Pourquoi une antenne avec un ROS de 1:1 peut-elle rayonner très mal ?

ROS 1:1, mais quelle efficacité ?

Chez les radioamateurs, il existe un réflexe presque universel : régler l’antenne, regarder le ROSmètre et se réjouir lorsque l’aiguille indique 1:1. On pourrait alors penser que toute la puissance de l’émetteur part dans les airs.

Malheureusement, ce n’est pas aussi simple.

La meilleure démonstration tient en un objet que nous connaissons tous : la charge fictive 50 Ω. Branchez-la à votre émetteur : le ROS sera proche de 1:1. Pourtant, elle ne constitue pas une bonne antenne. Son rôle est précisément de transformer la puissance RF en chaleur plutôt que de la rayonner.

Un ROS parfait indique donc une bonne adaptation d’impédance, pas nécessairement une bonne antenne.

Ce que mesure réellement le ROS

Le ROS traduit la désadaptation entre une ligne de transmission et sa charge. Avec une charge parfaitement adaptée, il n’y a théoriquement aucune puissance réfléchie et le ROS vaut 1:1.

À titre d’exemple, un ROS de 1,5:1 ne représente qu’environ 4 % de puissance réfléchie.

Mais le ROS ne mesure directement ni le gain de l’antenne, ni son diagramme de rayonnement, ni son rendement.

Autrement dit :

ROS faible ≠ rendement élevé.

Où passent réellement les watts ?

Deux exemples de rayonnement

Pour comprendre le problème, simplifions la résistance présentée par une antenne :

Rentrée = Rrayonnement + Rpertes

La première représente la partie associée à la puissance effectivement rayonnée. La seconde regroupe les pertes : résistance des conducteurs, sol, bobines, transformateurs, matériaux environnants, etc.

Le rendement de rayonnement peut alors s’écrire :

η = Rrayonnement / (Rrayonnement + Rpertes)

Prenons deux antennes parfaitement résistives :

Antenne A : 45 Ω de résistance de rayonnement + 5 Ω de pertes = 50 Ω
Antenne B : 5 Ω de résistance de rayonnement + 45 Ω de pertes = 50 Ω

Dans notre exemple simplifié, les deux peuvent présenter un magnifique ROS de 1:1.

Pourtant, la première possède un rendement de 90 %, tandis que celui de la seconde n’est que de 10 %.

Avec 100 W acceptés par chacune, l’une peut donc rayonner 90 W et l’autre seulement 10 W, le reste étant dissipé en chaleur. Le rendement d’une antenne est bien le rapport entre puissance rayonnée et puissance fournie à l’antenne.

Le coaxial peut même cacher le problème

Voilà un autre piège.

Un câble coaxial réel possède des pertes. L’onde allant vers l’antenne est atténuée, mais l’onde réfléchie l’est également lorsqu’elle revient vers la station.

Conséquence surprenante : un long câble présentant beaucoup de pertes peut donner, côté émetteur, l’impression d’un ROS meilleur que celui réellement présent à l’antenne.

Cela ne signifie évidemment pas que l’installation fonctionne mieux : une partie de l’énergie chauffe simplement le coaxial. L’ARRL souligne l’importance des pertes de ligne et montre qu’elles peuvent devenir particulièrement problématiques avec un ROS élevé.

Pertes cable coaxial

Un ROS qui s’améliore dans le shack ne signifie pas que l’antenne s’est améliorée : le câble peut simplement avoir dissipé une partie de l’énergie.

Et la boîte d’accord ?

Même prudence avec une boîte d’accord.

Une boîte peut transformer l’impédance présentée à l’émetteur afin qu’il voie ses 50 Ω préférés et un ROS de 1:1.

Mais elle ne modifie pas nécessairement le ROS existant entre la boîte et l’antenne. L’ARRL donne précisément l’exemple d’un ROS de 2,5:1 côté antenne qui reste à 2,5:1 malgré le 1:1 obtenu entre la boîte et le transceiver.

Une boîte d’accord adapte donc l’émetteur au système d’antenne ; elle ne transforme pas automatiquement une mauvaise antenne en bonne antenne.

Elle peut elle-même introduire des pertes, notamment lorsqu’elle doit adapter des impédances difficiles.

Avec la boite d'accord

Alors, comment savoir si notre antenne rayonne vraiment ?

Le NanoVNA et le ROSmètre restent d’excellents outils, mais ils ne racontent qu’une partie de l’histoire.

On peut compléter leurs mesures par une comparaison avec une antenne de référence, un mesureur de champ placé à distance constante ou des observations répétées via WSPR ou FT8. Une comparaison des niveaux reçus est généralement beaucoup plus instructive qu’un unique report.

Il faut également surveiller les éléments susceptibles de dissiper la puissance : coaxial trop long ou inadapté à la fréquence, bobine de raccourcissement, transformateur, mauvais contacts ou pertes dans le sol.

Ce qu’il faut retenir

Un ROS de 1:1 signifie avant tout que l’émetteur voit une charge correctement adaptée.

Il ne garantit absolument pas que cette charge transforme efficacement les watts en ondes radio.

Gardons donc trois notions bien séparées :

ROS faible = bonne adaptation
Bon rendement = peu de pertes
Bonne antenne = puissance efficacement rayonnée dans les directions utiles

Une charge fictive possède un excellent ROS. Personne ne songerait pourtant à l’installer au sommet d’un pylône !

Pour aller plus loin

Après QO-100, l’Amérique prépare-t-elle son propre satellite radioamateur géostationnaire ?

Banniere Après QO-100

Depuis 2019, QO-100 a profondément changé la pratique du satellite radioamateur. Installé à bord du satellite Es’hail-2 en orbite géostationnaire, il offre en permanence aux radioamateurs situés dans sa zone de couverture un transpondeur étroit pour la SSB, la CW et les modes numériques, ainsi qu’un transpondeur large principalement destiné à la DATV.

Mais il existe un grand absent : le continent américain. Et justement, de l’autre côté de l’Atlantique, AMSAT prépare depuis plusieurs années les technologies nécessaires au retour des satellites radioamateurs vers les orbites hautes.

Le problème : QO-100 ne couvre pas l’Amérique

À près de 36 000 km au-dessus de l’équateur, un satellite géostationnaire apparaît pratiquement immobile dans le ciel. Plus besoin de calculer les passages ni de poursuivre un CubeSat pendant quelques minutes : une parabole fixe suffit.

La position de QO-100 permet de couvrir l’Europe, l’Afrique et une vaste partie de l’Asie, mais pas l’Amérique du Nord.

couverture satellitaire

Disposer d’un équivalent placé au-dessus de l’Atlantique ou des Amériques représenterait donc une petite révolution pour les radioamateurs américains.

GOLF : Greater Orbit, Larger Footprint

C’est ici qu’intervient le programme GOLF, pour Greater Orbit, Larger Footprint, développé par AMSAT-NA.

Son principe est particulièrement intéressant : plutôt que de tenter immédiatement une coûteuse mission en orbite haute, AMSAT veut procéder progressivement. Des satellites expérimentaux doivent valider en LEO les technologies nécessaires avant de viser MEO puis HEO.

Feuille de route AMSAT

Parmi les difficultés à maîtriser figurent le contrôle d’attitude trois axes, les panneaux solaires déployables et orientables, l’électronique tolérante aux radiations, les SDR embarqués et, à terme, la propulsion.

GOLF-TEE : le laboratoire volant

Le premier maillon s’appelle GOLF-TEE, pour Technology Exploration Environment. Attention cependant : GOLF-TEE n’est pas le futur QO-100 américain.

Ce CubeSat 3U est destiné à tester en orbite basse les technologies qui seront nécessaires beaucoup plus loin de la Terre. AMSAT travaillait encore récemment sur son logiciel de vol et son architecture électronique.

Et certaines caractéristiques commencent sérieusement à intéresser les amateurs de QO-100.

