Piloter sa station radioamateur à distance ne consiste plus simplement à prendre le contrôle d’un ordinateur installé dans le shack. Avec OpenShack, l’idée est beaucoup plus ambitieuse : retrouver à distance les principales fonctions de la station, l’audio, le CAT, le PTT, la CW, le waterfall, le DX Cluster et même certains périphériques.
La version 1.1.192, publiée le 18 septembre 2026, franchit une nouvelle étape avec notamment l’arrivée du Bluetooth Low Energy (BLE) pour l’OpenShack Box.
OpenShack, qu’est-ce que c’est ?
Développé par le radioamateur allemand Frank Grossmann, DL2CC, OpenShack réunit en réalité trois univers complémentaires : la station radio à distance, l’apprentissage et le perfectionnement de la CW, et l’OpenShack Box, une petite interface matérielle dédiée notamment à la manipulation CW et au PTT.
Pour la partie Remote, l’ordinateur hôte reste auprès du matériel radio tandis que l’opérateur utilise un client Windows ou WebRemote. Ce dernier peut fonctionner depuis un navigateur compatible, y compris sur smartphone ou tablette. Il ne s’agit donc pas d’un simple bureau Windows déporté : les fonctions de la station sont directement mises à disposition de l’opérateur distant.
OpenShack peut réunir dans la même interface audio RX/TX, commandes CAT, CW/PTT, waterfall, DX Cluster, interfaces pour logiciels de log et modes numériques, ainsi que le pilotage de différents équipements de la station.
Une station entière au bout d’Internet
La commande du transceiver s’appuie notamment sur Hamlib, ce qui permet de travailler avec de nombreux postes. Selon l’installation et le matériel employé, OpenShack peut également prendre en charge amplificateurs, coupleurs, contrôleurs d’antennes, commutateurs réseau et jusqu’à quatre rotors par l’intermédiaire de PSTRotatorAZ.
L’audio émission et réception peut provenir directement d’un transceiver disposant d’une interface audio USB ou passer par l’interface déjà présente dans le shack.
Autre point intéressant : le propriétaire peut conserver sa station totalement privée, autoriser certains opérateurs à émettre ou proposer un accès RX uniquement. Dans ce dernier cas, l’utilisateur distant peut écouter et modifier fréquence, mode, VFO ou filtre, mais les commandes PTT et CW sont bloquées par l’hôte.

OpenShack permet de retrouver à distance les principales fonctions de sa station radioamateur via Internet.
La grande nouveauté : l’OpenShack Box passe au Bluetooth
C’est probablement la nouveauté la plus visible de la version 1.1.192.
Le firmware de l’OpenShack Box daté du 17 septembre 2026 apporte désormais le Bluetooth Low Energy (BLE). La Box peut ainsi communiquer sans fil avec les applications compatibles. Le BLE constitue une alternative à la liaison USB native et OpenShack le recommande notamment sur les appareils mobiles plutôt qu’une connexion de la Box par Wi-Fi ou par un autre réseau.
L’intérêt devient évident pour une utilisation nomade : moins de câbles entre le manipulateur, la Box et le smartphone ou la tablette de l’opérateur distant.
Un nouvel onglet Bluetooth apparaît également dans les paramètres matériels. Il permet d’activer ou désactiver le BLE, de lancer une fenêtre d’appairage de 60 secondes ou encore d’effacer les associations enregistrées. L’appairage peut également être commandé directement depuis la Box.

Avec le Bluetooth Low Energy, l’OpenShack Box facilite l’utilisation du paddle et du PTT depuis un PC, une tablette ou un smartphone.
Mais à quoi sert cette OpenShack Box ?
La Box mérite que l’on s’y attarde car elle ne constitue pas simplement un accessoire destiné au Bluetooth.
Elle peut être utilisée comme manipulateur électronique autonome compatible WinKey, interface pour un paddle ou une clé droite, interface PTT et générateur de sidetone. Associée au logiciel OpenShack CW, elle permet également d’analyser la qualité de sa manipulation.
