Comment transmettre des informations lorsque les réseaux téléphoniques et Internet deviennent indisponibles ? Pour les radioamateurs engagés dans les communications de secours, cette question est essentielle.
Grâce à Winlink, il est possible d’envoyer et de recevoir des messages numériques par radio, en utilisant les bandes HF, VHF ou UHF.
Mais disposer d’un logiciel et d’un transceiver ne suffit pas. Pour être efficace, un réseau de communications doit être organisé, testé et adapté aux besoins des équipes de terrain.
Dans ce dernier article de notre série, nous allons découvrir comment mettre en place un réseau Winlink autonome, notamment dans le cadre d’un exercice ADRASEC.
1. Pourquoi utiliser Winlink en situation d’urgence ?
Lors d’un événement exceptionnel, les infrastructures de télécommunication peuvent être perturbées.
Une panne électrique, une catastrophe naturelle ou une saturation des réseaux peut rendre les communications habituelles difficiles.
Les radioamateurs disposent alors de moyens de communication indépendants des réseaux mobiles.
Winlink présente plusieurs avantages :
- Transmission de messages écrits.
- Conservation d’une trace des échanges.
- Possibilité d’envoyer des comptes rendus structurés.
- Utilisation des bandes HF, VHF et UHF.
- Communications directes entre stations.
- Fonctionnement possible avec une alimentation autonome.
Contrairement à une communication vocale, un message numérique peut être préparé, vérifié et archivé avant transmission.
Il permet également de réduire les erreurs lors de la transmission d’informations complexes.
Attention : Winlink ne garantit pas une communication en toutes circonstances. Son efficacité dépend des équipements disponibles, de la propagation et de l’organisation du réseau.
2. Architecture d’un réseau Winlink de secours
Un réseau Winlink peut être organisé autour de plusieurs stations.
Prenons l’exemple d’un exercice comprenant trois équipes de terrain et un poste de coordination.
Chaque équipe dispose d’un ordinateur équipé de Winlink Express, d’un transceiver et d’une antenne adaptée.
Le poste de coordination centralise les informations reçues.
Deux architectures sont envisageables.
Avec une passerelle RMS
Les stations de terrain communiquent par radio avec une passerelle RMS.
Cette dernière transmet généralement les messages vers les serveurs Winlink grâce à une connexion Internet.
Les destinataires peuvent ensuite récupérer les messages par radio ou, selon leur configuration, par Internet.
Sans passerelle RMS
Lorsque les passerelles sont indisponibles, les stations peuvent utiliser une liaison directe P2P (Peer-to-Peer).
Dans cette configuration, les messages sont échangés directement entre deux stations radio compatibles.
Aucune connexion Internet n’est nécessaire.
En revanche, les stations doivent être disponibles simultanément et disposer d’une liaison radio exploitable.
Le P2P ne constitue pas automatiquement un réseau maillé : chaque liaison doit être organisée.
Organisation des communications entre équipes de terrain, poste de coordination et passerelle RMS, avec possibilité de liaison directe P2P.
3. Choisir entre VARA FM, VARA HF et ARDOP
Le choix du modem dépend principalement de la distance à couvrir et du matériel disponible.
| Mode | Bandes | Utilisation privilégiée |
|---|---|---|
| VARA FM | VHF/UHF | Communications locales et régionales |
| VARA HF | HF | Communications à moyenne et longue distance |
| ARDOP | HF | Communications numériques HF avec protocole ouvert |
VARA FM pour les équipes locales
VARA FM convient aux communications entre stations disposant d’une couverture VHF/UHF suffisante.
Il peut être utilisé avec une passerelle RMS ou directement entre deux stations compatibles.
VARA HF pour les longues distances
La HF permet d’établir des communications au-delà de la portée habituelle des stations VHF/UHF.
Elle dépend cependant fortement de la propagation ionosphérique.
ARDOP comme solution complémentaire
ARDOP constitue une alternative à VARA HF.