AMSAT prévoit notamment des liaisons micro-ondes avec uplink en bande C vers 5,6 GHz et downlink en bande X vers 10 GHz, en plus des bandes radioamateurs classiques 144 et 435 MHz. Le SDR expérimental envisagé doit également permettre une liaison descendante en 10 GHz.

Paraboles, amplificateurs, LNA, SDR et références de fréquence stables : voilà un terrain qui ne sera pas inconnu des utilisateurs de QO-100 !

Et maintenant… Artemis ?

Un développement particulièrement intéressant est apparu en 2026.

Le 31 mai, AMSAT a transmis à la NASA une lettre d’intention pour proposer un CubeSat AMSAT comme charge utile secondaire d’une future mission Artemis III, IV ou V.

Une telle opportunité permettrait de tester les technologies GOLF dans un environnement bien plus sévère que l’orbite basse : radiations, contraintes thermiques, communications à grande distance et contrôle d’attitude. AMSAT cite explicitement l’objectif de progresser du LEO vers le MEO puis le HEO.

Nous sommes donc encore loin d’un satellite géostationnaire opérationnel, mais technologiquement, les pièces du puzzle commencent à se mettre en place.

Alors, bientôt un « QO-100 américain » ?

Pas encore.

À ce jour, AMSAT n’annonce ni satellite radioamateur GEO américain avec une date de lancement, ni position orbitale réservée, ni véritable successeur américain de QO-100.

La stratégie est néanmoins claire : retrouver progressivement les orbites hautes et développer les technologies nécessaires pour y exploiter de nouveaux transpondeurs radioamateurs.

GOLF-TEE ne sera donc pas le QO-100 américain. Une éventuelle mission Artemis ne le sera probablement pas davantage.

Mais ces projets pourraient constituer quelques-unes des étapes indispensables pour qu’un jour, en tournant leur parabole vers le ciel, les radioamateurs américains disposent eux aussi de leur satellite presque immobile au-dessus de l’horizon.

Liens utiles

Envoyer sa propre expérience radio dans la stratosphère : que peut réellement embarquer un radioamateur ?

Banniere Pico-Ballon

Un pico-ballon peut sembler n’être qu’un ballon équipé d’une balise GPS. Pour un radioamateur français, il peut pourtant devenir un véritable laboratoire volant : propagation HF, température, pression, alimentation solaire ou télémétrie peuvent être étudiées avec seulement quelques grammes d’électronique.

Mais en France, avant de penser antenne et capteurs, il faut aussi penser DGAC.

Quelques grammes d’électronique

Le principe d’un pico-ballon est de réduire au maximum la masse suspendue. Un tracker moderne peut réunir GPS, microcontrôleur, émetteur et capteurs sur quelques grammes seulement.

L’architecture typique devient :

cellules solaires → alimentation → microcontrôleur → GPS/capteurs → émetteur → antenne

Des cartes comme le LightAPRS-W et les projets Traquito montrent qu’un tracker WSPR/APRS extrêmement léger est aujourd’hui réalisable.

À cette échelle, quelques grammes supplémentaires comptent énormément : batterie importante, caméra ou Raspberry Pi classique sont donc rarement adaptés.

Le ballon comme laboratoire de propagation

L’expérience la plus intéressante pour un radioamateur est probablement d’embarquer une balise WSPR.

Avec quelques milliwatts seulement, elle peut être reçue à des centaines ou milliers de kilomètres lorsque la propagation le permet. En connaissant simultanément la position et l’altitude du ballon, on peut étudier :

  • les distances de réception ;
  • les rapports signal/bruit ;
  • les variations jour/nuit ;
  • les différences entre plusieurs bandes HF ;
  • l’évolution de la propagation pendant le déplacement.

Le pico-ballon devient ainsi une balise radio mobile à altitude connue.

Fabriquer sa propre radiosonde

Quelques capteurs légers permettent d’aller plus loin.

Un capteur de température permet de suivre l’évolution thermique de l’atmosphère. Un baromètre mesure la chute spectaculaire de pression avec l’altitude. On peut également enregistrer l’humidité.

Un autre paramètre particulièrement intéressant est la tension des cellules solaires. Elle permet d’observer directement la production énergétique disponible pour la station et son évolution au cours de la journée.

GPS, altitude, température, pression et tension d’alimentation constituent déjà une expérience très complète.

APRS ou WSPR ?

Pour un vol restant principalement au-dessus de zones disposant d’une bonne infrastructure terrestre, l’APRS est séduisant pour le suivi de position.

Pour les vols de longue durée, le WSPR devient particulièrement intéressant grâce à son efficacité avec des puissances extrêmement faibles et au réseau mondial de stations de réception.

Les données peuvent ensuite être exploitées avec des services comme SondeHub ou les réseaux de réception WSPR.

En France : attention, pico-ballon ne signifie pas lancement libre

C’est probablement le point le plus important pour un projet Pico-Ballon.

Le règlement SERA classe comme « léger » un ballon libre non habité transportant moins de 4 kg de charge utile. Mais la réglementation française ajoute des dispositions beaucoup plus directement applicables à nos minuscules pico-ballons.

En France, une autorisation préalable de la Direction de la sécurité de l’aviation civile est notamment requise dès lors que le ballon comporte des éléments métalliques ou électroniques, mais aussi lorsque sa charge utile dépasse 50 g ou lorsque son enveloppe gonflée au sol dépasse un mètre.

Autrement dit : un tracker radio de 10 g contient de l’électronique ; sa faible masse ne suffit donc pas à dispenser le radioamateur des démarches.

La demande utilise le CERFA 15915*01 et doit être adressée à l’autorité de l’aviation civile territorialement compétente.

Pour un pico-ballon susceptible de poursuivre sa route au-delà des frontières françaises, la question devient encore plus importante : SERA prévoit également l’autorisation appropriée des États susceptibles d’être survolés.

Quelques grammes, beaucoup d’expériences

Un pico-ballon radioamateur peut donc embarquer très peu de matériel, mais produire énormément d’informations.

Avec GPS + WSPR + température + pression + mesure solaire, on dispose déjà d’un remarquable laboratoire atmosphérique et radio.

Et cela suggère naturellement un prochain projet F5KEE :

concevoir nous-mêmes un tracker stratosphérique français de moins de 10 grammes.

Liens utiles

  • DGAC – Réglementation de la circulation aérienne en France
  • Document SERA complet, version du 17 janvier 2026
  • CERFA 15915*01 – Ballons libres non habités
  • Traquito – WSPR Pico Balloons
  • LightAPRS-W
  • SondeHub Amateur
  • WSJT-X / WSPR

Kenwood TM-D750 : le véritable successeur du légendaire TM-D710 est-il enfin arrivé ?

Banniere Kenwood TM-710 et TM-750

Pendant des années, le Kenwood TM-D710 a occupé une place particulière dans les stations VHF/UHF. Double réception, 50 W, GPS sur la version GE, TNC 1200/9600 bauds intégré et surtout une remarquable intégration de l’APRS : il était bien davantage qu’un simple bibande FM. Aujourd’hui discontinué, il n’avait jamais réellement trouvé de successeur chez Kenwood.

Avec le nouveau TM-D750, Kenwood semble enfin avoir décidé de reprendre la recette.

Un TM-D710 entré dans le XXIe siècle

Au premier regard, la filiation est évidente : le TM-D750 reste un mobile VHF/UHF conçu pour une utilisation radioamateur intensive, avec réception simultanée sur deux bandes et une façade détachable riche en commandes physiques.

Mais l’afficheur monochrome du D710 laisse place à un écran TFT couleur de 3,45 pouces. À cela viennent s’ajouter GNSS, Bluetooth, Wi-Fi 2,4/5 GHz, USB-C et carte microSD.

Autrement dit, Kenwood n’a pas simplement remplacé l’écran : l’architecture générale de l’appareil a été modernisée.

