Tout savoir sur les câbles coaxiaux

Par F4LER/ON6FS

Les câbles coaxiaux

Le guide complet du radioamateur

Introduction

Le câble coaxial est souvent considéré comme un simple accessoire reliant l’émetteur à l’antenne. Pourtant, il constitue un élément essentiel de toute station radioamateur. Un mauvais choix de câble peut entraîner plusieurs décibels de pertes, réduire considérablement la puissance réellement rayonnée par l’antenne et dégrader les performances en réception.

À l’inverse, un câble bien adapté permet d’exploiter pleinement son installation tout en garantissant une excellente fiabilité sur de nombreuses années.

Dans ce guide, nous allons passer en revue tout ce qu’il faut savoir sur les câbles coaxiaux : leur constitution, leurs caractéristiques électriques, leurs pertes, leur comportement selon la fréquence, leur mise en œuvre et les critères permettant de choisir le câble le plus adapté à chaque application.


Sommaire

  1. Qu’est-ce qu’un câble coaxial ?
  2. Comment est-il construit ?
  3. Pourquoi une impédance de 50 Ω ?
  4. Les différents types de diélectriques
  5. Les blindages
  6. Les différents conducteurs centraux
  7. Les pertes en fonction de la fréquence
  8. Qu’est-ce que le coefficient de vélocité ?
  9. Influence de la longueur
  10. Influence du ROS
  11. Comparatif des principaux câbles
  12. Quel câble choisir ?
  13. Comment installer un coaxial ?
  14. Les connecteurs
  15. Les erreurs à éviter
  16. Questions fréquentes
  17. Conclusion

1. Qu’est-ce qu’un câble coaxial ?

(Illustration : coupe d’un câble coaxial)

câble coaxial c'est quoi

Le câble coaxial est un guide d’onde électrique conçu pour transporter des signaux radiofréquences avec un minimum de pertes.

Il est constitué de plusieurs couches concentriques :

  • conducteur central
  • isolant (diélectrique)
  • blindage
  • gaine extérieure

Cette géométrie particulière permet de confiner le champ électromagnétique à l’intérieur du câble, ce qui réduit les perturbations et limite les rayonnements parasites.

 


2. Comment est-il construit ?

Un câble coaxial est composé de quatre éléments principaux, chacun jouant un rôle essentiel dans la transmission des signaux radiofréquences.

Élément Description
Âme (conducteur central) Située au centre du câble, elle transporte le signal haute fréquence entre l’émetteur et l’antenne. Réalisée en cuivre massif, multibrins ou en aluminium cuivré, sa qualité influence directement les pertes et la puissance admissible.
Diélectrique (isolant) Ce matériau entoure le conducteur central et le maintient parfaitement centré. Il détermine en grande partie l’impédance caractéristique (50 Ω ou 75 Ω) du câble. Selon les modèles, il est constitué de polyéthylène massif, de mousse PE ou de PTFE (Téflon), chacun offrant des performances différentes en matière de pertes, de tenue en température et de rigidité.
Blindage (écran) Formé d’une ou plusieurs tresses de cuivre et parfois complété par une feuille d’aluminium, le blindage empêche les signaux radio de rayonner vers l’extérieur et protège le câble contre les perturbations électromagnétiques. Un blindage de qualité améliore également le rendement en limitant les pertes.
Gaine extérieure Dernière couche du câble, elle assure sa protection mécanique contre l’humidité, les rayons UV, les frottements et les agressions extérieures. Selon l’utilisation (intérieure, extérieure ou enterrée), elle est réalisée dans différents matériaux offrant une résistance plus ou moins élevée aux conditions environnementales.

L’association de ces quatre éléments permet au câble coaxial d’acheminer efficacement les signaux HF, VHF, UHF et SHF avec un minimum de pertes, tout en garantissant une excellente protection contre les interférences et les influences extérieures.

 


3. Pourquoi une impédance de 50 Ω ?

L’impédance caractéristique d’un câble coaxial est déterminée par sa géométrie et les matériaux utilisés pour sa fabrication. Elle dépend principalement du diamètre du conducteur central, du diamètre intérieur du blindage et de la constante diélectrique de l’isolant.

Pour un câble coaxial idéal, elle s’exprime par la formule :

Formule coaxial

avec :

  • Z0 : impédance caractéristique du câble (Ω)
  • D : diamètre intérieur du blindage
  • d : diamètre du conducteur central
  • εr : permittivité relative (constante diélectrique) de l’isolant
  • ln : logarithme népérien.

