Dans une station radioamateur moderne, les logiciels ont tendance à s’accumuler.
Un programme pour tenir le carnet de trafic, un autre pour consulter le DX Cluster, un autre encore pour piloter le transceiver, un logiciel pour le rotor, WSJT-X pour le FT8, un service pour les QSL électroniques, quelques pages Web pour suivre ses diplômes…
Au bout du compte, l’écran peut rapidement ressembler davantage à celui d’une salle de contrôle qu’à celui d’une station radio !
OpsLog, développé par F4BPO, propose une approche différente : regrouper dans une même application une grande partie des fonctions utilisées quotidiennement par le radioamateur.
La question devient alors intéressante :
Combien de logiciels OpsLog peut-il réellement remplacer dans le shack ?
OpsLog rassemble dans une même interface de nombreux outils habituellement dispersés dans la station.
1. D’abord, un véritable carnet de trafic
La fonction première d’OpsLog reste naturellement le logbook.
Lors de la saisie d’un indicatif, le logiciel peut interroger QRZ.com ou HamQTH afin de récupérer automatiquement différentes informations sur la station contactée.
Il sait également déterminer l’entité DXCC hors connexion, détecter les contacts déjà réalisés et afficher une matrice « Worked Before » par bande et par mode.
L’importation et l’exportation utilisent le format ADIF 3.1.7, ce qui permet de récupérer un carnet provenant d’un autre logiciel.
Des filtres permettent ensuite d’effectuer des recherches précises dans plusieurs milliers de QSO.
Ce qu’OpsLog peut remplacer
Pour de nombreux utilisateurs, OpsLog peut donc devenir le logiciel de log principal, à la place d’un programme dédié tel que Log4OM, Logger32 ou Ham Radio Deluxe Logbook.
Il ne s’agit évidemment pas de prétendre qu’il possède chacune des fonctions très spécifiques de tous ces logiciels, mais plutôt qu’il couvre les besoins courants d’un carnet de trafic moderne.
2. Le CAT : la radio et le log communiquent directement
Un carnet de trafic devient beaucoup plus confortable lorsqu’il connaît automatiquement la fréquence et le mode utilisés.
OpsLog propose plusieurs solutions CAT.
Il peut notamment fonctionner avec :
- OmniRig ;
- FlexRadio/SmartSDR ;
- Icom CI-V par USB ou réseau ;
- Yaesu ;
- Kenwood et Elecraft ;
- TCI pour les SunSDR et équipements compatibles.
La fréquence, le mode et le fonctionnement en split peuvent ainsi suivre directement le transceiver.
Sur certaines radios, OpsLog va beaucoup plus loin qu’une simple lecture de fréquence et propose une véritable console de commande.
Et WSJT-X ?
C’est un point important.
OpsLog ne remplace pas WSJT-X pour décoder et réaliser les QSO FT8/FT4.
En revanche, il sait travailler avec WSJT-X, JTDX ou MSHV.
Les décodages peuvent être reçus par UDP et exploités dans la Band Map et les systèmes d’alertes.
OpsLog peut également partager l’accès CAT avec d’autres programmes grâce à un serveur Hamlib NET rigctl ou TCI.
Autrement dit, le but n’est pas nécessairement de supprimer tous les logiciels spécialisés, mais de faire d’OpsLog le centre de la station autour duquel ils viennent se connecter.
3. Le DX Cluster directement dans le carnet
Voilà encore une fenêtre que l’on peut potentiellement supprimer du bureau !
OpsLog intègre son propre DX Cluster.
Plusieurs serveurs peuvent être utilisés simultanément, avec reconnexion automatique.
Les spots peuvent être filtrés selon différents critères et affichés dans une Band Map.
Mais le véritable intérêt vient du croisement avec le carnet de trafic.
OpsLog peut savoir si une station représente :
- une nouvelle entité ;
- une nouvelle bande ;
- un nouveau mode ;
- ou une station déjà contactée.
Il est également possible de créer des alertes selon l’indicatif, le pays, la bande, le mode ou le spotteur.
Les activations POTA peuvent par ailleurs être identifiées avec leur référence.
Le cluster cesse ainsi d’être une simple liste d’indicatifs : il devient directement lié à ce qui vous manque réellement.
4. La Band Map : voir immédiatement ce qui se passe sur les bandes
Associée au Cluster, la Band Map représente graphiquement les stations signalées sur différentes fréquences.
Plusieurs bandes peuvent être affichées simultanément.
Un clic sur un spot peut permettre de renseigner l’indicatif et, suivant la configuration CAT utilisée, de régler le transceiver sur la bonne fréquence et le bon mode.
Avec certaines installations FlexRadio, les spots peuvent même apparaître directement sur le panadapter.
On commence alors à comprendre la philosophie d’OpsLog : le log, le cluster et la radio ne sont plus trois systèmes indépendants.
Ils travaillent ensemble.
5. Les diplômes suivis automatiquement
Pour les chasseurs de DX et de diplômes, OpsLog intègre également un moteur de suivi.
Il prend notamment en charge : DXCC, WAS, WAZ, WAC, WPX, IOTA, POTA, SOTA, WWFF et DDFM.