APRS : l’héritage du TM-D710 est bien là

C’est probablement le point le plus important pour les amateurs du D710.

L’APRS (Automatic Packet Reporting System) permet aux stations d’échanger automatiquement positions, messages et autres informations par paquets radio. Le D710 excellait dans ce domaine grâce à son TNC intégré, capable de travailler à 1200 ou 9600 bauds.

Le TM-D750 reprend cette philosophie : affichage des stations APRS reçues, messages, informations de position, chemins empruntés par les paquets et gestion d’une liste pouvant atteindre 100 stations.

L’intérêt reste le même : pas besoin d’ajouter un ordinateur, un Raspberry Pi ou un TNC externe pour exploiter l’APRS sur le terrain.

D-STAR et Wi-Fi changent la donne

Le D750 va cependant beaucoup plus loin que son ancêtre en intégrant le D-STAR.

Le Wi-Fi permet en outre d’exploiter certaines fonctions D-STAR via Internet. Le poste devient ainsi une plateforme combinant FM analogique, Packet/APRS, communications numériques et réseau IP.

C’est probablement là que se situe la principale rupture technologique avec le TM-D710.

Un waterfall… mais ce n’est pas une première !

L’une des fonctions les plus visibles du TM-D750 est son nouveau Visual Scan avec waterfall. L’historique de l’activité radio apparaît progressivement à l’écran, permettant de repérer plus facilement une fréquence occupée ou une émission intermittente.

Attention cependant à ne pas présenter cette fonction comme une première sur un émetteur-récepteur FM VHF/UHF.

L’Icom ID-52, commercialisé plusieurs années auparavant, possédait déjà un Band Scope avec véritable affichage waterfall. Icom indique d’ailleurs explicitement que celui-ci représente l’évolution chronologique du niveau des signaux.

Le TM-D710 lui-même possédait déjà un Visual Scan, mais celui-ci surveillait 31, 61, 91 ou 181 canaux sans offrir l’affichage historique d’un waterfall moderne.

Alors, digne successeur du TM-D710 ?

Sur le papier, difficile de répondre autrement que oui.

Le TM-D750 conserve les ingrédients qui avaient fait la réputation du D710 — double bande, Packet, APRS et fonctionnement autonome — tout en ajoutant écran couleur, GNSS moderne, D-STAR, Wi-Fi, Bluetooth, USB-C et waterfall.

Reste maintenant à vérifier sur le terrain ce qu’une fiche technique ne peut pas révéler : qualité du récepteur, résistance aux signaux puissants, efficacité du Visual Scan, ergonomie APRS et simplicité d’utilisation.

Car le véritable défi de Kenwood n’était peut-être pas d’ajouter davantage de fonctions au D710, mais de retrouver ce rare équilibre entre richesse fonctionnelle et efficacité opérationnelle qui avait fait de son prédécesseur une référence.

GNU Radio 4 : pourquoi cette nouvelle génération pourrait changer nos SDR

Banniere GNU Radio 4

GNU Radio 4 : une nouvelle architecture pour nos SDR

Pour beaucoup de radioamateurs, GNU Radio est devenu l’un des outils incontournables du monde SDR. Il permet de construire virtuellement un récepteur, un démodulateur ou un analyseur de signaux simplement en assemblant des blocs de traitement.

Le principe est assez simple :

Antenne → SDR → échantillons I/Q → traitement numérique → audio ou données

Un bloc peut réaliser un filtrage, un changement de fréquence, une démodulation FM, un décodage numérique ou encore afficher un spectre. En reliant ces blocs, on constitue ce que GNU Radio appelle un flowgraph.

Cette approche permet aujourd’hui de réaliser des systèmes étonnamment complexes avec un simple ordinateur et un récepteur RTL-SDR, HackRF, PlutoSDR ou LimeSDR.

Alors pourquoi vouloir tout changer ?

GNU Radio 4 n’est pas simplement GNU Radio 3.11

C’est probablement le premier point à comprendre : GNU Radio 4 n’est pas une évolution ordinaire de GNU Radio 3.

Les développeurs parlent eux-mêmes d’une nouvelle fondation destinée au traitement numérique du signal moderne. GNU Radio 4 a d’ailleurs atteint son premier stade Release Candidate (RC1) en mars 2026. À ce stade, l’architecture centrale et le modèle d’exécution sont considérés comme suffisamment stabilisés pour préparer l’écosystème à la future version définitive.

Une grande partie du travail concerne quelque chose que l’utilisateur ne voit pratiquement jamais : le moteur qui fait fonctionner les blocs.

Pour comprendre son importance, imaginons une petite chaîne SDR :

SDR → filtre → AGC → démodulateur → filtre audio → haut-parleur

Chaque bloc reçoit des échantillons, effectue son calcul puis transmet les résultats au suivant.

GNU Radio doit donc constamment décider quel bloc doit travailler, quand il doit travailler et quelles données doivent lui être fournies.

C’est le rôle du scheduler, ou ordonnanceur.

GNU4 scheduler

 

Le scheduler : le chef d’orchestre invisible

Dans GNU Radio 3.x, le moteur d’exécution repose historiquement sur un fonctionnement largement basé sur un thread par bloc. Cette solution a longtemps donné d’excellents résultats, mais elle n’est pas forcément optimale pour toutes les architectures modernes.

Imaginez maintenant un flowgraph contenant 40 ou 50 blocs.

Créer et coordonner autant de traitements peut finir par représenter une charge non négligeable, particulièrement lorsque certains blocs n’effectuent que des opérations très rapides.

GNU Radio 4 change profondément cette philosophie.

Le scheduler : le chef d’orchestre invisible

GNU Radio 3.x et GNU Radio 4 : le flowgraph peut rester similaire, mais le moteur d’exécution de GR4 adopte une architecture beaucoup plus modulaire et flexible.

Son architecture rend notamment les schedulers modulaires. Plusieurs blocs peuvent également être exécutés dans un même thread. Le tutoriel officiel GR4 montre par exemple que le scheduler fourni peut fonctionner en mode monothread ou selon une approche multithread.

Autrement dit, GNU Radio peut disposer d’une organisation du travail beaucoup mieux adaptée au système utilisé.

Pourquoi cela intéresse-t-il le radioamateur ?

Parce que nos SDR deviennent de plus en plus gourmands.

Recevoir quelques centaines de kilohertz avec un RTL-SDR ne représente pas la même charge que traiter simultanément plusieurs dizaines de mégahertz, plusieurs canaux ou différents démodulateurs.

Et nos ordinateurs ont eux aussi changé.

Nous disposons maintenant de processeurs multicœurs, mais aussi de GPU et d’autres accélérateurs matériels capables d’effectuer certains calculs DSP extrêmement rapidement.

L’architecture de GNU Radio 4 a justement été pensée pour mieux prendre en compte ces architectures hétérogènes. La séparation entre les blocs, les buffers et le runtime doit notamment faciliter le déplacement et le traitement des données avec différents accélérateurs.

On peut alors imaginer une chaîne dans laquelle :

SDR → CPU → GPU → traitement DSP → décodage

sans que chaque bloc doive nécessairement gérer lui-même toute la complexité du transfert des données.

C’est une évolution importante : le flowgraph reste notre représentation logique du récepteur, tandis que l’infrastructure située dessous peut devenir beaucoup plus sophistiquée.

Et ce n’est que le début

GNU Radio 4 a également été conçu avec les architectures distribuées en tête. Un flowgraph pourrait ainsi être réparti entre plusieurs ressources ou plusieurs machines, plutôt que d’être obligatoirement exécuté sur un seul ordinateur.

Principe d’un SDR distribué

Principe d’un SDR distribué : l’architecture de GNU Radio 4 est conçue pour permettre de répartir les traitements entre différentes ressources de calcul plutôt que de tout concentrer sur une seule machine.