Dans une station distante, une Box peut être placée auprès du transceiver afin de reproduire localement les temporisations CW reçues à travers Internet. Une seconde Box, optionnelle, peut être installée auprès de l’opérateur pour connecter son paddle et sa pédale PTT tout en lui fournissant immédiatement le sidetone.
Cette architecture permet d’éviter l’un des défauts classiques de la CW à distance : les irrégularités provoquées par le jitter du réseau. OpenShack transporte les durées prévues des états de manipulation puis les reconstitue côté station au lieu d’utiliser directement le rythme d’arrivée des paquets Internet.
Des commandes CAT personnalisées
La version 1.1.192 apporte une autre fonction moins spectaculaire mais particulièrement intéressante pour les stations automatisées.
L’hôte Remote Station peut désormais envoyer des commandes CAT personnalisées lorsque le transceiver est prêt au début d’une session, mais également avant son extinction en fin de session.
On peut ainsi envisager des séquences adaptées à son installation lors de la mise en service ou de l’arrêt de la station.
Cette version corrige également un problème de temporisation concernant certaines commandes personnalisées sur les transceivers Icom ainsi qu’un problème où des informations provenant d’une précédente session pouvaient perturber la gestion du timeout d’une nouvelle connexion.
La CW reste au cœur du projet
OpenShack n’est pas uniquement un logiciel de commande à distance. Toute une partie du projet est consacrée à l’apprentissage et au perfectionnement de la télégraphie.
On y trouve notamment entraînement à la réception, analyse de la manipulation, exercices de pile-up, CW Summit avec augmentation progressive de la vitesse, compétitions et même Morse Chat, permettant de converser en CW avec d’autres opérateurs ou avec un partenaire d’entraînement basé sur l’IA.
La version 1.1.191, publiée seulement trois jours avant la 1.1.192, avait d’ailleurs ajouté la prise en charge des règles d’évaluation IARU HST pour les exercices d’émission ainsi que l’utilisation de N1MM+, Win-Test et d’autres logiciels compatibles WinKeyer à travers le port WinKey d’OpenShack.
OpenShack a beaucoup évolué cet été
La 1.1.192 ne doit donc pas être considérée isolément. Les mises à jour se sont succédé durant l’été 2026.
Parmi les évolutions intéressantes, citons la gestion de plusieurs rotors, la mémorisation des paramètres propres à chaque station et opérateur, l’amélioration du fonctionnement Box-to-Box, la prise en charge d’amplificateurs OM Power, différentes améliorations du Paddle Analyzer, une meilleure compatibilité WinKey et, plus récemment, la possibilité de transmettre à distance le panadapter d’un Elecraft K4.
La sécurité a également fait l’objet d’améliorations. Les connexions OpenShack utilisent notamment les mécanismes sécurisés de WebRTC avec TLS pour l’établissement de connexion, SRTP pour l’audio et DTLS pour les canaux de données temps réel. Le système prévoit également plusieurs sécurités concernant le PTT et la CW.
Bien plus qu’un « bureau à distance »
C’est finalement ce qui rend OpenShack intéressant.
Avec un logiciel de bureau distant classique, on commande essentiellement l’écran et le clavier d’un ordinateur situé dans le shack. OpenShack adopte une autre philosophie : déporter les fonctions de la station vers l’opérateur.
Microphone, paddle, pédale PTT, logiciels de log ou logiciels de modes numériques peuvent ainsi rester auprès de l’opérateur tandis que le transceiver et le reste de la station sont ailleurs.
Avec l’arrivée du Bluetooth Low Energy dans la version 1.1.192, OpenShack poursuit logiquement cette évolution vers une station distante plus transparente et plus facilement utilisable depuis des équipements mobiles.
Pour le radioamateur qui rêve de retrouver son shack depuis un ordinateur portable, une tablette ou un smartphone, OpenShack est donc un projet qui mérite désormais sérieusement le détour.
Liens utiles : le site officiel OpenShack permet de découvrir le projet ; la page Téléchargement et historique des versions détaille la version 1.1.192 et les mises à jour précédentes ; la rubrique OpenShack CW présente les outils d’apprentissage de la télégraphie ; enfin, la page OpenShack Box détaille l’interface matérielle.
