Quand le logiciel fabriqua la BLU : comprendre la génération SSB avec un SDR (5/5)

Fabriquer la BLU avec un SDR

Pendant des décennies, la génération d’un signal BLU reposait sur des circuits électroniques spécialisés : modulateurs équilibrés, filtres à quartz, oscillateurs et mélangeurs. Chaque composant avait une fonction bien précise et contribuait à produire un signal ne contenant qu’une seule bande latérale.

Avec l’arrivée des SDR (Software Defined Radio), ou radios logicielles, une partie de ces opérations peut désormais être réalisée par calcul.

Le signal vocal est numérisé, filtré, transformé puis converti en signal radiofréquence. Des opérations autrefois réalisées par des circuits analogiques peuvent ainsi être effectuées par un processeur DSP, un FPGA ou un ordinateur.

Mais comment un logiciel peut-il fabriquer un signal BLU ? Comment distingue-t-il l’USB de la LSB ? Et que représentent exactement ces mystérieuses composantes I et Q que l’on rencontre partout dans la documentation SDR ?

Pour le comprendre, nous allons suivre le trajet de notre voix, du microphone jusqu’à l’antenne, avant de réaliser une petite expérience avec GNU Radio.


1. Qu’est-ce qu’un émetteur SDR ?

Un SDR est un équipement radio dans lequel certaines fonctions traditionnellement assurées par des circuits électroniques sont réalisées par traitement numérique.

Dans un émetteur BLU classique, on trouve généralement un modulateur équilibré, un filtre permettant de sélectionner la bande latérale, des oscillateurs et plusieurs étages de conversion de fréquence.

Dans un SDR, une partie de ces fonctions peut être remplacée par des opérations mathématiques.

Par exemple, le logiciel peut :

  • Filtrer la voix.
  • Modifier son amplitude.
  • Appliquer une égalisation.
  • Générer les composantes I et Q.
  • Sélectionner l’USB ou la LSB.
  • Transposer numériquement un signal en fréquence.
  • Préparer les échantillons destinés à la conversion en radiofréquence.

Cela ne signifie pas que le SDR se résume à un ordinateur.

Il comporte toujours une partie matérielle : convertisseurs, horloges, filtres, amplificateurs et circuits d’adaptation.

La différence fondamentale réside dans la répartition des fonctions entre matériel et logiciel.

Le SDR ne change pas les principes de la BLU : il change la manière de les mettre en œuvre.


2. Comment transformer la voix en nombres ?

Tout commence par le microphone.

Lorsque nous parlons, les vibrations de l’air sont transformées en variations de tension électrique.

Ce signal est analogique : sa valeur évolue continuellement avec le temps.

Pour qu’un processeur puisse le traiter, il faut le convertir en une suite de nombres.

C’est le rôle du convertisseur analogique-numérique, appelé ADC (Analog-to-Digital Converter).

L’échantillonnage

Le convertisseur mesure la tension à intervalles réguliers.

Avec une fréquence d’échantillonnage de 48 kHz, il effectue :

    \[48\,000\ \text{mesures par seconde}\]

Chaque mesure devient un échantillon numérique.

La voix n’est donc plus représentée par une tension continue, mais par une succession de valeurs.

La résolution numérique

Un convertisseur possède également une résolution exprimée en bits.

Avec 16 bits, par exemple, il peut représenter 2^{16}, soit 65 536 niveaux de quantification.

Plus la résolution est élevée, plus les erreurs de quantification peuvent être faibles, sous réserve de la qualité de l’ensemble de la chaîne.

Le théorème de Nyquist-Shannon

Pour représenter correctement un signal limité en fréquence, la fréquence d’échantillonnage doit être supérieure au double de sa fréquence maximale.

Pour une bande vocale limitée à 3 000 Hz, une fréquence d’échantillonnage supérieure à 6 000 Hz est donc nécessaire.

En pratique, les systèmes SDR utilisent souvent des fréquences bien supérieures, notamment pour simplifier les traitements numériques.

Un filtrage analogique préalable empêche les fréquences trop élevées de provoquer du repliement spectral.

Une fois numérisée, notre voix devient une suite de nombres que le logiciel peut manipuler.


3. Préparer la voix avant de générer la BLU

Avant de fabriquer le signal BLU, le SDR prépare généralement le signal audio.

Cette étape est essentielle : une mauvaise modulation audio donnera un mauvais signal radio, même avec un excellent traitement numérique.