Ajoutons à cela l’intégration de SoapySDR, destinée à faciliter l’utilisation de nombreuses familles de matériels SDR derrière une couche d’abstraction commune.

On commence alors à comprendre pourquoi GNU Radio 4 représente beaucoup plus qu’un changement de numéro de version.

Pour nous radioamateurs, l’écran pourra finalement sembler assez familier : toujours une source SDR, des filtres, des démodulateurs et des blocs reliés entre eux.

Mais sous le capot, le moteur aura profondément changé.

Un même SDR… mais plus facile à intégrer

Une autre évolution intéressante concerne la relation entre GNU Radio et le matériel.

Nos stations utilisent aujourd’hui des équipements très différents : RTL-SDR, HackRF, LimeSDR, PlutoSDR, SDRplay et bien d’autres. Chacun possède ses pilotes, ses particularités et ses paramètres.

GNU Radio 4 intègre SoapySDR, une couche d’abstraction permettant à GNU Radio de dialoguer avec de nombreuses familles de SDR à travers une interface plus homogène. L’objectif est de mieux séparer deux éléments :

le matériel qui fournit les échantillons I/Q
et
le flowgraph qui les traite.

Cette séparation facilite notamment le remplacement d’une source réelle par des données enregistrées ou simulées pendant la mise au point. C’est particulièrement intéressant lorsque l’on développe un décodeur ou que l’on veut reproduire exactement les mêmes conditions de test.

Attention cependant : SoapySDR existait déjà dans GNU Radio 3.10. La nouveauté de GR4 réside surtout dans son intégration à la nouvelle architecture et à son nouveau modèle d’exécution.

Et GNU Radio Companion ?

C’est probablement la question que beaucoup se poseront :

faudra-t-il programmer en C++ pour utiliser GNU Radio 4 ?

L’environnement graphique reste bien dans les préoccupations du projet. En mai 2026, l’équipe GNU Radio indiquait que GNU Radio Studio était le candidat actuel pour offrir une expérience comparable à GNU Radio Companion.

L’objectif reste donc de conserver ce qui fait une grande partie de l’intérêt de GNU Radio : construire graphiquement un système DSP en reliant des blocs.

Mais cette partie de l’écosystème GR4 est encore en évolution. GNU Radio travaille notamment sur les interfaces graphiques, la documentation, les exemples, le packaging et la simplification de l’installation.

Faut-il installer GNU Radio 4 maintenant ?

Pour expérimenter, certainement.

Pour remplacer immédiatement une installation GNU Radio 3 parfaitement fonctionnelle, probablement pas.

GNU Radio 4 a atteint le stade RC1 en mars 2026. Son architecture centrale est désormais considérée comme stable et les développeurs indiquent que les changements après RC1 devraient essentiellement compléter l’écosystème plutôt que bouleverser les API fondamentales.

Mais il reste encore un travail important : porter des blocs GNU Radio 3, compléter les interfaces matérielles, améliorer la documentation et développer les outils qui entoureront la version définitive.

Il faut donc considérer GR4 comme une technologie désormais suffisamment mature pour être expérimentée, mais dont l’écosystème n’a pas encore la richesse accumulée pendant des années par GNU Radio 3.

Ce qu’il faut retenir

La véritable révolution de GNU Radio 4 ne sera probablement pas immédiatement visible à l’écran.

Nous continuerons à raisonner avec une antenne, un SDR, des échantillons I/Q, des filtres, des démodulateurs et des décodeurs.

Ce qui change profondément se trouve sous le capot.

GNU Radio 4 apporte une architecture moderne et modulaire capable de mieux exploiter les processeurs multicœurs, les accélérateurs matériels et, à terme, les systèmes distribués. Le projet veut permettre à un même concept de traitement DSP de fonctionner depuis un système embarqué jusqu’à une architecture beaucoup plus puissante.

Pour nous radioamateurs, cela pourrait ouvrir la porte à des projets SDR plus ambitieux : récepteurs multicanaux, surveillance de larges portions de spectre, stations satellites automatisées, traitements numériques complexes ou applications associant SDR et intelligence artificielle.

GNU Radio 4 ne change donc pas seulement notre manière de construire un flowgraph.

Il prépare surtout la manière dont nos SDR pourront fonctionner demain.

Liens et ressources utiles

Pour suivre l’évolution de GNU Radio 4 et approfondir les notions abordées dans cet article, privilégiez les ressources officielles du projet :

  • GNU Radio – site officiel : actualités, annonces et évolution du projet.
    GNU Radio
  • GNU Radio 4 – Release Candidate 1 : présentation des nouveautés de GR4, de son architecture, de SoapySDR et des améliorations de performances.
    Découvrir GNU Radio 4 RC1
  • Documentation GNU Radio : guides, installation, tutoriels et documentation destinée aux utilisateurs comme aux développeurs.
    Documentation GNU Radio
  • GR4 – état du projet : informations sur la gouvernance, le développement et la route vers GNU Radio 4.0.
    GNU Radio 4 : Road to 4.0

Ces ressources permettront également de vérifier les évolutions de GR4 au fur et à mesure de sa stabilisation.

Nos 70 cm convoités par les satellites commerciaux : faut-il s’inquiéter ?

Nos 70cm convoités

La bande des 70 cm, de 430 à 440 MHz, est depuis longtemps un formidable terrain d’expérimentation pour les radioamateurs. Relais, liaisons locales, modes numériques, ATV, signaux faibles et surtout satellites : ces dix mégahertz sont loin d’être inutilisés.

Mais voilà que des satellites commerciaux commencent eux aussi à regarder du côté de nos fréquences. L’affaire AST SpaceMobile en est une illustration particulièrement intéressante. Faut-il craindre de voir progressivement les radioamateurs chassés de leurs 70 cm ?

À qui appartient vraiment la bande 430–440 MHz ?

Première précision : une fréquence radio n’« appartient » pas à ses utilisateurs.

Le spectre est organisé internationalement par l’UIT, puis décliné dans les réglementations nationales. La France appartient à la Région 1 de l’UIT, où 430–440 MHz constitue une bande importante pour le service amateur. La réglementation française est ensuite précisée par le Tableau national de répartition des bandes de fréquences (TNRBF) publié par l’ANFR.

À l’intérieur de cette bande, 435–438 MHz est également particulièrement importante pour le service amateur par satellite.

C’est précisément ce qui rend l’affaire actuelle intéressante : un satellite commercial n’est évidemment pas un satellite du service amateur.

À qui appartient vraiment la bande 430–440 MHz ?

AST SpaceMobile entre dans la bande

AST SpaceMobile développe une constellation de satellites en orbite basse destinée notamment à permettre des communications directes avec des téléphones mobiles.

Mais un satellite doit également communiquer avec ses stations de contrôle. Il faut transmettre sa télémétrie, connaître sa position et pouvoir lui envoyer des commandes : ce sont les fonctions TT&C — Telemetry, Tracking and Command.

AST a utilisé cinq fréquences situées en plein dans les 70 cm :

430,500 – 432,300 – 434,100 – 435,900 – 439,500 MHz.

Les satellites BlueBird utilisent des émissions GFSK d’environ 50 kHz de largeur. Le prototype BlueWalker 3 avait également émis sur 437,500 MHz.

L’affaire a pris une tout autre dimension lorsque l’entreprise a demandé que cette possibilité soit étendue à une constellation pouvant atteindre 248 satellites.

Pourquoi cela pose-t-il problème ?

On pourrait objecter qu’un satellite transmettant quelques données pendant quelques instants ne va pas bouleverser toute une bande de 10 MHz.

Mais une émission depuis l’espace possède une caractéristique redoutable : elle est visible sur une immense superficie.

Un émetteur terrestre de faible puissance sur 435 MHz ne porte généralement que sur une zone limitée. À plusieurs centaines de kilomètres d’altitude, le même principe devient très différent : des milliers de stations peuvent se trouver simultanément dans l’empreinte radio du satellite.

