voix HF de demain

De Codec 2 à RADE, FreeDV évolue sans cesse pour rendre la voix numérique HF plus efficace.

Quelques dates à retenir

Années 1990-2000 — Expérimentations autour de la voix numérique HF à faible débit.

Années 2000 — FDMDV prépare plusieurs concepts repris ensuite par FreeDV.

Vers 2009 — Développement de Codec 2 par David Rowe VK5DGR.

2012 — Apparition de FreeDV 1600.

2017 — FreeDV 700C.

2018 — FreeDV 700D et sa correction d’erreurs LDPC.

2019 — FreeDV 2020 et le codec neuronal LPCNet.

2020 — FreeDV 700E.

2022 — FreeDV 2020B et 2020C.

2026 — FreeDV 2.0.0 intègre officiellement RADE V1.

Quand la voix devint numérique…

En un peu plus d’un siècle, notre voix aura subi une étonnante transformation.

Avec l’AM, nous faisions directement varier l’amplitude d’une porteuse.

Avec la BLU, nous avions compris qu’une porteuse et une deuxième bande latérale pouvaient être supprimées.

Avec FreeDV, nous allons encore beaucoup plus loin.

La voix elle-même n’est plus directement transmise.

Elle est analysée, transformée en informations numériques, protégée contre certaines erreurs, transportée par un modem puis reconstruite chez notre correspondant.

Et avec les nouvelles techniques comme RADE, apprentissage automatique et radio commencent désormais à se rencontrer jusque sur nos bandes HF.

Nos anciens auraient probablement eu quelque difficulté à reconnaître leur bonne vieille phonie.

Mais l’objectif, lui, n’a pas changé :

prendre un microphone, lancer un appel et entendre, quelques instants plus tard, la voix d’un autre radioamateur parfois situé à l’autre bout du monde.

Seule la façon de faire voyager cette voix a changé.

Et cette fois, elle voyage en nombres.

Space-DX prépare une HexBeam qui se replie comme un parapluie

HexBeam repliable, ouverte et repliée

HexBeam repliable, ouverte et repliée

Installer une antenne directive multibande prend du temps, surtout lorsqu’on opère en portable. Space-DX travaille sur une HexBeam dont la structure pourrait se déployer et se replier suivant un principe proche de celui d’un parapluie. Une idée prometteuse, mais encore au stade du développement.

Une HexBeam pensée pour les sorties radio ?

Une HexBeam utilise des fils conducteurs maintenus par des bras souples autour d’un support central. Sa forme compacte, comparée à celle d’une grande antenne Yagi HF, en fait une solution appréciée des radioamateurs qui souhaitent disposer d’une antenne directive sur plusieurs bandes.

Son transport et son montage restent toutefois des questions pratiques : il faut assembler ou déployer les bras, mettre les fils en place et vérifier que l’ensemble conserve sa géométrie. C’est sur ce point que le projet de Space-DX pourrait présenter un intérêt. Une publication du 12 septembre 2026 décrit une HexBeam en développement qui se replie à la manière d’un parapluie.

L’image est parlante : les bras viendraient se rapprocher du mât central pour le transport, puis s’écarter lors de l’installation. Si le mécanisme permet réellement de garder les éléments correctement positionnés après chaque ouverture, il pourrait simplifier les opérations sur le terrain. Le fonctionnement précis du prototype reste cependant à confirmer.

Le défi n’est pas seulement mécanique

Sur une HexBeam, la forme et la position des fils influencent l’accord et le rayonnement de l’antenne. Un système repliable doit donc offrir davantage qu’une ouverture rapide : il doit retrouver une géométrie suffisamment régulière à chaque déploiement. La tenue au vent, la résistance des articulations et le risque d’emmêlement des fils seront aussi déterminants pour un usage portable.

Pour juger ce projet, les mesures seront aussi utiles que les images : ROS sur chaque bande, comportement du diagramme de rayonnement, temps de déploiement réel et résultats après plusieurs cycles d’ouverture et de fermeture.

Ce que l’on ignore encore

À la date de cet article, nous n’avons pas trouvé de fiche technique publiée pour cette version repliable. Ses bandes couvertes, son poids, ses dimensions une fois fermée, sa puissance admissible, son prix et sa date de disponibilité ne sont donc pas établis. Le site de Space-DX annonce par ailleurs la préparation d’un nouveau site et ne fournit pas ces renseignements.

L’idée mérite d’être suivie : une HexBeam plus facile à transporter et à installer intéresserait les amateurs de portable, de concours et d’expéditions. Il faudra attendre une présentation technique et des essais pour savoir si cette version « parapluie » tient ses promesses sur l’air.

Pour aller plus loin : présentation du projet sur Simon the Wizard · site de Space-DX