Après QO-100, l’Amérique prépare-t-elle son propre satellite radioamateur géostationnaire ?

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Depuis 2019, QO-100 a profondément changé la pratique du satellite radioamateur. Installé à bord du satellite Es’hail-2 en orbite géostationnaire, il offre en permanence aux radioamateurs situés dans sa zone de couverture un transpondeur étroit pour la SSB, la CW et les modes numériques, ainsi qu’un transpondeur large principalement destiné à la DATV.

Mais il existe un grand absent : le continent américain. Et justement, de l’autre côté de l’Atlantique, AMSAT prépare depuis plusieurs années les technologies nécessaires au retour des satellites radioamateurs vers les orbites hautes.

Le problème : QO-100 ne couvre pas l’Amérique

À près de 36 000 km au-dessus de l’équateur, un satellite géostationnaire apparaît pratiquement immobile dans le ciel. Plus besoin de calculer les passages ni de poursuivre un CubeSat pendant quelques minutes : une parabole fixe suffit.

La position de QO-100 permet de couvrir l’Europe, l’Afrique et une vaste partie de l’Asie, mais pas l’Amérique du Nord.

couverture satellitaire

Disposer d’un équivalent placé au-dessus de l’Atlantique ou des Amériques représenterait donc une petite révolution pour les radioamateurs américains.

GOLF : Greater Orbit, Larger Footprint

C’est ici qu’intervient le programme GOLF, pour Greater Orbit, Larger Footprint, développé par AMSAT-NA.

Son principe est particulièrement intéressant : plutôt que de tenter immédiatement une coûteuse mission en orbite haute, AMSAT veut procéder progressivement. Des satellites expérimentaux doivent valider en LEO les technologies nécessaires avant de viser MEO puis HEO.

Feuille de route AMSAT

Parmi les difficultés à maîtriser figurent le contrôle d’attitude trois axes, les panneaux solaires déployables et orientables, l’électronique tolérante aux radiations, les SDR embarqués et, à terme, la propulsion.

GOLF-TEE : le laboratoire volant

Le premier maillon s’appelle GOLF-TEE, pour Technology Exploration Environment. Attention cependant : GOLF-TEE n’est pas le futur QO-100 américain.

Ce CubeSat 3U est destiné à tester en orbite basse les technologies qui seront nécessaires beaucoup plus loin de la Terre. AMSAT travaillait encore récemment sur son logiciel de vol et son architecture électronique.

Et certaines caractéristiques commencent sérieusement à intéresser les amateurs de QO-100.

AMSAT prévoit notamment des liaisons micro-ondes avec uplink en bande C vers 5,6 GHz et downlink en bande X vers 10 GHz, en plus des bandes radioamateurs classiques 144 et 435 MHz. Le SDR expérimental envisagé doit également permettre une liaison descendante en 10 GHz.

Paraboles, amplificateurs, LNA, SDR et références de fréquence stables : voilà un terrain qui ne sera pas inconnu des utilisateurs de QO-100 !

Et maintenant… Artemis ?

Un développement particulièrement intéressant est apparu en 2026.

Le 31 mai, AMSAT a transmis à la NASA une lettre d’intention pour proposer un CubeSat AMSAT comme charge utile secondaire d’une future mission Artemis III, IV ou V.

Une telle opportunité permettrait de tester les technologies GOLF dans un environnement bien plus sévère que l’orbite basse : radiations, contraintes thermiques, communications à grande distance et contrôle d’attitude. AMSAT cite explicitement l’objectif de progresser du LEO vers le MEO puis le HEO.

Nous sommes donc encore loin d’un satellite géostationnaire opérationnel, mais technologiquement, les pièces du puzzle commencent à se mettre en place.

Alors, bientôt un « QO-100 américain » ?

Pas encore.

À ce jour, AMSAT n’annonce ni satellite radioamateur GEO américain avec une date de lancement, ni position orbitale réservée, ni véritable successeur américain de QO-100.

La stratégie est néanmoins claire : retrouver progressivement les orbites hautes et développer les technologies nécessaires pour y exploiter de nouveaux transpondeurs radioamateurs.

GOLF-TEE ne sera donc pas le QO-100 américain. Une éventuelle mission Artemis ne le sera probablement pas davantage.

Mais ces projets pourraient constituer quelques-unes des étapes indispensables pour qu’un jour, en tournant leur parabole vers le ciel, les radioamateurs américains disposent eux aussi de leur satellite presque immobile au-dessus de l’horizon.

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Kenwood TM-D750 : le véritable successeur du légendaire TM-D710 est-il enfin arrivé ?

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Pendant des années, le Kenwood TM-D710 a occupé une place particulière dans les stations VHF/UHF. Double réception, 50 W, GPS sur la version GE, TNC 1200/9600 bauds intégré et surtout une remarquable intégration de l’APRS : il était bien davantage qu’un simple bibande FM. Aujourd’hui discontinué, il n’avait jamais réellement trouvé de successeur chez Kenwood.

Avec le nouveau TM-D750, Kenwood semble enfin avoir décidé de reprendre la recette.

Un TM-D710 entré dans le XXIe siècle

Au premier regard, la filiation est évidente : le TM-D750 reste un mobile VHF/UHF conçu pour une utilisation radioamateur intensive, avec réception simultanée sur deux bandes et une façade détachable riche en commandes physiques.

Mais l’afficheur monochrome du D710 laisse place à un écran TFT couleur de 3,45 pouces. À cela viennent s’ajouter GNSS, Bluetooth, Wi-Fi 2,4/5 GHz, USB-C et carte microSD.

Autrement dit, Kenwood n’a pas simplement remplacé l’écran : l’architecture générale de l’appareil a été modernisée.