Or certaines activités radioamateurs recherchent des signaux extrêmement faibles.

Un opérateur suivant un CubeSat sur 435–438 MHz, une station travaillant en EME ou un amateur observant une portion de spectre avec un SDR peut recevoir un signal commercial considérablement plus puissant que le signal qu’il cherche à décoder.

Avec quelques satellites, le phénomène reste occasionnel. Avec des centaines de satellites, la question devient beaucoup plus sérieuse.

Pourquoi cela pose-t-il problème ?

Une mobilisation qui a porté ses fruits

L’ARRL, l’IARU, l’AMSAT et de nombreux radioamateurs se sont opposés à une utilisation généralisée de 430–440 MHz par la constellation. Plus de 2 500 contributions ont été adressées à la FCC.

Et cette mobilisation a eu un effet concret.

Le 21 avril 2026, la FCC a accordé une autorisation beaucoup plus restrictive que celle initialement envisagée. AST SpaceMobile peut utiliser les cinq canaux de 50 kHz pour ses 248 satellites uniquement pour des opérations TT&C d’urgence, lorsque les autres fréquences ne sont pas disponibles.

Chaque situation d’urgence est limitée à 24 heures et l’autorisation concerne des communications avec cinq stations terrestres déterminées, situées hors des États-Unis. Les administrations des pays concernés doivent en outre autoriser ces communications.

Autrement dit, AST SpaceMobile n’a pas obtenu un accès commercial permanent à nos 70 cm.

Alors, pourquoi rester vigilant ?

Parce que le véritable enjeu dépasse largement AST SpaceMobile.

L’IARU conteste notamment le recours à l’article 4.4 du Règlement des radiocommunications de l’UIT, qui permet sous certaines conditions d’autoriser une utilisation non conforme au tableau international d’attribution des fréquences, à condition de ne pas provoquer de brouillage préjudiciable.

Le problème est donc celui du précédent.

Aujourd’hui, cinq canaux utilisés exceptionnellement. Demain, d’autres constellations pourraient-elles réclamer des dispositions comparables ?

Avec la multiplication des satellites en orbite basse, les fréquences utilisables pour leurs communications deviennent une ressource extrêmement recherchée.

Faut-il donc s’inquiéter pour nos 70 cm ?

Pas de panique : personne ne vient actuellement supprimer la bande 430–440 MHz aux radioamateurs français.

Mais l’affaire AST SpaceMobile constitue un avertissement particulièrement instructif. Les fréquences radio sont une ressource limitée et les bandes dont disposent les radioamateurs peuvent susciter l’intérêt d’autres utilisateurs.

L’épisode montre également que les interventions de l’IARU, des associations nationales, de l’AMSAT et des radioamateurs peuvent réellement peser dans les décisions réglementaires.

Il existe enfin une excellente manière de défendre nos fréquences : les utiliser.

Une bande active, expérimentée, mesurée, documentée et techniquement utile est beaucoup plus facile à défendre qu’une portion de spectre silencieuse.

Liens et ressources utiles

  • ANFR — Tableau national de répartition des bandes de fréquences (TNRBF) : c’est la référence pour connaître les attributions françaises. La version consolidée du 26 mai 2026 est actuellement proposée par l’ANFR.
    Consulter le TNRBF sur le site de l’ANFR
  • ANFR — Tableau détaillé des fréquences : particulièrement intéressant pour vérifier 430–440 MHz. Il montre notamment les différentes attributions françaises et la présence du service amateur par satellite dans 435–438 MHz.
    Consulter le tableau des fréquences ANFR
  • IARU Région 1 — Position sur AST SpaceMobile : c’est probablement le document le plus pertinent pour votre article, car il expose directement les inquiétudes du monde radioamateur concernant l’utilisation de 430–440 MHz par la constellation.
    IARU Région 1 — AST SpaceMobile et 430–440 MHz
  • ARRL — Opposition à l’utilisation commerciale des 70 cm : l’ARRL détaille la demande d’AST SpaceMobile et les raisons techniques de son opposition.
    ARRL — Protecting the 70-centimeter amateur band
  • FCC — décision d’avril 2026 : c’est la source réglementaire américaine à consulter pour connaître précisément les limitations finalement imposées à AST SpaceMobile.
    FCC — décision DA 26-391

LinHT : et si le prochain talkie-walkie radioamateur était entièrement open source ?

LinHT

Nos talkies-walkies modernes ont énormément progressé. FM, DMR, D-Star, C4FM, GPS, Bluetooth… ils embarquent parfois une électronique impressionnante. Pourtant, leur fonctionnement reste généralement déterminé par le constructeur : on peut programmer des fréquences, des mémoires et quelques paramètres, mais certainement pas réinventer le fonctionnement de la radio.

LinHT propose une approche radicalement différente.

Imaginez un portatif UHF contenant un véritable ordinateur Linux, capable d’exécuter GNU Radio et associé à un frontal RF fournissant directement les signaux I/Q. Le mode radio n’est alors plus nécessairement figé dans l’électronique : une partie importante du fonctionnement du poste devient… du logiciel.

C’est précisément l’idée derrière LinHT, pour Linux Handheld Transceiver.

LinHT, c’est quoi exactement ?

LinHT est un projet de talkie-walkie SDR open source développé par des membres de la communauté M17. Il succède au projet OpenHT avec un objectif clairement affiché : réaliser une plateforme radio portable ouverte, modifiable et suffisamment accessible pour permettre l’expérimentation.

Le projet ne part d’ailleurs pas complètement de zéro. Les prototypes actuels utilisent le boîtier d’un Retevis C62 ainsi que plusieurs de ses éléments mécaniques : écran, boutons latéraux, connecteur SMA, prises audio, encodeur et diverses pièces du châssis.

Mais la carte électronique principale est remplacée par celle du LinHT.

Attention toutefois : en 2026, LinHT reste un projet expérimental. Il ne s’agit pas encore d’un talkie que l’on commande pour l’utiliser le lendemain.

À l’intérieur : un véritable ordinateur Linux

Schema LinHT

Le cœur du LinHT n’est pas un petit microcontrôleur comme on pourrait l’imaginer dans un talkie classique.

Il utilise un module informatique basé sur un NXP i.MX93, avec deux cœurs ARM Cortex-A55 cadencés jusqu’à 1,7 GHz, auxquels s’ajoute un Cortex-M33. La configuration actuelle dispose de 2 Go de mémoire LPDDR4 et 32 Go d’eMMC.

Autrement dit, nous sommes beaucoup plus proches d’un petit ordinateur embarqué que d’un poste radio traditionnel.

Le système fonctionne sous Linux, construit avec Yocto, et peut notamment exécuter Python, des outils de développement et surtout GNU Radio.

L’architecture peut être résumée ainsi :

Antenne → frontal RF → signaux I/Q → Linux → GNU Radio → traitement du mode radio

Et détail intéressant : les concepteurs ont choisi de réaliser cette architecture sans FPGA dans la chaîne de traitement.

Le SX1255 : quand le talkie devient SDR

Pour comprendre l’intérêt de LinHT, il faut regarder le composant situé entre l’antenne et l’ordinateur : le Semtech SX1255.

Celui-ci constitue le frontal RF Direct-IQ du poste.

Dans une radio conventionnelle, une grande partie des fonctions de réception et de modulation est assurée par des circuits électroniques spécialisés. Avec LinHT, le SX1255 fournit au système les composantes I et Q du signal.

Sans entrer trop profondément dans les mathématiques, ces deux signaux permettent de conserver les informations d’amplitude et de phase nécessaires au traitement numérique.

Le logiciel peut ensuite filtrer, démoduler ou décoder le signal.

C’est là toute la différence :

le matériel reçoit le signal ; le logiciel décide en grande partie quoi en faire.

