
La jonction PN est à la base du fonctionnement de nombreux composants électroniques : diodes, transistors, LED, cellules photovoltaïques et bien d’autres dispositifs.
Mais que se passe-t-il réellement à l’intérieur d’une jonction PN lorsqu’on lui applique une tension électrique ? Pourquoi une diode laisse-t-elle facilement passer le courant dans un sens, mais presque pas dans l’autre ?
Pour répondre à ces questions, nous allons découvrir progressivement le fonctionnement des semi-conducteurs, comprendre la formation d’une jonction PN et observer les effets des différentes polarisations.
Un simulateur interactif vous permettra ensuite de faire varier la tension de −5 V à +1 V et de visualiser directement les phénomènes qui se produisent à l’intérieur de la jonction.
1. Qu’est-ce qu’un semi-conducteur ?
Les matériaux peuvent être classés en trois grandes catégories selon leur capacité à conduire le courant électrique :
- Les conducteurs, comme le cuivre ou l’aluminium, laissent facilement circuler les charges électriques.
- Les isolants, comme le verre ou certains plastiques, s’opposent fortement au passage du courant.
- Les semi-conducteurs, comme le silicium ou le germanium, possèdent des propriétés électriques intermédiaires qui peuvent être modifiées.
Le silicium est particulièrement utilisé dans l’industrie électronique.
À l’état pur, il conduit relativement peu le courant électrique. Pour modifier ses propriétés, on introduit volontairement de très petites quantités d’atomes étrangers dans sa structure cristalline.
Cette opération s’appelle le dopage.
Le semi-conducteur de type N
On ajoute au silicium des atomes possédant cinq électrons de valence, comme le phosphore.
Quatre électrons participent aux liaisons avec les atomes voisins. Le cinquième peut facilement devenir un électron mobile.
Le matériau possède alors une forte concentration d’électrons libres.
On parle de semi-conducteur de type N, car les électrons, porteurs de charges négatives, sont majoritaires.
Le semi-conducteur de type P
Cette fois, on introduit des atomes possédant trois électrons de valence, comme le bore.
Il manque alors un électron pour compléter certaines liaisons.
Cette absence est appelée un trou.
Un électron voisin peut venir combler ce trou, laissant derrière lui un nouveau trou. Ce mécanisme permet aux trous de se déplacer dans le cristal.
On obtient un semi-conducteur de type P, dans lequel les trous constituent les porteurs majoritaires.
Attention : les matériaux P et N restent globalement électriquement neutres. Leurs lettres désignent le type de porteurs majoritaires, et non une charge électrique globale.

Dopage du silicium. À gauche, un semi-conducteur de type P présentant des trous majoritaires. À droite, un semi-conducteur de type N présentant des électrons majoritaires.
2. Comment se forme une jonction PN ?
Une jonction PN apparaît lorsqu’une région de semi-conducteur de type P est mise en contact avec une région de type N, au sein d’un même cristal.
Au départ, les concentrations de porteurs sont très différentes de part et d’autre de la jonction.
Dans la région N, les électrons sont nombreux. Dans la région P, ce sont les trous qui dominent.
Le phénomène de diffusion
En raison de cette différence de concentration :
- Des électrons diffusent de la région N vers la région P.
- Des trous diffusent de la région P vers la région N.
Lorsque des électrons rencontrent des trous, ils peuvent se recombiner.
Cette recombinaison fait disparaître des porteurs mobiles à proximité de la jonction.
Apparition de la zone de déplétion
Après le départ de certains porteurs mobiles, il reste des ions dopants fixes dans le réseau cristallin.
Du côté N, les atomes donneurs ionisés sont positifs.
Du côté P, les atomes accepteurs ionisés sont négatifs.
Ces charges fixes créent un champ électrique interne qui s’oppose progressivement à la diffusion des porteurs majoritaires.
Une région appauvrie en porteurs mobiles apparaît autour de la jonction.
Elle porte plusieurs noms :
- Zone de déplétion.
- Zone de charge d’espace.
- Zone désertée.
Ces trois expressions désignent essentiellement la même région.
La barrière de potentiel
Le champ électrique interne crée une différence de potentiel à travers la zone de déplétion.
Cette différence de potentiel constitue une barrière énergétique pour les porteurs majoritaires.
Pour une jonction au silicium, le potentiel interne peut être de l’ordre de 0,6 à 0,8 V à température ambiante, selon le dopage et les conditions considérées.