Limiter la bande passante

La voix humaine contient des composantes fréquentielles très étendues.

Cependant, une communication radio n’a pas besoin de transmettre toutes ces fréquences.

Pour une émission BLU classique, on peut retenir, à titre d’exemple, une bande audio comprise entre :

    \[300\ \text{Hz et}\ 2\,700\ \text{Hz}\]

Cette bande permet une bonne intelligibilité tout en limitant la largeur du signal transmis.

Le SDR réalise ce filtrage grâce à des filtres numériques.

Contrairement aux filtres analogiques, leurs caractéristiques peuvent être modifiées par logiciel.

Régler le niveau du microphone

Le logiciel adapte ensuite le niveau audio.

Un signal trop faible donnera une modulation insuffisante.

Un signal trop élevé risque de provoquer un écrêtage.

L’écrêtage numérique est particulièrement indésirable : lorsque les échantillons dépassent la plage autorisée, ils sont limités brutalement, ce qui génère des composantes fréquentielles supplémentaires.

Égalisation et compression

Certains SDR permettent également de modifier la réponse fréquentielle du microphone.

Une légère égalisation peut améliorer l’intelligibilité.

Une compression modérée peut réduire les écarts entre les passages faibles et forts.

Mais une compression excessive risque de dégrader la qualité audio et de compliquer le contrôle de la linéarité de l’émission.

Ces réglages ont déjà été abordés dans notre deuxième volet consacré à la modulation BLU.

À ce stade, nous disposons d’un signal vocal numérique correctement préparé.

Il reste à le transformer en BLU.


4. Comment supprimer une bande latérale ?

Pour comprendre la génération numérique de la BLU, rappelons brièvement ce qui se produit lorsqu’un signal audio module une porteuse.

Prenons une tonalité de 1 000 Hz et une fréquence de référence de 14,200 MHz.

Une modulation à double bande latérale avec porteuse supprimée produit deux composantes :

  • Une composante située 1 000 Hz sous la fréquence de référence.
  • Une composante située 1 000 Hz au-dessus.

Nous obtenons donc :

    \[f_{\mathrm{LSB}}=14\,200\,000-1\,000\]

    \[\boxed{f_{\mathrm{LSB}}=14\,199\,000\ \text{Hz}}\]

Et :

    \[f_{\mathrm{USB}}=14\,200\,000+1\,000\]

    \[\boxed{f_{\mathrm{USB}}=14\,201\,000\ \text{Hz}}\]

Pour transmettre en USB, nous devons conserver la composante supérieure.

Pour transmettre en LSB, nous devons conserver la composante inférieure.

Trois méthodes pour obtenir la BLU

Il existe plusieurs techniques.

La méthode par filtrage consiste à produire les deux bandes latérales, puis à éliminer celle que nous ne souhaitons pas transmettre.

Dans un émetteur traditionnel, cette opération peut être réalisée par un filtre à quartz.

Dans un SDR, elle peut être effectuée par un filtre numérique.

La méthode par déphasage consiste à combiner deux voies présentant des relations de phase particulières. La bande latérale indésirable s’annule lors de leur combinaison.

La méthode de Weaver utilise deux étages de conversion et des signaux en quadrature pour obtenir une seule bande latérale.

Ces méthodes reposent sur les mêmes principes physiques que leurs équivalents analogiques.

Pour la suite, nous allons nous intéresser à la méthode par déphasage, particulièrement intéressante pour comprendre les signaux I/Q.


5. Les signaux I et Q : deux composantes pour fabriquer la BLU

Lorsqu’on découvre les SDR, on rencontre rapidement les termes I et Q.

Ils désignent deux composantes d’un signal :

  • I, pour In-phase, représente la composante en phase.
  • Q, pour Quadrature, représente la composante en quadrature.

Pour comprendre leur intérêt, commençons avec une simple tonalité.

Une tonalité de 1 000 Hz

Nous pouvons représenter notre tonalité par :

    \[I(t)=\cos(2\pi\times1000t)\]

Imaginons maintenant une seconde composante :

    \[Q(t)=\sin(2\pi\times1000t)\]

Ces deux sinusoïdes présentent un déphasage de 90°.

Elles contiennent la même fréquence, mais leurs valeurs maximales et leurs passages par zéro ne se produisent pas aux mêmes instants.

Pourquoi utiliser deux signaux au lieu d’un seul ?

