Après Winlink et AREDN, l’OFDM peut-il devenir un outil des réseaux radioamateurs d’urgence ?

Banniere OFDM

Lorsqu’Internet et les réseaux téléphoniques deviennent indisponibles, les radioamateurs savent encore transmettre un message. Winlink constitue aujourd’hui l’un des outils les plus connus pour acheminer courriels, formulaires et petits fichiers par radio. À l’autre extrémité, AREDN permet de construire de véritables réseaux IP radio à haut débit.

Mais entre ces deux mondes, il reste une place intéressante : transmettre plusieurs kilobits par seconde avec la largeur de bande d’un simple canal SSB. C’est précisément ce que permettent de nouvelles expérimentations autour de l’OFDM.

L’OFDM : plusieurs porteuses plutôt qu’une seule

OFDM signifie Orthogonal Frequency Division Multiplexing. Au lieu de faire transporter toutes les données par une seule porteuse, le signal est réparti entre de nombreuses sous-porteuses orthogonales.

Cette technique est largement utilisée dans les télécommunications modernes. Elle permet notamment d’obtenir une bonne efficacité spectrale et de mieux gérer certaines dégradations du canal.

Pour le radioamateur, son autre intérêt est la possibilité d’adapter la transmission aux conditions rencontrées : BPSK ou QPSK lorsque le signal est difficile, QAM lorsque le rapport signal/bruit permet de rechercher davantage de débit.

Jusqu’à 14,2 kbit/s dans seulement 2,4 kHz !

Un projet récent illustre particulièrement bien ce potentiel : MODEM73, modem logiciel open source utilisable en HF, VHF et UHF avec un émetteur-récepteur disposant de seulement 2 400 Hz de bande passante.

Son modem OFDM propose des modulations allant de BPSK jusqu’à QAM4096 et plusieurs taux de codage correcteur.

Les débits annoncés sont impressionnants : selon la modulation, le codage et la taille des trames, on passe de quelques centaines de bit/s jusqu’à 14 200 bit/s en QAM4096 5/6, toujours dans 2,4 kHz. À un taux de codage 1/2, par exemple, MODEM73 annonce environ 700 bit/s en BPSK, 2,1 kbit/s en QAM16, 4,3 kbit/s en QAM64, 7,5 kbit/s en QAM1024 et 8,6 kbit/s en QAM4096.

Attention toutefois : 14,2 kbit/s est un débit de modem, pas la promesse de transférer réellement un fichier à 14,2 kbit/s sur n’importe quelle liaison. Plus on monte en QAM, meilleur doit être le rapport signal/bruit. MODEM73 recommande d’ailleurs de rester sous 8PSK sur les liaisons HF SSB stables.

14,2 kbit/s dans sa configuration QAM4096 5/6

Entre Winlink et AREDN

C’est là que l’OFDM devient intéressant pour les communications d’urgence.

Winlink privilégie avant tout l’acheminement fiable des messages. À titre d’ordre de grandeur, sa documentation estime qu’un message compressé de 4 ko nécessite environ 2 minutes en packet 1200, 1 minute en packet 9600 et seulement 20 secondes avec VARA FM, dans des conditions idéales.

AREDN se situe beaucoup plus haut : son objectif est de constituer un véritable réseau IP radio large bande capable de transporter fichiers, téléphonie, services Web et même vidéo.

L’OFDM étroit pourrait donc occuper l’espace intermédiaire : quelques kbit/s avec des radios HF/VHF/UHF classiques, sans nécessiter plusieurs mégahertz de spectre.

Entre Winlink et AREDN

Que pourrait-on transmettre en situation d’urgence ?

Avec 5 à 10 kbit/s réellement exploitables, inutile d’imaginer de la vidéo HD. Mais formulaires, positions GPS, listes de matériel, bulletins météo, télémétrie, petits fichiers ou images fortement compressées deviennent parfaitement envisageables.

MODEM73 possède en plus une interface KISS sur TCP, permettant son utilisation avec des applications APRS, des BBS packet, Reticulum ou des logiciels développés spécifiquement. Il propose également des modes ROBUST, descendant de 1 150 à 149 bit/s lorsque les conditions HF deviennent difficiles.