Cette relation montre que l’impédance dépend uniquement de la géométrie du câble et du matériau isolant. Ainsi, un simple changement du diamètre de l’âme, du blindage ou du diélectrique suffit à modifier son impédance.

Les deux valeurs les plus courantes sont 50 Ω et 75 Ω, mais pourquoi le monde des radioamateurs a-t-il adopté le 50 Ω ?

L’origine remonte aux années 1930, lors des premiers développements des lignes coaxiales pour les télécommunications et le radar. Les ingénieurs ont constaté qu’un câble d’environ 77 Ω présentait les pertes les plus faibles, ce qui le rendait idéal pour la réception de signaux faibles. À l’inverse, une impédance voisine de 30 Ω permettait de transmettre la puissance maximale avant apparition d’échauffements ou de claquages électriques.

Optimisation puissance/atténuation

Le choix de 50 Ω représente donc un excellent compromis entre ces deux extrêmes : il offre une faible atténuation tout en supportant des puissances élevées. Cette valeur est rapidement devenue le standard des équipements radiofréquences : émetteurs-récepteurs, amplificateurs, antennes, wattmètres et analyseurs de réseau.

Le 75 Ω, quant à lui, est privilégié lorsque l’objectif principal est de minimiser les pertes. On le retrouve principalement dans les réseaux de télévision, de réception satellite et de vidéo, où les puissances mises en jeu sont généralement faibles.

Pour obtenir les meilleures performances, il est essentiel de conserver une impédance identique sur toute la chaîne radio (émetteur, câble, connecteurs et antenne). Une rupture d’impédance provoque des réflexions du signal, augmente le ROS (Rapport d’Ondes Stationnaires) et réduit la puissance réellement transmise à l’antenne.

À retenir : le 50 Ω constitue le meilleur compromis entre faibles pertes, forte capacité de transmission de puissance et compatibilité universelle avec les équipements radioamateurs et professionnels.

 


4. Les différents diélectriques

Le diélectrique est le matériau isolant situé entre le conducteur central et le blindage d’un câble coaxial. Son rôle est double : maintenir parfaitement centrée l’âme du câble et déterminer son impédance caractéristique. Ses propriétés influencent également l’atténuation, la vitesse de propagation du signal, la tenue en puissance et la résistance aux conditions environnementales.

Le polyéthylène massif (PE) est le diélectrique le plus répandu sur les câbles économiques, comme le RG-58 ou le RG-213. Robuste, peu coûteux et facile à fabriquer, il offre une excellente résistance mécanique. En revanche, sa constante diélectrique relativement élevée entraîne des pertes plus importantes, notamment aux fréquences UHF et SHF.

Le polyéthylène expansé (Foam PE) contient de nombreuses microbulles d’air qui abaissent sa constante diélectrique. Cette technologie permet de réduire sensiblement les pertes tout en améliorant la vitesse de propagation du signal. Elle est utilisée sur des câbles modernes tels que l’Aircell 7, l’Ecoflex 10 ou le LMR-400. Son principal inconvénient est une sensibilité accrue à l’humidité : si la gaine est endommagée, l’eau peut pénétrer dans la mousse et dégrader durablement les performances.

Le PTFE (Téflon) est réservé aux câbles haut de gamme et aux applications professionnelles. Il présente une excellente stabilité électrique, résiste à des températures supérieures à 200 °C et supporte des puissances élevées. Très apprécié dans les environnements sévères, il est toutefois nettement plus coûteux que le polyéthylène.

Enfin, certains câbles utilisent l’air comme principal diélectrique, maintenu par des entretoises ou des disques isolants. Cette solution offre les pertes les plus faibles et une très forte capacité de transmission de puissance. Elle est principalement employée sur les lignes rigides ou les gros feeders de stations professionnelles et de relais radioamateurs. En contrepartie, ces câbles sont volumineux, rigides et beaucoup plus onéreux.

En résumé, le choix du diélectrique dépend de l’application : le PE massif privilégie le coût et la robustesse, le Foam PE constitue un excellent compromis pour la plupart des stations radioamateurs, le PTFE est destiné aux environnements exigeants, tandis que l’air reste la solution offrant les meilleures performances électriques, au prix d’un encombrement et d’un coût plus élevés.