APRS : l’héritage du TM-D710 est bien là

C’est probablement le point le plus important pour les amateurs du D710.

L’APRS (Automatic Packet Reporting System) permet aux stations d’échanger automatiquement positions, messages et autres informations par paquets radio. Le D710 excellait dans ce domaine grâce à son TNC intégré, capable de travailler à 1200 ou 9600 bauds.

Le TM-D750 reprend cette philosophie : affichage des stations APRS reçues, messages, informations de position, chemins empruntés par les paquets et gestion d’une liste pouvant atteindre 100 stations.

L’intérêt reste le même : pas besoin d’ajouter un ordinateur, un Raspberry Pi ou un TNC externe pour exploiter l’APRS sur le terrain.

D-STAR et Wi-Fi changent la donne

Le D750 va cependant beaucoup plus loin que son ancêtre en intégrant le D-STAR.

Le Wi-Fi permet en outre d’exploiter certaines fonctions D-STAR via Internet. Le poste devient ainsi une plateforme combinant FM analogique, Packet/APRS, communications numériques et réseau IP.

C’est probablement là que se situe la principale rupture technologique avec le TM-D710.

Un waterfall… mais ce n’est pas une première !

L’une des fonctions les plus visibles du TM-D750 est son nouveau Visual Scan avec waterfall. L’historique de l’activité radio apparaît progressivement à l’écran, permettant de repérer plus facilement une fréquence occupée ou une émission intermittente.

Attention cependant à ne pas présenter cette fonction comme une première sur un émetteur-récepteur FM VHF/UHF.

L’Icom ID-52, commercialisé plusieurs années auparavant, possédait déjà un Band Scope avec véritable affichage waterfall. Icom indique d’ailleurs explicitement que celui-ci représente l’évolution chronologique du niveau des signaux.

Le TM-D710 lui-même possédait déjà un Visual Scan, mais celui-ci surveillait 31, 61, 91 ou 181 canaux sans offrir l’affichage historique d’un waterfall moderne.

Alors, digne successeur du TM-D710 ?

Sur le papier, difficile de répondre autrement que oui.

Le TM-D750 conserve les ingrédients qui avaient fait la réputation du D710 — double bande, Packet, APRS et fonctionnement autonome — tout en ajoutant écran couleur, GNSS moderne, D-STAR, Wi-Fi, Bluetooth, USB-C et waterfall.

Reste maintenant à vérifier sur le terrain ce qu’une fiche technique ne peut pas révéler : qualité du récepteur, résistance aux signaux puissants, efficacité du Visual Scan, ergonomie APRS et simplicité d’utilisation.

Car le véritable défi de Kenwood n’était peut-être pas d’ajouter davantage de fonctions au D710, mais de retrouver ce rare équilibre entre richesse fonctionnelle et efficacité opérationnelle qui avait fait de son prédécesseur une référence.

Nos 70 cm convoités par les satellites commerciaux : faut-il s’inquiéter ?

Nos 70cm convoités

La bande des 70 cm, de 430 à 440 MHz, est depuis longtemps un formidable terrain d’expérimentation pour les radioamateurs. Relais, liaisons locales, modes numériques, ATV, signaux faibles et surtout satellites : ces dix mégahertz sont loin d’être inutilisés.

Mais voilà que des satellites commerciaux commencent eux aussi à regarder du côté de nos fréquences. L’affaire AST SpaceMobile en est une illustration particulièrement intéressante. Faut-il craindre de voir progressivement les radioamateurs chassés de leurs 70 cm ?

À qui appartient vraiment la bande 430–440 MHz ?

Première précision : une fréquence radio n’« appartient » pas à ses utilisateurs.

Le spectre est organisé internationalement par l’UIT, puis décliné dans les réglementations nationales. La France appartient à la Région 1 de l’UIT, où 430–440 MHz constitue une bande importante pour le service amateur. La réglementation française est ensuite précisée par le Tableau national de répartition des bandes de fréquences (TNRBF) publié par l’ANFR.

À l’intérieur de cette bande, 435–438 MHz est également particulièrement importante pour le service amateur par satellite.

C’est précisément ce qui rend l’affaire actuelle intéressante : un satellite commercial n’est évidemment pas un satellite du service amateur.

À qui appartient vraiment la bande 430–440 MHz ?

AST SpaceMobile entre dans la bande

AST SpaceMobile développe une constellation de satellites en orbite basse destinée notamment à permettre des communications directes avec des téléphones mobiles.

Mais un satellite doit également communiquer avec ses stations de contrôle. Il faut transmettre sa télémétrie, connaître sa position et pouvoir lui envoyer des commandes : ce sont les fonctions TT&C — Telemetry, Tracking and Command.

AST a utilisé cinq fréquences situées en plein dans les 70 cm :

430,500 – 432,300 – 434,100 – 435,900 – 439,500 MHz.

Les satellites BlueBird utilisent des émissions GFSK d’environ 50 kHz de largeur. Le prototype BlueWalker 3 avait également émis sur 437,500 MHz.

L’affaire a pris une tout autre dimension lorsque l’entreprise a demandé que cette possibilité soit étendue à une constellation pouvant atteindre 248 satellites.

Pourquoi cela pose-t-il problème ?

On pourrait objecter qu’un satellite transmettant quelques données pendant quelques instants ne va pas bouleverser toute une bande de 10 MHz.

Mais une émission depuis l’espace possède une caractéristique redoutable : elle est visible sur une immense superficie.

Un émetteur terrestre de faible puissance sur 435 MHz ne porte généralement que sur une zone limitée. À plusieurs centaines de kilomètres d’altitude, le même principe devient très différent : des milliers de stations peuvent se trouver simultanément dans l’empreinte radio du satellite.

