
Retour sur l’éclipse du 12 août 2026 : quand les radioamateurs deviennent les témoins des transformations de l’ionosphère.
Introduction — Quand le ciel s’assombrit, les ondes changent de chemin
Le 12 août 2026, un événement astronomique exceptionnel s’est produit dans le ciel européen. La Lune s’est progressivement interposée entre la Terre et le Soleil, provoquant une éclipse totale visible notamment depuis l’Islande et certaines régions d’Espagne. En France, le phénomène était partiel, mais particulièrement spectaculaire : dans certaines régions, plus de 95 % de la surface apparente du Soleil a été masquée.
Pour les astronomes et les curieux, c’était l’occasion d’admirer un phénomène céleste rare. Mais pour les radioamateurs, cette éclipse représentait également une formidable expérience scientifique.
En effet, les communications radio à grande distance dépendent en grande partie de l’ionosphère, cette région de la haute atmosphère dont les propriétés électriques sont directement influencées par le rayonnement solaire.
Que se passe-t-il lorsque la Lune intercepte brutalement une grande partie de ce rayonnement ? Les ondes radio parcourent-elles de plus grandes distances ? Certaines bandes deviennent-elles inutilisables ? Peut-on réellement mesurer ces transformations avec un simple équipement radioamateur ?
L’éclipse du 12 août 2026 nous offre une occasion de comprendre comment le Soleil gouverne une partie de nos communications radio, et comment les radioamateurs peuvent contribuer à l’étude de notre environnement.
1. Le Soleil, moteur invisible de la propagation radio
Lorsque nous établissons un contact sur les bandes décamétriques, nous profitons souvent, sans en avoir conscience, d’un phénomène physique entretenu en permanence par le Soleil.
Notre étoile émet une grande quantité de rayonnements électromagnétiques : lumière visible, infrarouges, ultraviolets, rayons X et bien d’autres.
Certains de ces rayonnements, particulièrement les ultraviolets de courte longueur d’onde et les rayons X, possèdent suffisamment d’énergie pour arracher des électrons aux atomes et aux molécules présents dans la haute atmosphère terrestre.
Ce processus porte le nom de photoionisation.
Il transforme une partie des gaz atmosphériques en un milieu contenant des ions et des électrons libres : un plasma.
La région atmosphérique dans laquelle ces particules chargées jouent un rôle important est appelée ionosphère.
Elle commence approximativement à 60 kilomètres d’altitude et s’étend jusqu’à plusieurs centaines, voire plus de 1 000 kilomètres, selon la définition retenue.
Pourquoi l’ionosphère est-elle si importante ?
Les électrons libres présents dans l’ionosphère modifient la manière dont les ondes électromagnétiques s’y propagent.
Dans certaines conditions, une onde HF envoyée vers le ciel peut être progressivement déviée jusqu’à revenir vers la surface terrestre.
On parle couramment de réflexion ionosphérique, mais le phénomène correspond plus précisément à une réfraction progressive dans un milieu ionisé.
C’est grâce à ce mécanisme qu’un radioamateur français peut établir un contact avec une station située à plusieurs milliers de kilomètres, parfois avec une puissance de quelques watts seulement.
Mais cette propriété n’est pas constante.
Elle dépend notamment de la fréquence, de l’heure, de la saison, de l’activité solaire et de l’état géomagnétique de la Terre.
Et, comme nous allons le voir, une éclipse solaire peut temporairement bouleverser cet équilibre.
2. Les différentes régions de l’ionosphère
L’ionosphère n’est pas une couche homogène. Elle comporte plusieurs régions dont les caractéristiques électriques évoluent différemment.
| Région | Altitude approximative | Influence sur les communications radio |
|---|---|---|
| D | 60 à 90 km | Absorption importante des ondes HF, surtout sur les bandes basses |
| E | 90 à 150 km | Réfraction de certaines ondes HF, notamment pour les liaisons régionales |
| F1 | 150 à 220 km | Participe à la propagation HF pendant la journée |
| F2 | 220 à 500 km et au-delà | Principale région permettant les communications HF à grande distance |
Ces limites sont approximatives et évoluent continuellement.
La région D : un obstacle pour les bandes basses
La région D est particulièrement importante pour les radioamateurs utilisant les bandes 160, 80 et 40 mètres.
Pendant la journée, son ionisation provoque une absorption parfois considérable des signaux.
Cette absorption est particulièrement marquée aux fréquences les plus basses.
C’est notamment pour cette raison que les communications longue distance sur 80 et 160 mètres sont généralement beaucoup plus favorables pendant la nuit.