Cette valeur ne doit pas être confondue avec une tension de conduction fixe.

Formation d’une jonction PN. Les électrons et les trous diffusent puis se recombinent près de la jonction, laissant apparaître une zone de déplétion contenant des ions fixes.
3. La jonction PN sans tension appliquée
Lorsque les deux régions P et N sont réunies sans qu’aucune tension extérieure soit appliquée, la jonction atteint un état d’équilibre.
Deux phénomènes s’opposent :
La diffusion : les porteurs ont tendance à se déplacer des régions fortement concentrées vers les régions moins concentrées.
La dérive : le champ électrique interne entraîne les porteurs dans le sens opposé à leur diffusion.
À l’équilibre, ces deux contributions se compensent.
Le courant électrique net est donc nul.
Il est important de comprendre que la zone de déplétion existe déjà en l’absence de tension extérieure.
Elle n’apparaît pas uniquement lorsqu’on branche une alimentation.
4. La polarisation directe : la diode devient conductrice
Une jonction PN est polarisée en direct lorsque :
- La région P est reliée au potentiel positif.
- La région N est reliée au potentiel négatif.
La tension extérieure s’oppose alors partiellement au champ électrique interne.
La barrière énergétique diminue et la zone de déplétion se rétrécit.
Les porteurs majoritaires peuvent plus facilement traverser la jonction.
Les électrons provenant de la région N sont injectés dans la région P, tandis que des trous provenant de la région P sont injectés dans la région N.
Un courant électrique peut alors circuler.
Pourquoi parle-t-on souvent de 0,7 V ?
Pour une diode classique au silicium, on retient généralement une tension directe d’environ 0,7 V.
Cette valeur constitue un repère pratique, mais elle ne représente pas un seuil absolu.
En réalité, le courant augmente progressivement et de manière approximativement exponentielle avec la tension directe.
La tension observée dépend notamment du courant, de la température et des caractéristiques de la diode.
Une diode peut donc conduire un faible courant bien avant 0,7 V.
5. La polarisation inverse : la diode bloque le courant
En polarisation inverse, les connexions sont inversées :
- La région P est reliée au potentiel négatif.
- La région N est reliée au potentiel positif.
Cette fois, la tension extérieure renforce le champ électrique de la zone de déplétion.
La barrière énergétique augmente.
Les porteurs majoritaires s’éloignent de la jonction, et la zone de déplétion s’élargit.
La diode s’oppose alors fortement au passage du courant.
Le courant inverse
Même lorsqu’elle est polarisée en inverse, une diode réelle n’est pas parfaitement isolante.
Un très faible courant peut circuler, notamment grâce aux porteurs minoritaires et aux phénomènes de génération de charges.
Ce courant dépend fortement de la température et de la technologie du composant.
Le phénomène de claquage
Si la tension inverse devient suffisamment importante, la jonction peut entrer en claquage.
Deux mécanismes principaux peuvent intervenir : l’effet Zener et l’avalanche.
Le courant inverse augmente alors fortement.
Ce phénomène est exploité volontairement dans les diodes Zener et les diodes de protection, mais peut endommager une diode ordinaire si le courant n’est pas limité.

Comparaison des polarisations directe et inverse. En direct, la zone de déplétion se rétrécit et le courant augmente. En inverse, elle s’élargit et le courant reste très faible avant le claquage.
6. Comprendre la caractéristique courant-tension d’une diode
Le comportement électrique d’une diode est représenté par sa caractéristique courant-tension, également appelée courbe I(V).
Cette courbe indique comment le courant traversant la diode évolue lorsque la tension appliquée varie.
Elle comporte deux régions principales.
Pour les tensions positives
La diode est polarisée en direct.
Le courant augmente lentement aux faibles tensions, puis très rapidement lorsque la tension devient plus importante.
Cette évolution est approximativement décrite par l’équation de Shockley :
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Avec :
- I : courant traversant la diode.
- Iₛ : courant de saturation du modèle.
- V : tension appliquée à la jonction.
- n : facteur d’idéalité.
- Vₜ : tension thermique, voisine de 25,7 mV à 25 °C.
Cette équation explique la croissance exponentielle du courant en polarisation directe.
Pour les tensions négatives
La diode est polarisée en inverse.
Dans le modèle idéal, le courant reste extrêmement faible et pratiquement constant tant que la tension de claquage n’est pas atteinte.