5. Les blindages

Le blindage d’un câble coaxial constitue la seconde barrière de protection après le diélectrique. Son rôle est double : empêcher le signal HF de rayonner vers l’extérieur et protéger le conducteur central contre les parasites électromagnétiques (EMI) et radioélectriques (RFI). Plus le blindage est efficace, plus le câble résiste aux perturbations produites par les alimentations à découpage, les moteurs, les réseaux informatiques ou les émetteurs puissants situés à proximité.

Différents types de blindage coax

Tresse de cuivre simple

C’est le blindage traditionnel des câbles tels que le RG-58 ou le RG-213. Constituée de fils de cuivre entrelacés, la tresse offre une bonne souplesse et une excellente résistance mécanique. Son taux de recouvrement est généralement compris entre 70 et 95 %, ce qui est suffisant pour la majorité des installations radioamateurs.

Double tresse de cuivre

Deux tresses superposées augmentent le taux de recouvrement jusqu’à 98 %. Les fuites de rayonnement sont fortement réduites et l’immunité aux parasites est améliorée. Cette solution est souvent retenue pour les stations puissantes, les contestations ou les environnements industriels.

Feuille d’aluminium (Aluminium Foil)

Une fine feuille métallique entoure entièrement le diélectrique. Son recouvrement est pratiquement de 100 %, ce qui assure une excellente protection contre les hautes fréquences. En revanche, seule, elle supporte mal les flexions répétées. Elle est donc presque toujours associée à une tresse de cuivre.

Triple blindage (Feuille + Double tresse)

Les câbles les plus performants combinent une feuille d’aluminium et deux tresses de cuivre. Cette architecture procure une très forte immunité aux interférences, limite les rayonnements parasites et améliore les performances sur les fréquences UHF et SHF. On la retrouve sur des câbles haut de gamme comme certains Ecoflex, Aircell ou LMR.

Blindage quadruple

Destiné principalement aux installations professionnelles, le quadruple blindage associe deux feuilles métalliques et deux tresses. Son efficacité dépasse souvent 120 dB d’écrantage, ce qui en fait la solution idéale dans les environnements très perturbés ou pour les infrastructures de télécommunications.

À retenir : un excellent blindage ne réduit pas directement l’atténuation du câble, mais il protège efficacement le signal contre les perturbations extérieures et évite que votre propre émission ne rayonne à travers le câble. Pour une station radioamateur moderne, un câble feuille + tresse constitue déjà un excellent compromis, tandis qu’un triple blindage apporte un gain appréciable dans les installations exigeantes.

 


6. Les différents conducteurs centraux

Le conducteur central d’un câble coaxial transporte le signal radiofréquence. Son matériau influence les pertes, la souplesse, le coût et la résistance mécanique. Contrairement à une idée reçue, tous les câbles coaxiaux ne sont pas fabriqués avec une âme en cuivre pur.

Le cuivre massif est la référence pour les applications radioamateurs. Grâce à son excellente conductivité électrique, il offre les pertes les plus faibles et supporte des flexions modérées. Il est largement utilisé sur les câbles de qualité destinés à l’émission.

Le cuivre étamé possède les mêmes qualités électriques que le cuivre massif, mais bénéficie d’une fine couche d’étain qui le protège contre l’oxydation. Il est particulièrement recommandé pour les installations extérieures, les environnements humides ou marins, où la corrosion peut dégrader les performances au fil du temps.

L’aluminium cuivré (CCA – Copper Clad Aluminium) est constitué d’une âme en aluminium recouverte d’une mince couche de cuivre. Plus léger et moins coûteux, il est fréquemment utilisé sur les câbles économiques. En revanche, sa conductivité est inférieure à celle du cuivre, ce qui augmente les pertes et limite les performances sur les longues distances.

L’acier cuivré (CCS – Copper Clad Steel) associe une âme en acier à un revêtement en cuivre. Très résistant à la traction, il est principalement utilisé pour les câbles soumis à des contraintes mécaniques importantes, comme les descentes d’antennes ou les lignes aériennes. Sa conductivité est inférieure à celle du cuivre massif, mais reste acceptable en radiofréquence.

Cette particularité s’explique par l’effet de peau. À haute fréquence, le courant ne circule pratiquement plus au cœur du conducteur, mais uniquement dans une très fine couche située à sa surface. Plus la fréquence augmente, plus cette couche devient mince. Ainsi, sur les bandes VHF, UHF et SHF, un conducteur recouvert de cuivre (CCA ou CCS) présente des performances proches d’un conducteur en cuivre massif, puisque le courant circule essentiellement dans la couche de cuivre externe.