On pourrait ainsi imaginer une station d’urgence passant automatiquement d’un mode rapide à un mode robuste suivant l’état de la liaison.

MODEM73

Un troisième outil dans la boîte ?

L’OFDM ne remplacera probablement ni Winlink ni AREDN. Il pourrait plutôt compléter les deux :

Winlink pour faire passer le message lorsque la liaison est difficile, OFDM étroit pour transporter rapidement davantage de données lorsque le canal le permet, et AREDN lorsqu’une infrastructure large bande peut être déployée.

Entre le message radio qui passe presque partout et le réseau IP à plusieurs Mbit/s, il restait peut-être une case vide.

L’OFDM à bande étroite pourrait bien être en train de la remplir.

Pour aller plus loin

  • MODEM73 – site officiel — La référence principale : fonctionnement, tableaux des modes OFDM, modulations, codages et débits jusqu’à 14,2 kbit/s dans 2,4 kHz.
  • MODEM73 – guide de démarrage — Installation et configuration pratique du modem avec une station HF/VHF/UHF.
  • MODEM73 – code source GitHub — Pour ceux qui souhaitent étudier, compiler ou modifier le modem open source.
  • Winlink Global Radio Email — Le réseau mondial de messagerie radio utilisé notamment pour les communications d’urgence.
  • Guide de démarrage Winlink et VARA FM — Une bonne introduction aux liaisons Winlink utilisant VARA HF, VARA FM et le packet.
  • FreeDV — Projet open source incontournable pour comprendre les développements modernes des modems numériques HF.
  • Reticulum Network Stack — Une piste particulièrement intéressante pour construire des réseaux indépendants et multi-supports. Reticulum peut notamment fonctionner avec des modems disposant d’une interface KISS.
  • Documentation des interfaces Reticulum — Pour aller plus loin dans la construction de réseaux mélangeant différentes liaisons radio.

Que se passe-t-il réellement dans WSJT-X lorsqu’une bande entière se remplit de FT8 ?

Bannière FT8

Il suffit d’ouvrir WSJT-X un soir de bonne propagation sur 20 ou 40 mètres. Le waterfall se couvre rapidement de dizaines de traces verticales, certaines puissantes, d’autres à peine perceptibles. Quinze secondes plus tard, WSJT-X affiche pourtant une impressionnante liste d’indicatifs.

Mais comment le logiciel parvient-il à séparer et décoder autant de stations presque simultanément ?

50 Hz seulement pour une station

La première explication tient à l’extraordinaire étroitesse du FT8. Un signal n’occupe qu’environ 50 Hz. Il utilise une modulation 8-GFSK, composée de huit tonalités espacées de 6,25 Hz. Une transmission contient 79 symboles et dure environ 12,6 secondes, dans une séquence émission/réception de 15 secondes.

Dans une bande passante de 3 kHz, plusieurs dizaines de signaux peuvent donc théoriquement cohabiter.

Spectre FT8

Et surtout, WSJT-X ne se contente pas d’écouter la fréquence indiquée par le curseur. Son multi-décodeur recherche les différents signaux FT8 présents dans toute la bande passante reçue.

WSJT-X recherche d’abord une signature

Pour retrouver une station au milieu de cette forêt de signaux, FT8 possède une sorte de balise intégrée.

Chaque transmission comporte trois séquences de synchronisation constituées de tableaux de Costas 7 × 7, placées au début, au milieu et à la fin du message.

WSJT-X recherche ces signatures dans le spectre. Lorsqu’il trouve un candidat suffisamment crédible, il peut déterminer sa fréquence et son décalage temporel.

Autrement dit, le logiciel ne « lit » pas simplement les jolies lignes visibles sur le waterfall : il recherche mathématiquement les caractéristiques attendues d’un signal FT8.

Puis vient le véritable décodage

Une fois le signal repéré et synchronisé, ses huit tonalités permettent de retrouver les symboles transmis. Chaque symbole transporte trois bits.