Lorsque le Soleil disparaît sous l’horizon, l’ionisation de la région D diminue rapidement, réduisant l’absorption.
La région E : un acteur des liaisons intermédiaires
Située approximativement entre 90 et 150 kilomètres d’altitude, la région E peut participer à la propagation des ondes HF.
Elle permet notamment certaines liaisons à moyenne distance.
Il ne faut cependant pas la confondre avec les phénomènes de propagation sporadique E, ou Sporadic-E, qui dépendent de mécanismes particuliers et ne sont pas simplement provoqués par l’ensoleillement.
La région F : la grande voyageuse des ondes HF
La région F, particulièrement sa partie F2, joue un rôle fondamental dans les communications intercontinentales.
Pendant la journée, elle peut présenter deux régions distinctes, F1 et F2. La nuit, cette distinction devient généralement moins marquée.
La région F2 possède une particularité importante : elle peut conserver une ionisation significative plusieurs heures après le coucher du Soleil.
Cette persistance explique pourquoi certaines liaisons HF restent possibles pendant la nuit.
L’ionosphère ne réagit donc pas instantanément ni uniformément aux changements d’ensoleillement.
Cette caractéristique est essentielle pour comprendre les effets d’une éclipse.

Les régions D, E, F1 et F2 de l’ionosphère jouent des rôles différents dans la propagation radio. Sous l’influence du rayonnement solaire, elles permettent ou limitent les communications HF à grande distance.
3. Quand la Lune coupe temporairement l’alimentation solaire
Lors d’une éclipse solaire, la Lune s’interpose entre le Soleil et une partie de la Terre.
Le rayonnement solaire reçu par les régions atmosphériques concernées diminue progressivement, puis augmente à nouveau lorsque la Lune s’éloigne du disque solaire.
Pour l’ionosphère, cela signifie une réduction temporaire de la production d’électrons libres.
Mais attention : une éclipse ne provoque pas exactement les mêmes effets qu’un coucher de Soleil.
Une nuit artificielle… mais très particulière
Pendant une nuit normale, l’absence d’ensoleillement dure plusieurs heures.
Lors d’une éclipse, la diminution du rayonnement est beaucoup plus brève et concerne une zone géographique limitée.
De plus, la réaction dépend de l’altitude et de la nature du rayonnement solaire intercepté.
La région D peut réagir rapidement, car les électrons et les ions s’y recombinent relativement vite.
Dans la région F2, les processus sont plus lents et plus complexes.
Les modifications de densité électronique peuvent ainsi apparaître avec un certain retard par rapport au maximum astronomique de l’éclipse.
Deux phénomènes simultanés
La diminution du rayonnement solaire peut provoquer deux effets importants :
1. Une réduction de l’absorption.
Lorsque la région D devient moins ionisée, certains signaux HF sont moins atténués.
Des communications habituellement difficiles en journée peuvent alors devenir possibles.
2. Une modification de la réfraction.
La diminution de la densité électronique dans les régions supérieures peut modifier les conditions permettant aux ondes radio de revenir vers la Terre.
Certaines liaisons peuvent se dégrader ou disparaître.
Ainsi, une même éclipse peut améliorer la propagation sur une bande et la dégrader sur une autre.
C’est précisément ce qui rend ces événements si intéressants pour les radioamateurs.
4. Pourquoi certaines bandes s’améliorent tandis que d’autres se dégradent
Pour comprendre ce phénomène, il faut distinguer deux notions : l’absorption ionosphérique et la fréquence maximale utilisable.
La diminution de l’absorption
Sur les bandes basses, les signaux traversent la région D, qui peut absorber une partie importante de leur énergie.
Lorsque cette absorption diminue, davantage d’énergie peut atteindre les régions ionosphériques supérieures, puis revenir vers la Terre.
Une station précédemment difficile à recevoir peut alors devenir audible.
Cela peut concerner notamment les bandes 160, 80 et 40 mètres.
La diminution de la fréquence maximale utilisable
Sur les bandes plus élevées, la situation est différente.
Pour qu’une onde revienne vers la Terre, il faut que les propriétés du plasma ionosphérique permettent une réfraction suffisante.
Lorsque la densité électronique diminue, la fréquence critique de la région F2 peut également diminuer.
Cette fréquence, appelée foF2, correspond à la fréquence maximale permettant le retour d’une onde envoyée verticalement vers la région F2, dans les conditions ordinaires de propagation.