Parce que leur combinaison permet de représenter non seulement l’amplitude d’un signal, mais également sa phase.

La représentation complexe

En traitement numérique, les deux composantes sont souvent réunies dans une expression :

    \[\boxed{s(t)=I(t)+jQ(t)}\]

Le symbole

    \[\(j\)\]

représente l’unité imaginaire, définie par :

    \[j^2=-1\]

Cette écriture peut sembler abstraite.

Pourtant, elle est extrêmement pratique.

Elle permet de représenter un signal sous la forme d’un vecteur possédant une amplitude et une phase.

Lorsque ce vecteur tourne dans un sens, il représente une fréquence positive.

Lorsqu’il tourne dans l’autre sens, il représente une fréquence négative.

C’est cette propriété qui va nous permettre de distinguer l’USB de la LSB.

Fréquences positives et négatives

Une fréquence négative ne signifie pas qu’une onde radio possède physiquement une fréquence inférieure à zéro.

Il s’agit d’une convention mathématique liée au sens de rotation du vecteur complexe.

Dans un signal réel ordinaire, les composantes fréquentielles positives et négatives apparaissent par paires conjuguées.

La représentation complexe I/Q permet de les distinguer.

Nous pouvons alors construire un signal ne contenant qu’un seul côté du spectre.

C’est l’une des clés de la génération numérique de la BLU.

Signaux I_Q et modulation BLU expliqués

Les composantes I et Q permettent de représenter l’amplitude et la phase d’un signal. Leur combinaison complexe facilite la sélection d’une bande latérale.


6. La transformée de Hilbert : le secret de la sélection USB/LSB

Nous savons maintenant que les composantes I et Q permettent de distinguer les deux sens de rotation d’un signal complexe.

Mais comment fabriquer ces composantes à partir de notre voix ?

C’est ici qu’intervient la transformée de Hilbert.

À quoi sert la transformée de Hilbert ?

La transformée de Hilbert est une opération mathématique qui permet de construire une composante en quadrature à partir d’un signal.

Pour une tonalité de fréquence positive

    \[(f\)\]

, elle transforme, avec la convention utilisée ici :

    \[\cos(2\pi ft)\]

en :

    \[\sin(2\pi ft)\]

Nous pouvons donc écrire :

    \[I(t)=\cos(2\pi ft)\]

    \[Q(t)=\sin(2\pi ft)\]

Dans le cas d’une voix, qui contient de nombreuses fréquences simultanément, le traitement est plus complexe.

Il ne s’agit pas simplement de retarder le signal audio d’une durée fixe.

La transformée de Hilbert applique une relation de phase adaptée aux différentes composantes fréquentielles.

Fabriquer l’USB

Reprenons notre tonalité de 1 000 Hz.

Nous combinons les composantes I et Q :

    \[s_{\mathrm{USB}}(t)=I(t)+jQ(t)\]

Soit :

    \[s_{\mathrm{USB}}(t)= \cos(2\pi ft)+j\sin(2\pi ft)\]

D’après la formule d’Euler :

    \[\boxed{s_{\mathrm{USB}}(t)=e^{j2\pi ft}}\]

Cette expression représente une composante complexe de fréquence positive.

Lorsque nous la transposons autour d’une fréquence RF, elle apparaît au-dessus de cette fréquence.

Nous obtenons donc une bande latérale supérieure.

Fabriquer la LSB

Changeons maintenant le signe de Q :

    \[s_{\mathrm{LSB}}(t)=I(t)-jQ(t)\]

Nous obtenons :

    \[s_{\mathrm{LSB}}(t)= \cos(2\pi ft)-j\sin(2\pi ft)\]

Donc :

    \[\boxed{s_{\mathrm{LSB}}(t)=e^{-j2\pi ft}}\]

Cette fois, la composante complexe possède une fréquence négative.

Après transposition RF, elle apparaît sous la fréquence de référence.

Nous obtenons une bande latérale inférieure.

Et avec la voix ?

Une voix contient simultanément de nombreuses composantes fréquentielles.

La transformée de Hilbert permet de construire la composante en quadrature correspondant à cet ensemble de fréquences.

La combinaison I/Q forme alors un signal complexe dont le spectre est situé d’un seul côté de zéro.

En changeant le signe de Q, nous pouvons inverser ce spectre.

Nous passons ainsi de l’USB à la LSB.

Dans un SDR réel, la convention de signe dépend de l’architecture utilisée, mais le principe reste identique.