FT8 utilise surtout une puissante correction d’erreurs LDPC (174,91) : les 77 bits d’information sont complétés par un CRC de 14 bits puis protégés par 83 bits de parité.

C’est l’une des raisons pour lesquelles WSJT-X peut récupérer des messages qui sembleraient pratiquement noyés dans le bruit à l’oreille.

Le résultat passe également par le CRC : si les données reconstituées ne sont pas cohérentes, le message n’est normalement pas retenu.

pendant 15 secondes

Et lorsque tout le monde émet presque au même endroit ?

C’est là que les choses deviennent spectaculaires.

Deux stations peuvent être extrêmement proches en fréquence, voire se chevaucher partiellement. À cela s’ajoute parfois une station locale à +10 dB tandis qu’un DX arrive à -18 ou -20 dB.

La synchronisation, la correction d’erreurs et les différentes stratégies du décodeur permettent néanmoins de résoudre de nombreuses situations difficiles.

Mais il n’y a pas de miracle : un signal extrêmement puissant peut parfaitement empêcher le décodage d’un signal beaucoup plus faible situé à proximité. La dynamique du récepteur, le niveau audio et l’absence de saturation restent donc essentiels.

Un laboratoire grandeur nature les 29 et 30 août

Vous voulez voir ce phénomène à grande échelle ? Une excellente occasion arrive avec le World Wide Digi DX Contest 2026, qui débutera le samedi 29 août à 12:00 UTC et se terminera le dimanche 30 août à 11:59 UTC.

Le concours utilise FT4 et FT8 sur les bandes 160, 80, 40, 20, 15 et 10 mètres. L’objectif est de contacter le maximum de stations et de carrés Maidenhead différents.

Des segments particuliers sont recommandés pour le FT8 : 1,844–1,848 ; 3,590–3,599 ; 7,090–7,099 ; 14,090–14,099 ; 21,090–21,099 et 28,090–28,099 MHz. Le principe est justement de concentrer l’activité du concours hors des fréquences FT8 habituelles. Le règlement prévoit même de déplacer la fréquence du transceiver par pas de 3 kHz lorsque le segment devient trop chargé.

Même sans participer sérieusement au concours, ouvrez WSJT-X ce week-end-là et observez son waterfall.

Vous ne regarderez probablement plus jamais ces petites lignes de la même façon : derrière chaque décodage se cachent synchronisation, traitement numérique du signal, correction d’erreurs et recherche simultanée de dizaines de transmissions.

Et tout cela se joue en quelques secondes.

Pour aller plus loin

Pour ceux qui souhaitent approfondir le fonctionnement de FT8, du décodage numérique ou préparer le prochain WW Digi DX Contest, voici quelques références particulièrement utiles :

  • Site officiel de WSJT-X — présentation du projet et actualités. La version officielle actuelle est WSJT-X 3.0.2.
  • Guide utilisateur WSJT-X — la référence pour comprendre FT8, les différentes passes de décodage, le waterfall et les réglages avancés.
  • Télécharger WSJT-X — versions officielles Windows, Linux et macOS.
  • World Wide Digi DX Contest — site officiel, règlement, conseils d’exploitation, résultats et dépôt des logs. L’édition 2026 aura lieu les 29 et 30 août.

Ces documents permettent également d’aller beaucoup plus loin dans la structure des messages, le LDPC, le CRC et les mécanismes de synchronisation utilisés par FT8.

Après QO-100, l’Amérique prépare-t-elle son propre satellite radioamateur géostationnaire ?

Banniere Après QO-100

Depuis 2019, QO-100 a profondément changé la pratique du satellite radioamateur. Installé à bord du satellite Es’hail-2 en orbite géostationnaire, il offre en permanence aux radioamateurs situés dans sa zone de couverture un transpondeur étroit pour la SSB, la CW et les modes numériques, ainsi qu’un transpondeur large principalement destiné à la DATV.