Elle est liée à la densité électronique maximale par la relation :
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où :
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est exprimée en hertz ;
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représente la densité électronique maximale, en électrons par mètre cube.
Cette relation montre que la fréquence critique dépend de la racine carrée de la densité électronique.
La MUF, ou fréquence maximale utilisable, dépend également de la géométrie du trajet radio et des propriétés de l’ionosphère.
Si la MUF descend sous la fréquence utilisée, une liaison qui fonctionnait auparavant peut devenir impossible par ce mécanisme de propagation.
Quelles conséquences pour les bandes radioamateurs ?
| Bande | Effet possible pendant une éclipse |
|---|---|
| 160 m | Réduction de l’absorption, amélioration possible |
| 80 m | Conditions potentiellement plus favorables |
| 60 m | Modification de la couverture régionale |
| 40 m | Amélioration possible de certaines liaisons |
| 30 m | Effets variables selon les trajets |
| 20 m | Modifications possibles de la couverture |
| 17 m | Dégradation possible si la MUF diminue |
| 15 m | Fermeture possible de certaines liaisons |
| 12 m | Sensibilité aux variations de la MUF |
| 10 m | Dégradation possible de la propagation F2 |
| 6 m | Effets généralement plus complexes et moins prévisibles |
Ces tendances ne constituent pas des règles absolues.
Tout dépend de l’état initial de l’ionosphère, du trajet considéré et du moment de l’observation.
Une éclipse ne rend donc pas systématiquement la propagation meilleure ou moins bonne : elle transforme les conditions dans lesquelles les ondes se déplacent.

Lors d’une éclipse solaire, la diminution du rayonnement ionisant modifie les propriétés de l’ionosphère. La réduction de l’absorption dans la région D peut favoriser les bandes basses, tandis que la baisse de la fréquence maximale utilisable (MUF) peut dégrader les communications sur les bandes hautes.
5. Le 12 août 2026 : une éclipse exceptionnelle pour l’Europe
Le mercredi 12 août 2026, la Lune a projeté son ombre sur plusieurs régions de l’hémisphère Nord.
La bande de totalité a notamment traversé le Groenland, l’Islande, l’Atlantique Nord et certaines régions d’Espagne.
En France métropolitaine, l’éclipse était partielle, mais le Soleil a été très largement occulté.
Selon les données de la NASA, à Paris, le phénomène a commencé vers 19 h 22, pour atteindre son maximum à 20 h 17, heure française.
À cet instant, environ 92 % de la surface apparente du Soleil était masquée. Dans le sud-ouest de la France, l’occultation était encore plus importante. NASA Science
Une éclipse au moment du crépuscule
Cette éclipse présentait une particularité importante pour les radioamateurs européens : elle s’est déroulée en fin de journée.
Or, cette période correspond précisément au moment où les conditions de propagation commencent naturellement à évoluer.
La région D perd progressivement son ionisation, ce qui favorise les communications sur certaines bandes basses.
Simultanément, les régions supérieures de l’ionosphère évoluent avec la diminution du rayonnement solaire.
Il devenait donc difficile de distinguer les modifications provoquées par l’éclipse de celles liées à l’approche de la nuit.
Pour les scientifiques, cette situation représentait un défi supplémentaire.
Comment démontrer qu’une amélioration de propagation est due à l’éclipse plutôt qu’au coucher du Soleil ?
La réponse consiste à comparer les mesures effectuées pendant l’événement avec celles de journées voisines, aux mêmes heures, et dans des conditions géomagnétiques comparables.
C’est notamment l’une des raisons pour lesquelles plusieurs organisations radioamateurs ont encouragé la collecte systématique de données.
6. Ce que les radioamateurs ont réellement observé pendant l’éclipse
Les premières observations publiées après l’éclipse du 12 août 2026 apportent des éléments particulièrement intéressants.
En Espagne, le radioamateur EA5JTT a réalisé une analyse de propagation à partir de données WSPR recueillies sur plusieurs bandes HF.
Le WSPR (Weak Signal Propagation Reporter) est un mode numérique conçu pour étudier les conditions de propagation avec des signaux de très faible puissance.
Il permet notamment de connaître les stations reçues, les distances parcourues et les rapports signal/bruit.
Une expérience réalisée dans la région de Valence
L’étude reposait notamment sur deux stations :
- EA5RKP, station émettrice située à Valence.
- EA5JTT, station réceptrice située à Utiel, également dans la région de Valence.
La station de réception utilisait un KiwiSDR associé à une antenne End-Fed de 16,2 mètres.
Les observations ont été analysées entre 17 h 30 et 19 h 30 UTC, sur des intervalles de quatre minutes.
