Pourquoi une antenne avec un ROS de 1:1 peut-elle rayonner très mal ?
Chez les radioamateurs, il existe un réflexe presque universel : régler l’antenne, regarder le ROSmètre et se réjouir lorsque l’aiguille indique 1:1. On pourrait alors penser que toute la puissance de l’émetteur part dans les airs.
Malheureusement, ce n’est pas aussi simple.
La meilleure démonstration tient en un objet que nous connaissons tous : la charge fictive 50 Ω. Branchez-la à votre émetteur : le ROS sera proche de 1:1. Pourtant, elle ne constitue pas une bonne antenne. Son rôle est précisément de transformer la puissance RF en chaleur plutôt que de la rayonner.
Un ROS parfait indique donc une bonne adaptation d’impédance, pas nécessairement une bonne antenne.
Ce que mesure réellement le ROS
Le ROS traduit la désadaptation entre une ligne de transmission et sa charge. Avec une charge parfaitement adaptée, il n’y a théoriquement aucune puissance réfléchie et le ROS vaut 1:1.
À titre d’exemple, un ROS de 1,5:1 ne représente qu’environ 4 % de puissance réfléchie.
Mais le ROS ne mesure directement ni le gain de l’antenne, ni son diagramme de rayonnement, ni son rendement.
Autrement dit :
ROS faible ≠ rendement élevé.
Où passent réellement les watts ?

Pour comprendre le problème, simplifions la résistance présentée par une antenne :
Rentrée = Rrayonnement + Rpertes
La première représente la partie associée à la puissance effectivement rayonnée. La seconde regroupe les pertes : résistance des conducteurs, sol, bobines, transformateurs, matériaux environnants, etc.
Le rendement de rayonnement peut alors s’écrire :
η = Rrayonnement / (Rrayonnement + Rpertes)
Prenons deux antennes parfaitement résistives :
Antenne A : 45 Ω de résistance de rayonnement + 5 Ω de pertes = 50 Ω
Antenne B : 5 Ω de résistance de rayonnement + 45 Ω de pertes = 50 Ω
Dans notre exemple simplifié, les deux peuvent présenter un magnifique ROS de 1:1.
Pourtant, la première possède un rendement de 90 %, tandis que celui de la seconde n’est que de 10 %.
Avec 100 W acceptés par chacune, l’une peut donc rayonner 90 W et l’autre seulement 10 W, le reste étant dissipé en chaleur. Le rendement d’une antenne est bien le rapport entre puissance rayonnée et puissance fournie à l’antenne.
Le coaxial peut même cacher le problème
Voilà un autre piège.
Un câble coaxial réel possède des pertes. L’onde allant vers l’antenne est atténuée, mais l’onde réfléchie l’est également lorsqu’elle revient vers la station.
Conséquence surprenante : un long câble présentant beaucoup de pertes peut donner, côté émetteur, l’impression d’un ROS meilleur que celui réellement présent à l’antenne.
Cela ne signifie évidemment pas que l’installation fonctionne mieux : une partie de l’énergie chauffe simplement le coaxial. L’ARRL souligne l’importance des pertes de ligne et montre qu’elles peuvent devenir particulièrement problématiques avec un ROS élevé.

Un ROS qui s’améliore dans le shack ne signifie pas que l’antenne s’est améliorée : le câble peut simplement avoir dissipé une partie de l’énergie.
Et la boîte d’accord ?
Même prudence avec une boîte d’accord.
Une boîte peut transformer l’impédance présentée à l’émetteur afin qu’il voie ses 50 Ω préférés et un ROS de 1:1.
Mais elle ne modifie pas nécessairement le ROS existant entre la boîte et l’antenne. L’ARRL donne précisément l’exemple d’un ROS de 2,5:1 côté antenne qui reste à 2,5:1 malgré le 1:1 obtenu entre la boîte et le transceiver.
Une boîte d’accord adapte donc l’émetteur au système d’antenne ; elle ne transforme pas automatiquement une mauvaise antenne en bonne antenne.
Elle peut elle-même introduire des pertes, notamment lorsqu’elle doit adapter des impédances difficiles.

Alors, comment savoir si notre antenne rayonne vraiment ?
Le NanoVNA et le ROSmètre restent d’excellents outils, mais ils ne racontent qu’une partie de l’histoire.
On peut compléter leurs mesures par une comparaison avec une antenne de référence, un mesureur de champ placé à distance constante ou des observations répétées via WSPR ou FT8. Une comparaison des niveaux reçus est généralement beaucoup plus instructive qu’un unique report.
Il faut également surveiller les éléments susceptibles de dissiper la puissance : coaxial trop long ou inadapté à la fréquence, bobine de raccourcissement, transformateur, mauvais contacts ou pertes dans le sol.
Ce qu’il faut retenir
Un ROS de 1:1 signifie avant tout que l’émetteur voit une charge correctement adaptée.
Il ne garantit absolument pas que cette charge transforme efficacement les watts en ondes radio.
Gardons donc trois notions bien séparées :
ROS faible = bonne adaptation
Bon rendement = peu de pertes
Bonne antenne = puissance efficacement rayonnée dans les directions utiles
Une charge fictive possède un excellent ROS. Personne ne songerait pourtant à l’installer au sommet d’un pylône !
Pour aller plus loin
- ARRL — Transmission Lines — une excellente collection d’articles techniques sur les lignes, le ROS et les pertes.
- ARRL — Feed Lines — choix des lignes et conséquences des pertes, notamment lorsque le ROS augmente.
- ARRL — More About Antenna Tuners — pour comprendre ce que fait réellement une boîte d’accord.
- Rohde & Schwarz — ROS (VSWR) et pertes retour — rappel technique clair sur adaptation, puissance réfléchie et VSWR.
- Antenna-Theory — Antenna Efficiency — explication du rendement de rayonnement et des différentes sources de pertes.


