Mais il existe un grand absent : le continent américain. Et justement, de l’autre côté de l’Atlantique, AMSAT prépare depuis plusieurs années les technologies nécessaires au retour des satellites radioamateurs vers les orbites hautes.

Le problème : QO-100 ne couvre pas l’Amérique

À près de 36 000 km au-dessus de l’équateur, un satellite géostationnaire apparaît pratiquement immobile dans le ciel. Plus besoin de calculer les passages ni de poursuivre un CubeSat pendant quelques minutes : une parabole fixe suffit.

La position de QO-100 permet de couvrir l’Europe, l’Afrique et une vaste partie de l’Asie, mais pas l’Amérique du Nord.

couverture satellitaire

Disposer d’un équivalent placé au-dessus de l’Atlantique ou des Amériques représenterait donc une petite révolution pour les radioamateurs américains.

GOLF : Greater Orbit, Larger Footprint

C’est ici qu’intervient le programme GOLF, pour Greater Orbit, Larger Footprint, développé par AMSAT-NA.

Son principe est particulièrement intéressant : plutôt que de tenter immédiatement une coûteuse mission en orbite haute, AMSAT veut procéder progressivement. Des satellites expérimentaux doivent valider en LEO les technologies nécessaires avant de viser MEO puis HEO.

Feuille de route AMSAT

Parmi les difficultés à maîtriser figurent le contrôle d’attitude trois axes, les panneaux solaires déployables et orientables, l’électronique tolérante aux radiations, les SDR embarqués et, à terme, la propulsion.

GOLF-TEE : le laboratoire volant

Le premier maillon s’appelle GOLF-TEE, pour Technology Exploration Environment. Attention cependant : GOLF-TEE n’est pas le futur QO-100 américain.

Ce CubeSat 3U est destiné à tester en orbite basse les technologies qui seront nécessaires beaucoup plus loin de la Terre. AMSAT travaillait encore récemment sur son logiciel de vol et son architecture électronique.

Et certaines caractéristiques commencent sérieusement à intéresser les amateurs de QO-100.

AMSAT prévoit notamment des liaisons micro-ondes avec uplink en bande C vers 5,6 GHz et downlink en bande X vers 10 GHz, en plus des bandes radioamateurs classiques 144 et 435 MHz. Le SDR expérimental envisagé doit également permettre une liaison descendante en 10 GHz.

Paraboles, amplificateurs, LNA, SDR et références de fréquence stables : voilà un terrain qui ne sera pas inconnu des utilisateurs de QO-100 !

Et maintenant… Artemis ?

Un développement particulièrement intéressant est apparu en 2026.

Le 31 mai, AMSAT a transmis à la NASA une lettre d’intention pour proposer un CubeSat AMSAT comme charge utile secondaire d’une future mission Artemis III, IV ou V.

Une telle opportunité permettrait de tester les technologies GOLF dans un environnement bien plus sévère que l’orbite basse : radiations, contraintes thermiques, communications à grande distance et contrôle d’attitude. AMSAT cite explicitement l’objectif de progresser du LEO vers le MEO puis le HEO.

Nous sommes donc encore loin d’un satellite géostationnaire opérationnel, mais technologiquement, les pièces du puzzle commencent à se mettre en place.

Alors, bientôt un « QO-100 américain » ?

Pas encore.

À ce jour, AMSAT n’annonce ni satellite radioamateur GEO américain avec une date de lancement, ni position orbitale réservée, ni véritable successeur américain de QO-100.

La stratégie est néanmoins claire : retrouver progressivement les orbites hautes et développer les technologies nécessaires pour y exploiter de nouveaux transpondeurs radioamateurs.

GOLF-TEE ne sera donc pas le QO-100 américain. Une éventuelle mission Artemis ne le sera probablement pas davantage.

Mais ces projets pourraient constituer quelques-unes des étapes indispensables pour qu’un jour, en tournant leur parabole vers le ciel, les radioamateurs américains disposent eux aussi de leur satellite presque immobile au-dessus de l’horizon.

Liens utiles

Le Trophée F8TD arrive le 30 août : rendez-vous sur les micro-ondes !