Génération USB et LSB par Hilbert

La transformée de Hilbert produit une composante en quadrature. La combinaison des signaux I et Q permet de sélectionner la bande latérale supérieure ou inférieure.


7. Du signal numérique à la radiofréquence

Nous disposons maintenant d’un signal BLU numérique.

Mais celui-ci n’est pas encore un signal radio prêt à être transmis.

Il faut le convertir en un signal RF réel.

Le modulateur I/Q

Dans une architecture à modulation en quadrature, les composantes I et Q commandent deux voies de modulation.

La première utilise une référence RF en cosinus.

La seconde utilise une référence RF en sinus.

Ces deux références sont déphasées de 90°.

Le signal RF peut alors s’écrire :

    \[\boxed{ s_{\mathrm{RF}}(t)= I(t)\cos(2\pi f_ct) - Q(t)\sin(2\pi f_ct) }\]

Dans cette expression :

  •     \[I(t)\]

     est la composante en phase.

  •     \[Q(t)\]

    est la composante en quadrature.

  •     \[f_c\]

    est la fréquence de référence RF.

  •     \[s_{\mathrm{RF}}(t)\]

    est le signal radio obtenu.

La combinaison des deux voies permet de transposer le signal complexe vers la fréquence d’émission.

Avec la convention choisie, une composante complexe positive apparaît au-dessus de

    \[f_c\]

.

Une composante négative apparaît en dessous.

Le rôle des convertisseurs numériques-analogiques

Les échantillons numériques doivent ensuite être transformés en signaux électriques.

C’est le rôle des convertisseurs DAC (Digital-to-Analog Converter).

Selon l’architecture du SDR, ces convertisseurs peuvent produire :

  • Deux signaux analogiques I et Q destinés à un modulateur RF.
  • Un signal à fréquence intermédiaire.
  • Un signal directement situé dans une bande RF.

Les architectures SDR ne sont donc pas toutes identiques.

Filtrer et amplifier

Après conversion, le signal traverse généralement plusieurs étages.

Les filtres éliminent les images de conversion et les composantes indésirables.

Les amplificateurs augmentent progressivement sa puissance.

Enfin, un filtre de sortie contribue à réduire les émissions hors bande et les harmoniques.

La qualité de ces étages est essentielle.

Même si le traitement numérique produit un signal BLU très propre, un amplificateur non linéaire peut le dégrader.

Architecture complète d’un émetteur BLU SDR

Dans un émetteur SDR, le traitement numérique prépare la modulation BLU avant sa conversion en radiofréquence, son filtrage et son amplification.


8. Passer de l’USB à la LSB par logiciel

Sur un transceiver traditionnel, le passage de l’USB à la LSB peut impliquer la sélection d’un autre filtre ou la modification de la fréquence d’un oscillateur.

Dans un SDR, cette opération peut être réalisée entièrement par traitement numérique.

Nous avons vu que, dans notre représentation :

    \[s_{\mathrm{USB}}(t)=I(t)+jQ(t)\]

et :

    \[s_{\mathrm{LSB}}(t)=I(t)-jQ(t)\]

Le passage d’un mode à l’autre peut donc être obtenu en inversant le signe de la composante Q.

Il ne s’agit pas d’une obligation pour tous les SDR : certains utilisent plutôt un filtrage numérique, une inversion de fréquence ou une autre organisation interne.

Mais le résultat est identique.

Le logiciel sélectionne la partie du spectre qui doit être transmise.

Cette souplesse constitue l’un des grands avantages de la radio logicielle.

Le même matériel peut prendre en charge différents modes de modulation simplement en modifiant les traitements numériques.


9. Pourquoi une BLU numérique peut-elle être déformée ?

On pourrait imaginer qu’un signal généré par calcul est nécessairement parfait.

Ce n’est malheureusement pas le cas.

Les traitements numériques possèdent leurs propres limites, et les circuits analogiques restent soumis aux imperfections habituelles.

L’écrêtage numérique

Lorsqu’un signal dépasse le niveau maximal autorisé, ses valeurs sont limitées.

Cette limitation déforme le signal et produit de nouvelles composantes fréquentielles.

Elle peut provoquer un élargissement du spectre transmis.

Le déséquilibre I/Q

Dans un modulateur en quadrature, les deux voies doivent présenter des caractéristiques très proches.

Si leurs gains sont différents, la bande latérale opposée n’est plus parfaitement supprimée.