La version actuelle reste cependant UHF uniquement et travaille avec une largeur de bande I/Q pouvant atteindre environ 500 kHz.

GNU Radio directement dans le talkie

C’est probablement la partie la plus séduisante du projet pour l’expérimentateur.

LinHT peut exécuter GNU Radio directement à bord.

On peut donc construire une chaîne de réception ressemblant conceptuellement à :

RF → I/Q → filtrage → démodulation → décodage → audio

et réaliser le chemin inverse en émission.

Le projet a naturellement beaucoup travaillé sur M17, protocole numérique vocal open source destiné aux radioamateurs. Dès novembre 2025, LinHT fonctionnait déjà comme un véritable transceiver M17 autonome.

Mais l’architecture ne se limite pas théoriquement à un seul mode. La documentation actuelle mentionne notamment FM, SSB, M17 et différents modes numériques expérimentaux, tandis que des essais de réception TETRA ont également été réalisés.

Un talkie peut ainsi devenir une véritable plateforme portable d’expérimentation SDR.

Et côté puissance ?

Un SDR expérimental capable de décoder des signaux sur une table de laboratoire est une chose. Un véritable talkie capable d’émettre plusieurs watts en est une autre.

La Rev B a justement permis de franchir cette étape.

Elle intègre un amplificateur RF GRF5604. Les essais ont mesuré environ 4,5 W en CW et autour de 3,5 W lors d’un essai M17.

Les concepteurs ont également validé la commutation émission/réception ainsi que deux atténuateurs RF programmables destinés notamment à éviter la saturation du récepteur.

LinHT commence donc réellement à ressembler à un portatif utilisable sur l’air.

Open source… jusqu’au circuit imprimé

L’intérêt du projet ne se limite pas à Linux.

La documentation matérielle est publiée : schémas électroniques, fichiers KiCad, PCB, nomenclature et données nécessaires à la fabrication sont accessibles.

On peut donc étudier le fonctionnement du poste, modifier son électronique et développer ses propres logiciels ou chaînes GNU Radio.

Il faut néanmoins apporter une nuance au terme « open source » : les fichiers matériels sont actuellement distribués sous licence CC BY-NC-SA 4.0, qui comporte notamment une restriction concernant l’utilisation commerciale.

Peut-on déjà construire son LinHT ?

Techniquement, un expérimentateur très bien équipé peut étudier le projet et envisager sa réalisation.

Mais nous sommes encore loin d’un kit à monter tranquillement un dimanche après-midi.

La Rev B a été fabriquée et testée et a permis de valider une grande partie de l’architecture. Plusieurs problèmes ont néanmoins été identifiés, notamment autour du GNSS, de certaines commandes matérielles et de l’intégration audio.

Ces enseignements servent maintenant au développement de la Rev C, qui devra elle-même être fabriquée et mesurée avant que ses performances puissent être considérées comme acquises.

Et si c’était cela, le talkie de demain ?

LinHT est finalement intéressant au-delà du projet lui-même.

Depuis des décennies, nous utilisons des postes dont le constructeur définit les possibilités. LinHT inverse en partie cette logique : le matériel devient une plateforme sur laquelle le radioamateur peut expérimenter.

Linux, GNU Radio, SDR, matériel documenté et logiciels modifiables réunis dans un appareil tenant dans la main…

Après les talkies que l’on pouvait simplement programmer, voici peut-être venir une nouvelle génération : des talkies que l’on pourra véritablement transformer.

Reste maintenant à voir si LinHT restera un formidable terrain de jeu pour quelques passionnés… ou s’il préfigure réellement le talkie-walkie radioamateur de demain.

Pour aller plus loin

Vous souhaitez suivre le développement de LinHT, consulter ses schémas ou découvrir plus en détail son architecture ? Voici les principales ressources officielles du projet.

  • Documentation matérielle LinHT : schémas, fichiers KiCad, Gerber, nomenclature et modèles 3D.
    linux-radio.eu
  • M17 Project : site de la communauté à l’origine de LinHT et du protocole numérique M17.
    m17project.org
  • Actualités LinHT : essais des prototypes et évolution des différentes révisions matérielles.
    Actualités LinHT
  • Architecture interne de LinHT : présentation détaillée du SX1255, de l’i.MX93, de Linux et de GNU Radio.
    Comprendre le fonctionnement de LinHT
  • Sources matérielles : fichiers de conception du circuit imprimé.
    Dépôt LinHT-hw sur GitHub

LinHT évoluant rapidement, privilégiez ces sources officielles pour disposer des informations les plus récentes.

Après le SDR, voici l’IA-Radio : demain, notre récepteur saura-t-il reconnaître tout seul ce qu’il reçoit ?

IA et SDR

L’intelligence artificielle arrive dans l’univers radioamateur et pourrait bien transformer nos récepteurs SDR. Après avoir révolutionné notre manière d’observer et de décoder le spectre radio, le Software Defined Radio (SDR) pourrait franchir une nouvelle étape grâce à l’IA : reconnaître automatiquement les modulations, identifier certains signaux radio et détecter des interférences. Une évolution aujourd’hui explorée par Radio-FM, un modèle d’intelligence artificielle spécialement entraîné pour analyser directement les signaux radio.

Mais une étape supplémentaire est peut-être en train d’être franchie.

Et si notre récepteur était capable de regarder lui-même le spectre et de nous dire : « Ici, je détecte tel type de modulation ; là, probablement telle technologie ; et ce signal ressemble à une interférence » ?

C’est précisément le domaine exploré par Radio-FM, un nouveau modèle d’intelligence artificielle présenté début août 2026.

Du SDR à la radio « intelligente »

Un SDR transforme une grande partie des fonctions autrefois réalisées par des circuits électroniques en traitements logiciels.

Filtrage, démodulation, largeur de bande, affichage du spectre : tout ou presque peut être réalisé numériquement.

Mais l’opérateur reste généralement celui qui interprète ce qu’il voit.

Devant un waterfall, un radioamateur expérimenté reconnaît rapidement certains signaux. Une porteuse CW est assez caractéristique, tout comme le FT8, la SSB ou différentes transmissions numériques.

L’idée de l’IA-Radio consiste à automatiser une partie de cette analyse.

L’intelligence artificielle ne se contenterait plus de regarder une image du waterfall : elle pourrait travailler directement sur les échantillons I/Q, c’est-à-dire sur les données numériques brutes produites par le récepteur SDR.

Radio-FM : une IA entraînée à comprendre les signaux

Présenté le 6 août 2026 par une équipe de chercheurs, Radio-FM est ce que l’on appelle un foundation model, ou modèle de fondation, spécialisé dans les signaux radio.

Le principe rappelle, dans une certaine mesure, celui des grands modèles utilisés pour le langage ou les images : plutôt que d’entraîner une intelligence artificielle pour une seule tâche extrêmement précise, on cherche à créer un modèle général capable d’apprendre une représentation du monde radio.

Radio-FM a été pré-entraîné à partir de 15 jeux de données couvrant différents domaines : modulations, communications, radars et identification de signaux.

Les chercheurs l’ont ensuite évalué sur 15 bancs d’essai différents.

Selon leurs résultats, Radio-FM atteint les meilleures performances sur 13 des 15 tests, notamment pour la reconnaissance de modulation, l’identification d’émetteurs, la reconnaissance de technologies radio, de radars et d’interférences.

Que pourrait en faire un radioamateur ?

Imaginons maintenant cette technologie intégrée dans un logiciel SDR.

Nous balayons une bande et plusieurs signaux apparaissent.

Aujourd’hui, nous devons les reconnaître nous-mêmes ou utiliser des logiciels spécialisés. Demain, l’IA pourrait potentiellement analyser automatiquement les signaux présents et afficher une estimation :

CW – forte probabilité
modulation numérique – identification probable
signal inconnu – analyse nécessaire

Le principe pourrait aller beaucoup plus loin.

