Comment des radioamateurs peuvent-ils mesurer la vitesse d’un vaisseau allant vers la Lune avec un simple signal radio ?

Radioamateurs vers la Lune

Imaginez qu’un vaisseau spatial file vers la Lune en émettant une simple porteuse radio. Depuis la Terre, nous ne voyons évidemment pas sa vitesse. Pourtant, en observant précisément la fréquence de son signal avec un récepteur SDR, nous pouvons déjà mesurer une partie de son mouvement.

Le secret tient en un phénomène bien connu des radioamateurs : l’effet Doppler.

C’est le même principe qui fait glisser la fréquence d’un satellite LEO pendant son passage ou qui intervient dans les liaisons EME. Mais cette fois, nous allons retourner le problème : au lieu de calculer le Doppler pour savoir où régler notre récepteur, nous allons mesurer le Doppler pour calculer la vitesse du vaisseau.

Quand la fréquence devient un compteur de vitesse

Lorsqu’une source radio se rapproche de nous, sa fréquence reçue augmente. Lorsqu’elle s’éloigne, elle diminue.

Pour des vitesses très inférieures à celle de la lumière, nous pouvons écrire :

    \[\Delta f \simeq -f_0\frac{v_r}{c}\]

avec :

  • f0, la fréquence émise ;
  • Δf=fr−f0
  • vr, la vitesse radiale ;
  • c=299 792 458 m/s>, la vitesse de la lumière.

En retournant la formule :

    \[v_r \simeq -c\frac{\Delta f}{f_0}\]

C’est donc remarquablement simple : si nous connaissons précisément la fréquence émise et celle que nous recevons, nous pouvons calculer une vitesse.

La NASA utilise exactement cette propriété pour la navigation spatiale : le Doppler d’une porteuse cohérente permet de déterminer la composante de la vitesse du véhicule suivant la ligne de visée entre celui-ci et la station terrestre.

Mesurer la vitesse vers la Lune par Doppler

Le décalage Doppler d’un signal radio permet de mesurer la vitesse radiale d’un vaisseau par rapport à la station terrestre.

Faisons le calcul sur 436,4 MHz

Imaginons un vaisseau transmettant une porteuse sur :

    \[f_0=436,400000\;MHz\]

Notre SDR indique seulement :

    \[436,395000\;MHz\]

Le signal est donc décalé de :

    \[\Delta f=-5000\;Hz\]

Appliquons notre formule :

    \[v_r=-299\,792\,458\times \frac{-5000}{436\,400\,000}\]

Nous obtenons :

    \[v_r\simeq3435\;m/s\]

soit environ :

    \[\boxed{v_r\simeq3,44\;km/s}\]

Autrement dit, un déplacement de seulement 5 kHz sur notre waterfall correspond ici à une vitesse radiale de plus de 12 000 km/h !

À 436,4 MHz, les ordres de grandeur deviennent faciles à retenir :

Doppler mesuré Vitesse radiale
1 Hz 0,687 m/s
10 Hz 6,87 m/s
100 Hz 68,7 m/s
500 Hz 344 m/s
1 kHz 687 m/s
5 kHz 3,44 km/s

Un SDR capable de suivre précisément une porteuse étroite devient donc un étonnant petit « radar de vitesse », même à plusieurs centaines de milliers de kilomètres.

Mesure Doppler SDR et vitesse radiale

Sur le waterfall SDR, le déplacement de la porteuse révèle le Doppler et permet d’en déduire la vitesse radiale du vaisseau.

Attention : nous ne mesurons pas toute la vitesse

Il existe cependant un piège important.

Le Doppler ne donne pas directement la vitesse réelle du vaisseau dans l’espace. Il donne sa vitesse radiale, c’est-à-dire la composante de sa vitesse suivant l’axe reliant la station au vaisseau.

Imaginez un véhicule traversant votre champ de vision de gauche à droite. Il peut se déplacer très vite tout en ne se rapprochant presque pas de vous. Son Doppler sera alors faible.

Pour un engin spatial, c’est exactement pareil.

La NASA rappelle d’ailleurs que les mouvements observés combinent la trajectoire du vaisseau, la rotation quotidienne de la Terre et son mouvement autour du Soleil. Pour un engin évoluant près de la Lune, il faut naturellement ajouter la dynamique du système Terre-Lune.

