Dans notre précédent article, « POTA : qui m’entend ? PSK Reporter vous le montre ! », nous avons découvert comment vérifier presque en temps réel jusqu’où porte notre signal.
Mais revenons quelques minutes en arrière.
Nous venons d’arriver dans le parc. L’antenne est montée, la batterie branchée et le transceiver allumé.
Une question se pose :
40, 20, 15 ou 10 mètres : sur quelle bande commencer ?
Car en POTA, disposer de 100 W ne sert pas à grand-chose si nous appelons sur une bande pratiquement fermée !
Il n’existe pas de « meilleure bande POTA »
La propagation HF dépend notamment de l’heure, de la saison, de l’activité solaire, de l’état de l’ionosphère et de la distance que nous souhaitons couvrir.
Ajoutons notre antenne et son installation…
Et notre recette miracle vient de disparaître !
Il existe néanmoins quelques tendances très utiles pour choisir notre première bande.
40 mètres : allons chercher les voisins
Le 40 m (7 MHz) est l’un des grands classiques des sorties POTA.
Il permet fréquemment de réaliser des contacts régionaux ou européens à distances modérées et peut être particulièrement intéressant lorsque nous voulons être entendus en France et dans les pays voisins.
Les liaisons relativement proches peuvent profiter d’une propagation à angle élevé, parfois qualifiée de NVIS lorsque les conditions et l’antenne s’y prêtent.
Le 40 m possède toutefois un inconvénient évident en portable : l’antenne devient assez longue.
Une demi-onde représente environ 20 mètres !
20 mètres : le couteau suisse de l’Activator
S’il fallait choisir une bande pour commencer une activation européenne en journée, le 20 m (14 MHz) serait souvent un excellent candidat.
La bande est très fréquentée, les Hunters nombreux et les dimensions des antennes restent raisonnables.
Selon les conditions, les contacts peuvent aller de quelques centaines à plusieurs milliers de kilomètres.
Avec une simple EFHW, un dipôle ou une verticale et quelques watts, les résultats peuvent déjà être excellents.
Le 20 m constitue donc souvent un bon compromis entre :
activité — portée — taille d’antenne — efficacité en QRP.
Mais là encore, aucune garantie : certains jours, le 20 m semble rempli de stations ; à d’autres moments, notre CQ paraît envoyé directement aux arbres du parc.
15 mètres : à surveiller sérieusement
Le 15 m (21 MHz) devient particulièrement intéressant lorsque l’ionisation permet aux fréquences plus élevées de revenir vers la Terre.
L’avantage est spectaculaire : une antenne relativement petite et quelques watts peuvent permettre de très belles liaisons européennes et DX.
En revanche, cette bande peut être beaucoup moins productive lorsque les conditions sont médiocres.
Le réflexe est donc simple :
écoutez avant de l’écarter.
Quelques stations puissantes, des Activators déjà présents ou des reports numériques lointains peuvent indiquer que le 15 m mérite quelques CQ.
10 mètres : parfois magique, parfois désert
Le 10 m (28 MHz) possède deux personnalités.
Lorsqu’il est fermé :
CQ POTA… CQ POTA…
Les écureuils vous entendent parfaitement.
Lorsqu’il s’ouvre, en revanche, quelques watts peuvent suffire pour réaliser des contacts à plusieurs milliers de kilomètres.
Les antennes deviennent également petites et faciles à transporter.
Pendant les périodes favorables du cycle solaire, il serait donc dommage de ne jamais vérifier le 10 m.
Quelques secondes d’écoute peuvent suffire pour découvrir une bande soudainement remplie de stations.

40, 20, 15 ou 10 m : chaque bande offre des possibilités différentes selon la propagation, l’heure et la distance recherchée.
Et le 80 mètres ?
Ne l’oublions pas.
Le 80 m (3,5 MHz) peut devenir intéressant pour des contacts relativement proches, particulièrement aux heures où les bandes hautes deviennent moins favorables.
Son principal problème en POTA tient à l’antenne : une demi-onde approche les 40 mètres.
Il reste néanmoins parfaitement exploitable avec des antennes adaptées ou raccourcies lorsque le terrain le permet.
Alors, quelle bande essayer ?
Gardons ce tableau comme point de départ, jamais comme une garantie :
| Notre objectif | Bandes à essayer |
|---|---|
| Contacts proches/régionaux | 40 m, éventuellement 80 m |
| Europe en journée | 20 m |
| Europe et DX si conditions favorables | 15 m |
| Bande haute bien ouverte | 10 m |
| Fin de journée | 20 m puis 40 m |
| Aucun QSO | Changer de bande ! |
La meilleure bande reste finalement…
celle qui fonctionne maintenant.