Son utilisation ne nécessite pas de licence payante pour le modem.
Il permet également d’expérimenter les communications numériques HF avec Winlink.
Pour un réseau de secours, il est préférable de prévoir plusieurs solutions plutôt que de dépendre d’un seul mode.
4. Organiser les équipes et les transmissions
Une organisation claire est indispensable.
Avant l’exercice, le coordinateur doit définir plusieurs éléments.
Identifier les stations
Chaque station doit être identifiée par son indicatif radioamateur.
Un tableau de coordination peut préciser :
| Station | Fonction | Mode principal |
|---|---|---|
| Coordination | Centralisation des messages | VARA FM |
| Équipe 1 | Reconnaissance terrain | VARA FM |
| Équipe 2 | Relevés et observations | VARA FM |
| Équipe 3 | Zone éloignée | VARA HF |
Définir les fréquences
Les fréquences doivent être choisies selon les bandes autorisées, les équipements et les contraintes locales.
Il faut également prévoir une fréquence de repli.
Organiser les vacations
Les équipes peuvent transmettre leurs informations à intervalles réguliers.
Par exemple, une vacation toutes les trente minutes peut être retenue pour un exercice.
Cette organisation évite de multiplier les tentatives de connexion inutiles.
Prévoir les procédures de secours
Chaque équipe doit connaître les solutions alternatives :
- Changement de fréquence.
- Passage sur une autre bande.
- Utilisation d’une liaison P2P.
- Retour à une communication vocale.
Les procédures doivent être définies avant le début des opérations.
5. Transmettre des messages structurés
L’un des principaux intérêts de Winlink est la possibilité de transmettre des informations organisées.
Un message opérationnel doit être court, précis et compréhensible.
Il peut contenir :
- L’identification de l’équipe.
- La date et l’heure UTC.
- La position géographique.
- La nature de l’observation.
- Les moyens disponibles.
- Les besoins éventuels.
Exemple de compte rendu
Objet : Exercice — Compte rendu équipe 2
Expéditeur : Équipe 2
Destinataire : Coordination
Date : 03/11/2026
Heure : 14 h 30 UTC
Position : Locator JN18EM
Situation : Équipe arrivée sur le point d’observation.
Observation : Aucun événement particulier.
Moyens : Deux opérateurs, une station VHF et une alimentation autonome.
Prochaine vacation : 15 h 00 UTC.
Cet exemple illustre un compte rendu simple.
Winlink propose également des formulaires standardisés permettant de transmettre des informations structurées.
Selon les besoins, ils peuvent faciliter la rédaction et la lecture des messages.
Il est toutefois important de choisir des formulaires compatibles avec les procédures de l’organisation concernée.
Exemple de message structuré transmis par une équipe de terrain vers le poste de coordination.
6. Que faire lorsque les passerelles RMS sont indisponibles ?
Une passerelle RMS peut devenir inaccessible pour plusieurs raisons :
- Panne électrique.
- Défaillance de sa connexion Internet.
- Problème matériel.
- Conditions de propagation défavorables.
Il faut donc envisager une solution alternative.
Utiliser Winlink en P2P
En mode P2P, deux stations communiquent directement par radio.
Le poste de coordination peut recevoir les messages des équipes sans passer par les serveurs Winlink.
Cette solution présente un avantage important : elle permet de conserver une messagerie numérique sans infrastructure Internet.
Cependant, elle nécessite une organisation adaptée.
Les stations doivent convenir des fréquences, des horaires et des modes utilisés.
Prévoir plusieurs chemins de communication
Un réseau efficace peut combiner :
VHF/UHF : échanges locaux entre équipes et coordination.
HF : liaison avec une station éloignée.
P2P : communications directes en l’absence de passerelle.
Phonie : solution de repli lorsque les transmissions numériques échouent.
L’objectif n’est pas de remplacer systématiquement la voix, mais de disposer de moyens complémentaires.