Or certaines activités radioamateurs recherchent des signaux extrêmement faibles.

Un opérateur suivant un CubeSat sur 435–438 MHz, une station travaillant en EME ou un amateur observant une portion de spectre avec un SDR peut recevoir un signal commercial considérablement plus puissant que le signal qu’il cherche à décoder.

Avec quelques satellites, le phénomène reste occasionnel. Avec des centaines de satellites, la question devient beaucoup plus sérieuse.

Pourquoi cela pose-t-il problème ?

Une mobilisation qui a porté ses fruits

L’ARRL, l’IARU, l’AMSAT et de nombreux radioamateurs se sont opposés à une utilisation généralisée de 430–440 MHz par la constellation. Plus de 2 500 contributions ont été adressées à la FCC.

Et cette mobilisation a eu un effet concret.

Le 21 avril 2026, la FCC a accordé une autorisation beaucoup plus restrictive que celle initialement envisagée. AST SpaceMobile peut utiliser les cinq canaux de 50 kHz pour ses 248 satellites uniquement pour des opérations TT&C d’urgence, lorsque les autres fréquences ne sont pas disponibles.

Chaque situation d’urgence est limitée à 24 heures et l’autorisation concerne des communications avec cinq stations terrestres déterminées, situées hors des États-Unis. Les administrations des pays concernés doivent en outre autoriser ces communications.

Autrement dit, AST SpaceMobile n’a pas obtenu un accès commercial permanent à nos 70 cm.

Alors, pourquoi rester vigilant ?

Parce que le véritable enjeu dépasse largement AST SpaceMobile.

L’IARU conteste notamment le recours à l’article 4.4 du Règlement des radiocommunications de l’UIT, qui permet sous certaines conditions d’autoriser une utilisation non conforme au tableau international d’attribution des fréquences, à condition de ne pas provoquer de brouillage préjudiciable.

Le problème est donc celui du précédent.

Aujourd’hui, cinq canaux utilisés exceptionnellement. Demain, d’autres constellations pourraient-elles réclamer des dispositions comparables ?

Avec la multiplication des satellites en orbite basse, les fréquences utilisables pour leurs communications deviennent une ressource extrêmement recherchée.

Faut-il donc s’inquiéter pour nos 70 cm ?

Pas de panique : personne ne vient actuellement supprimer la bande 430–440 MHz aux radioamateurs français.

Mais l’affaire AST SpaceMobile constitue un avertissement particulièrement instructif. Les fréquences radio sont une ressource limitée et les bandes dont disposent les radioamateurs peuvent susciter l’intérêt d’autres utilisateurs.

L’épisode montre également que les interventions de l’IARU, des associations nationales, de l’AMSAT et des radioamateurs peuvent réellement peser dans les décisions réglementaires.

Il existe enfin une excellente manière de défendre nos fréquences : les utiliser.

Une bande active, expérimentée, mesurée, documentée et techniquement utile est beaucoup plus facile à défendre qu’une portion de spectre silencieuse.

Liens et ressources utiles

  • ANFR — Tableau national de répartition des bandes de fréquences (TNRBF) : c’est la référence pour connaître les attributions françaises. La version consolidée du 26 mai 2026 est actuellement proposée par l’ANFR.
    Consulter le TNRBF sur le site de l’ANFR
  • ANFR — Tableau détaillé des fréquences : particulièrement intéressant pour vérifier 430–440 MHz. Il montre notamment les différentes attributions françaises et la présence du service amateur par satellite dans 435–438 MHz.
    Consulter le tableau des fréquences ANFR
  • IARU Région 1 — Position sur AST SpaceMobile : c’est probablement le document le plus pertinent pour votre article, car il expose directement les inquiétudes du monde radioamateur concernant l’utilisation de 430–440 MHz par la constellation.
    IARU Région 1 — AST SpaceMobile et 430–440 MHz
  • ARRL — Opposition à l’utilisation commerciale des 70 cm : l’ARRL détaille la demande d’AST SpaceMobile et les raisons techniques de son opposition.
    ARRL — Protecting the 70-centimeter amateur band
  • FCC — décision d’avril 2026 : c’est la source réglementaire américaine à consulter pour connaître précisément les limitations finalement imposées à AST SpaceMobile.
    FCC — décision DA 26-391

Après le SDR, voici l’IA-Radio : demain, notre récepteur saura-t-il reconnaître tout seul ce qu’il reçoit ?

IA et SDR

L’intelligence artificielle arrive dans l’univers radioamateur et pourrait bien transformer nos récepteurs SDR. Après avoir révolutionné notre manière d’observer et de décoder le spectre radio, le Software Defined Radio (SDR) pourrait franchir une nouvelle étape grâce à l’IA : reconnaître automatiquement les modulations, identifier certains signaux radio et détecter des interférences. Une évolution aujourd’hui explorée par Radio-FM, un modèle d’intelligence artificielle spécialement entraîné pour analyser directement les signaux radio.

Mais une étape supplémentaire est peut-être en train d’être franchie.

Et si notre récepteur était capable de regarder lui-même le spectre et de nous dire : « Ici, je détecte tel type de modulation ; là, probablement telle technologie ; et ce signal ressemble à une interférence » ?

C’est précisément le domaine exploré par Radio-FM, un nouveau modèle d’intelligence artificielle présenté début août 2026.

Du SDR à la radio « intelligente »

Un SDR transforme une grande partie des fonctions autrefois réalisées par des circuits électroniques en traitements logiciels.

Filtrage, démodulation, largeur de bande, affichage du spectre : tout ou presque peut être réalisé numériquement.

Mais l’opérateur reste généralement celui qui interprète ce qu’il voit.