Mais notre station terrestre bouge elle aussi !

À Viry-Châtillon comme ailleurs, notre antenne n’est jamais réellement immobile.

La Terre effectue un tour sur elle-même en environ 24 heures. À l’équateur, cette rotation correspond à une vitesse tangentielle d’environ 465 m/s. Sous nos latitudes françaises, elle reste de plusieurs centaines de mètres par seconde.

Selon l’heure et la direction du vaisseau, une partie de cette vitesse se projette sur notre ligne de visée.

Il faut donc distinguer :

    \[v_{\text{relative}} = v_{\text{vaisseau}}-v_{\text{station}}\]

puis considérer la projection de cette différence suivant la direction station-vaisseau.

Pour une première expérience pédagogique, mesurer le Doppler brut est déjà passionnant. Pour déterminer réellement une trajectoire, il faut en revanche connaître précisément la position de la station et modéliser ses mouvements.

Encore faut-il connaître exactement la fréquence émise

Voici probablement la principale difficulté pour une station amateur.

Un émetteur annoncé sur 436,400 MHz n’émet pas nécessairement exactement sur 436 400 000 Hz.

Son oscillateur peut varier avec :

  • la température ;
  • son vieillissement ;
  • sa tension d’alimentation ;
  • la qualité de sa référence de fréquence.

Et notre propre SDR possède lui aussi une erreur.

Supposons une erreur de seulement 1 ppm à 436,4 MHz :

    \[436\,400\,000\times10^{-6}=436,4\;Hz\]

Or 436 Hz représentent déjà environ :

    \[300\;m/s\]

d’erreur apparente sur la vitesse !

Une mesure sérieuse nécessite donc une référence stable : TCXO de bonne qualité, OCXO ou, mieux encore, GPSDO fournissant par exemple une référence 10 MHz au SDR.

Les réseaux professionnels vont beaucoup plus loin. Le Deep Space Network utilise des références extrêmement stables et des liaisons cohérentes afin de détecter des variations Doppler inférieures au hertz sur des porteuses de plusieurs gigahertz.

Une expérience que les radioamateurs ont réellement réalisée

Tout cela pourrait sembler théorique. Pourtant, les radioamateurs l’ont déjà fait autour de la Lune.

Le microsatellite chinois DSLWP-B, également connu sous le nom de Longjiang-2 puis Lunar-OSCAR 94, a été placé en orbite lunaire en mai 2018. Il émettait notamment des signaux dans la bande radioamateur des 70 cm.

Des stations terrestres ont enregistré ses transmissions à 435,4 et 436,4 MHz et utilisé leur Doppler pour étudier son mouvement.

L’expérience révèle d’ailleurs exactement le problème que nous venons d’évoquer : lors du traitement des observations sur 436,4 MHz, Daniel Estévez a dû prendre en compte un décalage d’environ −250 Hz de l’émetteur lui-même.

Cela montre qu’il faut séparer :

    \[\text{Doppler observé} = \text{Doppler réel} + \text{erreur émetteur} + \text{erreur récepteur} +\ldots\]

Et si plusieurs radioamateurs écoutent simultanément ?

L’expérience devient encore plus intéressante lorsque deux stations éloignées enregistrent simultanément le même vaisseau.

C’est ce qui a été réalisé avec DSLWP-B entre la station de Shahe, près de Pékin, et le radiotélescope de Dwingeloo aux Pays-Bas.

Les deux stations, séparées d’environ 7 250 km, ont effectué des enregistrements synchronisés par GPS. Les différences de temps et de fréquence entre les deux observations ont ensuite été corrélées.

Le résultat permettait d’obtenir notamment une mesure de delta-vitesse particulièrement précise.

Nous entrons alors dans le domaine du VLBI — Very Long Baseline Interferometry.

Lors d’une expérience ultérieure, des transmissions de DSLWP-B d’environ 30 minutes ont même permis d’exploiter la phase accumulée de la porteuse. La dérivée temporelle de cette différence de phase fournit une information de delta-vitesse extrêmement sensible.

Voilà qui dépasse largement la simple observation d’une trace sur un waterfall !

Comment tenter l’expérience dans une station amateur ?

