Éclipses solaires et radioamateurisme : quand la Lune perturbe la propagation des ondes

Eclipse 12 aout 2026

Une éclipse solaire est avant tout un spectacle astronomique fascinant. Pendant quelques minutes, la Lune vient masquer une partie ou la totalité du Soleil et transforme parfois le jour en une étrange pénombre.

Mais pour les radioamateurs, une éclipse est également une formidable expérience grandeur nature.

En masquant temporairement le rayonnement solaire, la Lune modifie l’ionisation des couches supérieures de l’atmosphère. Or ce sont précisément ces couches qui permettent à nos signaux HF de parcourir des centaines, voire des milliers de kilomètres.

Une éclipse peut donc modifier la propagation radio, parfois de façon spectaculaire.

Et justement, le 12 août 2026, une importante éclipse solaire sera observable depuis la France. Une excellente occasion de tourner les boutons de nos émetteurs… mais aussi de sortir le carnet de mesures !

1 – Pourquoi les éclipses intéressent-elles les radioamateurs ?

Pour comprendre l’intérêt d’une éclipse, il faut revenir rapidement sur le fonctionnement de la propagation HF.

À plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes se trouve l’ionosphère.

Sous l’action principalement des rayonnements ultraviolets et X du Soleil, les molécules et les atomes présents dans cette région sont ionisés. Plusieurs couches apparaissent alors, traditionnellement appelées :

  • couche D ;
  • couche E ;
  • couches F1 et F2.

Ces différentes régions jouent un rôle essentiel dans la propagation des ondes radio.

Grâce à elles, un signal HF peut revenir vers la Terre au lieu de poursuivre simplement son chemin dans l’espace. Plusieurs bonds entre la Terre et l’ionosphère peuvent ainsi permettre des communications à très grande distance.

Mais cette ionosphère n’est absolument pas constante.

Elle varie entre le jour et la nuit, avec les saisons, l’activité solaire et même en fonction de notre position géographique.

Une éclipse solaire introduit une variation supplémentaire particulièrement intéressante.

2 – Une nuit artificielle en pleine journée

Lors d’une éclipse solaire, la Lune se place entre la Terre et le Soleil.

Dans la zone concernée, une partie du rayonnement solaire disparaît pendant quelques minutes.

Pour l’ionosphère, c’est un peu comme si la nuit tombait brutalement en pleine journée.

La comparaison n’est évidemment pas parfaite. L’éclipse est beaucoup plus courte qu’une véritable nuit et toutes les couches de l’ionosphère ne réagissent pas à la même vitesse.

Néanmoins, la diminution du rayonnement solaire provoque une réduction de l’ionisation.

Et cette modification peut directement influencer nos communications radio.

3 – La couche D : celle qui nous intéresse particulièrement

La couche D est située approximativement entre 60 et 90 km d’altitude.

Pendant la journée, elle absorbe une partie importante de l’énergie des signaux HF, particulièrement aux fréquences les plus basses.

C’est notamment pour cette raison que les bandes 160 et 80 mètres sont généralement beaucoup plus performantes la nuit.

Après le coucher du Soleil, la couche D perd rapidement une grande partie de son ionisation. L’absorption diminue alors fortement.

Pendant une éclipse, un phénomène comparable peut temporairement se produire.

La couche D s’affaiblit alors que nous sommes encore en pleine journée.

Résultat : certaines fréquences habituellement fortement absorbées peuvent soudainement mieux se propager.

4 – Les bandes basses pourraient en profiter

Les bandes les plus intéressantes à surveiller seront donc notamment :

Bande Fréquence approximative Effet potentiel
160 m 1,8 MHz diminution de l’absorption
80 m 3,5 MHz amélioration possible
60 m 5 MHz conditions proches du crépuscule
40 m 7 MHz propagation améliorée sur certains trajets
30 m 10 MHz variations intéressantes
20 m 14 MHz évolution possible des conditions

Il ne faut cependant pas comprendre ce tableau comme la garantie de réaliser soudainement des DX extraordinaires.

La propagation dépend d’un très grand nombre de paramètres. L’éclipse ne fait qu’en modifier certains.

C’est précisément cette incertitude qui rend l’expérience intéressante !

5 – Et les bandes hautes ?

On pourrait penser que toutes les bandes HF vont bénéficier de l’éclipse.

Ce n’est pas nécessairement le cas.

La diminution du rayonnement solaire influence également les couches supérieures de l’ionosphère et notamment la région F.

La densité électronique peut diminuer et provoquer une baisse de la MUF, la Maximum Usable Frequency, ou fréquence maximale utilisable pour une liaison donnée.

Une liaison parfaitement établie sur 21 ou 28 MHz pourrait donc devenir plus difficile pendant l’éclipse.

Nous pourrions ainsi observer deux phénomènes simultanément :

une amélioration de certaines bandes basses et une dégradation de certaines bandes hautes.

6 – L’éclipse solaire du 12 août 2026

Cette année nous offre justement une occasion exceptionnelle de réaliser quelques expériences.

Le mercredi 12 août 2026, une éclipse totale de Soleil traversera notamment le Groenland, l’Islande et le nord de l’Espagne.

Depuis la France métropolitaine, elle sera partielle mais particulièrement importante.

En région parisienne, plus de 90 % du disque solaire sera occulté au maximum.

Une particularité devra toutefois être prise en compte dans nos observations : l’éclipse se déroulera en fin de journée.