En résumé, le cuivre massif reste le meilleur choix pour obtenir les pertes les plus faibles. Le cuivre étamé est idéal en extérieur, tandis que les conducteurs CCA et CCS permettent de réduire le coût ou d’améliorer la résistance mécanique sans pénaliser fortement les performances aux fréquences élevées grâce à l’effet de peau.

 


7. Les pertes en fonction de la fréquence

L’atténuation représente la perte de puissance du signal lorsqu’il traverse un câble coaxial. Elle s’exprime généralement en dB pour 100 mètres. Plus cette valeur est faible, plus le câble est performant.

Trois facteurs influencent principalement les pertes :

  • La fréquence : l’atténuation augmente fortement avec la fréquence. Un câble donnant d’excellents résultats en HF peut devenir très pénalisant en UHF ou en SHF. Cette augmentation est principalement due à l’effet de peau dans le conducteur et aux pertes dans le diélectrique.
  • La longueur : les pertes sont directement proportionnelles à la longueur. Un câble de 20 mètres atténuera environ deux fois plus le signal qu’un câble de 10 mètres. Il est donc conseillé d’utiliser la longueur strictement nécessaire.
  • Le diamètre du câble : à technologie identique, un câble de grand diamètre présente moins de pertes qu’un câble fin. Son conducteur central est plus important, le blindage est généralement plus épais et le diélectrique de plus grande section réduit les pertes. En contrepartie, le câble devient plus lourd, plus rigide et plus coûteux.

Le choix du câble dépend donc de la fréquence utilisée. En HF, un RG-58 peut convenir sur quelques mètres. En revanche, pour les bandes 23 cm, 13 cm ou 6 cm, il devient indispensable d’utiliser un câble faible perte comme l’Aircell 7, l’Ecoflex 10, le LMR-400 ou un feeder de plus gros diamètre.

Atténuation typique (dB / 100 m)

Câble Ø ext. 30 MHz 145 MHz 432 MHz 1296 MHz 2400 MHz 5,8 GHz
RG-58 5 mm 6 16 29 53 76 125
RG-213 10 mm 3 8 15 28 40 67
Aircell 7 7,3 mm 2,6 6,5 11,5 21 30 51
Ecoflex 10 10,2 mm 1,8 4,3 7,8 14 20 34
LMR-400 10,3 mm 1,7 3,9 7,2 13 19 31
1/2″ Cellflex 15,5 mm 1,0 2,4 4,3 8 11 18
7/8″ Cellflex 28 mm 0,6 1,3 2,3 4 6 10

Conseil radioamateur : en HF (30 MHz), les différences entre les câbles restent relativement modestes. À partir de 432 MHz, elles deviennent significatives, et au-delà de 1,3 GHz, le choix d’un câble faible perte est primordial. Par exemple, 20 m de RG-58 à 2,4 GHz absorbent plus de 15 dB, soit plus de 96 % de la puissance émise. À l’inverse, un LMR-400 ou un Cellflex permet de conserver une bien plus grande partie de l’énergie jusqu’à l’antenne.

Ce tableau illustre parfaitement pourquoi le diamètre et la qualité de fabrication du câble deviennent déterminants lorsque la fréquence augmente.

 


8. Qu’est-ce que le coefficient de vélocité ?

Le coefficient de vélocité (CV), appelé également Velocity Factor (VF), indique la vitesse à laquelle une onde radio se propage dans un câble coaxial par rapport à la vitesse de la lumière dans le vide (≈ 300 000 km/s).

Cette vitesse dépend exclusivement du diélectrique utilisé. Plus la constante diélectrique est faible, plus l’onde se propage rapidement. Le coefficient de vélocité est exprimé sous la forme d’un nombre compris entre 0 et 1, ou en pourcentage.

Quelques valeurs typiques :

Diélectrique Coefficient de vélocité
Polyéthylène massif 0,66
Polyéthylène expansé (Foam PE) 0,80 à 0,85
PTFE (Téflon) 0,69 à 0,72
Air ≈ 0,97

Le coefficient de vélocité est particulièrement important lorsqu’un câble coaxial est utilisé comme élément accordé : transformateur quart d’onde, stub de découplage, ligne d’adaptation ou déphaseur. Dans ces applications, ce n’est pas la longueur physique du câble qui compte, mais sa longueur électrique.