Les résultats peuvent être analysés par bande et par mode avec différents états : contacté, confirmé ou validé.
OpsLog peut synchroniser des informations avec plusieurs services externes tels que LoTW, ClubLog, QRZ.com et eQSL.
Cela évite de tenir parallèlement différents tableaux pour savoir quelles entités ont été contactées ou confirmées.
6. Les QSL également intégrées
OpsLog ne s’arrête pas à l’enregistrement du QSO.
Il peut communiquer avec différents services de QSL et de logs en ligne, notamment LoTW, ClubLog, QRZ.com, eQSL, Cloudlog/Wavelog et HAMLOG.online.
Plus original : il possède également un éditeur de cartes QSL.
À partir de photographies choisies par l’utilisateur, OpsLog peut proposer différentes compositions comportant l’indicatif, le nom de l’opérateur, les zones CQ/ITU, le locator et le drapeau.
La mise en page peut ensuite être modifiée.
Les eQSL peuvent également être envoyées par courrier électronique.
Une fonction qui permet, là encore, d’éviter de multiplier les logiciels.
7. Le rotor peut lui aussi rejoindre OpsLog
Lorsque l’on clique sur une station DX, connaître son azimut est pratique.
Pouvoir tourner directement l’antenne dans cette direction l’est encore davantage !
OpsLog intègre une carte grand cercle indiquant notamment :
- la distance ;
- l’azimut ;
- le trajet court ;
- le trajet long.
Une boussole permet ensuite de commander certains systèmes de rotor compatibles.
Parmi les solutions actuellement prises en charge figurent notamment PstRotator, 4O3A Rotator Genius et microHAM ARCO.
Avec une installation compatible, une partie du logiciel habituellement consacré au rotor peut donc disparaître de l’écran principal.
8. Amplificateurs, commutateurs et antennes
OpsLog commence également à jouer le rôle de tableau de bord de station.
Il peut dialoguer avec différents équipements tels que certains amplificateurs PowerGenius XL, SPE Expert ou ACOM.
Des commutateurs d’antennes, cartes relais et systèmes Ultrabeam peuvent également être intégrés selon le matériel employé.
Toutes les stations n’utiliseront évidemment pas ces possibilités.
Mais dans un shack fortement automatisé, elles deviennent particulièrement intéressantes : fréquence, antenne, rotor, amplificateur et carnet peuvent progressivement faire partie du même environnement.

OpsLog au cœur de la station : radio, cluster, rotor, modes numériques, QSL et périphériques réunis dans un même environnement.
9. CW, messages vocaux et enregistrement des QSO
Autre surprise : OpsLog possède également des outils destinés à l’émission.
Un manipulateur CW logiciel avec macros est disponible et peut travailler notamment avec WinKeyer ou avec les systèmes intégrés de certaines radios compatibles.
Un Digital Voice Keyer permet d’enregistrer plusieurs messages vocaux et de les rappeler avec les touches de fonction.
C’est particulièrement pratique pendant un contest ou une activation.
OpsLog sait également enregistrer l’audio d’un QSO.
Lors de l’enregistrement du contact dans le carnet, un fichier WAV peut être associé au QSO avec l’indicatif, la date et l’heure.
10. Les contests sans changer de logiciel
Pour une utilisation en concours, OpsLog possède un mode spécifique.
Il peut gérer les numéros de série, les échanges fixes, les périodes du contest et la détection des doublons.
Un score peut être suivi pendant l’activité.
Pour le contesteur très spécialisé, un logiciel dédié comme N1MM Logger+ conservera naturellement tout son intérêt.
Mais pour un radioamateur participant occasionnellement à un concours, disposer de ces fonctions directement dans son carnet principal peut être largement suffisant.
11. Et pour un radio-club ? Cela devient particulièrement intéressant
C’est probablement l’une des fonctions qui mérite le plus notre attention à F5KEE.
OpsLog peut utiliser une base SQLite sur un poste individuel, mais le carnet peut également être installé sur une base MySQL partagée.
Plusieurs opérateurs peuvent alors travailler sur le même carnet de trafic.
Chaque station OpsLog peut publier régulièrement son état : opérateur, bande, fréquence et mode.
Dans le cas d’un indicatif spécial ou d’une activité multi-opérateurs, les membres peuvent donc savoir pratiquement en temps réel :
qui trafique, sur quelle bande, sur quelle fréquence et dans quel mode.
Une petite interface PHP peut même exploiter ces informations afin de publier l’état des stations sur un site Web.
Pour un radio-club organisant un contest, une activation ou utilisant un indicatif spécial, cette fonction ouvre des possibilités particulièrement intéressantes.

En radio-club, plusieurs postes OpsLog peuvent partager un même carnet de trafic grâce à une base MySQL.
12. Alors, combien de logiciels peut réellement remplacer OpsLog ?
Il serait exagéré d’affirmer qu’OpsLog remplace systématiquement tous les logiciels spécialisés d’une station.
Ce n’est d’ailleurs probablement pas la bonne manière de voir les choses.