Plusieurs paramètres ont été examinés : nombre de spots WSPR, distances moyennes et rapports signal/bruit.
Sur 40 mètres, une amélioration particulièrement visible
Les résultats montrent une augmentation nette du nombre de spots reçus sur la bande des 40 mètres, autour de 7 MHz.
Dans certaines analyses portant sur les stations situées dans la zone de totalité, les distances moyennes des liaisons ont également augmenté.
Les émissions de la station EA5RKP ont montré une amélioration du rapport signal/bruit moyen autour du maximum de l’éclipse.
Ces observations sont compatibles avec une réduction de l’absorption ionosphérique, favorisant la réception des signaux sur cette bande.
Sur 80 mètres, une évolution également favorable
En regroupant les observations de plusieurs stations espagnoles situées dans la zone de totalité, EA5JTT a également constaté une augmentation du nombre de réceptions sur 80 mètres.
Cette évolution était cependant moins marquée que sur 40 mètres.
Sur 30 et 20 mètres, des résultats plus nuancés
- Sur 30 mètres, les observations de l’expérience principale n’ont pas révélé de changement significatif clairement identifiable.
- Sur 20 mètres, certaines analyses ont montré une diminution du nombre de spots, notamment dans les données regroupées de stations proches de la totalité.
Ces résultats illustrent la complexité des réactions ionosphériques.
Sur 10 mètres, une dégradation de la propagation
Sur la bande des 10 mètres, autour de 28 MHz, les observations montrent une diminution particulièrement nette du nombre de spots.
Cette évolution est compatible avec une diminution de la densité électronique et, éventuellement, de la fréquence maximale utilisable sur certains trajets.
Tableau récapitulatif des observations
| Bande | Observations pendant l’éclipse |
|---|---|
| 80 m | Augmentation du nombre de spots dans les données regroupées |
| 40 m | Augmentation nette des spots, amélioration du SNR sur certains trajets |
| 30 m | Pas de modification significative dans l’expérience principale |
| 20 m | Diminution du nombre de spots dans certaines analyses |
| 17 et 15 m | Tendance à la diminution des réceptions |
| 10 m | Diminution particulièrement nette des spots |
Ces résultats proviennent de l’analyse publiée par EA5JTT. ea5jtt.blogspot.com
Que peut-on en conclure ?
L’étude suggère que l’éclipse a créé des conditions favorables à certaines communications sur les bandes basses, tandis que des liaisons sur les bandes hautes se sont dégradées.
Toutefois, il faut rester prudent.
Le nombre de spots dépend également du nombre de stations actives, de leur position géographique et des conditions de réception.
De plus, les observations ont été réalisées en fin de journée, pendant une période où la propagation évoluait déjà naturellement.
Ces résultats constituent donc des indices expérimentaux intéressants, mais ne suffisent pas, à eux seuls, à quantifier l’effet propre de l’éclipse sur l’ensemble de l’Europe.

L’analyse des observations WSPR réalisées en Espagne pendant l’éclipse du 12 août 2026 suggère une amélioration de certaines liaisons sur 40 mètres et une dégradation sur 10 mètres. Les différentes bandes HF ne réagissent donc pas de manière identique à la diminution du rayonnement solaire.
7. Les ionosondes ont-elles détecté des modifications ?
Les radioamateurs ne sont pas les seuls à étudier l’ionosphère.
Les scientifiques utilisent également des instruments appelés ionosondes.
Une ionosonde est un système radar spécialisé qui émet des impulsions radio sur différentes fréquences et mesure les échos renvoyés par l’ionosphère.
Les résultats sont représentés sous la forme d’un graphique appelé ionogramme.
Celui-ci permet notamment d’estimer les fréquences critiques et certaines hauteurs virtuelles des régions ionosphériques.
Deux stations espagnoles étudiées
À l’occasion de l’éclipse du 12 août 2026, EA5JTT a également examiné des ionogrammes provenant de deux observatoires :
- El Arenosillo, dans la province de Huelva.
- Roquetes, près de Tortosa, dans la province de Tarragone.
Une comparaison réalisée à 18 h 32 min 30 s UTC a mis en évidence des différences importantes.
| Paramètre | El Arenosillo | Roquetes |
|---|---|---|
| Fréquence critique foF2 | 12,25 MHz | 7,95 MHz |
| MUF(3000) | 33,58 MHz | 25,73 MHz |
La valeur de foF2 relevée à Roquetes était sensiblement inférieure à celle d’El Arenosillo.