Quelle bande choisir en POTA ? L’heure et la distance donnent une première indication, mais l’écoute et la propagation réelle restent les meilleurs guides.
Comment le savoir avant même de lancer CQ ?
Notre premier instrument coûte zéro euro :
les oreilles.
Parcourons la bande.
Entendons-nous des stations ? Des balises ? Des QSO européens ? Des signaux DX ?
Une bande complètement silencieuse doit déjà nous inciter à vérifier ailleurs.
Deuxième outil : les spots POTA.
Si plusieurs Activators européens sont actuellement signalés sur 20 m, écoutons-les. Qui leur répond ? À quel niveau les recevons-nous ?
Cela donne rapidement une idée de la situation.
PSK Reporter : notre radar numérique
Nous retrouvons ici l’outil étudié dans notre précédent article.
En FT8 ou FT4, quelques transmissions permettent de voir quelles stations nous décodent.
Si nos 5 W sont reçus en Allemagne, Espagne, Italie et Scandinavie, nous savons déjà que notre antenne rayonne et que la propagation existe dans ces directions.
PSK Reporter devient donc une véritable sonde de propagation.
En CW, demandons au Reverse Beacon Network
Les adeptes de CW disposent d’un outil tout aussi remarquable : le Reverse Beacon Network (RBN).
Des stations automatisées écoutent les bandes et signalent les stations qu’elles détectent.
Lançons quelques CQ correctement identifiés et nous pouvons découvrir qui nous reçoit, sur quelle bande et avec quel niveau relatif.
Le RBN indique d’ailleurs explicitement qu’un opérateur peut lancer un CQ rapide pour observer quels reverse beacons l’entendent et ainsi repérer les ouvertures de bandes.
Et le Soleil dans tout cela ?
Pour aller un peu plus loin, surveillons la météo spatiale.
Deux indicateurs sont souvent rencontrés :
SFI — Solar Flux Index : il donne une indication de l’activité solaire susceptible d’influencer l’ionisation favorable aux bandes HF hautes.
Kp : il caractérise l’activité géomagnétique. Un Kp élevé indique une perturbation du champ magnétique terrestre susceptible d’affecter les communications HF.
Mais attention : inutile de transformer notre sortie POTA en centre de contrôle de la NASA !
Ces indices donnent un contexte. L’écoute réelle des bandes reste notre meilleur juge sur le terrain.
Personne ne répond : surtout, ne tournons pas immédiatement le bouton POWER !
Nous sommes spotés et appelons depuis dix minutes.
Zéro QSO.
Avant de passer de 10 à 100 W, vérifions :
✓ sommes-nous correctement spotés ?
✓ la fréquence est-elle réellement libre ?
✓ l’antenne fonctionne-t-elle correctement ?
✓ entendons-nous d’autres stations ?
✓ PSK Reporter ou le RBN nous reçoit-il ?
✓ avons-nous essayé une autre bande ?
Changer de bande peut produire un résultat beaucoup plus spectaculaire qu’ajouter 6 ou 10 dB de puissance.

Personne ne répond ? Vérifiez d’abord le spot, l’antenne et la propagation, puis changez de bande avant d’augmenter la puissance.
La stratégie simple
Pour une activation européenne classique en journée, nous pourrions commencer par :
20 m → quelques CQ → observation des résultats.
Puis :
40 m → pour rechercher des Hunters plus proches.
Et si les bandes hautes semblent ouvertes :
15 m → 10 m.
Ne transformons toutefois pas cette séquence en règle.
Si nous allumons la radio et découvrons le 10 m rempli de stations…
commençons évidemment par le 10 m !
C’est finalement l’un des plaisirs du POTA : deux activations réalisées depuis le même parc avec exactement la même station peuvent être complètement différentes.
La propagation décide d’une partie du jeu.
À nous de l’écouter plutôt que de lutter contre elle.
Car en portable, choisir la bonne bande vaut souvent beaucoup plus que choisir le plus gros amplificateur !
Pour aller plus loin
- Parks on the Air : https://pota.app/
- Guide officiel de l’Activator POTA : https://docs.pota.app/docs/activator_reference/activator_guide-english.html
- PSK Reporter : https://pskreporter.info/
- Reverse Beacon Network : https://www.reversebeacon.net/
- NOAA Space Weather Prediction Center : https://www.spaceweather.gov/
- Indice Kp NOAA : https://www.spaceweather.gov/products/planetary-k-index