Devant un waterfall, un radioamateur expérimenté reconnaît rapidement certains signaux. Une porteuse CW est assez caractéristique, tout comme le FT8, la SSB ou différentes transmissions numériques.

L’idée de l’IA-Radio consiste à automatiser une partie de cette analyse.

L’intelligence artificielle ne se contenterait plus de regarder une image du waterfall : elle pourrait travailler directement sur les échantillons I/Q, c’est-à-dire sur les données numériques brutes produites par le récepteur SDR.

Radio-FM : une IA entraînée à comprendre les signaux

Présenté le 6 août 2026 par une équipe de chercheurs, Radio-FM est ce que l’on appelle un foundation model, ou modèle de fondation, spécialisé dans les signaux radio.

Le principe rappelle, dans une certaine mesure, celui des grands modèles utilisés pour le langage ou les images : plutôt que d’entraîner une intelligence artificielle pour une seule tâche extrêmement précise, on cherche à créer un modèle général capable d’apprendre une représentation du monde radio.

Radio-FM a été pré-entraîné à partir de 15 jeux de données couvrant différents domaines : modulations, communications, radars et identification de signaux.

Les chercheurs l’ont ensuite évalué sur 15 bancs d’essai différents.

Selon leurs résultats, Radio-FM atteint les meilleures performances sur 13 des 15 tests, notamment pour la reconnaissance de modulation, l’identification d’émetteurs, la reconnaissance de technologies radio, de radars et d’interférences.

Que pourrait en faire un radioamateur ?

Imaginons maintenant cette technologie intégrée dans un logiciel SDR.

Nous balayons une bande et plusieurs signaux apparaissent.

Aujourd’hui, nous devons les reconnaître nous-mêmes ou utiliser des logiciels spécialisés. Demain, l’IA pourrait potentiellement analyser automatiquement les signaux présents et afficher une estimation :

CW – forte probabilité
modulation numérique – identification probable
signal inconnu – analyse nécessaire

Le principe pourrait aller beaucoup plus loin.

Une IA entraînée spécifiquement sur les bandes radioamateurs pourrait théoriquement apprendre à distinguer de nombreuses familles de signaux et aider l’opérateur à repérer rapidement une activité intéressante dans plusieurs mégahertz de spectre.

On pourrait également imaginer des fonctions de détection automatique d’interférences ou d’identification de signaux inhabituels.

Attention toutefois : Radio-FM n’est pas aujourd’hui un plugin que l’on installe dans SDR++ ou SDR# pour reconnaître automatiquement FT8, RTTY ou FreeDV.

Il s’agit avant tout d’un travail de recherche démontrant les possibilités d’un modèle général appliqué aux signaux radio.

Reconnaître même avec peu d’exemples

Un autre aspect intéressant concerne la capacité d’apprentissage avec relativement peu de données.

Les auteurs indiquent que Radio-FM obtient de bons résultats en few-shot learning : le modèle peut s’adapter à certaines nouvelles tâches avec un nombre limité d’exemples.

C’est important pour le monde radio.

Il existe énormément de modulations, protocoles, conditions de propagation, niveaux de bruit et situations d’interférences.

Il serait pratiquement impossible de disposer de millions d’enregistrements correctement étiquetés pour chacune d’entre elles.

Un modèle capable de généraliser à partir d’un nombre limité d’exemples devient donc beaucoup plus intéressant.

Et pourquoi pas un récepteur entièrement basé sur l’IA ?

D’autres recherches vont encore plus loin.

En juillet 2026, des chercheurs ont présenté FM-Receiver, un concept de récepteur dans lequel un modèle d’IA prend directement les signaux reçus en entrée pour produire les bits transmis en sortie. Les essais décrits sont réalisés en simulation, mais ils montrent jusqu’où pourrait aller le concept de récepteur « AI-native ».

Nous passerions alors progressivement du :

Software Defined Radio

au :

AI Defined Radio.

Le logiciel ne se contenterait plus d’exécuter les traitements choisis par l’opérateur. Il participerait lui-même à l’interprétation du signal.

L’opérateur ne va pas disparaître

Il ne faut cependant pas imaginer que notre prochain transceiver identifiera infailliblement tout ce qui traverse l’antenne.

Une intelligence artificielle peut se tromper. Le bruit, le fading, les signaux faibles, les brouillages ou des modulations très proches peuvent compliquer considérablement l’identification.

Pour le radioamateur, l’intérêt serait plutôt de disposer d’un nouvel outil d’assistance.

Après le waterfall, le décodage numérique automatique et les logiciels capables de surveiller plusieurs fréquences simultanément, l’intelligence artificielle pourrait devenir une nouvelle couche d’analyse.

Le récepteur ne nous montrerait plus seulement qu’un signal est présent.

Il pourrait également commencer à nous expliquer ce qu’il pense avoir reçu.

Et pour les amateurs de SDR et d’expérimentation numérique, voilà certainement un domaine qu’il faudra suivre de très près.

Liens utiles pour aller plus loin

Pour approfondir l’intelligence artificielle appliquée aux signaux radio, vous pouvez consulter la publication scientifique Radio-FM, à l’origine de cet article. Les lecteurs souhaitant expérimenter pourront également découvrir les jeux de données RadioML de DeepSig, utilisés dans la recherche sur la reconnaissance des modulations, ainsi que SigMF, un format ouvert permettant de stocker et documenter des enregistrements de signaux radio I/Q.

Après QO-100 : à quoi pourrait ressembler son successeur ?

QO-100 - Future GEO

Depuis sa mise en service en 2019, Qatar OSCAR-100 (QO-100) a profondément changé la pratique du satellite chez les radioamateurs. Pour la première fois, nous disposons d’un transpondeur radioamateur en orbite géostationnaire, accessible 24 heures sur 24 sur une immense zone géographique.