Sur une courbe utilisant une échelle linéaire en milliampères, ce courant est généralement presque invisible.
7. Simulateur interactif : observez la jonction PN
Nous allons maintenant passer de la théorie à l’expérimentation.
Le simulateur ci-dessous permet d’observer simultanément les modifications internes d’une jonction PN et l’évolution de sa caractéristique courant-tension.
Comment utiliser le simulateur ?
Le fonctionnement est volontairement simple.
Étape 1 — Observer la jonction au repos
Commencez avec une tension de 0 V.
La zone de déplétion est visible entre les régions P et N.
Le courant net est nul, car la jonction est à l’équilibre.
Étape 2 — Appliquer une tension négative
Déplacez progressivement le curseur vers −1 V, puis −3 V et −5 V.
Observez l’élargissement de la zone de déplétion.
Sur la caractéristique courant-tension, le point de fonctionnement se déplace vers les tensions négatives.
Le courant reste extrêmement faible.
Étape 3 — Appliquer une tension positive
Ramenez le curseur à 0 V, puis augmentez progressivement la tension.
Observez le rétrécissement de la zone de déplétion.
À mesure que la tension augmente, les porteurs traversent plus facilement la jonction.
Sur le graphique I(V), le courant commence à augmenter, puis sa croissance devient très rapide.
Étape 4 — Observer la courbe I(V)
Faites varier lentement la tension entre 0,4 V et 0,8 V.
Vous constaterez que le courant n’augmente pas de manière proportionnelle à la tension.
C’est l’une des caractéristiques essentielles d’une diode.
Que représente exactement le simulateur ?
Le simulateur utilise un modèle simplifié d’une diode au silicium à température ambiante.
Il représente qualitativement les déplacements des porteurs et les variations de largeur de la zone de déplétion.
La courbe I(V) repose sur une équation théorique.
Les dimensions et les mouvements affichés ne sont donc pas à l’échelle microscopique.
Le simulateur ne prend pas en compte le claquage inverse, la résistance série ou les effets thermiques complexes.
Il constitue avant tout un outil pédagogique pour comprendre les principes physiques d’une jonction PN.
8. Où retrouve-t-on les jonctions PN en électronique ?
Les jonctions PN interviennent dans de nombreux composants utilisés quotidiennement.
Les diodes de redressement
Elles permettent notamment de convertir une tension alternative en tension continue.
On les retrouve dans les alimentations des équipements électroniques et des stations radioamateurs.
Les diodes électroluminescentes (LED)
Lorsqu’elles sont polarisées en direct, certaines jonctions semi-conductrices émettent de la lumière par recombinaison radiative.
La couleur dépend principalement des matériaux utilisés.
Les diodes Zener
Elles exploitent le claquage inverse contrôlé pour stabiliser une tension ou protéger un circuit.
Les transistors bipolaires
Les transistors NPN et PNP comportent deux jonctions PN.
Leur fonctionnement dépend toutefois de l’interaction entre ces jonctions et ne peut pas être assimilé à celui de deux diodes indépendantes.
Les cellules photovoltaïques
Une jonction semi-conductrice permet de séparer les charges électriques produites par l’absorption de lumière.
Ce principe est à la base de nombreuses cellules solaires.
Les applications radiofréquences
Dans le domaine radioamateur, on retrouve également des jonctions PN dans les diodes de commutation RF, les diodes PIN utilisées comme commutateurs ou atténuateurs, et certains circuits de détection.
9. Conclusion : une jonction simple, des applications multiples
La jonction PN constitue l’un des éléments fondamentaux de l’électronique moderne.
Son fonctionnement repose sur quelques phénomènes physiques essentiels : le dopage des semi-conducteurs, la diffusion des porteurs, la formation d’une zone de déplétion et l’existence d’un champ électrique interne.
Lorsqu’une tension est appliquée, la largeur de cette zone et la facilité de passage des porteurs évoluent.
En polarisation directe, le courant augmente fortement. En polarisation inverse, il reste généralement très faible tant que le claquage n’est pas atteint.
Grâce au simulateur interactif, ces phénomènes deviennent plus faciles à visualiser et à comprendre.
La maîtrise de ces notions constitue une excellente base pour aborder ensuite les diodes Zener, les transistors, les redresseurs et de nombreux circuits électroniques utilisés en radio.