Une IA entraînée spécifiquement sur les bandes radioamateurs pourrait théoriquement apprendre à distinguer de nombreuses familles de signaux et aider l’opérateur à repérer rapidement une activité intéressante dans plusieurs mégahertz de spectre.

On pourrait également imaginer des fonctions de détection automatique d’interférences ou d’identification de signaux inhabituels.

Attention toutefois : Radio-FM n’est pas aujourd’hui un plugin que l’on installe dans SDR++ ou SDR# pour reconnaître automatiquement FT8, RTTY ou FreeDV.

Il s’agit avant tout d’un travail de recherche démontrant les possibilités d’un modèle général appliqué aux signaux radio.

Reconnaître même avec peu d’exemples

Un autre aspect intéressant concerne la capacité d’apprentissage avec relativement peu de données.

Les auteurs indiquent que Radio-FM obtient de bons résultats en few-shot learning : le modèle peut s’adapter à certaines nouvelles tâches avec un nombre limité d’exemples.

C’est important pour le monde radio.

Il existe énormément de modulations, protocoles, conditions de propagation, niveaux de bruit et situations d’interférences.

Il serait pratiquement impossible de disposer de millions d’enregistrements correctement étiquetés pour chacune d’entre elles.

Un modèle capable de généraliser à partir d’un nombre limité d’exemples devient donc beaucoup plus intéressant.

Et pourquoi pas un récepteur entièrement basé sur l’IA ?

D’autres recherches vont encore plus loin.

En juillet 2026, des chercheurs ont présenté FM-Receiver, un concept de récepteur dans lequel un modèle d’IA prend directement les signaux reçus en entrée pour produire les bits transmis en sortie. Les essais décrits sont réalisés en simulation, mais ils montrent jusqu’où pourrait aller le concept de récepteur « AI-native ».

Nous passerions alors progressivement du :

Software Defined Radio

au :

AI Defined Radio.

Le logiciel ne se contenterait plus d’exécuter les traitements choisis par l’opérateur. Il participerait lui-même à l’interprétation du signal.

L’opérateur ne va pas disparaître

Il ne faut cependant pas imaginer que notre prochain transceiver identifiera infailliblement tout ce qui traverse l’antenne.

Une intelligence artificielle peut se tromper. Le bruit, le fading, les signaux faibles, les brouillages ou des modulations très proches peuvent compliquer considérablement l’identification.

Pour le radioamateur, l’intérêt serait plutôt de disposer d’un nouvel outil d’assistance.

Après le waterfall, le décodage numérique automatique et les logiciels capables de surveiller plusieurs fréquences simultanément, l’intelligence artificielle pourrait devenir une nouvelle couche d’analyse.

Le récepteur ne nous montrerait plus seulement qu’un signal est présent.

Il pourrait également commencer à nous expliquer ce qu’il pense avoir reçu.

Et pour les amateurs de SDR et d’expérimentation numérique, voilà certainement un domaine qu’il faudra suivre de très près.

Liens utiles pour aller plus loin

Pour approfondir l’intelligence artificielle appliquée aux signaux radio, vous pouvez consulter la publication scientifique Radio-FM, à l’origine de cet article. Les lecteurs souhaitant expérimenter pourront également découvrir les jeux de données RadioML de DeepSig, utilisés dans la recherche sur la reconnaissance des modulations, ainsi que SigMF, un format ouvert permettant de stocker et documenter des enregistrements de signaux radio I/Q.

Après QO-100 : à quoi pourrait ressembler son successeur ?

QO-100 - Future GEO

Depuis sa mise en service en 2019, Qatar OSCAR-100 (QO-100) a profondément changé la pratique du satellite chez les radioamateurs. Pour la première fois, nous disposons d’un transpondeur radioamateur en orbite géostationnaire, accessible 24 heures sur 24 sur une immense zone géographique.

Avec une parabole, un LNB et quelques watts en 2,4 GHz, il est aujourd’hui possible de réaliser des contacts à plusieurs milliers de kilomètres en SSB, CW, modes numériques ou DATV.

Mais QO-100 ne sera évidemment pas éternel. Et dans le domaine spatial, préparer une nouvelle mission demande des années.

C’est pourquoi AMSAT-DL réfléchit déjà à l’après QO-100, dans le cadre d’une étude menée avec l’Agence spatiale européenne (ESA). Le projet porte un nom : futureGEO.

Pourquoi préparer maintenant l’après QO-100 ?

Il n’est absolument pas question d’enterrer QO-100. Lors du workshop futureGEO organisé à Friedrichshafen en juin 2026, une durée de fonctionnement encore importante d’Es’hail-2 a été évoquée.

Mais concevoir une nouvelle charge utile, choisir les technologies, obtenir les fréquences, trouver des partenaires puis surtout une opportunité de lancement peut prendre de nombreuses années.

Depuis janvier 2025, AMSAT-DL travaille ainsi dans le cadre du programme ARTES Future Preparation de l’ESA sur une étude baptisée Future Amateur Geostationary Payload Definition.

L’objectif est de déterminer ce que pourrait devenir la prochaine génération de charge utile radioamateur géostationnaire.

Trois grandes pistes sont actuellement étudiées.

Enhanced QO-100+ : améliorer ce qui fonctionne déjà

La première solution serait la plus proche de notre QO-100 actuel.

Baptisée provisoirement Enhanced QO-100+, elle conserverait le principe des transpondeurs classiques : le satellite reçoit nos émissions et les retransmet vers la Terre.

Nous pourrions ainsi retrouver un transpondeur bande étroite destiné à la SSB, CW et aux modes numériques ainsi qu’un transpondeur large bande pour la DATV.

Mais cette nouvelle génération pourrait apporter plusieurs améliorations : nouvelles balises, plusieurs bandes de fréquences, transmission de textes et d’images ou encore fonctions destinées aux communications d’urgence.

Cette solution aurait un avantage évident : nous savons déjà que le concept QO-100 fonctionne remarquablement bien.

Digital Innovation Lab : un SDR dans l’espace

La deuxième proposition est beaucoup plus ambitieuse.

Avec le Digital Innovation Lab, il ne serait plus simplement question de placer un relais dans l’espace. La charge utile disposerait d’importantes capacités de traitement numérique du signal.

Nous entrerions alors véritablement dans le domaine du SDR — Software Defined Radio — spatial.

Contrairement à un transpondeur classique qui retransmet essentiellement ce qu’il reçoit, une plateforme numérique pourrait traiter les signaux à bord et permettre d’expérimenter de nouvelles modulations ou de nouveaux protocoles.

On peut alors imaginer un véritable laboratoire radioamateur géostationnaire, permettant de tester de nouvelles technologies sans devoir construire un nouveau satellite pour chaque expérimentation.

C’est probablement l’idée la plus révolutionnaire de futureGEO : certaines fonctions pourraient évoluer grâce au logiciel alors que le satellite serait déjà en orbite.

High Frequency Pathfinder : explorer encore plus haut

La troisième proposition regarde encore plus loin.

Le High Frequency Pathfinder serait notamment destiné à explorer les communications dans les bandes millimétriques (mmWave).

Pour les expérimentateurs radioamateurs, ce serait un formidable terrain de jeu : nouvelles antennes, propagation sur les très hautes fréquences, balises expérimentales, mesures scientifiques et nouvelles techniques de transmission.

Nous serions alors bien au-delà d’un simple « QO-100 amélioré ».

Le satellite deviendrait également une plateforme d’expérimentation hyperfréquence.

Trois visions pour le futur

Ces trois concepts représentent finalement trois philosophies différentes.

Enhanced QO-100+ privilégie la continuité en améliorant une formule éprouvée.

Digital Innovation Lab transforme le satellite en plateforme SDR évolutive et expérimentale.

High Frequency Pathfinder ouvre la porte aux expérimentations sur les bandes millimétriques et aux technologies radio de demain.