Avec une parabole, un LNB et quelques watts en 2,4 GHz, il est aujourd’hui possible de réaliser des contacts à plusieurs milliers de kilomètres en SSB, CW, modes numériques ou DATV.

Mais QO-100 ne sera évidemment pas éternel. Et dans le domaine spatial, préparer une nouvelle mission demande des années.

C’est pourquoi AMSAT-DL réfléchit déjà à l’après QO-100, dans le cadre d’une étude menée avec l’Agence spatiale européenne (ESA). Le projet porte un nom : futureGEO.

Pourquoi préparer maintenant l’après QO-100 ?

Il n’est absolument pas question d’enterrer QO-100. Lors du workshop futureGEO organisé à Friedrichshafen en juin 2026, une durée de fonctionnement encore importante d’Es’hail-2 a été évoquée.

Mais concevoir une nouvelle charge utile, choisir les technologies, obtenir les fréquences, trouver des partenaires puis surtout une opportunité de lancement peut prendre de nombreuses années.

Depuis janvier 2025, AMSAT-DL travaille ainsi dans le cadre du programme ARTES Future Preparation de l’ESA sur une étude baptisée Future Amateur Geostationary Payload Definition.

L’objectif est de déterminer ce que pourrait devenir la prochaine génération de charge utile radioamateur géostationnaire.

Trois grandes pistes sont actuellement étudiées.

Enhanced QO-100+ : améliorer ce qui fonctionne déjà

La première solution serait la plus proche de notre QO-100 actuel.

Baptisée provisoirement Enhanced QO-100+, elle conserverait le principe des transpondeurs classiques : le satellite reçoit nos émissions et les retransmet vers la Terre.

Nous pourrions ainsi retrouver un transpondeur bande étroite destiné à la SSB, CW et aux modes numériques ainsi qu’un transpondeur large bande pour la DATV.

Mais cette nouvelle génération pourrait apporter plusieurs améliorations : nouvelles balises, plusieurs bandes de fréquences, transmission de textes et d’images ou encore fonctions destinées aux communications d’urgence.

Cette solution aurait un avantage évident : nous savons déjà que le concept QO-100 fonctionne remarquablement bien.

Digital Innovation Lab : un SDR dans l’espace

La deuxième proposition est beaucoup plus ambitieuse.

Avec le Digital Innovation Lab, il ne serait plus simplement question de placer un relais dans l’espace. La charge utile disposerait d’importantes capacités de traitement numérique du signal.

Nous entrerions alors véritablement dans le domaine du SDR — Software Defined Radio — spatial.

Contrairement à un transpondeur classique qui retransmet essentiellement ce qu’il reçoit, une plateforme numérique pourrait traiter les signaux à bord et permettre d’expérimenter de nouvelles modulations ou de nouveaux protocoles.

On peut alors imaginer un véritable laboratoire radioamateur géostationnaire, permettant de tester de nouvelles technologies sans devoir construire un nouveau satellite pour chaque expérimentation.

C’est probablement l’idée la plus révolutionnaire de futureGEO : certaines fonctions pourraient évoluer grâce au logiciel alors que le satellite serait déjà en orbite.

High Frequency Pathfinder : explorer encore plus haut

La troisième proposition regarde encore plus loin.

Le High Frequency Pathfinder serait notamment destiné à explorer les communications dans les bandes millimétriques (mmWave).

Pour les expérimentateurs radioamateurs, ce serait un formidable terrain de jeu : nouvelles antennes, propagation sur les très hautes fréquences, balises expérimentales, mesures scientifiques et nouvelles techniques de transmission.

Nous serions alors bien au-delà d’un simple « QO-100 amélioré ».

Le satellite deviendrait également une plateforme d’expérimentation hyperfréquence.

Trois visions pour le futur

Ces trois concepts représentent finalement trois philosophies différentes.

Enhanced QO-100+ privilégie la continuité en améliorant une formule éprouvée.

Digital Innovation Lab transforme le satellite en plateforme SDR évolutive et expérimentale.

High Frequency Pathfinder ouvre la porte aux expérimentations sur les bandes millimétriques et aux technologies radio de demain.

La future solution pourrait d’ailleurs combiner plusieurs de ces idées.

Il faut cependant rester prudent : futureGEO n’est pas encore un satellite dont le lancement serait programmé. Nous sommes actuellement dans une phase d’étude et de définition des besoins.

QO-100 n’était peut-être que le début

QO-100 a démontré qu’un satellite géostationnaire radioamateur pouvait devenir un formidable outil de communication et d’expérimentation.

Sept ans après son lancement, nous nous sommes presque habitués à pouvoir utiliser depuis notre jardin un transpondeur situé à près de 36 000 km au-dessus de la Terre.

La question n’est donc peut-être plus seulement de savoir comment remplacer QO-100.

Elle devient plutôt :

que pourrions-nous faire de mieux la prochaine fois ?

Avec QO-100+, le Digital Innovation Lab et le High Frequency Pathfinder, les premières réponses commencent à apparaître.

Le successeur de QO-100 pourrait ainsi ne plus être seulement un relais radioamateur, mais devenir un véritable laboratoire radio dans l’espace accessible depuis nos stations.

Une évolution que nous suivrons évidemment avec beaucoup d’intérêt.

HAMgpt : quand l’intelligence artificielle se met au service des radioamateurs

HamGPT

L’intelligence artificielle s’installe progressivement dans de nombreux domaines techniques et le radioamateurisme n’échappe pas à cette évolution. Après les assistants généralistes comme ChatGPT, voici HAMgpt, une intelligence artificielle développée spécifiquement pour les radioamateurs.