L’analyse des ionogrammes montrait également des différences dans la structure des régions ionosphériques.
Ces observations sont compatibles avec des modifications de l’ionisation pendant l’éclipse. ea5jtt.blogspot.com
Peut-on attribuer ces différences uniquement à l’éclipse ?
Pas directement.
Les deux observatoires sont situés à des endroits différents. Leurs conditions ionosphériques habituelles ne sont donc pas identiques.
Pour démontrer précisément l’effet de l’éclipse, il faudrait comparer les mesures de chaque station avec celles réalisées aux mêmes heures pendant les journées voisines.
L’intérêt de ces observations reste néanmoins considérable : elles montrent comment les instruments scientifiques peuvent compléter les mesures effectuées par les radioamateurs.
8. Une expérience scientifique internationale sur 14,110 MHz
L’une des expériences les plus originales réalisées pendant l’éclipse a été organisée à l’initiative du professeur David Kazdan, AD8Y, de la Case Western Reserve University, aux États-Unis.
Son objectif était d’étudier les modifications du temps de propagation des signaux HF provoquées par les variations de l’ionosphère.
Pour cette expérience, il a collaboré avec le Radio Club de l’Université polytechnique de Valence, en Espagne.
Un émetteur de seulement 10 watts
La station espagnole EA5RKP utilisait un transceiver Kenwood TS-2000, configuré pour émettre une puissance de 10 watts.
La fréquence choisie était de 14,110 MHz, dans la bande des 20 mètres.
Les transmissions ont débuté à 15 h 00 UTC et se sont poursuivies jusqu’à 20 h 00 UTC.
Le signal était reçu par plusieurs stations situées notamment en Islande, au Royaume-Uni et en Espagne.
L’émetteur utilisait une référence temporelle GNSS afin de produire un signal précisément synchronisé. UPV
Pourquoi une synchronisation aussi précise ?
Lorsqu’un signal HF traverse l’ionosphère, son trajet peut être beaucoup plus long que la distance directe entre l’émetteur et le récepteur.
Si les propriétés de l’ionosphère changent, la trajectoire et le temps de parcours peuvent également évoluer.
En connaissant précisément l’instant d’émission et celui de réception, il devient possible d’étudier ces variations.
Une séquence de Costas comme signal de mesure
L’expérience utilisait une séquence de Costas.
Il s’agit d’un signal constitué de tonalités successives dont les fréquences suivent un ordre particulier.
Cette structure permet de faciliter la détection du signal et l’estimation de son retard temporel.
Dans cette expérience, la séquence comprenait 21 éléments de 40 millisecondes chacun.
Les tonalités occupaient une bande audio comprise approximativement entre 300 et 2 700 Hz.
Le signal était transmis en bande latérale supérieure, avec une fréquence d’affichage du transceiver fixée à 14,110 MHz.
Des enregistrements disponibles pour les chercheurs
Des enregistrements effectués à Castillo de Curiel, en Espagne, ont été déposés sur la plateforme scientifique Zenodo.
Ils comprennent notamment un fichier audio d’environ quatre heures et 57 fichiers de quatre minutes synchronisés par GPS.
Ces données permettent de poursuivre l’étude des variations de propagation.
Il faut cependant préciser que la disponibilité de ces enregistrements ne signifie pas que toutes les conclusions scientifiques ont déjà été établies.
L’auteur du jeu de données signale notamment que le signal de Valence a été bien reçu pendant certaines périodes, mais que sa détection au moment où l’ombre lunaire se trouvait sur le trajet restait incertaine et nécessitait des analyses complémentaires. Zenodo
Cette expérience montre néanmoins qu’un équipement radioamateur relativement classique, associé à une synchronisation temporelle précise, peut contribuer à des recherches scientifiques particulièrement avancées.

Pendant l’éclipse du 12 août 2026, une expérience internationale coordonnée par AD8Y a utilisé un signal radio sur 14,110 MHz, émis depuis Valence (Espagne) et reçu par plusieurs stations européennes. Grâce à une séquence de Costas et à une synchronisation temporelle précise, les chercheurs ont cherché à mesurer les variations du temps de propagation des ondes HF.
9. Les radioamateurs au service de la recherche scientifique
Les éclipses solaires représentent des occasions exceptionnelles pour étudier l’ionosphère.
Mais les scientifiques ne disposent pas nécessairement de stations de mesure réparties sur tous les territoires concernés.
C’est ici que les radioamateurs peuvent jouer un rôle particulièrement intéressant.