La future solution pourrait d’ailleurs combiner plusieurs de ces idées.

Il faut cependant rester prudent : futureGEO n’est pas encore un satellite dont le lancement serait programmé. Nous sommes actuellement dans une phase d’étude et de définition des besoins.

QO-100 n’était peut-être que le début

QO-100 a démontré qu’un satellite géostationnaire radioamateur pouvait devenir un formidable outil de communication et d’expérimentation.

Sept ans après son lancement, nous nous sommes presque habitués à pouvoir utiliser depuis notre jardin un transpondeur situé à près de 36 000 km au-dessus de la Terre.

La question n’est donc peut-être plus seulement de savoir comment remplacer QO-100.

Elle devient plutôt :

que pourrions-nous faire de mieux la prochaine fois ?

Avec QO-100+, le Digital Innovation Lab et le High Frequency Pathfinder, les premières réponses commencent à apparaître.

Le successeur de QO-100 pourrait ainsi ne plus être seulement un relais radioamateur, mais devenir un véritable laboratoire radio dans l’espace accessible depuis nos stations.

Une évolution que nous suivrons évidemment avec beaucoup d’intérêt.

HAMgpt : quand l’intelligence artificielle se met au service des radioamateurs

HamGPT

L’intelligence artificielle s’installe progressivement dans de nombreux domaines techniques et le radioamateurisme n’échappe pas à cette évolution. Après les assistants généralistes comme ChatGPT, voici HAMgpt, une intelligence artificielle développée spécifiquement pour les radioamateurs.

Lancé en 2026, HAMgpt se présente comme un « Personal AI Copilot for Amateur Radio », autrement dit un copilote intelligent destiné à accompagner l’opérateur dans ses activités radio.

Propagation, DX, satellites, relais, antennes, calculs ou théorie de la radioélectricité : son champ d’utilisation est particulièrement vaste.

Un assistant adapté au radioamateur

L’un des intérêts de HAMgpt est sa capacité à tenir compte du contexte de l’utilisateur : indicatif, pays, localisation, classe de licence et certains éléments concernant sa station.

Cette personnalisation permet de poser des questions très concrètes.

Au lieu de demander simplement :

« Quelle bande utiliser pour faire du DX ? »

on peut demander :

« Depuis ma position, quelle bande semble actuellement la plus favorable pour contacter l’Amérique du Nord ? »

HAMgpt peut alors associer les connaissances de l’intelligence artificielle aux données disponibles concernant les conditions de propagation et l’activité radio.

Propagation, DX, POTA et SOTA

La propagation constitue naturellement l’un de ses domaines de prédilection.

Les possibilités de liaison dépendent de nombreux paramètres : heure, saison, activité solaire, état de l’ionosphère, fréquence et distance à parcourir.

HAMgpt peut aider l’opérateur à interpréter ces informations et à choisir une bande présentant de bonnes probabilités d’ouverture vers une région donnée.

L’assistant s’intéresse également au DX et aux activités populaires comme le POTA (Parks On The Air) et le SOTA (Summits On The Air).

L’intérêt est évident : plutôt que de consulter plusieurs services, l’opérateur peut demander à l’intelligence artificielle de synthétiser les informations utiles.

Cela ne dispense évidemment pas d’écouter les bandes ou de consulter WSPR, PSK Reporter et les différents clusters DX pour constater ce qui se passe réellement.

Satellites et relais VHF/UHF

HAMgpt peut également fournir des informations concernant les passages de satellites radioamateurs en fonction de la localisation de l’opérateur.

Même principe pour les relais : il peut rechercher les relais VHF et UHF à proximité (uniquement USA !), avec leurs principales caractéristiques : fréquence, décalage émission/réception et tonalités d’accès.

Une fonction particulièrement intéressante pour le radioamateur en déplacement.

HAMgpt sait aussi parler technique

Il serait cependant réducteur de présenter HAMgpt uniquement comme un outil consacré à la propagation, aux satellites et aux relais.

On peut également lui soumettre des questions techniques de radioélectricité.

Il est ainsi possible de l’interroger sur le fonctionnement d’un dipôle, d’une verticale ou d’une Yagi, mais aussi sur la résonance, les circuits RLC, le gain, les décibels ou l’adaptation d’impédance.

Quelques exemples :

« Pourquoi un dipôle demi-onde mesure-t-il réellement un peu moins de λ/2 ? »

« Pourquoi une antenne verticale quart d’onde nécessite-t-elle des radians ? »

« Quelle est la différence entre gain, directivité et rendement d’une antenne ? »

HAMgpt peut ainsi devenir un outil pédagogique pour approfondir certaines notions de radioélectricité.

ROS, impédance et lignes de transmission

Les problèmes d’adaptation peuvent également lui être soumis.

HAMgpt peut expliquer le ROS/SWR, le coefficient de réflexion ou les notions de résistance, de réactance et d’impédance complexe.

On pourrait par exemple lui demander :

« Mon antenne présente une impédance de 25 + j30 Ω sur une ligne de 50 Ω. Que signifie cette mesure ? »

L’assistant pourra expliquer la partie résistive et la réactance inductive, puis éventuellement effectuer les calculs correspondants.

Pertes dans les câbles coaxiaux, coefficient de vélocité, longueur électrique, transformateurs quart d’onde, stubs, baluns, ununs et chokes font également partie des sujets que l’on peut aborder.

HAMgpt peut aussi apporter une aide au dépannage en suggérant différentes causes possibles face à un ROS anormal ou à une installation qui ne fonctionne plus correctement.

Où trouver HAMgpt et dans quelle langue lui parler ?

HAMgpt est accessible directement sur son site Internet :

HAMgpt : https://hamgpt.co/

Une démonstration est accessible depuis la page d’accueil et il est possible de créer un compte gratuit pour utiliser plus complètement le service.

L’interface et la présentation du site sont principalement en anglais, et HAMgpt peut naturellement être interrogé en anglais ou en espagnol.

Bonne nouvelle pour ceux qui maîtrisent moins bien la langue de Shakespeare : il comprend très bien les questions formulées en français. Lors de son utilisation, il peut même répondre en français, même si ce comportement ne semble pas encore être présenté comme une fonctionnalité officiellement garantie.

On peut donc parfaitement essayer de lui écrire :

« Pourquoi mon antenne verticale présente-t-elle un ROS élevé sur 14 MHz ? »

sans nécessairement traduire la question en anglais.

HAMgpt et ChatGPT : deux approches complémentaires

HAMgpt pourrait être présenté comme un « ChatGPT pour radioamateurs », mais cette définition serait trop simpliste.

Une intelligence artificielle généraliste peut développer une théorie, effectuer une démonstration mathématique, analyser un circuit ou accompagner la conception d’un projet.

HAMgpt apporte surtout une spécialisation radioamateur, associée à des informations propres à cette activité.

On pourrait résumer la différence ainsi :

ChatGPT : « Comment fonctionne la propagation sur 20 mètres ? »

HAMgpt : « Est-ce une bonne idée d’essayer le 20 mètres depuis ma station maintenant ? »

Les deux approches sont donc davantage complémentaires que concurrentes.

Un outil supplémentaire dans la station

Propagation, DX, POTA, SOTA, satellites, relais, antennes, ROS, lignes de transmission et théorie de la radioélectricité : HAMgpt couvre finalement une bonne partie des préoccupations du radioamateur.

Une précaution reste néanmoins indispensable : une intelligence artificielle peut se tromper. Une formule, un calcul, une longueur d’antenne ou une information réglementaire importante doit toujours être vérifiée auprès d’une source fiable.

HAMgpt ne remplacera donc ni l’expérimentation, ni les mesures, ni le fer à souder, ni le NanoVNA et encore moins les discussions entre radioamateurs.

Mais il pourrait bien devenir un nouvel outil dans la boîte à outils de l’OM.