Le même phénomène apparaît si le déphasage entre les voies s’écarte de la valeur idéale de 90°.

Le SDR peut parfois corriger ces erreurs par calibration numérique.

La fuite de porteuse

Un modulateur I/Q imparfait peut laisser apparaître une composante résiduelle à la fréquence de référence.

On parle alors de fuite de porteuse.

Elle peut notamment provenir d’offsets continus dans les voies I et Q ou d’imperfections du modulateur.

L’intermodulation

La BLU est une modulation à enveloppe variable.

Elle nécessite donc une amplification suffisamment linéaire.

Lorsqu’un amplificateur fonctionne trop près de la saturation, il génère des produits d’intermodulation.

Ces produits peuvent élargir le spectre et provoquer des émissions indésirables.

Les défauts liés à la conversion numérique

Les convertisseurs et leurs horloges peuvent également introduire des défauts :

  • Bruit de quantification.
  • Images spectrales.
  • Parasites liés aux horloges.
  • Bruit de phase.
  • Produits de conversion indésirables.

C’est pourquoi les SDR modernes associent traitement numérique, calibration et filtrage matériel.

Défauts d’une émission BLU (SSB)

Une émission BLU peut être dégradée par une fuite de porteuse, une mauvaise réjection de la bande latérale opposée ou des produits d’intermodulation.


10. Expérience pratique : fabriquer une BLU avec GNU Radio

Après cette partie théorique, passons à une expérience réalisable sur ordinateur.

Notre objectif sera de générer un signal BLU numérique, de sélectionner l’USB ou la LSB et d’observer le résultat sur un analyseur de spectre.

Nous n’utiliserons aucun émetteur RF.

Quel logiciel utiliser ?

Nous allons utiliser GNU Radio, un logiciel libre destiné au traitement numérique du signal.

Il comprend un environnement graphique appelé GNU Radio Companion, ou GRC.

Cet environnement permet de construire des chaînes de traitement en reliant différents blocs fonctionnels.

Chaque bloc réalise une opération : génération d’une tonalité, filtrage, multiplication, transformation mathématique ou affichage du spectre.

Le site officiel est accessible à cette adresse : https://www.gnuradio.org/

Première expérience : générer une tonalité

Commençons par une tonalité de 1 000 Hz.

Dans GNU Radio Companion, nous pouvons utiliser un bloc Signal Source configuré pour produire une sinusoïde.

Nous choisirons une fréquence d’échantillonnage de 48 000 échantillons par seconde.

La tonalité pourra être observée avec un bloc QT GUI Time Sink.

Nous verrons une sinusoïde régulière.

En utilisant un bloc QT GUI Frequency Sink, nous observerons son spectre.

À ce stade, nous ne disposons pas encore d’un signal BLU.

Nous avons simplement produit un signal audio numérique.

Deuxième expérience : construire les composantes I et Q

Nous allons maintenant produire deux composantes en quadrature.

Pour une première démonstration, il est possible d’utiliser deux générateurs numériques synchronisés :

    \[I(t)=\cos(2\pi\times1000t)\]

,

    \[Q(t)=\sin(2\pi\times1000t)\]

Le bloc Float to Complex permet de réunir ces deux composantes en un signal complexe.

Nous obtenons :

    \[s(t)=I(t)+jQ(t)\]

Dans un afficheur fréquentiel configuré pour les signaux complexes, nous observons une composante à +1 000 Hz.

Cette fréquence positive correspond à notre représentation USB en bande de base.

Troisième expérience : sélectionner la LSB

Nous allons maintenant inverser le signe de Q.

Il suffit d’appliquer un gain de −1 à cette composante avant de former le signal complexe.

Nous obtenons :

    \[s(t)=I(t)-jQ(t)\]

Le spectre présente maintenant une composante à −1 000 Hz.

Nous venons de passer de l’USB à la LSB par une simple opération mathématique.

Aucun filtre à quartz, aucun oscillateur supplémentaire et aucun changement matériel n’ont été nécessaires.

C’est l’un des principes fondamentaux de la génération BLU numérique.

Quatrième expérience : utiliser un signal vocal

Remplaçons maintenant notre tonalité par un microphone.

La voix contient de nombreuses fréquences, et nous ne pouvons plus construire correctement Q en utilisant simplement une seconde tonalité déphasée.

Nous devons employer un traitement adapté, comme un filtre de Hilbert.

GNU Radio propose des blocs permettant de réaliser ce type de traitement.