La relation est simple :

Longueur électrique = Longueur physique × Coefficient de vélocité

À l’inverse :

Longueur physique = Longueur électrique ÷ Coefficient de vélocité

Prenons un exemple sur 144 MHz. Une longueur électrique d’un quart d’onde dans le vide mesure environ 52 cm. Avec un câble en polyéthylène massif (CV = 0,66), il faudra couper le câble à seulement 34 cm pour obtenir exactement le même déphasage électrique. Avec un câble Foam PE (CV = 0,83), cette longueur passe à environ 43 cm.

Cette différence explique pourquoi deux câbles de même longueur physique peuvent présenter des comportements très différents lorsqu’ils sont utilisés comme ligne d’accord.

À retenir : le coefficient de vélocité n’a pratiquement aucune influence sur le ROS d’une ligne coaxiale correctement adaptée. En revanche, il est indispensable pour calculer avec précision les stubs, les transformateurs quart d’onde et toutes les lignes coaxiales dont la longueur électrique joue un rôle dans le fonctionnement du système radio.


9. Influence de la longueur

La longueur d’un câble coaxial joue un rôle important dans les performances d’une installation radio. Plus le câble est long, plus l’atténuation augmente et plus la puissance disponible à l’antenne diminue. Cette perte est pratiquement proportionnelle à la longueur : doubler la longueur du câble revient à doubler son atténuation.

Prenons un exemple. Un câble présentant une atténuation de 6 dB pour 100 mètres perdra environ 0,6 dB sur 10 mètres, 1,2 dB sur 20 mètres et 3 dB sur 50 mètres. Une perte de 3 dB signifie que la moitié de la puissance émise est dissipée dans le câble avant même d’atteindre l’antenne.

Cette influence devient particulièrement sensible en UHF et en SHF, où les pertes sont beaucoup plus importantes qu’en HF. Ainsi, une longueur acceptable sur 30 MHz peut devenir pénalisante sur 2,4 GHz. C’est pourquoi il est recommandé de placer, lorsque cela est possible, l’émetteur ou le préamplificateur au plus près de l’antenne.

Contrairement à une idée encore répandue, il n’existe pas de longueur “magique” de câble coaxial permettant d’améliorer le ROS d’une antenne correctement conçue. Dans une installation adaptée, il est inutile de couper le câble à une demi-onde ou à un multiple de quart d’onde pour obtenir de meilleures performances. La seule règle valable est d’utiliser la longueur strictement nécessaire.

En revanche, certaines applications utilisent volontairement une longueur précise de câble, notamment les transformateurs quart d’onde, les stubs d’accord ou les déphaseurs. Dans ces cas particuliers, c’est la longueur électrique, calculée à partir du coefficient de vélocité du câble, qui est déterminante.

À retenir : plus un câble est court, moins il présente de pertes. Le meilleur câble est donc celui qui combine une faible atténuation avec la longueur minimale compatible avec l’installation.


10. Influence du ROS

Le ROS (Rapport d’Ondes Stationnaires), ou SWR (Standing Wave Ratio), indique la qualité de l’adaptation entre l’émetteur, le câble coaxial et l’antenne. Avec un ROS de 1:1, toute la puissance arrivant au bout du câble est absorbée par l’antenne. Lorsque l’impédance de l’antenne diffère de celle du câble, une partie du signal est réfléchie vers l’émetteur.

Le ROS est directement lié au coefficient de réflexion (Γ), défini par la relation :

coefficient de réflexion (Γ)

avec :

  • ZL : impédance de l’antenne (charge),
  • Z₀ : impédance caractéristique du câble (généralement 50 Ω).

Le ROS se calcule ensuite grâce à la formule :

ROS

Cette formule montre qu’un coefficient de réflexion nul (Γ = 0) correspond à un ROS de 1:1, tandis qu’un coefficient de réflexion proche de 1 conduit à un ROS très élevé.

Un ROS élevé ne signifie pas que toute la puissance réfléchie est immédiatement perdue. Celle-ci effectue plusieurs allers-retours dans le câble et peut finalement être renvoyée vers l’antenne. Cependant, à chaque trajet, le câble dissipe une partie de l’énergie sous forme de chaleur. Le ROS crée donc des pertes supplémentaires, particulièrement importantes lorsque le câble est long, de qualité médiocre ou utilisé à haute fréquence.