Trophée F8TD arrive le 30 août

Le dimanche 30 août 2026, les amateurs de bandes hautes auront rendez-vous avec le Trophée F8TD, l’un des concours français entièrement consacré aux 1296 MHz et au-delà.

Organisé dans le cadre des concours du REF, il se déroulera de 04:00 à 13:00 UTC, soit de 06:00 à 15:00 heure française d’été. Le calendrier officiel couvre les bandes allant de 1296 MHz jusqu’à 47 GHz.

Une excellente occasion d’activer les bandes hautes

Le 23 cm, le 13 cm, le 9 cm, le 6 cm, le 3 cm… Les bandes micro-ondes sont passionnantes, mais l’activité y est souvent moins régulière qu’en VHF ou en HF.

Le F8TD constitue donc une excellente occasion de sortir les transverters, préamplificateurs, paraboles et longues Yagi pour voir jusqu’où porte réellement sa station.

Et inutile de disposer d’une installation capable de monter à 47 GHz : une simple station 1296 MHz permet déjà de participer.

Comment se déroule un QSO ?

L’échange prévu par le règlement est très classique :

RS(T) + numéro de QSO + QTH Locator

Par exemple :

59 012 JN18DP

Attention : la numérotation des QSO est indépendante pour chaque bande.

Le calcul du score est particulièrement simple : 1 kilomètre parcouru = 1 point, quelle que soit la bande utilisée.

Plus vous montez en fréquence, plus le bonus grimpe

La particularité du Trophée F8TD est d’encourager fortement l’activité multibande.

Au classement général, la somme des points bénéficie d’une majoration de 10 % avec deux bandes, 30 % avec trois, 50 % avec quatre, puis 60 %, 70 % et jusqu’à 80 % avec sept bandes.

Voilà une excellente raison de remettre en service ce transverter 2,3 GHz ou 10 GHz qui dort depuis quelques mois dans le shack !

N’oubliez pas le compte rendu

Un fichier au format IARU REG1TEST doit être produit séparément pour chaque bande et envoyé au correcteur du REF au plus tard le premier mercredi suivant le concours.

F8TD en 30 secondes

Dimanche 30 août 2026 — 06h00 à 15h00 heure française — 1296 MHz à 47 GHz — 1 point/km — bonus multibandes — logs REG1TEST.

Que vous disposiez simplement du 23 cm ou d’une station capable d’atteindre 10 GHz et au-delà, le 30 août sera donc une belle journée pour pointer les antennes vers l’horizon et découvrir jusqu’où peuvent réellement porter quelques watts en micro-ondes.

Liens utiles

Envoyer sa propre expérience radio dans la stratosphère : que peut réellement embarquer un radioamateur ?

Banniere Pico-Ballon

Un pico-ballon peut sembler n’être qu’un ballon équipé d’une balise GPS. Pour un radioamateur français, il peut pourtant devenir un véritable laboratoire volant : propagation HF, température, pression, alimentation solaire ou télémétrie peuvent être étudiées avec seulement quelques grammes d’électronique.

Mais en France, avant de penser antenne et capteurs, il faut aussi penser DGAC.

Quelques grammes d’électronique

Le principe d’un pico-ballon est de réduire au maximum la masse suspendue. Un tracker moderne peut réunir GPS, microcontrôleur, émetteur et capteurs sur quelques grammes seulement.

L’architecture typique devient :

cellules solaires → alimentation → microcontrôleur → GPS/capteurs → émetteur → antenne

Des cartes comme le LightAPRS-W et les projets Traquito montrent qu’un tracker WSPR/APRS extrêmement léger est aujourd’hui réalisable.

À cette échelle, quelques grammes supplémentaires comptent énormément : batterie importante, caméra ou Raspberry Pi classique sont donc rarement adaptés.

Le ballon comme laboratoire de propagation

L’expérience la plus intéressante pour un radioamateur est probablement d’embarquer une balise WSPR.