Lancé en 2026, HAMgpt se présente comme un « Personal AI Copilot for Amateur Radio », autrement dit un copilote intelligent destiné à accompagner l’opérateur dans ses activités radio.

Propagation, DX, satellites, relais, antennes, calculs ou théorie de la radioélectricité : son champ d’utilisation est particulièrement vaste.

Un assistant adapté au radioamateur

L’un des intérêts de HAMgpt est sa capacité à tenir compte du contexte de l’utilisateur : indicatif, pays, localisation, classe de licence et certains éléments concernant sa station.

Cette personnalisation permet de poser des questions très concrètes.

Au lieu de demander simplement :

« Quelle bande utiliser pour faire du DX ? »

on peut demander :

« Depuis ma position, quelle bande semble actuellement la plus favorable pour contacter l’Amérique du Nord ? »

HAMgpt peut alors associer les connaissances de l’intelligence artificielle aux données disponibles concernant les conditions de propagation et l’activité radio.

Propagation, DX, POTA et SOTA

La propagation constitue naturellement l’un de ses domaines de prédilection.

Les possibilités de liaison dépendent de nombreux paramètres : heure, saison, activité solaire, état de l’ionosphère, fréquence et distance à parcourir.

HAMgpt peut aider l’opérateur à interpréter ces informations et à choisir une bande présentant de bonnes probabilités d’ouverture vers une région donnée.

L’assistant s’intéresse également au DX et aux activités populaires comme le POTA (Parks On The Air) et le SOTA (Summits On The Air).

L’intérêt est évident : plutôt que de consulter plusieurs services, l’opérateur peut demander à l’intelligence artificielle de synthétiser les informations utiles.

Cela ne dispense évidemment pas d’écouter les bandes ou de consulter WSPR, PSK Reporter et les différents clusters DX pour constater ce qui se passe réellement.

Satellites et relais VHF/UHF

HAMgpt peut également fournir des informations concernant les passages de satellites radioamateurs en fonction de la localisation de l’opérateur.

Même principe pour les relais : il peut rechercher les relais VHF et UHF à proximité (uniquement USA !), avec leurs principales caractéristiques : fréquence, décalage émission/réception et tonalités d’accès.

Une fonction particulièrement intéressante pour le radioamateur en déplacement.

HAMgpt sait aussi parler technique

Il serait cependant réducteur de présenter HAMgpt uniquement comme un outil consacré à la propagation, aux satellites et aux relais.

On peut également lui soumettre des questions techniques de radioélectricité.

Il est ainsi possible de l’interroger sur le fonctionnement d’un dipôle, d’une verticale ou d’une Yagi, mais aussi sur la résonance, les circuits RLC, le gain, les décibels ou l’adaptation d’impédance.

Quelques exemples :

« Pourquoi un dipôle demi-onde mesure-t-il réellement un peu moins de λ/2 ? »

« Pourquoi une antenne verticale quart d’onde nécessite-t-elle des radians ? »

« Quelle est la différence entre gain, directivité et rendement d’une antenne ? »

HAMgpt peut ainsi devenir un outil pédagogique pour approfondir certaines notions de radioélectricité.

ROS, impédance et lignes de transmission

Les problèmes d’adaptation peuvent également lui être soumis.

HAMgpt peut expliquer le ROS/SWR, le coefficient de réflexion ou les notions de résistance, de réactance et d’impédance complexe.

On pourrait par exemple lui demander :

« Mon antenne présente une impédance de 25 + j30 Ω sur une ligne de 50 Ω. Que signifie cette mesure ? »

L’assistant pourra expliquer la partie résistive et la réactance inductive, puis éventuellement effectuer les calculs correspondants.

Pertes dans les câbles coaxiaux, coefficient de vélocité, longueur électrique, transformateurs quart d’onde, stubs, baluns, ununs et chokes font également partie des sujets que l’on peut aborder.

HAMgpt peut aussi apporter une aide au dépannage en suggérant différentes causes possibles face à un ROS anormal ou à une installation qui ne fonctionne plus correctement.

Où trouver HAMgpt et dans quelle langue lui parler ?

HAMgpt est accessible directement sur son site Internet :

HAMgpt : https://hamgpt.co/

Une démonstration est accessible depuis la page d’accueil et il est possible de créer un compte gratuit pour utiliser plus complètement le service.

L’interface et la présentation du site sont principalement en anglais, et HAMgpt peut naturellement être interrogé en anglais ou en espagnol.

Bonne nouvelle pour ceux qui maîtrisent moins bien la langue de Shakespeare : il comprend très bien les questions formulées en français. Lors de son utilisation, il peut même répondre en français, même si ce comportement ne semble pas encore être présenté comme une fonctionnalité officiellement garantie.

On peut donc parfaitement essayer de lui écrire :

« Pourquoi mon antenne verticale présente-t-elle un ROS élevé sur 14 MHz ? »

sans nécessairement traduire la question en anglais.

HAMgpt et ChatGPT : deux approches complémentaires

HAMgpt pourrait être présenté comme un « ChatGPT pour radioamateurs », mais cette définition serait trop simpliste.

Une intelligence artificielle généraliste peut développer une théorie, effectuer une démonstration mathématique, analyser un circuit ou accompagner la conception d’un projet.

HAMgpt apporte surtout une spécialisation radioamateur, associée à des informations propres à cette activité.

On pourrait résumer la différence ainsi :

ChatGPT : « Comment fonctionne la propagation sur 20 mètres ? »

HAMgpt : « Est-ce une bonne idée d’essayer le 20 mètres depuis ma station maintenant ? »

Les deux approches sont donc davantage complémentaires que concurrentes.

