POTA en QRP : 5 watts, vraiment suffisants ? (5/13)

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Dans notre précédent article, « POTA : 10 QSO avant l’apéro ! », nous avons vu comment choisir une bande, se spotter, lancer CQ et atteindre les fameux 10 contacts nécessaires à une activation réussie.

Mais jusqu’ici, nous avons soigneusement évité une question : combien de watts faut-il réellement ?

Avec 100 W, les choses semblent simples. Mais lorsque le transceiver affiche seulement 5 W, peut-on encore espérer remplir le log ? Bienvenue dans le monde du QRP !

QRP : de quoi parle-t-on ?

Dans l’usage radioamateur, on considère généralement comme QRP une puissance ne dépassant pas 5 W en CW et modes numériques, et 10 W PEP en SSB selon la définition couramment utilisée par les organisations QRP.

Mais ne nous focalisons pas trop sur l’étiquette. Ce qui nous intéresse ici est de savoir ce qui se passe lorsque nous passons de 100 W à seulement 5 W.

À première vue, la différence paraît énorme :

100 W / 5 W = 20

Vingt fois moins de puissance !

Pourtant, en radio, il est beaucoup plus intéressant de raisonner en décibels.

5 W contre 100 W : seulement 13 dB !

La différence de puissance se calcule avec :

Gain (dB) = 10 × log₁₀(P₂/P₁)

Nous obtenons alors :

5 → 10 W = +3 dB
5 → 20 W = +6 dB
5 → 50 W = +10 dB
5 → 100 W = +13 dB

Voilà qui change notre perception.

Si nous utilisons la référence théorique d’environ 6 dB par point S, passer de 5 à 20 W représente approximativement un point S et passer de 5 à 100 W un peu plus de deux points S.

Attention : les S-mètres réels sont loin d’être tous parfaitement calibrés. Cette comparaison sert surtout à comprendre les ordres de grandeur.

100 W apportent donc un avantage très réel, mais 5 W ne signifient absolument pas que votre signal devient vingt fois plus difficile à recevoir.

5 W contre 100 W : seulement 13 dB !

5 W contre 100 W : que représentent réellement 13 dB ? Passer de 5 à 100 W multiplie la puissance par 20, mais représente environ 13 dB, soit un peu plus de deux points S selon la convention théorique de 6 dB par point S. En QRP, améliorer l’antenne, limiter les pertes et profiter d’une bonne propagation peut donc être aussi important que d’ajouter des watts.

Avant d’ajouter des watts, cherchons les dB perdus

Supposons que notre station QRP fournisse 5 W.

Une mauvaise ligne coaxiale nous coûte 2 dB. Une antenne raccourcie en perd encore plusieurs. Une installation trop basse modifie le diagramme de rayonnement.

Notre précieux signal QRP vient déjà de perdre une partie de ses moyens avant même d’avoir quitté le parc !

C’est pourquoi, en faible puissance, l’antenne devient particulièrement importante.

Un dipôle demi-onde correctement installé, une EFHW bien réalisée ou une verticale disposant de radians efficaces peuvent faire davantage pour votre activation qu’un simple bouton permettant d’augmenter la puissance.

Chaque dB gagné dans l’installation est un dB qui part réellement dans la bonne direction.

La hauteur peut valoir quelques watts

Prenons un dipôle installé à deux mètres du sol, puis le même placé à huit mètres.

La puissance du transceiver n’a pas changé d’un milliwatt.

Pourtant, son diagramme de rayonnement, son interaction avec le sol et donc les directions favorisées peuvent être très différents.

Même raisonnement pour une verticale : ajouter ou améliorer les radians peut réduire les pertes au sol sans toucher à la puissance du TX.

C’est précisément ce qui rend le QRP intéressant : on commence à chercher les watts ailleurs que dans le transistor final !

Où gagner des dB en QRP ?

En QRP, chaque dB compte : avant d’ajouter des watts, optimisez l’antenne, sa hauteur et la ligne coaxiale, puis choisissez la bande, le mode et le bon moment en fonction de la propagation. Le spotting POTA complète cette stratégie en permettant aux Hunters de venir directement écouter votre faible signal.

SSB, CW ou numérique ?

Tous les modes ne sont pas égaux lorsque les signaux deviennent faibles.