Nous observerons donc simultanément les effets de l’éclipse et ceux de l’arrivée naturelle du crépuscule.

Il faudra en tenir compte pour interpréter les résultats.

7 – FT8 : beaucoup de stations pour observer la propagation

Les modes numériques constituent d’excellents outils pour étudier le phénomène.

FT8 présente notamment l’avantage d’être extrêmement utilisé.

Il sera possible d’observer les stations reçues avant, pendant et après l’éclipse et de comparer leurs rapports.

Une station habituellement inaudible à une heure donnée pourrait par exemple devenir décodable pendant quelques dizaines de minutes.

Inversement, certaines stations pourraient disparaître.

Les données FT8 peuvent donc donner une première indication des modifications de propagation.

Mais il existe un outil encore plus adapté.

8 – WSPR : un excellent laboratoire

Le WSPR – Weak Signal Propagation Reporter – a justement été conçu pour étudier la propagation.

Une station transmet périodiquement un signal de très faible puissance contenant notamment son indicatif et son locator.

Les stations qui reçoivent ce signal publient automatiquement leurs rapports.

Nous pouvons ainsi savoir :

  • qui nous reçoit ;
  • à quelle distance ;
  • sur quelle fréquence ;
  • avec quel rapport signal/bruit ;
  • et à quelle heure.

Pour étudier une éclipse, c’est presque idéal.

On pourrait par exemple laisser une station WSPR fonctionner plusieurs heures sur 40, 30 ou 20 mètres et observer l’évolution des reports.

9 – Une expérience simple à réaliser

Pas besoin d’être scientifique ou de disposer d’un laboratoire !

Une expérience intéressante pourrait consister à commencer les observations environ deux heures avant l’éclipse et à les poursuivre jusqu’à deux heures après.

Par exemple :

14 MHz → 10 MHz → 7 MHz

Plusieurs stations pourraient également se répartir les bandes.

Pour chaque bande, nous pourrions relever le nombre de stations reçues, leurs distances et surtout les rapports signal/bruit.

Il serait ensuite possible de représenter ces résultats sous forme de graphiques.

Nous pourrions peut-être observer une évolution correspondant au passage de l’ombre de la Lune.

10 – Comparer avec la veille et le lendemain

Une difficulté subsiste : comment savoir si une variation observée est réellement provoquée par l’éclipse ?

La propagation change naturellement en permanence.

Une méthode simple consiste donc à réaliser exactement les mêmes observations :

le 11 août → le 12 août → le 13 août.

Même antenne, même puissance, mêmes bandes et mêmes horaires.

Les journées du 11 et du 13 août servent alors de références.

Si une anomalie importante apparaît uniquement le 12 août au moment de l’éclipse, elle devient beaucoup plus intéressante.

L’expérience prend alors une véritable dimension scientifique.

11 – Et les VHF/UHF ?

Les effets seront beaucoup moins évidents.

Les communications locales en VHF et UHF ne reposent généralement pas sur la réflexion ionosphérique comme les communications HF.

Votre relais 145 MHz local ne devrait donc pas soudainement disparaître parce que la Lune passe devant le Soleil !

Des phénomènes ionosphériques subtils peuvent néanmoins être étudiés sur certaines fréquences et certains modes particuliers.

Pour une première expérience radioamateur, il sera cependant beaucoup plus intéressant de se concentrer sur les bandes HF.

12 – Attention : ne regardez jamais directement le Soleil

Si l’expérience radio est sans danger particulier, l’observation visuelle de l’éclipse nécessite en revanche des précautions impératives.

Il ne faut jamais regarder directement le Soleil sans protection spécialement conçue pour l’observation solaire.

Des lunettes de soleil ordinaires ne suffisent absolument pas.

Et surtout, ne regardez jamais le Soleil au travers de jumelles, d’un télescope ou d’un autre instrument optique dépourvu d’un filtre solaire approprié placé à l’entrée de l’instrument.

L’expérience radio peut d’ailleurs parfaitement être réalisée sans observer directement le Soleil.

13 – Ce qu’il faut retenir

Une éclipse solaire n’est pas seulement un magnifique phénomène astronomique.

Pour les radioamateurs, c’est également une expérience naturelle à l’échelle d’un continent.

Lorsque la Lune masque le Soleil, le rayonnement reçu par l’ionosphère diminue. La couche D s’affaiblit, l’absorption des fréquences basses peut diminuer et les conditions de propagation HF peuvent temporairement se rapprocher de celles rencontrées au crépuscule.

Pendant ce temps, la modification des couches supérieures peut également entraîner une baisse de la fréquence maximale utilisable.

Certaines bandes peuvent donc s’améliorer alors que d’autres se dégradent.

Le 12 août 2026, nous disposerons d’une excellente occasion de vérifier tout cela depuis nos propres stations.

Quelques watts, une antenne HF, FT8 ou WSPR et un ordinateur suffisent pour participer à l’expérience.

Et plutôt que de simplement constater que « la propagation était bizarre ce soir-là », essayons de conserver les données.

Avant, pendant et après l’éclipse.

Puis comparons-les avec celles de la veille et du lendemain.

C’est aussi cela, le radioamateurisme : utiliser nos stations non seulement pour communiquer, mais également pour observer, expérimenter et essayer de comprendre les phénomènes qui permettent à nos ondes de parcourir le monde.

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