Quelques exemples concrets

ROS Puissance réfléchie Pour 100 W émis
1:1 0 % 0 W réfléchis
1,5:1 4 % 4 W réfléchis
2:1 11 % 11 W réfléchis
3:1 25 % 25 W réfléchis
5:1 44 % 44 W réfléchis

Avec 10 mètres de câble faible perte en HF, un ROS de 2:1 reste généralement acceptable. En revanche, avec 30 mètres de RG-58 à 432 MHz, les pertes du câble sont déjà importantes : le signal réfléchi les traverse une seconde fois, ce qui réduit encore la puissance réellement rayonnée.

Un ROS élevé peut également provoquer des tensions ou des courants importants en certains points du câble. À forte puissance, cela peut entraîner un échauffement, un amorçage dans les connecteurs ou la détérioration du diélectrique.

Enfin, de nombreux émetteurs modernes réduisent automatiquement leur puissance lorsque le ROS dépasse environ 2:1 à 3:1, afin de protéger leurs transistors de sortie.

À retenir : un bon ROS ne compense pas un câble très atténuant, mais un câble à faibles pertes limite fortement les conséquences d’un ROS imparfait. L’objectif du radioamateur est donc d’obtenir une antenne correctement accordée, un câble de qualité et un ROS aussi proche que possible de 1:1.

 


11. Comparatif des principaux câbles

Le choix d’un câble coaxial dépend de plusieurs critères : fréquence d’utilisation, longueur de la liaison, puissance à transmettre, contraintes mécaniques et budget. Le tableau ci-dessous compare les caractéristiques des câbles les plus couramment utilisés par les radioamateurs afin de faciliter le choix du modèle le mieux adapté à chaque application.

Nota : Les valeurs ci-dessous sont des valeurs typiques fournies par les fabricants. Elles peuvent légèrement varier selon les marques.

Câble Ø ext. (mm) Impédance (Ω) Rayon mini (mm) Poids (g/m) Coefficient de vélocité Puissance admissible*
RG-58 5,0 50 25 38 0,66 0,30 kW
RG-8X (Mini-8) 6,1 50 30 55 0,78 0,50 kW
LMR-240 6,1 50 30 58 0,84 0,80 kW
Aircell 7 7,3 50 35 60 0,83 0,90 kW
RG-213/U 10,3 50 50 160 0,66 1,50 kW
RG-214/U 10,8 50 55 190 0,66 1,50 kW
Ecoflex 10 10,2 50 50 120 0,85 2,10 kW
Hyperflex 10 10,3 50 50 115 0,85 2,00 kW
Airborne 10 10,3 50 50 125 0,85 2,10 kW
LMR-400 10,3 50 38 160 0,85 2,70 kW
Hyperflex 13 12,8 50 65 190 0,85 3,80 kW
LMR-600 15,0 50 75 280 0,87 5,20 kW
Cellflex 1/2″ (LCF12-50J) 15,5 50 80 280 0,88 5,50 kW
Cellflex 7/8″ (LCF78-50) 28,0 50 150 620 0,89 12,0 kW

* Puissance admissible indicative à 145 MHz en fonctionnement continu, dans des conditions normales de température. La puissance admissible diminue lorsque la fréquence augmente.

Ce tableau constitue une excellente synthèse pour choisir rapidement le câble coaxial le plus adapté à une application radioamateur.

 


12. Quel câble choisir ?

  • RG-58 : économique et très souple, réservé aux courtes longueurs en HF ou VHF.
  • RG-8X : excellent compromis pour les stations portables.
  • RG-213 / RG-214 : références historiques des radioamateurs, robustes mais aujourd’hui dépassées en termes de pertes.
  • Aircell 7 : très bon compromis entre encombrement et faibles pertes.
  • Ecoflex 10, Hyperflex 10 et Airborne 10 : excellents choix pour les stations fixes VHF/UHF.
  • LMR-400 : l’un des meilleurs rapports performances/prix.
  • Hyperflex 13 et LMR-600 : adaptés aux longues descentes d’antenne et aux puissances élevées.
  • Cellflex 1/2″ et 7/8″ : câbles professionnels destinés aux relais, stations contest ou installations permanentes où les pertes doivent être minimales.

 


13. Comment installer un coaxial ?

La qualité d’une liaison coaxiale ne dépend pas uniquement du câble choisi : son installation est tout aussi importante. Une mauvaise pose peut augmenter les pertes, détériorer le blindage ou provoquer une infiltration d’humidité, réduisant ainsi considérablement les performances et la durée de vie de l’installation.