Avec quelques milliwatts seulement, elle peut être reçue à des centaines ou milliers de kilomètres lorsque la propagation le permet. En connaissant simultanément la position et l’altitude du ballon, on peut étudier :

  • les distances de réception ;
  • les rapports signal/bruit ;
  • les variations jour/nuit ;
  • les différences entre plusieurs bandes HF ;
  • l’évolution de la propagation pendant le déplacement.

Le pico-ballon devient ainsi une balise radio mobile à altitude connue.

Fabriquer sa propre radiosonde

Quelques capteurs légers permettent d’aller plus loin.

Un capteur de température permet de suivre l’évolution thermique de l’atmosphère. Un baromètre mesure la chute spectaculaire de pression avec l’altitude. On peut également enregistrer l’humidité.

Un autre paramètre particulièrement intéressant est la tension des cellules solaires. Elle permet d’observer directement la production énergétique disponible pour la station et son évolution au cours de la journée.

GPS, altitude, température, pression et tension d’alimentation constituent déjà une expérience très complète.

APRS ou WSPR ?

Pour un vol restant principalement au-dessus de zones disposant d’une bonne infrastructure terrestre, l’APRS est séduisant pour le suivi de position.

Pour les vols de longue durée, le WSPR devient particulièrement intéressant grâce à son efficacité avec des puissances extrêmement faibles et au réseau mondial de stations de réception.

Les données peuvent ensuite être exploitées avec des services comme SondeHub ou les réseaux de réception WSPR.

En France : attention, pico-ballon ne signifie pas lancement libre

C’est probablement le point le plus important pour un projet Pico-Ballon.

Le règlement SERA classe comme « léger » un ballon libre non habité transportant moins de 4 kg de charge utile. Mais la réglementation française ajoute des dispositions beaucoup plus directement applicables à nos minuscules pico-ballons.

En France, une autorisation préalable de la Direction de la sécurité de l’aviation civile est notamment requise dès lors que le ballon comporte des éléments métalliques ou électroniques, mais aussi lorsque sa charge utile dépasse 50 g ou lorsque son enveloppe gonflée au sol dépasse un mètre.

Autrement dit : un tracker radio de 10 g contient de l’électronique ; sa faible masse ne suffit donc pas à dispenser le radioamateur des démarches.

La demande utilise le CERFA 15915*01 et doit être adressée à l’autorité de l’aviation civile territorialement compétente.

Pour un pico-ballon susceptible de poursuivre sa route au-delà des frontières françaises, la question devient encore plus importante : SERA prévoit également l’autorisation appropriée des États susceptibles d’être survolés.

Quelques grammes, beaucoup d’expériences

Un pico-ballon radioamateur peut donc embarquer très peu de matériel, mais produire énormément d’informations.

Avec GPS + WSPR + température + pression + mesure solaire, on dispose déjà d’un remarquable laboratoire atmosphérique et radio.

Et cela suggère naturellement un prochain projet F5KEE :

concevoir nous-mêmes un tracker stratosphérique français de moins de 10 grammes.

Liens utiles pour aller plus loin

Kenwood TM-D750 : le véritable successeur du légendaire TM-D710 est-il enfin arrivé ?

Banniere Kenwood TM-710 et TM-750

Pendant des années, le Kenwood TM-D710 a occupé une place particulière dans les stations VHF/UHF. Double réception, 50 W, GPS sur la version GE, TNC 1200/9600 bauds intégré et surtout une remarquable intégration de l’APRS : il était bien davantage qu’un simple bibande FM. Aujourd’hui discontinué, il n’avait jamais réellement trouvé de successeur chez Kenwood.

Avec le nouveau TM-D750, Kenwood semble enfin avoir décidé de reprendre la recette.

Un TM-D710 entré dans le XXIe siècle

Au premier regard, la filiation est évidente : le TM-D750 reste un mobile VHF/UHF conçu pour une utilisation radioamateur intensive, avec réception simultanée sur deux bandes et une façade détachable riche en commandes physiques.

Mais l’afficheur monochrome du D710 laisse place à un écran TFT couleur de 3,45 pouces. À cela viennent s’ajouter GNSS, Bluetooth, Wi-Fi 2,4/5 GHz, USB-C et carte microSD.