Avec leurs émetteurs, leurs récepteurs SDR et leurs antennes, ils constituent un réseau mondial d’observation capable de recueillir une quantité considérable de données.
HamSCI : quand radioamateurs et scientifiques collaborent
Le programme HamSCI, pour Ham Radio Science Citizen Investigation, associe radioamateurs, chercheurs et établissements universitaires.
Il encourage notamment l’utilisation des communications HF pour étudier les variations ionosphériques.
Les expériences organisées pendant les éclipses précédentes, notamment celles de 2017 et de 2024 aux États-Unis, ont permis de recueillir de nombreuses observations.
Ces travaux ont notamment contribué à mieux comprendre les modifications de distances de propagation, de niveaux de réception et de trajets ionosphériques.
La RSGB mobilisée pendant l’éclipse de 2026
Au Royaume-Uni, la Radio Society of Great Britain (RSGB) a également organisé plusieurs expériences.
Son comité d’étude de la propagation avait proposé :
- Des observations de stations de radiodiffusion en ondes moyennes.
- Des mesures WSPR sur les bandes basses.
- Une activité CW sur 80 mètres.
- Une activité FT8 sur 40 mètres.
L’objectif était de comparer les communications réalisées pendant l’éclipse avec celles observées lors de journées ordinaires. Radio Society of Great Britain
Des résultats intéressants sur 40 mètres
Le concours FT8 organisé par la RSGB a rassemblé 57 stations participantes ayant transmis leurs journaux de trafic.
Les résultats publiés mentionnent 1 784 QSO enregistrés par les participants européens, avec 54 pays représentés dans leurs logs.
Des contacts longue distance ont notamment été réalisés avec le Japon, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Afrique du Sud et l’Indonésie.
La RSGB considère que certaines de ces liaisons pourraient avoir bénéficié des modifications de propagation provoquées par l’éclipse.
Ces contacts ne constituent cependant pas, à eux seuls, une démonstration de causalité : des comparaisons avec les conditions habituelles restent nécessaires. RSGB Contest Committee
Ces initiatives illustrent parfaitement la place que peuvent occuper les radioamateurs dans la recherche scientifique.
10. Comment analyser soi-même les effets de l’éclipse ?
Il n’est pas indispensable de posséder une installation scientifique coûteuse pour étudier les variations de propagation.
Un ordinateur, une connexion Internet et quelques outils accessibles gratuitement permettent déjà d’effectuer des analyses intéressantes.
Première étape : choisir une bande et un trajet
Prenons l’exemple d’un radioamateur situé en région parisienne souhaitant examiner les conditions de propagation sur 40 mètres.
Il pourrait choisir plusieurs stations européennes régulièrement actives en WSPR.
L’objectif serait de comparer leurs conditions de réception pendant et en dehors de l’éclipse.
Deuxième étape : récupérer les données
Plusieurs services peuvent être utilisés :
WSPRnet permet de consulter les rapports de réception WSPR, avec les indicatifs, les fréquences, les distances et les rapports signal/bruit.
PSK Reporter permet de visualiser les réceptions de modes numériques comme le FT8.
Reverse Beacon Network fournit des informations sur les stations reçues en télégraphie, notamment leurs niveaux de réception.
Pour une étude rétrospective, il faut toutefois vérifier que les données historiques correspondant aux dates recherchées sont toujours disponibles.
Troisième étape : comparer les journées
Une analyse sérieuse devrait porter au minimum sur :
- Le 11 août 2026, avant l’éclipse.
- Le 12 août 2026, pendant l’éclipse.
- Le 13 août 2026, après l’éclipse.
Les comparaisons doivent être effectuées aux mêmes heures UTC.
Pour chaque trajet, on peut relever le nombre de spots, le rapport signal/bruit moyen et les éventuelles modifications de distance de propagation.
Quatrième étape : vérifier l’activité solaire
Une variation de propagation ne provient pas nécessairement d’une éclipse.
Les éruptions solaires et les perturbations géomagnétiques peuvent également modifier profondément les conditions ionosphériques.
Il est donc utile de consulter plusieurs indicateurs :
| Indicateur | Ce qu’il renseigne |
|---|---|
| F10.7 | Niveau général de l’activité solaire |
| Kp | Intensité des perturbations géomagnétiques planétaires |
| Dst | Évolution du champ géomagnétique, notamment pendant les tempêtes |
| foF2 | État de l’ionisation maximale de la région F2 |
| MUF | Fréquences susceptibles de permettre certaines liaisons ionosphériques |
Ces paramètres aident à interpréter les résultats et à éviter les conclusions hâtives.