La première règle consiste à utiliser la longueur minimale nécessaire. Un câble plus long n’apporte aucun avantage et augmente uniquement l’atténuation. Il est également essentiel de respecter le rayon de courbure minimal recommandé par le fabricant. Un coude trop serré peut déformer le diélectrique, modifier l’impédance du câble et créer des réflexions parasites.

Le câble doit être fixé régulièrement à l’aide de colliers ou de supports adaptés, sans être écrasé. Il est préférable de laisser un léger jeu afin de compenser les dilatations dues aux variations de température. Lorsqu’il chemine à l’extérieur, il doit être protégé contre les frottements et les rayons UV si sa gaine n’est pas spécialement conçue pour cet usage.

Les connecteurs constituent souvent le point faible d’une installation. Ils doivent être soigneusement montés, correctement sertis ou soudés, puis protégés contre l’humidité. À l’extérieur, il est recommandé d’appliquer une couche de ruban auto-amalgamant, recouverte d’un ruban PVC résistant aux UV. Cette double protection empêche l’eau de pénétrer dans le câble, cause fréquente d’une augmentation progressive des pertes.

Il est également conseillé d’éloigner le câble coaxial des lignes d’alimentation secteur ou des sources de parasites électromagnétiques. Lorsque plusieurs câbles sont installés ensemble, il est préférable de les maintenir parallèles plutôt que de les croiser ou de les enrouler inutilement.

Enfin, après l’installation, un contrôle au ROS-mètre ou, mieux encore, avec un analyseur d’antenne, permet de vérifier que le câble, les connecteurs et l’antenne fonctionnent correctement.

En résumé : un câble de qualité ne donnera de bons résultats que s’il est installé avec soin. Une pose propre, des connecteurs parfaitement étanches et le respect des contraintes mécaniques garantissent des performances durables pendant de nombreuses années.


14. Les connecteurs

Les connecteurs coaxiaux assurent la liaison entre le câble, l’émetteur, les instruments de mesure et l’antenne. Leur choix influence la fiabilité mécanique, les pertes, l’étanchéité et les performances en haute fréquence. Chaque modèle est conçu pour répondre à des applications et à des plages de fréquences spécifiques.

Les connecteurs


15. Les erreurs à éviter

Un câble coaxial de qualité ne garantit pas à lui seul de bonnes performances. Certaines erreurs, pourtant courantes, peuvent augmenter les pertes, dégrader le ROS ou réduire considérablement la durée de vie de l’installation.

La première consiste à choisir un câble uniquement en fonction de son prix. Un RG-58 peut convenir sur quelques mètres en HF, mais devient rapidement inadapté en UHF ou en SHF où les pertes sont très importantes.

Il est également déconseillé de laisser des connecteurs exposés aux intempéries. L’humidité pénètre progressivement dans le câble, augmentant les pertes et provoquant l’oxydation des conducteurs. Une protection par ruban auto-amalgamant est fortement recommandée pour toute installation extérieure.

Une autre erreur fréquente est de plier le câble avec un rayon trop faible ou de l’écraser sous un collier. Cela déforme le diélectrique, modifie localement l’impédance et peut créer des réflexions parasites.

Il faut également éviter les adaptateurs inutiles. Chaque connecteur ou adaptateur supplémentaire introduit de faibles pertes et constitue un point de faiblesse mécanique ou d’infiltration d’eau.

Beaucoup de radioamateurs pensent encore qu’une longueur “magique” de câble permet de corriger un mauvais ROS. Cette idée est fausse : seul un réglage correct de l’antenne permet d’obtenir une bonne adaptation.

Enfin, n’utilisez jamais un câble présentant une gaine endommagée, des traces d’humidité ou des connecteurs desserrés. Une inspection visuelle régulière et une mesure occasionnelle au ROS-mètre ou à l’analyseur d’antenne permettent de détecter rapidement une dégradation.

En résumé : choisissez un câble adapté à la fréquence, limitez sa longueur, protégez les connecteurs, respectez le rayon de courbure et entretenez régulièrement votre installation. Ces quelques précautions garantissent des performances optimales et une longue durée de vie de votre ligne coaxiale.

 


16. FAQ – Questions fréquentes

Voici les réponses aux questions les plus fréquemment posées par les radioamateurs et les utilisateurs de câbles coaxiaux.