Un outil supplémentaire dans la station

Propagation, DX, POTA, SOTA, satellites, relais, antennes, ROS, lignes de transmission et théorie de la radioélectricité : HAMgpt couvre finalement une bonne partie des préoccupations du radioamateur.

Une précaution reste néanmoins indispensable : une intelligence artificielle peut se tromper. Une formule, un calcul, une longueur d’antenne ou une information réglementaire importante doit toujours être vérifiée auprès d’une source fiable.

HAMgpt ne remplacera donc ni l’expérimentation, ni les mesures, ni le fer à souder, ni le NanoVNA et encore moins les discussions entre radioamateurs.

Mais il pourrait bien devenir un nouvel outil dans la boîte à outils de l’OM.

 

Éclipses solaires et radioamateurisme : quand la Lune perturbe la propagation des ondes

Eclipse 12 aout 2026

Une éclipse solaire est avant tout un spectacle astronomique fascinant. Pendant quelques minutes, la Lune vient masquer une partie ou la totalité du Soleil et transforme parfois le jour en une étrange pénombre.

Mais pour les radioamateurs, une éclipse est également une formidable expérience grandeur nature.

En masquant temporairement le rayonnement solaire, la Lune modifie l’ionisation des couches supérieures de l’atmosphère. Or ce sont précisément ces couches qui permettent à nos signaux HF de parcourir des centaines, voire des milliers de kilomètres.

Une éclipse peut donc modifier la propagation radio, parfois de façon spectaculaire.

Et justement, le 12 août 2026, une importante éclipse solaire sera observable depuis la France. Une excellente occasion de tourner les boutons de nos émetteurs… mais aussi de sortir le carnet de mesures !

1 – Pourquoi les éclipses intéressent-elles les radioamateurs ?

Pour comprendre l’intérêt d’une éclipse, il faut revenir rapidement sur le fonctionnement de la propagation HF.

À plusieurs dizaines ou centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes se trouve l’ionosphère.

Sous l’action principalement des rayonnements ultraviolets et X du Soleil, les molécules et les atomes présents dans cette région sont ionisés. Plusieurs couches apparaissent alors, traditionnellement appelées :

  • couche D ;
  • couche E ;
  • couches F1 et F2.

Ces différentes régions jouent un rôle essentiel dans la propagation des ondes radio.

Grâce à elles, un signal HF peut revenir vers la Terre au lieu de poursuivre simplement son chemin dans l’espace. Plusieurs bonds entre la Terre et l’ionosphère peuvent ainsi permettre des communications à très grande distance.

Mais cette ionosphère n’est absolument pas constante.

Elle varie entre le jour et la nuit, avec les saisons, l’activité solaire et même en fonction de notre position géographique.

Une éclipse solaire introduit une variation supplémentaire particulièrement intéressante.

2 – Une nuit artificielle en pleine journée

Lors d’une éclipse solaire, la Lune se place entre la Terre et le Soleil.

Dans la zone concernée, une partie du rayonnement solaire disparaît pendant quelques minutes.

Pour l’ionosphère, c’est un peu comme si la nuit tombait brutalement en pleine journée.

La comparaison n’est évidemment pas parfaite. L’éclipse est beaucoup plus courte qu’une véritable nuit et toutes les couches de l’ionosphère ne réagissent pas à la même vitesse.

Néanmoins, la diminution du rayonnement solaire provoque une réduction de l’ionisation.

Et cette modification peut directement influencer nos communications radio.

3 – La couche D : celle qui nous intéresse particulièrement

La couche D est située approximativement entre 60 et 90 km d’altitude.

Pendant la journée, elle absorbe une partie importante de l’énergie des signaux HF, particulièrement aux fréquences les plus basses.

C’est notamment pour cette raison que les bandes 160 et 80 mètres sont généralement beaucoup plus performantes la nuit.

Après le coucher du Soleil, la couche D perd rapidement une grande partie de son ionisation. L’absorption diminue alors fortement.

Pendant une éclipse, un phénomène comparable peut temporairement se produire.

La couche D s’affaiblit alors que nous sommes encore en pleine journée.

Résultat : certaines fréquences habituellement fortement absorbées peuvent soudainement mieux se propager.

4 – Les bandes basses pourraient en profiter

Les bandes les plus intéressantes à surveiller seront donc notamment :

Bande Fréquence approximative Effet potentiel
160 m 1,8 MHz diminution de l’absorption
80 m 3,5 MHz amélioration possible
60 m 5 MHz conditions proches du crépuscule
40 m 7 MHz propagation améliorée sur certains trajets
30 m 10 MHz variations intéressantes
20 m 14 MHz évolution possible des conditions

Il ne faut cependant pas comprendre ce tableau comme la garantie de réaliser soudainement des DX extraordinaires.

La propagation dépend d’un très grand nombre de paramètres. L’éclipse ne fait qu’en modifier certains.

C’est précisément cette incertitude qui rend l’expérience intéressante !

5 – Et les bandes hautes ?

On pourrait penser que toutes les bandes HF vont bénéficier de l’éclipse.

Ce n’est pas nécessairement le cas.

La diminution du rayonnement solaire influence également les couches supérieures de l’ionosphère et notamment la région F.

La densité électronique peut diminuer et provoquer une baisse de la MUF, la Maximum Usable Frequency, ou fréquence maximale utilisable pour une liaison donnée.

Une liaison parfaitement établie sur 21 ou 28 MHz pourrait donc devenir plus difficile pendant l’éclipse.

Nous pourrions ainsi observer deux phénomènes simultanément :

une amélioration de certaines bandes basses et une dégradation de certaines bandes hautes.

6 – L’éclipse solaire du 12 août 2026

Cette année nous offre justement une occasion exceptionnelle de réaliser quelques expériences.