7. Exemple pratique : un exercice ADRASEC
Imaginons un exercice de recherche de balise de détresse organisé avec plusieurs équipes radioamateurs.
Trois équipes sont déployées sur le terrain.
Un poste de coordination centralise les informations.
Première phase : déploiement
Chaque équipe rejoint son secteur.
Elle vérifie son matériel, son alimentation et sa liaison radio.
Un premier message confirme son arrivée.
Deuxième phase : observations
Les équipes effectuent leurs relevés.
Elles transmettent notamment :
- Leur position.
- L’heure du relevé.
- L’azimut mesuré.
- La qualité du signal.
- Les observations utiles.
Le poste de coordination récupère les messages et reporte les informations sur une carte.
Les différents relèvements permettent d’identifier une zone d’intérêt.
Troisième phase : coordination
Le coordinateur analyse les informations reçues.
Il peut demander à certaines équipes de modifier leur position ou d’effectuer de nouveaux relevés.
Les instructions sont transmises par radio, en phonie ou par messagerie numérique selon les besoins.
Quatrième phase : synthèse
À la fin de l’exercice, les messages Winlink permettent de reconstituer une chronologie des échanges.
Ils constituent un support intéressant pour le retour d’expérience.
Winlink devient ainsi un outil complémentaire de coordination, sans remplacer les procédures opérationnelles ADRASEC.
Légende : Trois équipes transmettent leurs observations au poste de coordination, qui centralise les informations sur une carte.
8. Préparer et tester son réseau
Un réseau de communications ne doit pas être découvert le jour où il devient nécessaire.
Des essais réguliers permettent de vérifier son fonctionnement.
Avant chaque exercice, il est recommandé de contrôler :
- Les versions des logiciels.
- Les paramètres audio et PTT.
- Les fréquences utilisées.
- Les antennes et les câbles.
- Les batteries et alimentations.
- Les possibilités de liaison P2P.
- Les procédures de repli.
Un essai complet doit comprendre l’envoi et la réception d’un message.
Il est également utile de tester le réseau sans connexion Internet afin de vérifier son autonomie réelle.
9. Limites et précautions d’utilisation
Winlink utilise les bandes radioamateurs, soumises à une réglementation spécifique.
Les messages transmis doivent respecter les conditions d’utilisation de ces fréquences.
Les communications radioamateurs ne sont pas conçues pour garantir la confidentialité des informations.
Il faut donc éviter de transmettre des données sensibles ou personnelles lorsque leur diffusion n’est pas autorisée.
Par ailleurs, les transmissions numériques ne remplacent pas les moyens officiels de communication des services de secours.
Dans un contexte ADRASEC, leur utilisation doit s’inscrire dans les procédures établies avec les autorités compétentes.
Enfin, aucune liaison radio ne peut être considérée comme disponible en permanence.
La redondance des moyens reste essentielle.
10. Conclusion : Winlink, un outil complémentaire pour les radioamateurs
Au cours de cette série, nous avons découvert les principales possibilités offertes par Winlink.
De l’installation de Winlink Express à l’utilisation de VARA FM, VARA HF et ARDOP, nous avons progressivement abordé les différentes méthodes permettant de transmettre des messages numériques par radio.
Ce dernier article montre comment ces technologies peuvent être associées dans une organisation cohérente.
Winlink ne remplace pas les communications vocales : il les complète en permettant la transmission de messages écrits, structurés et archivables.
Pour les radioamateurs intéressés par les communications autonomes, les exercices de terrain et les activités ADRASEC, il constitue un outil particulièrement intéressant à expérimenter.
La fiabilité d’un réseau dépend cependant autant de la préparation des opérateurs que des performances techniques des équipements.
Un réseau régulièrement testé, correctement organisé et disposant de solutions de repli sera toujours préférable à une installation complexe jamais expérimentée.
Bonnes expérimentations !