Autrement dit, Kenwood n’a pas simplement remplacé l’écran : l’architecture générale de l’appareil a été modernisée.

APRS : l’héritage du TM-D710 est bien là

C’est probablement le point le plus important pour les amateurs du D710.

L’APRS (Automatic Packet Reporting System) permet aux stations d’échanger automatiquement positions, messages et autres informations par paquets radio. Le D710 excellait dans ce domaine grâce à son TNC intégré, capable de travailler à 1200 ou 9600 bauds.

Le TM-D750 reprend cette philosophie : affichage des stations APRS reçues, messages, informations de position, chemins empruntés par les paquets et gestion d’une liste pouvant atteindre 100 stations.

L’intérêt reste le même : pas besoin d’ajouter un ordinateur, un Raspberry Pi ou un TNC externe pour exploiter l’APRS sur le terrain.

D-STAR et Wi-Fi changent la donne

Le D750 va cependant beaucoup plus loin que son ancêtre en intégrant le D-STAR.

Le Wi-Fi permet en outre d’exploiter certaines fonctions D-STAR via Internet. Le poste devient ainsi une plateforme combinant FM analogique, Packet/APRS, communications numériques et réseau IP.

C’est probablement là que se situe la principale rupture technologique avec le TM-D710.

Un waterfall… mais ce n’est pas une première !

L’une des fonctions les plus visibles du TM-D750 est son nouveau Visual Scan avec waterfall. L’historique de l’activité radio apparaît progressivement à l’écran, permettant de repérer plus facilement une fréquence occupée ou une émission intermittente.

Attention cependant à ne pas présenter cette fonction comme une première sur un émetteur-récepteur FM VHF/UHF.

L’Icom ID-52, commercialisé plusieurs années auparavant, possédait déjà un Band Scope avec véritable affichage waterfall. Icom indique d’ailleurs explicitement que celui-ci représente l’évolution chronologique du niveau des signaux.

Le TM-D710 lui-même possédait déjà un Visual Scan, mais celui-ci surveillait 31, 61, 91 ou 181 canaux sans offrir l’affichage historique d’un waterfall moderne.

Alors, digne successeur du TM-D710 ?

Sur le papier, difficile de répondre autrement que oui.

Le TM-D750 conserve les ingrédients qui avaient fait la réputation du D710 — double bande, Packet, APRS et fonctionnement autonome — tout en ajoutant écran couleur, GNSS moderne, D-STAR, Wi-Fi, Bluetooth, USB-C et waterfall.

Reste maintenant à vérifier sur le terrain ce qu’une fiche technique ne peut pas révéler : qualité du récepteur, résistance aux signaux puissants, efficacité du Visual Scan, ergonomie APRS et simplicité d’utilisation.

Car le véritable défi de Kenwood n’était peut-être pas d’ajouter davantage de fonctions au D710, mais de retrouver ce rare équilibre entre richesse fonctionnelle et efficacité opérationnelle qui avait fait de son prédécesseur une référence.

Construire une station radio autonome sur Raspberry Pi : APRS, Winlink, GPS et IA sans Internet

Banniere Radio autonome

Que reste-t-il de nos outils numériques lorsque la connexion Internet disparaît ? Pour un radioamateur, beaucoup de choses ! Associé à un transceiver, un GPS et quelques logiciels libres, un Raspberry Pi peut devenir le cœur d’une véritable station numérique autonome : localisation, APRS, messagerie radio, cartographie et même intelligence artificielle locale.

L’objectif n’est pas de recréer Internet, mais de construire une station capable de rester utile sans Wi-Fi, sans 4G/5G et sans connexion filaire.

Autour du Raspberry

Le Raspberry Pi au centre de la station

Un Raspberry Pi 5, de préférence équipé de 8 Go de RAM si l’on souhaite expérimenter l’IA locale, constitue une excellente base. On lui ajoutera un SSD ou NVMe, un récepteur GPS/GNSS USB ou série, une interface audio USB isolée et une commande PTT reliée au transceiver.