Le mercredi 12 août 2026, une éclipse totale de Soleil traversera notamment le Groenland, l’Islande et le nord de l’Espagne.

Depuis la France métropolitaine, elle sera partielle mais particulièrement importante.

En région parisienne, plus de 90 % du disque solaire sera occulté au maximum.

Une particularité devra toutefois être prise en compte dans nos observations : l’éclipse se déroulera en fin de journée.

Nous observerons donc simultanément les effets de l’éclipse et ceux de l’arrivée naturelle du crépuscule.

Il faudra en tenir compte pour interpréter les résultats.

7 – FT8 : beaucoup de stations pour observer la propagation

Les modes numériques constituent d’excellents outils pour étudier le phénomène.

FT8 présente notamment l’avantage d’être extrêmement utilisé.

Il sera possible d’observer les stations reçues avant, pendant et après l’éclipse et de comparer leurs rapports.

Une station habituellement inaudible à une heure donnée pourrait par exemple devenir décodable pendant quelques dizaines de minutes.

Inversement, certaines stations pourraient disparaître.

Les données FT8 peuvent donc donner une première indication des modifications de propagation.

Mais il existe un outil encore plus adapté.

8 – WSPR : un excellent laboratoire

Le WSPR – Weak Signal Propagation Reporter – a justement été conçu pour étudier la propagation.

Une station transmet périodiquement un signal de très faible puissance contenant notamment son indicatif et son locator.

Les stations qui reçoivent ce signal publient automatiquement leurs rapports.

Nous pouvons ainsi savoir :

  • qui nous reçoit ;
  • à quelle distance ;
  • sur quelle fréquence ;
  • avec quel rapport signal/bruit ;
  • et à quelle heure.

Pour étudier une éclipse, c’est presque idéal.

On pourrait par exemple laisser une station WSPR fonctionner plusieurs heures sur 40, 30 ou 20 mètres et observer l’évolution des reports.

9 – Une expérience simple à réaliser

Pas besoin d’être scientifique ou de disposer d’un laboratoire !

Une expérience intéressante pourrait consister à commencer les observations environ deux heures avant l’éclipse et à les poursuivre jusqu’à deux heures après.

Par exemple :

14 MHz → 10 MHz → 7 MHz

Plusieurs stations pourraient également se répartir les bandes.

Pour chaque bande, nous pourrions relever le nombre de stations reçues, leurs distances et surtout les rapports signal/bruit.

Il serait ensuite possible de représenter ces résultats sous forme de graphiques.

Nous pourrions peut-être observer une évolution correspondant au passage de l’ombre de la Lune.

10 – Comparer avec la veille et le lendemain

Une difficulté subsiste : comment savoir si une variation observée est réellement provoquée par l’éclipse ?

La propagation change naturellement en permanence.

Une méthode simple consiste donc à réaliser exactement les mêmes observations :

le 11 août → le 12 août → le 13 août.

Même antenne, même puissance, mêmes bandes et mêmes horaires.

Les journées du 11 et du 13 août servent alors de références.

Si une anomalie importante apparaît uniquement le 12 août au moment de l’éclipse, elle devient beaucoup plus intéressante.

L’expérience prend alors une véritable dimension scientifique.

11 – Et les VHF/UHF ?

Les effets seront beaucoup moins évidents.

Les communications locales en VHF et UHF ne reposent généralement pas sur la réflexion ionosphérique comme les communications HF.

Votre relais 145 MHz local ne devrait donc pas soudainement disparaître parce que la Lune passe devant le Soleil !

Des phénomènes ionosphériques subtils peuvent néanmoins être étudiés sur certaines fréquences et certains modes particuliers.

Pour une première expérience radioamateur, il sera cependant beaucoup plus intéressant de se concentrer sur les bandes HF.

12 – Attention : ne regardez jamais directement le Soleil

Si l’expérience radio est sans danger particulier, l’observation visuelle de l’éclipse nécessite en revanche des précautions impératives.

Il ne faut jamais regarder directement le Soleil sans protection spécialement conçue pour l’observation solaire.

Des lunettes de soleil ordinaires ne suffisent absolument pas.

Et surtout, ne regardez jamais le Soleil au travers de jumelles, d’un télescope ou d’un autre instrument optique dépourvu d’un filtre solaire approprié placé à l’entrée de l’instrument.

L’expérience radio peut d’ailleurs parfaitement être réalisée sans observer directement le Soleil.

13 – Ce qu’il faut retenir

Une éclipse solaire n’est pas seulement un magnifique phénomène astronomique.

Pour les radioamateurs, c’est également une expérience naturelle à l’échelle d’un continent.

Lorsque la Lune masque le Soleil, le rayonnement reçu par l’ionosphère diminue. La couche D s’affaiblit, l’absorption des fréquences basses peut diminuer et les conditions de propagation HF peuvent temporairement se rapprocher de celles rencontrées au crépuscule.

Pendant ce temps, la modification des couches supérieures peut également entraîner une baisse de la fréquence maximale utilisable.

Certaines bandes peuvent donc s’améliorer alors que d’autres se dégradent.

Le 12 août 2026, nous disposerons d’une excellente occasion de vérifier tout cela depuis nos propres stations.

Quelques watts, une antenne HF, FT8 ou WSPR et un ordinateur suffisent pour participer à l’expérience.

Et plutôt que de simplement constater que « la propagation était bizarre ce soir-là », essayons de conserver les données.

Avant, pendant et après l’éclipse.

Puis comparons-les avec celles de la veille et du lendemain.

C’est aussi cela, le radioamateurisme : utiliser nos stations non seulement pour communiquer, mais également pour observer, expérimenter et essayer de comprendre les phénomènes qui permettent à nos ondes de parcourir le monde.