Le principe d’une chaîne de réception reste pourtant très familier :

antenne → LNA → SDR → ordinateur

Pour améliorer la précision, nous ajouterons :

GPSDO → référence de fréquence du SDR

Nous pouvons ensuite :

  1. enregistrer le signal en IQ ;
  2. mesurer précisément la fréquence de sa porteuse ;
  3. répéter cette mesure régulièrement ;
  4. calculer le Doppler Δf(t);
  5. convertir celui-ci en vitesse radiale r ;
  6. tracer cette vitesse en fonction du temps.

Un waterfall permet déjà de visualiser le phénomène, mais l’enregistrement IQ permet d’effectuer ensuite des mesures beaucoup plus fines par traitement numérique.

Mesurer la vitesse d’un vaisseau vers la Lune

Une station amateur équipée d’une antenne directive, d’un LNA, d’un SDR et d’une référence GPSDO peut mesurer le Doppler d’un vaisseau et en déduire sa vitesse radiale.

GNU Radio et Python sont parfaitement adaptés à cette expérimentation. Pour aller plus loin, un logiciel de mécanique orbitale tel que GMAT permet de calculer le Doppler théorique puis de le comparer aux observations. C’est d’ailleurs cette méthode qui a été utilisée lors des expériences VLBI amateurs avec DSLWP-B.

Du simple waterfall à la détermination d’une orbite

Une seule mesure Doppler ne permet évidemment pas de connaître la position complète d’un vaisseau dans l’espace.

Mais imaginons maintenant que nous enregistrions des centaines ou des milliers de mesures pendant plusieurs heures, puis que d’autres stations fassent la même chose depuis différentes régions du globe.

Nous disposons progressivement de suffisamment de contraintes pour rechercher quelle trajectoire explique le mieux toutes ces observations.

C’est le principe de la détermination d’orbite.

La NASA décrit cette méthode comme l’ajustement d’un modèle de trajectoire aux mesures accumulées de distance et de Doppler. Plus les observations sont nombreuses et réparties dans le temps et géographiquement, plus le modèle peut être contraint.

Les observations amateurs de DSLWP-B ont précisément montré jusqu’où cette approche pouvait aller : des mesures Doppler réalisées par des amateurs ont servi à déterminer et à vérifier son orbite lunaire.

Quelques hertz qui nous renseignent à 400 000 km

C’est probablement ce qu’il faut retenir de cette expérience.

Notre SDR ne « voit » ni le vaisseau ni sa vitesse. Il mesure simplement une fréquence.

Pourtant :

    \[\boxed{\text{fréquence}\rightarrow\text{Doppler}\rightarrow \text{vitesse radiale}\rightarrow\text{trajectoire}}\]

Avec une antenne adaptée, un récepteur stable, une bonne référence de fréquence et un peu de traitement numérique, une station radioamateur peut donc réaliser à son échelle une véritable expérience de navigation spatiale par radio.

Et la prochaine fois qu’une fine ligne inclinée traversera le waterfall de votre SDR, regardez-la autrement : ce n’est pas seulement une fréquence qui bouge. C’est peut-être directement le mouvement d’un objet dans l’espace que vous êtes en train de mesurer.

Pour aller plus loin

FT8Activity : rendez-vous ce soir sur 144 MHz

Banniere contest FT8Activity 2 septembre 2026

Les amateurs de communications numériques ont rendez-vous ce mercredi 2 septembre 2026 pour une nouvelle manche de FT8Activity Europe. Cette rencontre amicale se déroulera sur la bande des 2 mètres, en FT8 et en FT4, de 17 h 00 à 21 h 00 UTC, soit de 19 h 00 à 23 h 00 en France métropolitaine.

FT8Activity est une série européenne destinée à encourager l’utilisation des modes numériques à signaux faibles sur les bandes VHF et UHF. Le calendrier prévoit généralement une soirée par mois sur chacune des trois bandes concernées : 144 MHz, 432 MHz et 1 296 MHz. Ce 2 septembre, c’est donc le 144 MHz qui sera à l’honneur.

Une occasion de tester sa station 2 mètres

Cette soirée n’est pas uniquement réservée aux compétiteurs. Elle constitue une excellente occasion de vérifier les performances d’une station VHF : sensibilité du récepteur, stabilité en fréquence, synchronisation de l’ordinateur, puissance réellement disponible ou encore efficacité de l’antenne.

