Lorsqu’une balise de détresse aéronautique est activée, sa recherche peut nécessiter l’intervention de plusieurs équipes de radiogoniométrie réparties sur le terrain. Dans ce contexte, la coordination, la précision des informations et la méthode sont essentielles pour orienter efficacement les recherches.
Contrairement à une « chasse aux renards », activité ludique bien connue des radioamateurs, la recherche d’une balise de détresse n’est pas une compétition. Il ne s’agit pas d’être le premier à découvrir un émetteur caché, mais de mettre en commun les observations de plusieurs équipes pour contribuer à une mission de recherche et de secours.
En France, les associations départementales des radioamateurs au service de la sécurité civile (ADRASEC), regroupées au sein de la FNRASEC, peuvent être mobilisées dans le cadre des dispositifs officiels de recherche de balises.
Pour faciliter la coordination des relèvements, nous vous proposons deux outils cartographiques interactifs permettant de visualiser les directions relevées par plusieurs équipes et d’identifier une zone d’intérêt.
1. La radiogoniométrie : un véritable travail d’équipe
Lors d’une recherche de balise, plusieurs équipes peuvent être déployées sur différents points d’observation.
Chaque équipe dispose généralement d’un récepteur adapté, d’une antenne directive et de moyens de communication avec le coordinateur.
Après avoir effectué une mesure, elle transmet trois informations essentielles :
- Son indicatif, permettant de l’identifier.
- Sa position, exprimée sous forme de QRA Locator.
- Son relèvement, correspondant à la direction estimée de la balise, exprimée en degrés par rapport au nord géographique.
Par exemple, une équipe peut communiquer : F4ABC – JN18AB12AB – Relèvement 105°
Ces informations sont transmises au coordinateur chargé de centraliser les observations.
Un relèvement isolé ne permet généralement pas de déterminer la position d’un émetteur. En revanche, lorsque plusieurs équipes transmettent leurs mesures depuis des positions différentes, il devient possible de faire apparaître une zone de convergence.
C’est précisément l’objectif de notre application.
2. Une carte interactive pour centraliser les relèvements
Nous avons développé un outil cartographique fonctionnant directement dans un navigateur Internet.
Son principe est volontairement simple : transformer les observations transmises par les équipes en une représentation géographique immédiatement exploitable.
Le coordinateur dispose d’un formulaire permettant d’enregistrer les informations de deux à cinq équipes.
Pour chaque participant, il renseigne :
- L’indicatif de l’équipe.
- Son QRA Locator.
- Le relèvement mesuré en degrés.
Une fois les informations saisies, il clique sur le bouton « Carte ».
L’application affiche alors une carte OpenStreetMap sur laquelle figurent les positions des équipes.
Depuis chaque position, un vecteur coloré représente la direction du signal relevée par l’équipe correspondante.
Le zoom s’adapte automatiquement à la répartition géographique des participants.
La superposition des différents vecteurs permet au coordinateur de visualiser les directions de recherche et leurs éventuelles intersections.
La zone de convergence constitue alors une première indication pour orienter la suite des opérations.
Il faut néanmoins garder à l’esprit que les relèvements peuvent être affectés par des réflexions, des obstacles ou des erreurs de mesure. Une intersection géométrique ne constitue donc pas, à elle seule, une localisation certaine.
3. Une recherche progressive, par étapes successives
L’intérêt de cet outil ne réside pas uniquement dans l’affichage d’une première série de relèvements.
Il prend tout son sens dans une démarche de recherche progressive.
Première étape : recueillir les observations
Les équipes sont réparties sur différents points géographiques et réalisent leurs premiers relèvements.
Le coordinateur centralise les informations et les saisit dans le formulaire.
Deuxième étape : identifier une zone d’intérêt
La carte fait apparaître les différentes directions mesurées.
Le coordinateur examine leur convergence, tout en tenant compte de la qualité des observations et des particularités du terrain.
Troisième étape : repositionner les équipes
En fonction des résultats, le coordinateur peut proposer, dans le cadre de la chaîne de commandement opérationnelle, de nouveaux points d’observation.