La composante I correspond alors au signal audio convenablement retardé pour rester synchronisé avec la voie Q.

La composante Q est produite par le traitement de Hilbert.

Le signal complexe obtenu peut être observé sur un analyseur de spectre.

Nous verrons une bande de fréquences correspondant à la voix, située d’un seul côté de la fréquence zéro.

En inversant le signe de Q, nous déplacerons cette bande de l’autre côté.

Nous pourrons ainsi observer directement la différence entre USB et LSB.

Cinquième expérience : vérifier la modulation

Pour compléter la démonstration, nous pouvons ajouter une chaîne de réception numérique.

Elle permettra de transposer et de démoduler notre signal BLU.

Le signal audio restitué pourra être comparé au signal d’origine.

Cette dernière étape est intéressante, car elle permet de construire une chaîne complète d’émission et de réception BLU, sans quitter l’ordinateur.

Une simulation officielle déjà disponible

La documentation de GNU Radio propose une démonstration de transceiver SSB.

Elle comprend notamment des fonctions de sélection USB/LSB, des traitements de filtrage et des affichages du spectre.

Le lecteur pourra retrouver cette expérience ici :

GNU Radio — Simulation d’un transceiver SSB

Cette simulation constitue un excellent point de départ pour approfondir le sujet.

Précaution : les exemples présentés ici fonctionnent uniquement en traitement numérique. Pour une véritable émission RF, il faut disposer d’un matériel adapté, respecter la réglementation radioamateur et contrôler la qualité spectrale du signal.


11. Ce que le SDR change réellement pour les radioamateurs

La radio logicielle a profondément modifié la conception des équipements modernes.

L’un de ses principaux avantages est la souplesse.

Une même plateforme matérielle peut proposer plusieurs modes de modulation, différents filtres, des fonctions de traitement audio avancées et des possibilités de calibration.

Des filtres configurables

Dans un transceiver traditionnel, la largeur de bande dépend souvent des caractéristiques de filtres matériels.

Avec un SDR, le logiciel peut proposer plusieurs largeurs de filtrage.

L’opérateur peut ainsi adapter le traitement à ses besoins, dans les limites de l’architecture matérielle et des règles d’émission.

Une meilleure maîtrise des signaux

Le traitement numérique permet également d’effectuer des mesures et des corrections.

Il devient possible de surveiller certains niveaux, de corriger des déséquilibres I/Q et d’améliorer la réjection des composantes indésirables.

Une plateforme d’expérimentation

Pour les radioamateurs, le SDR constitue aussi un formidable outil pédagogique.

Il permet d’expérimenter différentes techniques de modulation et de comprendre des phénomènes autrefois difficiles à observer.

La génération BLU n’est qu’un exemple parmi de nombreuses possibilités.

Les mêmes principes de traitement numérique interviennent dans les modes numériques, les modulations complexes, les systèmes de communication modernes et les applications de traitement du signal.


Conclusion — Quand les mathématiques remplacent une partie des circuits

La génération BLU par SDR peut sembler complexe lorsqu’on découvre les signaux I/Q et la transformée de Hilbert.

Pourtant, son principe fondamental reste relativement simple.

Nous partons d’un signal audio numérisé.

Filtrons et préparons ses niveaux.

Nous construisons ensuite une représentation complexe permettant de distinguer les fréquences positives et négatives.

Cette représentation sert à sélectionner la bande latérale supérieure ou inférieure.

Enfin, le signal est converti en radiofréquence, filtré et amplifié avant son émission.

Ce qui nécessitait autrefois plusieurs circuits analogiques spécialisés peut aujourd’hui être réalisé en grande partie par calcul.

Mais la radio logicielle ne supprime ni les lois de l’électronique ni les contraintes de la transmission radio.

La qualité du signal dépend toujours du traitement numérique, des convertisseurs, des oscillateurs, des filtres et de la linéarité des amplificateurs.

La grande évolution apportée par le SDR n’est donc pas d’avoir inventé une nouvelle BLU, mais d’avoir rendu sa génération beaucoup plus souple, configurable et accessible à l’expérimentation.

Avec GNU Radio, chacun peut désormais observer ces opérations, modifier les paramètres et comprendre comment quelques calculs suffisent à sélectionner l’USB ou la LSB.

Une belle illustration de ce qui fait l’intérêt de la radioamateur : comprendre, expérimenter et construire.


Liens utiles pour aller plus loin

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