Pour une utilisation portable, l’ensemble peut être alimenté depuis une batterie LiFePO₄ 12 V au moyen d’un convertisseur DC/DC 5 V correctement dimensionné.

Attention à l’alimentation : le Raspberry Pi 5 est prévu pour une alimentation pouvant fournir 5 V sous 5 A. Avec une alimentation moins puissante, la capacité disponible pour les périphériques USB est réduite.

APRS : communiquer sa position sans Internet

Le premier service intéressant est l’APRS. Le GPS fournit latitude, longitude, altitude et heure au Raspberry Pi. Le logiciel gpsd peut distribuer ces informations aux différentes applications.

Le principe devient alors :

GPS → Raspberry Pi → Dire Wolf → interface audio → transceiver VHF → APRS

Dire Wolf remplace avantageusement un ancien TNC matériel : il utilise la carte son pour générer et décoder les signaux AX.25. Il peut fonctionner comme tracker GPS, TNC, digipeater ou IGate et fonctionne sous Linux, notamment sur Raspberry Pi.

Et surtout, la transmission APRS par radio ne nécessite aucune connexion Internet. L’accès à APRS-IS, en revanche, en nécessite une.

Winlink : le courriel passe par la radio

Autre possibilité passionnante : Winlink. Lorsqu’Internet local est inaccessible, un message peut être transmis par radio vers une station RMS distante.

Le chemin devient par exemple :

Raspberry Pi → modem/TNC → transceiver → liaison radio → RMS Winlink

Selon l’installation, on peut utiliser le packet radio en VHF/UHF ou différents modes adaptés à la HF.

Il faut cependant distinguer « accès à Winlink sans Internet chez l’utilisateur » et « réseau entièrement dépourvu d’Internet ». Winlink dispose justement d’un Hybrid Network permettant à certaines passerelles RMS de transférer des messages par HF lorsque l’infrastructure Internet est indisponible.

Sans internet ?

Lorsque l’accès Internet disparaît, le GPS, les cartes locales, l’IA embarquée et les liaisons radio directes restent disponibles. Winlink demeure accessible uniquement si une passerelle RMS peut être jointe par radio.

GPS et cartes : pas besoin du réseau mobile

Un récepteur GPS/GNSS n’a pas besoin d’Internet pour déterminer sa position. Le Raspberry Pi peut donc connaître en permanence :

latitude – longitude – altitude – heure – vitesse – locator Maidenhead

En enregistrant préalablement les cartes sur son stockage local, il devient également possible d’afficher sa position et éventuellement celles reçues par APRS sans consulter aucun serveur cartographique.

Pour une station portable ou une installation de secours, cette autonomie prend tout son sens.

Et pourquoi pas une IA sans Internet ?

C’est ici que notre station version 2026 devient particulièrement intéressante.

Avec llama.cpp, le Raspberry Pi peut exécuter localement de petits modèles de langage. Le logiciel accepte notamment des modèles GGUF quantifiés sur quelques bits afin de réduire leurs besoins en mémoire.

L’objectif n’est évidemment pas de transformer le Pi en centre de données. Une petite IA embarquée pourrait plutôt servir à rechercher une procédure dans une documentation stockée localement, résumer un bulletin reçu, reformuler un message Winlink ou expliquer une commande radio.

Une sorte d’assistant technique de terrain qui continuerait à fonctionner même lorsque le réseau est coupé.

Une station réellement autonome

Ajoutons une batterie LiFePO₄, un convertisseur DC/DC efficace, éventuellement un panneau solaire et une antenne adaptée : le Raspberry Pi devient alors le cerveau d’une petite station de communication autonome.

APRS, packet radio, GPS, cartographie, Winlink et IA locale peuvent ainsi cohabiter dans une boîte transportable.

Avec quelques watts, une antenne et un Raspberry Pi, on ne recrée pas Internet. On construit quelque chose de peut-être plus intéressant : une station capable de continuer à communiquer lorsqu’Internet n’est plus là.

Liens et ressources utiles