En SSB, une activation à 5 W reste parfaitement possible lorsque la propagation et l’antenne sont favorables. Il faudra simplement accepter que certaines stations vous entendent difficilement.

La CW est particulièrement efficace en QRP grâce à la faible largeur de bande utilisée à la réception. Un opérateur entraîné peut exploiter des signaux extrêmement faibles.

Les modes numériques faibles signaux, notamment FT8, vont encore plus loin en permettant de décoder des signaux situés bien en dessous du niveau de bruit apparent.

Cela ne signifie pas qu’il existe un « meilleur » mode POTA. Le plaisir d’un QSO en SSB à 5 W peut justement venir du fait qu’il n’était pas garanti !

Le spotting : le meilleur ami des petits watts

Imaginez une activation QRP sans Internet.

Vous appelez CQ avec 5 W et attendez qu’un radioamateur tombe par hasard exactement sur votre fréquence.

Avec POTA, la situation est différente.

L’auto-spot est autorisé. Vous indiquez votre indicatif, votre parc, votre fréquence et votre mode sur le système POTA. Les Hunters savent alors précisément où vous chercher.

Ils ne balayent plus la bande au hasard : ils viennent volontairement écouter votre signal.

Pour une station QRP, c’est un avantage considérable.

Si vous n’avez pas Internet sur le terrain, un correspondant peut également vous spotter.

Et côté batterie, le QRP prend sa revanche !

Les watts supplémentaires ont un défaut : il faut les produire.

Un petit transceiver QRP pourra parfois se contenter de quelques ampères en émission, alors qu’un poste HF de 100 W peut approcher ou dépasser 20 A sous 13,8 V à pleine puissance.

Pour une sortie de plusieurs heures, cela change complètement la batterie à transporter.

À pied, une petite LiFePO4 de quelques Ah peut accompagner une station QRP. À 100 W, il faudra généralement prévoir une capacité nettement supérieure et des câbles correctement dimensionnés.

Le kilo économisé dans la batterie devient soudain très appréciable après quelques kilomètres de marche !

Le sac à dos prend sa revanche

5 W ou 100 W : les watts finissent par peser dans le sac ! Une station QRP permet de réduire considérablement la batterie et le poids à transporter, avec une autonomie confortable pour les activations à pied. À 100 W, on gagne en marge radio, mais au prix d’une consommation et d’un équipement plus importants. En POTA, le bon choix dépend donc autant du terrain et du mode d’activation que de la puissance recherchée.

Essayons 100, 20, 5… puis 1 W !

Voici une expérience très simple à réaliser pendant une activation.

Lorsque vous avez un correspondant disposé à jouer le jeu, demandez-lui de rester quelques instants.

Commencez à 100 W, puis descendez successivement :

20 W → 5 W → 1 W

Demandez à chaque fois comment évoluent votre signal et surtout votre lisibilité.

Le résultat est parfois surprenant.

Lorsque la propagation est bonne et que votre signal arrive confortablement au-dessus du bruit, il peut rester parfaitement exploitable à 5 W, voire beaucoup moins.

À l’inverse, si vous arrivez tout juste au seuil de compréhension à 100 W, passer à 5 W risque évidemment de faire disparaître le QSO.

Voilà toute la différence entre puissance nécessaire et puissance disponible.

Alors, 5 W suffisent-ils ?

Oui… mais pas toujours.

C’est précisément ce qui rend le QRP passionnant.

Avec une bonne propagation, une antenne efficace, une fréquence correctement choisie et l’aide du spotting POTA, 5 W peuvent permettre de réaliser de très beaux contacts et d’atteindre les 10 QSO nécessaires à l’activation.

Avec de mauvaises conditions, 100 W seront évidemment beaucoup plus confortables.

Le véritable intérêt du QRP n’est donc peut-être pas de prouver que 5 W sont « meilleurs » que 100 W.

C’est de découvrir jusqu’où nous pouvons aller en utilisant intelligemment les quelques watts dont nous disposons.

Et lorsqu’un Hunter situé à plusieurs milliers de kilomètres répond à votre CQ alors que le wattmètre indique 5 W…

on regarde généralement l’afficheur une deuxième fois !

Pour aller plus loin

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