L’objectif est d’obtenir des relèvements complémentaires, idéalement depuis des positions offrant une géométrie plus favorable.
Quatrième étape : renouveler les mesures
Les équipes effectuent de nouveaux relevés et transmettent leurs positions actualisées.
Le coordinateur modifie simplement les informations dans le formulaire, puis affiche la nouvelle carte.
Ce processus peut être répété autant de fois que nécessaire.
La recherche devient ainsi une succession d’observations, d’analyses et de repositionnements, dans laquelle chaque équipe contribue à un résultat collectif.

4. Deux versions : locators à 8 ou 10 caractères
Pour répondre aux différents besoins de précision, nous proposons deux versions de l’application.
Leur fonctionnement est identique. Seule la précision du QRA Locator utilisé pour positionner les équipes change.
| Caractéristique | Locator 8 caractères | Locator 10 caractères |
|---|---|---|
| Exemple | JN18AB12 | JN18AB12AB |
| Largeur approximative | 615 m | 25,6 m |
| Hauteur approximative | 463 m | 19,3 m |
| Utilisation | Positionnement approximatif | Positionnement plus précis |
Dimensions indicatives calculées à la latitude de l’Essonne, environ 48,6° Nord.
Version 1 : locator à 8 caractères
Cette version convient à une représentation approximative de la position des équipes.
Elle peut être utilisée lorsque les informations disponibles ne permettent pas de déterminer un locator plus précis.
Carte interactive de coordination des relèvements utilisant des QRA Locators à 8 caractères.
Version 2 : locator à 10 caractères
Cette seconde version permet un positionnement nettement plus précis.
À notre latitude, un locator à 10 caractères correspond à une zone d’environ 26 mètres sur 19 mètres.
Cette précision peut être particulièrement intéressante lorsque les équipes disposent d’un récepteur GPS et souhaitent communiquer leur position avec davantage de finesse.
Carte interactive de coordination des relèvements utilisant des QRA Locators à 10 caractères.
Dans les deux versions, le préfixe JN18 est prérempli dans le formulaire afin de faciliter la saisie pour les équipes opérant dans cette zone géographique. Il reste modifiable pour les autres régions.

5. Quelques précautions indispensables
La qualité d’une localisation dépend avant tout de celle des informations recueillies.
Plusieurs précautions méritent donc d’être rappelées.
La précision du locator : le programme positionne chaque équipe au centre du carré Maidenhead communiqué. Un locator à 10 caractères réduit l’incertitude géographique, mais ne garantit pas la précision réelle de la position fournie.
La précision du relèvement : une erreur angulaire, même relativement faible, peut provoquer un écart important à plusieurs kilomètres de distance.
Les réflexions radioélectriques : bâtiments, reliefs et structures métalliques peuvent modifier la direction apparente d’un signal.
La diversité des observations : plusieurs relèvements réalisés depuis des positions judicieusement choisies sont généralement plus utiles que des mesures provenant de points trop rapprochés ou mal répartis.
Enfin, cet outil constitue une aide à la visualisation et à la coordination, et non un système officiel de localisation ou de conduite des opérations. Son utilisation opérationnelle éventuelle doit s’inscrire dans les procédures et sous l’autorité des responsables compétents.
6. Un outil simple au service de l’efficacité collective
La recherche radiogoniométrique d’une balise de détresse repose sur une idée fondamentale : aucune équipe ne détient nécessairement, à elle seule, toutes les informations permettant de localiser l’émetteur.
C’est en regroupant les observations, en les confrontant et en adaptant progressivement le dispositif que la recherche peut progresser.
Nos deux applications cartographiques ont été conçues dans cet esprit.
Elles permettent au coordinateur de centraliser les informations, de visualiser les relèvements et d’accompagner le repositionnement des équipes au fil des observations.
Elles peuvent également constituer d’excellents supports pédagogiques lors d’exercices de radiogoniométrie organisés au sein des ADRASEC ou des radio-clubs.
En matière de recherche de balises de détresse, l’essentiel n’est pas de trouver le premier, mais de travailler ensemble, avec méthode, rigueur et efficacité.