Une simple antenne verticale permettra certainement de décoder quelques stations proches. Pour rechercher des liaisons plus lointaines, une Yagi installée horizontalement et orientée vers les principales zones d’activité européennes sera nettement préférable. Même avec une puissance modeste, le FT8 peut révéler des ouvertures de propagation qui passeraient facilement inaperçues en phonie.

L’activité devrait se concentrer autour de la fréquence FT8 habituelle de 144,174 MHz. Avant de commencer, il faudra vérifier que l’horloge de l’ordinateur est correctement synchronisée : une erreur de quelques secondes suffit à compromettre les décodages.

Comment participer ?

L’échange comprend le report et le locator Maidenhead à quatre caractères, par exemple JN18 pour une partie de l’Île-de-France. Chaque indicatif ne compte qu’une fois et les différents carrés Locator contactés servent de multiplicateurs. Deux catégories de puissance sont prévues, avec une limite de 100 watts sur 144 MHz pour la catégorie basse puissance.

À la fin de l’activité, les contacts doivent être exportés depuis WSJT-X ou JTDX sous la forme d’un fichier ADIF. Celui-ci peut ensuite être déposé directement sur le site de FT8Activity, sans création préalable de compte. Le classement est calculé automatiquement et les résultats peuvent être consultés en ligne. Les journaux de cette manche sont attendus au plus tard le 5 septembre.

Que l’on souhaite marquer des points, essayer une nouvelle antenne ou simplement découvrir le FT8 en VHF, cette soirée constitue une excellente occasion d’écouter ce qui se passe au-delà de l’horizon.

Informations et dépôt des logs : FT8Activity Europe.

IARU Region 1 VHF Contest 2026 : l’Europe sur 144 MHz les 5 et 6 septembre

Banniere contest VHF 5 et 6 septembre 2026

Le week-end des 5 et 6 septembre 2026, les antennes VHF vont être particulièrement sollicitées ! Comme chaque premier week-end de septembre, l’IARU Région 1 VHF Contest réunira des centaines de stations radioamateurs à travers l’Europe pour l’un des rendez-vous les plus importants de l’année sur la bande des 2 mètres.

En France, le calendrier de la Commission des concours du REF confirme le rendez-vous : départ samedi 5 septembre à 14 h 00 UTC, soit 16 h 00 heure française, et fin le dimanche 6 septembre à 14 h 00 UTC. Pendant 24 heures, une seule bande est concernée : le 144 MHz.

Un concours accessible à tous

Le principe est simple : contacter le plus grand nombre possible de stations et, surtout, parcourir le maximum de kilomètres par radio.

Lors de chaque QSO, les opérateurs échangent le RS ou RST, un numéro de série commençant à 001 et leur locator Maidenhead à six caractères. Le calcul des points est particulièrement facile à comprendre : un kilomètre parcouru correspond à un point. Une liaison de 650 km rapporte donc environ 650 points.

C’est ce qui rend ce concours particulièrement intéressant. Une station modestement équipée peut réaliser de belles performances dès lors qu’elle dispose d’un emplacement dégagé et d’une antenne directive correctement orientée.

Les catégories permettent notamment de participer en mono-opérateur, multi-opérateurs ou pendant seulement six heures, avec également des distinctions de puissance. La catégorie Low Power est limitée à 100 W PEP et impose certaines conditions concernant le système d’antenne.

CW, SSB et FM

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le concours n’est pas exclusivement réservé à la SSB. Plusieurs modes analogiques peuvent être employés conformément au règlement et au plan de bande IARU.

Pour rechercher les stations DX, l’activité sera toutefois particulièrement importante dans la partie SSB/CW du 144 MHz. Une antenne directive horizontale et quelques dizaines de watts permettent déjà de participer sérieusement, surtout lorsque les conditions de propagation sont favorables.

Attention également à ne pas confondre ce rendez-vous avec le concours IARU UHF/SHF : celui-ci aura lieu les 3 et 4 octobre 2026 et concernera alors les bandes 432 MHz et au-dessus.

Comment envoyer son log ?