1. Quel câble coaxial choisir pour la HF ?

Pour des longueurs modestes, un RG-213 est généralement suffisant. Pour les longues descentes, un câble à faibles pertes comme l’Ecoflex 10 ou le LMR-400 sera plus performant.

2. Le RG-58 est-il adapté à la VHF/UHF ?

Oui, pour des cordons ou des longueurs inférieures à une dizaine de mètres. Au-delà, les pertes deviennent rapidement importantes.

3. Un câble plus gros est-il toujours meilleur ?

En général oui, car il présente moins de pertes. En contrepartie, il est plus lourd, plus rigide et plus coûteux.

4. Existe-t-il une longueur idéale de câble coaxial ?

Non. Pour une installation correctement adaptée, il n’existe aucune longueur “magique”. Il faut simplement utiliser la longueur nécessaire.

5. Pourquoi mon ROS change-t-il lorsqu’il pleut ?

L’humidité peut modifier les caractéristiques de l’antenne ou pénétrer dans un connecteur mal protégé.

6. Puis-je raccorder deux câbles différents ?

Oui, à condition qu’ils aient la même impédance (généralement 50 Ω) et que les raccords soient correctement réalisés.

7. Quelle est la durée de vie d’un câble coaxial ?

Un câble de qualité correctement installé peut fonctionner plus de vingt ans. L’exposition au soleil, à l’humidité et aux contraintes mécaniques réduit sa durée de vie.

8. Comment savoir si mon câble est défectueux ?

Une augmentation des pertes, un ROS inhabituel ou la présence d’humidité dans les connecteurs sont de bons indicateurs.

9. Faut-il souder ou sertir les connecteurs ?

Les deux méthodes sont excellentes si elles sont réalisées avec les outils appropriés et selon les recommandations du fabricant.

10. Peut-on enterrer un câble coaxial ?

Oui, mais uniquement s’il est prévu pour un usage enterré ou placé dans une gaine de protection étanche.

11. Pourquoi le coefficient de vélocité est-il important ?

Il permet de calculer la longueur électrique des stubs, transformateurs quart d’onde et autres lignes d’adaptation.

12. Le câble coaxial influence-t-il le ROS ?

Indirectement. Un câble très atténuant peut masquer un mauvais ROS, sans pour autant améliorer réellement l’adaptation de l’antenne.

13. Les connecteurs ont-ils une fréquence limite ?

Oui. Un PL-259 convient parfaitement en HF et VHF, tandis que les connecteurs N, SMA ou 7/16 DIN offrent de meilleures performances aux fréquences élevées.

14. Comment protéger un connecteur extérieur ?

En utilisant du ruban auto-amalgamant, recouvert d’un ruban PVC résistant aux UV afin d’empêcher toute infiltration d’eau.

15. Quel est le meilleur câble coaxial ?

Il n’existe pas de câble universel. Le meilleur choix dépend de la fréquence utilisée, de la longueur de la liaison, de la puissance à transmettre, des contraintes mécaniques et du budget disponible.

 


17. Conclusion

Le câble coaxial est bien plus qu’un simple accessoire reliant un émetteur à une antenne. Il constitue un élément essentiel de la chaîne de transmission et influence directement les performances d’une station radio. Un mauvais choix de câble ou une installation négligée peuvent entraîner des pertes importantes, réduire la puissance réellement rayonnée et dégrader la qualité des communications.

Comme nous l’avons vu, le choix d’un coaxial doit tenir compte de plusieurs critères : la fréquence d’utilisation, la longueur de la liaison, la puissance à transmettre, les conditions d’installation et le budget disponible. Il est également indispensable de sélectionner des connecteurs adaptés, de réaliser un montage soigné et de protéger efficacement les raccordements contre l’humidité.

Pour la plupart des radioamateurs, investir dans un câble de meilleure qualité est souvent plus rentable que chercher à augmenter la puissance de l’émetteur. Une ligne de transmission performante permet de conserver davantage d’énergie jusqu’à l’antenne, aussi bien en émission qu’en réception.

En résumé, le meilleur câble coaxial n’est pas forcément le plus cher, mais celui qui est le mieux adapté à votre installation. En appliquant les conseils présentés dans ce guide, vous disposerez d’une ligne fiable, durable et offrant les meilleures performances possibles pour profiter pleinement de votre station radioamateur.