Cinquième étape : rechercher une anomalie
Supposons qu’une station française ait reçu un signal sur 40 mètres avec un rapport signal/bruit de −18 dB les 11 et 13 août, mais de −8 dB pendant l’éclipse.
L’amélioration serait alors de 10 dB.
Ce résultat serait intéressant, mais il faudrait vérifier qu’il ne provient pas d’une modification de puissance, d’antenne, de bruit local ou d’autres conditions de propagation.
Cet exemple est purement pédagogique et ne correspond pas à une mesure réelle du 12 août 2026.
Une observation isolée ne suffit pas à établir une conclusion scientifique.
En revanche, si plusieurs dizaines de stations présentent simultanément une évolution comparable, l’hypothèse d’une modification ionosphérique devient beaucoup plus intéressante.
11. Et sur les VHF, les UHF et les communications par satellite ?
Les effets d’une éclipse solaire ne se limitent pas nécessairement aux bandes décamétriques.
Cependant, ils ne se manifestent pas de la même manière sur toutes les fréquences.
Les communications VHF et UHF
Les communications locales sur 144 et 432 MHz dépendent principalement de la propagation directe, de la diffraction, des réflexions et de certains phénomènes troposphériques.
Elles sont donc généralement beaucoup moins sensibles aux modifications ionosphériques provoquées par une éclipse.
Il existe néanmoins des mécanismes particuliers, notamment la propagation sporadique E, qui peuvent permettre des communications VHF à grande distance.
Les relations entre ces phénomènes et les éclipses restent complexes et ne permettent pas de prévoir systématiquement une ouverture.
Les satellites radioamateurs
Les signaux échangés avec les satellites traversent également l’ionosphère.
Les variations de densité électronique peuvent provoquer des modifications de phase, de retard de propagation et de rotation de polarisation.
Ces effets sont particulièrement importants dans certaines applications de mesure et de positionnement.
En revanche, pour les communications radioamateurs classiques via un satellite comme QO-100, les perturbations directement liées à une éclipse sont généralement beaucoup moins déterminantes que pour les liaisons HF utilisant la réfraction ionosphérique.
12. Quel bilan peut-on tirer de l’éclipse du 12 août 2026 ?
Les observations publiées après l’éclipse apportent des indications intéressantes sur le comportement de l’ionosphère.
Elles montrent notamment que les différentes bandes HF n’ont pas réagi de manière identique.
Les principales observations
| Phénomène étudié | Résultat disponible |
|---|---|
| Propagation sur 80 mètres | Augmentation du nombre de spots dans certaines observations espagnoles |
| Propagation sur 40 mètres | Amélioration notable dans les données WSPR étudiées |
| Propagation sur 30 mètres | Pas de changement significatif dans l’expérience principale |
| Propagation sur 20 mètres | Résultats variables, avec certaines diminutions de réception |
| Propagation sur 10 mètres | Diminution nette du nombre de spots dans l’étude EA5JTT |
| État de l’ionosphère | Différences observées dans les paramètres des ionosondes espagnoles |
| Temps de propagation sur 14 MHz | Enregistrements réalisés, analyses complémentaires nécessaires |
| Expériences collectives | Participation de nombreux radioamateurs européens |
Ce que ces observations nous apprennent
Les résultats sont globalement compatibles avec les mécanismes physiques attendus.
La diminution de l’ionisation dans la région D peut réduire l’absorption des signaux sur les bandes basses.
Dans les régions supérieures, une modification de la densité électronique peut entraîner une diminution des fréquences critiques et modifier les possibilités de propagation sur les bandes hautes.
Cependant, il serait prématuré d’affirmer que toutes les variations constatées le 12 août 2026 ont été directement provoquées par l’éclipse.
Le phénomène s’est déroulé pendant une période de transition entre le jour et la nuit, ce qui complique l’analyse.
Les résultats les plus convaincants nécessitent donc des comparaisons statistiques, idéalement réalisées sur des trajets radio identiques et pendant plusieurs journées de référence.
Une expérience qui mérite d’être poursuivie
L’intérêt scientifique de l’éclipse dépasse largement les quelques minutes pendant lesquelles la Lune masque le Soleil.
Les données recueillies peuvent être analysées longtemps après l’événement.
Elles permettent notamment de confronter les observations réelles aux modèles de l’ionosphère et d’améliorer notre compréhension des mécanismes de propagation.
C’est précisément dans ce domaine que les réseaux de stations radioamateurs peuvent apporter une contribution précieuse.