Les contacts doivent être enregistrés dans un logiciel de concours capable de produire un fichier au format EDI (REG1TEST), format traditionnellement utilisé pour les concours VHF/UHF IARU Région 1.

Pour les stations souhaitant concourir directement au classement IARU, le règlement prévoit une transmission au robot de concours IARU Région 1. Une attention particulière doit être portée au délai : les stations souhaitant être éligibles à la victoire dans leur catégorie doivent transmettre directement leur log au robot IARU avant 23 h 59 UTC le lundi suivant le concours.

Règlement IARU Région 1 :
Consulter le règlement du concours VHF IARU Région 1

Envoi du log :
Robot officiel des concours IARU Région 1

Informations françaises :
Commission des concours du REF

Que l’objectif soit de battre son record de distance, de tester une nouvelle antenne ou simplement de réaliser quelques QSO européens, les 5 et 6 septembre seront donc un excellent week-end pour tourner les antennes vers l’horizon et redécouvrir tout le potentiel du 144 MHz !

Tempête solaire G2 : que va-t-il vraiment se passer sur nos bandes radio ?

Tempete solaire

Le Soleil s’agite à nouveau et, pour les radioamateurs, cela signifie souvent une propagation inhabituelle. Le 25 août 2026, la région solaire active AR4513, alors bien orientée vers la Terre, a produit une puissante éruption de classe M6.9, accompagnée de plusieurs éjections de masse coronale (CME). L’événement a provoqué un blackout radio de niveau R2 et les CME associées pourraient provoquer une tempête géomagnétique G2 lors de leur arrivée sur Terre.

R2 et G2 : deux phénomènes à ne pas confondre

Le blackout R2 intervient presque immédiatement après l’éruption. Les rayons X émis par le Soleil atteignent la Terre en environ huit minutes et augmentent brutalement l’ionisation de la haute atmosphère. Résultat : les signaux HF peuvent être fortement absorbés sur la face éclairée de notre planète.

La CME, elle, est un immense nuage de plasma qui met plusieurs jours à parcourir les 150 millions de kilomètres séparant le Soleil de la Terre.

Lorsqu’elle rencontre la magnétosphère terrestre, elle peut déclencher une tempête géomagnétique. Un niveau G2 correspond à un indice Kp de 6. La NOAA indique alors notamment que la propagation HF peut subir du fading aux hautes latitudes.

Du Soleil à la Terre : éruption, CME et perturbation de l'ionosphère

Nos bandes HF vont-elles disparaître ?

Non ! Une tempête G2 ne signifie absolument pas un silence radio généralisé.

Sur 80 et 40 mètres, on pourra observer davantage de bruit, de fading et des conditions plus variables. Sur 30 et 20 mètres, les liaisons DX empruntant des trajets proches des régions polaires risquent d’être les plus perturbées.

Les bandes 17, 15, 12 et 10 mètres peuvent également devenir très changeantes : une belle ouverture DX peut apparaître puis disparaître rapidement.

C’est justement l’intérêt de l’événement : observer en temps réel comment l’ionosphère réagit à l’activité solaire.

Et si les VHF devenaient intéressantes ?

Une forte activité géomagnétique peut également favoriser la propagation aurorale. Les bandes 50 MHz et surtout 144 MHz méritent alors une écoute attentive en direction du nord.

Les signaux réfléchis ou diffusés par la région aurorale prennent un aspect très particulier. En CW, la note devient rauque et soufflée ; en SSB, les voix peuvent être fortement déformées. Les modes numériques classiques sont souvent moins efficaces à cause de l’étalement Doppler.

Propagation aurorale

Que faut-il surveiller ?

Trois paramètres sont particulièrement intéressants : l’indice Kp, la vitesse du vent solaire et surtout le Bz du champ magnétique interplanétaire. Un Bz orienté durablement vers le sud favorise le couplage avec le champ magnétique terrestre et peut intensifier la tempête.

Une G2 n’est donc pas une catastrophe pour nos bandes : c’est plutôt un formidable laboratoire grandeur nature pour le radioamateur.

Pour suivre l’événement : NOAA Space Weather Prediction Center

MSK144 : peut-on faire du Meteor Scatter avec une simple station 144 MHz ?