Selon l’installation, OpsLog peut prendre en charge tout ou partie des fonctions traditionnellement confiées à :
| Fonction | Habituellement assurée par | Avec OpsLog |
|---|---|---|
| Carnet de trafic | Logger32, Log4OM, HRD… | Oui |
| CAT | OmniRig, logiciels constructeur… | Oui, selon radio |
| DX Cluster | Client cluster séparé | Oui |
| Band Map | Logiciel dédié | Oui |
| Suivi DXCC/diplômes | Log + services Web | Oui |
| QSL électroniques | Plusieurs services | Centralisées |
| Création QSL | Logiciel graphique | Partiellement |
| Rotor | PstRotator, logiciel constructeur | Selon matériel |
| Amplificateur | Logiciel constructeur | Selon matériel |
| Commutation antennes | Logiciel dédié | Selon matériel |
| CW / macros | Logiciel ou keyer | Oui, selon équipement |
| Voice Keyer | Logiciel dédié | Oui |
| Enregistrement QSO | Logiciel audio | Oui |
| Contest | N1MM+, Win-Test… | Oui pour de nombreux usages |
| FT8/FT4 | WSJT-X/JTDX/MSHV | Non : OpsLog les complète |
| Multi-opérateur | Infrastructure spécifique | Oui, avec MySQL |
Et c’est précisément cette dernière distinction qui est importante.
OpsLog n’a pas besoin de remplacer absolument tout pour être intéressant.
Son principal avantage est ailleurs : réunir les informations et le pilotage de la station autour d’un même carnet de trafic.
13. Une philosophie : toute la station dans une seule fenêtre
Plus les stations deviennent informatisées, plus nous ajoutons des logiciels.
OpsLog prend le problème dans l’autre sens.
Plutôt que d’ajouter une nouvelle application spécialisée à chaque nouveau besoin, il tente de créer un centre de contrôle unique de la station radioamateur.
Le carnet connaît les QSO déjà réalisés.
Le cluster connaît les stations actuellement signalées.
Le moteur de diplômes sait ce qu’il vous manque.
Le CAT connaît la fréquence du transceiver.
La carte connaît l’azimut du correspondant.
Le rotor peut orienter l’antenne.
Et tous ces éléments peuvent communiquer entre eux.
C’est probablement là que se trouve le véritable intérêt d’OpsLog.
14. Gratuit, open source… et français
OpsLog présente enfin trois caractéristiques qui méritent d’être soulignées.
Le logiciel est gratuit, son code source est disponible publiquement et son interface existe en français et en anglais.
Il est actuellement destiné à Windows.
Son développement étant actif, les fonctions et compatibilités sont susceptibles d’évoluer rapidement. Il est donc conseillé de consulter la documentation du projet pour connaître les matériels et fonctions pris en charge par la version la plus récente.
Conclusion
OpsLog est parti du carnet de trafic, mais il tend aujourd’hui vers quelque chose de beaucoup plus vaste : un véritable tableau de bord de la station radioamateur.
Log, CAT, DX Cluster, Band Map, diplômes, QSL, rotor, CW, phonie, contests, statistiques et fonctionnement multi-opérateur peuvent se retrouver dans le même environnement.
Il restera naturellement des logiciels spécialisés. WSJT-X demeure nécessaire pour le FT8, et les contesteurs exigeants pourront préférer leurs outils habituels.
Mais pour le radioamateur qui souhaite simplifier son environnement informatique, et plus encore pour un radio-club exploitant plusieurs postes, OpsLog mérite clairement d’être essayé.
La question n’est finalement peut-être plus : « Que peut faire OpsLog ? » mais plutôt : « De combien de fenêtres peut-il nous débarrasser ? »
Liens utiles
OpsLog
Site officiel OpsLog
Présentation, captures d’écran et téléchargement.
👉 https://opslog.f4bpo.com/?lang=fr
GitHub OpsLog
Code source, documentation technique, versions et suivi du développement.
👉 https://github.com/GregTroar/OpsLog
Bases de données d’indicatifs
QRZ.com
Base de données internationale d’indicatifs radioamateurs.
👉 https://www.qrz.com/
HamQTH
Base de données d’indicatifs et service de recherche utilisé par de nombreux logiciels de log.
👉 https://www.hamqth.com/
QSL électroniques et carnets en ligne
LoTW – Logbook of The World
Service de confirmation électronique des QSO de l’ARRL, notamment utilisé pour les diplômes DXCC et WAS.
👉 https://www.arrl.org/logbook-of-the-world
Club Log
Carnet en ligne, statistiques DXCC, outils DX et gestion des logs de DX-péditions.
👉 https://clublog.org/
eQSL.cc
Service international d’échange de cartes QSL électroniques.
👉 https://www.eqsl.cc/
Cloudlog
Carnet de trafic radioamateur accessible depuis un navigateur Web.
👉 https://www.magicbug.co.uk/cloudlog/
Wavelog
Carnet de trafic Web open source issu de Cloudlog.
👉 https://www.wavelog.org/
HAMLOG.online
Carnet de trafic et service en ligne pour radioamateurs.
👉 https://hamlog.online/