13. Conclusion — Quand les radioamateurs deviennent observateurs de la Terre
L’éclipse solaire du 12 août 2026 nous rappelle une réalité fondamentale : nos communications radio dépendent d’un environnement naturel en perpétuelle évolution.
Chaque jour, le Soleil entretient l’ionisation de la haute atmosphère, permettant à certaines de nos émissions de parcourir des milliers de kilomètres.
Lorsque la Lune vient temporairement masquer notre étoile, cet équilibre se modifie.
Certaines bandes deviennent plus favorables, tandis que d’autres peuvent connaître une dégradation de leurs conditions de propagation.
Les premières observations réalisées pendant l’éclipse de 2026 illustrent ces phénomènes, tout en rappelant la nécessité de distinguer les effets de l’éclipse des variations naturelles de l’ionosphère.
Mais au-delà des résultats techniques, cet événement met en lumière un autre aspect passionnant du radioamateurisme.
Avec un simple récepteur, une antenne et un ordinateur, chaque radioamateur peut contribuer à l’observation de phénomènes physiques qui concernent notre planète entière.
Finalement, lorsque la Lune éteint momentanément le Soleil, elle n’interrompt pas seulement la lumière : elle nous offre aussi une occasion exceptionnelle d’écouter autrement notre ionosphère.
Liens utiles pour aller plus loin
L’éclipse solaire du 12 août 2026
NASA — Total Solar Eclipse on August 12, 2026
https://science.nasa.gov/eclipses/future-eclipses/total-solar-eclipse-on-august-12-2026/
Informations officielles, trajectoire de l’éclipse et horaires.
CNES — Éclipse solaire du 12 août 2026
https://cnes.fr/evenements/eclipse-solaire-12-aout-2026-un-phenomene-solaire-visible-france
Présentation du phénomène et de sa visibilité depuis la France.
Les observations radioamateurs de l’éclipse
EA5JTT — Analyse des résultats WSPR du 12 août 2026
https://ea5jtt.blogspot.com/2026/08/analisis-de-resultados-de-propagacion.html
Observations des variations de propagation sur plusieurs bandes HF.
EA5JTT — Sondages ionosphériques en Espagne
https://ea5jtt.blogspot.com/2026/08/sondeos-ionosfericos-en-espana-que-se.html
Analyse des ionogrammes enregistrés pendant l’éclipse.
Université polytechnique de Valence — Expérience HF sur 14,110 MHz
https://www.upv.es/entidades/RCLUB/info/1278843normali.html
Présentation de l’expérience scientifique réalisée avec AD8Y.
Zenodo — Enregistrements HF de l’éclipse du 12 août 2026
https://zenodo.org/records/21984005
Données expérimentales accessibles aux chercheurs et aux radioamateurs.
RSGB — Expériences radioamateurs pendant l’éclipse
https://rsgb.org/main/take-part-in-solar-eclipse-experiments-with-the-rsgb-propagation-studies-committee/
Présentation des expériences britanniques consacrées à la propagation.
RSGB — Résultats du concours FT8 Eclipse 2026
https://www.rsgbcc.org/cgi-bin/hfresults.pl?Contest=FT8+Eclipse+Contest&year=2026
Résultats des communications réalisées pendant l’éclipse sur 40 mètres.
Étudier et comprendre la propagation ionosphérique
HamSCI — Ham Radio Science Citizen Investigation
https://hamsci.org/
Programme scientifique associant radioamateurs et chercheurs.
GIRO — Global Ionosphere Radio Observatory
https://giro.uml.edu/
Réseau international d’observation de l’ionosphère.
WSPRnet
https://www.wsprnet.org/
Réseau mondial de surveillance de la propagation par signaux faibles.
PSK Reporter
https://pskreporter.info/
Visualisation des réceptions de modes numériques radioamateurs.
Reverse Beacon Network
https://www.reversebeacon.net/
Réseau automatique de réception des signaux radioamateurs.
NOAA — Space Weather Prediction Center
https://www.swpc.noaa.gov/
Informations sur l’activité solaire et les perturbations géomagnétiques.
Pour approfondir les aspects scientifiques
Geophysical Research Letters — Étude de l’éclipse solaire du 8 avril 2024
https://doi.org/10.1029/2024GL112484
Étude scientifique des réactions de l’ionosphère pendant une éclipse.
Annales Geophysicae — Étude des effets des éclipses sur l’ionosphère
https://angeo.copernicus.org/articles/44/631/2026/
Analyse des modifications ionosphériques observées pendant plusieurs éclipses.