Banniere meteor scatter

Faire un QSO à 1 500 km sur 144 MHz sans relais, sans satellite et alors que la bande semble complètement fermée ? C’est possible grâce au Meteor Scatter, qui exploite pendant quelques fractions de seconde les traînées ionisées laissées par les météores dans la haute atmosphère.

Mais faut-il pour autant disposer d’un amplificateur de plusieurs centaines de watts et d’un impressionnant groupement d’antennes ? Pas nécessairement. Avec MSK144, une station 144 MHz relativement classique permet déjà de tenter l’expérience.

Quelques millisecondes pour faire passer un message

Lorsqu’un météore pénètre dans l’atmosphère, il crée derrière lui une traînée ionisée. Pendant un instant très court, celle-ci peut diffuser un signal VHF et permettre à deux stations normalement hors de portée de s’entendre.

Sur 144 MHz, beaucoup de ces « pings » ne durent que quelques dizaines ou centaines de millisecondes. Il faut donc transmettre énormément d’informations pendant ce très court instant.

C’est précisément la raison d’être de MSK144, développé par K9AN et K1JT et intégré à WSJT-X.

Le protocole utilise des trames de 144 bits, une modulation à 2 000 bauds et atteint un débit effectif d’environ 250 caractères par seconde. Une trame normale ne dure que 72 ms. Son codage correcteur d’erreurs permet en outre de décoder certains signaux jusqu’à environ –8 dB dans une bande de référence de 2 500 Hz.

Autrement dit, MSK144 a été spécialement conçu pour extraire un message d’un ping extrêmement bref.

Meteor scater

Principe d’une liaison Meteor Scatter en MSK144 sur 144 MHz. Les signaux émis par deux stations équipées d’antennes Yagi sont diffusés par la brève traînée ionisée créée par un météore dans la haute atmosphère. MSK144 exploite ces réflexions de très courte durée pour permettre des liaisons pouvant dépasser 1 000 km, même avec une station VHF relativement modeste.

Jusqu’à 2 100 km sur 144 MHz

Le Meteor Scatter n’est d’ailleurs pas réservé aux Perséides ou aux Géminides. Des météores sporadiques pénètrent continuellement dans l’atmosphère et des QSO MS peuvent être réalisés toute l’année.

La documentation de WSJT-X indique des distances pouvant atteindre environ 2 100 km. Elle précise également que les QSO sont généralement plus faciles le matin que le soir et deviennent plus difficiles lorsque l’on approche de cette limite.

Reste la question essentielle : combien de watts faut-il ?

50 W, 100 W ou 500 W ?

Il n’existe pas de puissance minimale magique en dessous de laquelle le Meteor Scatter cesserait brutalement de fonctionner.

Un signal de 10 ou 25 W peut parfaitement être réfléchi par une traînée météoritique et être décodé. Cela ne signifie cependant pas qu’une station de 10 W permettra facilement d’enchaîner les QSO.

Pour une première approche sur 144 MHz, on peut retenir les ordres de grandeur suivants :

Puissance Avec une Yagi correcte En pratique
10 W décodages possibles expérimental
25 W QSO possibles dans de bonnes conditions difficile
50 W réellement exploitable bon point de départ
100 W nettement plus confortable puissance conseillée
200–300 W davantage de pings exploitables station confortable
500 W et + marge importante station spécialisée

Meteor scatter 2

Quelle puissance pour le Meteor Scatter en MSK144 ? Il n’existe pas de seuil absolu : quelques dizaines de watts peuvent permettre des décodages et des QSO lorsque les conditions sont favorables. Autour de 50 W, l’expérimentation devient réellement accessible avec une bonne Yagi, tandis que 100 W constituent une configuration de départ confortable. Augmenter la puissance améliore les probabilités, mais le gain d’antenne, les pertes de ligne et la qualité de réception restent tout aussi déterminants.

Les premières valeurs ne constituent évidemment pas des seuils garantis : le résultat dépend de la distance, de l’antenne des deux correspondants, des pertes, du bruit local et surtout du météore qui passe au bon moment.

En revanche, nous disposons d’une référence intéressante : la documentation officielle de WSJT-X indique qu’avec de la patience, 100 W ou davantage et une seule Yagi suffisent généralement pour pratiquer le Meteor Scatter.

K1JT donne également comme exemple de bonne station de débutant sur 2 mètres 100 W et une Yagi dix éléments.

