A quoi ressemblera la station radioamateur 100 % logicielle ?
La radio logicielle, ou SDR (Software Defined Radio), n’est plus une nouveauté chez les radioamateurs. Panadapter, waterfall, filtrage numérique ou pilotage CAT font désormais partie du quotidien de nombreuses stations. Mais un projet récent pousse le concept beaucoup plus loin : SDRoxide ambitionne de rassembler dans un seul logiciel pratiquement tout ce qui compose aujourd’hui une station numérique.
Plus qu’un simple programme SDR, il donne un aperçu assez fascinant de ce que pourrait devenir la station radioamateur de demain.
Un logiciel pour remplacer… plusieurs logiciels
Une station moderne peut rapidement devenir une collection de programmes : logiciel SDR, WSJT-X pour le FT8, Fldigi pour certains modes numériques, logiciel de log, DX Cluster, suivi satellite, propagation, carnet de trafic, etc.
SDRoxide cherche précisément à éviter cette accumulation.
Écrit en Rust et distribué en open source, il fonctionne sous Linux, Windows et macOS. Il peut communiquer avec différents matériels par SoapySDR, OpenHPSDR, TCI ou CAT/Audio, ce qui lui permet de piloter aussi bien certains SDR qu’un émetteur-récepteur traditionnel contrôlable par CAT.
L’idée est simple : faire du PC le véritable centre de la station.
Du waterfall au FT8
L’interface comprend évidemment les fonctions attendues d’un logiciel SDR : panadapter accéléré par GPU, waterfall, double VFO, RIT/XIT, filtres réglables, AGC, noise blanker, notch automatique, enregistrement audio, etc.
Mais SDRoxide va beaucoup plus loin.
Il intègre directement FT8 et FT4, avec décodage, séquencement des QSO et journalisation. S’ajoutent PSK31, RTTY, Olivia, THOR, FSQ et même la SSTV.
Un skimmer peut également surveiller une portion importante du spectre et décoder simultanément des signaux CW, PSK et RTTY. Les indicatifs détectés apparaissent alors directement sur le waterfall.
Autrement dit, on ne regarde plus simplement le spectre : le logiciel commence à expliquer ce qui s’y passe.
L’intelligence artificielle arrive dans le récepteur
Autre fonction intéressante : la réduction de bruit utilisant un réseau neuronal.
SDRoxide propose RNNoise, destiné à reconnaître la parole et à réduire certains bruits parasites. Cette technique complète les méthodes DSP classiques comme la réduction spectrale du bruit, le noise blanker et le notch automatique.
C’est probablement l’une des évolutions que nous retrouverons de plus en plus dans nos équipements : au lieu de simplement filtrer certaines fréquences, le logiciel tente d’identifier ce qui constitue réellement la voix utile.
Le projet intègre également FreeDV RADE, mode de voix numérique utilisant un codec neuronal.
Propagation, satellites et activité solaire
Voilà une fonctionnalité plus inattendue : SDRoxide possède une sorte de HamClock en trois dimensions.
Le logiciel peut afficher le Soleil, les éruptions solaires, les CME, l’ovale auroral et différents indices comme Kp et F10.7. Il exploite notamment des données provenant de la NASA, de la NOAA, du réseau GIRO et de CelesTrak.
Il sait également afficher les orbites et passages des satellites.
La propagation n’est donc plus une information consultée sur un site extérieur : elle devient une composante de l’environnement de trafic.
DX Cluster, POTA, SOTA et carnet de trafic
Même philosophie pour le reste de la station.
SDRoxide intègre un DX Cluster, les spots POTA et SOTA, ainsi que PSK Reporter. Les informations peuvent apparaître directement sur le panadapter.
Le carnet de trafic est également intégré, avec import/export ADIF et connexions prévues avec plusieurs services utilisés par les radioamateurs, notamment LoTW, eQSL et Club Log.
On commence alors à comprendre la philosophie du projet : faire disparaître les frontières entre le récepteur, les modes numériques, le log et les services Internet.
Et la station devient accessible depuis un navigateur
SDRoxide peut fonctionner directement sur l’ordinateur de la station, mais également en mode serveur.
Dans ce cas, l’interface peut être utilisée depuis un navigateur Web, tandis qu’un client natif permet également l’exploitation à distance.
On peut donc imaginer le transceiver et le PC restant dans le shack tandis que l’opérateur utilise sa station depuis un autre ordinateur.
La station radio devient progressivement un service accessible sur le réseau.
Le poste radio va-t-il disparaître ?
Pas tout à fait.
Même avec une station « 100 % logicielle », il faudra toujours une partie matérielle : convertisseurs analogique-numérique et numérique-analogique, oscillateurs, filtres RF, préamplificateurs, amplificateur de puissance et, bien entendu, une antenne.
Le logiciel ne remplacera jamais les 100 W de l’étage final ni le filtre passe-bas placé derrière !
Mais la frontière se déplace.
Autrefois, le comportement d’un poste était largement déterminé par son électronique. Avec le SDR, une part croissante de ses possibilités dépend désormais du logiciel.
SDRoxide pousse simplement cette logique jusqu’au bout.
Le projet reste néanmoins jeune et ses développeurs le présentent eux-mêmes comme un logiciel bêta en développement actif. La version disponible lors de la rédaction de cet article est la 0.6.0.
Mais l’intérêt de SDRoxide dépasse déjà le logiciel lui-même. Il montre une direction possible pour notre hobby : demain, nous n’installerons peut-être plus cinq ou dix programmes autour de notre transceiver.
Le transceiver pourrait devenir une interface RF, tandis que la véritable station radio serait… le logiciel.
Pour aller plus loin
Pour découvrir SDRoxide plus en détail, le mieux est encore de visiter le site officiel du projet. Vous y trouverez une présentation des nombreuses fonctionnalités du logiciel, des captures de l’interface, les informations nécessaires pour l’installer ainsi que les liens vers son développement open source. SDRoxide étant encore en évolution, c’est également l’endroit à privilégier pour suivre les nouvelles versions et découvrir les fonctions ajoutées au fil du développement. Si l’idée d’une station radioamateur largement pilotée par logiciel vous tente, voilà un projet qui mérite assurément d’être essayé !