Avant d’ajouter des watts, regardez l’antenne

Passer de 50 à 100 W ne représente que 3 dB. Pour gagner encore 3 dB par la puissance, il faudrait passer de 100 à 200 W. Et atteindre 400 W pour gagner 6 dB par rapport à 100 W.

Une bonne antenne peut donc être beaucoup plus rentable.

Une Yagi apportant par exemple une dizaine de décibels de gain dans la direction du correspondant transforme complètement le bilan de liaison par rapport à une antenne omnidirectionnelle.

Meteor scatter 3

Watts ou antenne ? Passer de 50 à 500 W apporte 10 dB supplémentaires, mais une Yagi offrant 10 dBd de gain procure théoriquement un avantage du même ordre dans sa direction privilégiée, sans augmenter la puissance de l’émetteur. En Meteor Scatter, une bonne antenne, un coaxial à faibles pertes et une réception soignée peuvent donc être plus efficaces qu’une simple course aux watts.

Et sur 144 MHz, il faut également surveiller les pertes du coaxial.

Avant d’acheter un PA de 500 W, mieux vaut donc disposer d’une bonne Yagi, d’un coaxial faible perte et d’une réception correctement optimisée.

La station minimale pour essayer

Beaucoup de radioamateurs possèdent finalement déjà presque tout le matériel nécessaire :

Transceiver 144 MHz SSB → 50 à 100 W → coaxial faible perte → Yagi horizontale → ordinateur avec WSJT-X

Dans WSJT-X, les réglages de départ recommandés sont simples :

  • mode MSK144 ;
  • décodage Fast ;
  • fréquence audio de réception 1 500 Hz ;
  • F Tol = 100 Hz ;
  • périodes émission/réception de 15 secondes ;
  • horloge de l’ordinateur correctement synchronisée.

Contrairement à la plupart des autres modes de WSJT-X, le décodeur MSK144 travaille en temps réel : lorsqu’un ping apparaît, le message décodé peut donc s’afficher presque immédiatement.

En Région 1, il faudra également respecter le plan de bande et les procédures Meteor Scatter de l’IARU, notamment pour les appels et les QSO « random ».

Alors, peut-on commencer avec 50 W ?

Oui.

Avec 50 W et une Yagi correcte, particulièrement pendant une pluie météoritique importante, tenter ses premiers décodages puis ses premiers QSO MSK144 est parfaitement réaliste.

Avec 100 W, les choses deviennent évidemment plus confortables et cette puissance constitue probablement un excellent objectif pour une petite station Meteor Scatter sur 144 MHz.

Les 300, 500 ou 1 000 W amélioreront encore le bilan de liaison, mais ils ne constituent absolument pas un ticket d’entrée obligatoire.

Vous possédez un transceiver 144 MHz de 50 W, une Yagi et un ordinateur ? Avant d’acheter un amplificateur, installez WSJT-X et écoutez les météores. Vous pourriez être surpris de ce que votre station sait déjà faire.

Liens utiles

WSJT-X — documentation et utilisation de MSK144
La documentation décrit les réglages du mode et indique notamment la portée d’environ 2 100 km ainsi que la référence pratique de 100 W et une Yagi.
WSJT-X User Guide — MSK144

The MSK144 Protocol for Meteor-Scatter Communication — K9AN et K1JT
La référence technique pour comprendre la modulation, les trames, le codage correcteur et les performances du protocole.
Télécharger l’article technique MSK144 publié dans QEX

IARU Region 1 — VHF Handbook
Document de référence pour les procédures d’exploitation Meteor Scatter, les périodes d’émission et les recommandations applicables en Région 1.
IARU Region 1 — VHF Handbook

K5ND — Meteor Scatter et MSK144
Une ressource pratique complémentaire consacrée à l’utilisation de MSK144 et à son prédécesseur FSK441.
K5ND — MSK144 vs FSK441 Meteor Scatter Modes

Pour aller plus loin sur F5KEE
Notre article consacré aux Perséides explique plus largement comment les traînées météoritiques permettent d’établir des liaisons sur 144 MHz.
F5KEE — Perséides 2026 : et si nous utilisions les étoiles filantes pour faire des QSO en 144 MHz ?