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La voix numérique HF est-elle enfin prête à remplacer la SSB ?

Depuis plus d’un demi-siècle, la SSB (Single Side Band ou BLU) règne pratiquement sans partage sur les communications vocales HF radioamateurs. Économe en bande passante, relativement simple et surtout universelle, elle a remarquablement résisté aux évolutions technologiques.

La voix numérique existe pourtant depuis longtemps. FreeDV en est probablement l’exemple le plus connu dans le monde radioamateur. Mais jusqu’ici, ses avantages n’étaient pas toujours suffisamment décisifs pour convaincre l’opérateur SSB de changer ses habitudes.

Avec RADE (Radio Autoencoder), la situation pourrait évoluer. Cette technologie associe traitement numérique du signal et apprentissage automatique pour transmettre une voix de haute qualité dans seulement 1 500 Hz de bande RF, avec un fonctionnement annoncé jusqu’à environ −2 dB de SNR.

Alors, la voix numérique est-elle enfin prête à remplacer notre bonne vieille BLU ?

FreeDV : une voix numérique réellement ouverte

FreeDV est un ensemble de modes de transmission vocale numérique spécialement développé pour les radioamateurs. Sa particularité fondamentale est d’être open source, y compris pour les technologies servant au codage de la parole.

L’idée est également de pouvoir utiliser un transceiver SSB existant. Le logiciel FreeDV installé sur un ordinateur assure le traitement numérique tandis que le poste HF assure l’émission et la réception radio.

RADE est aujourd’hui le mode phare du projet. Il a officiellement intégré FreeDV avec la version 2.0.0 en juin 2025.

RADE : quand l’IA entre dans le modem HF

Dans une transmission numérique classique, plusieurs traitements se succèdent :

Voix → codec → correction d’erreurs → modem → émetteur HF

RADE adopte une approche différente.

Un autoencodeur neuronal apprend à représenter efficacement les caractéristiques essentielles de la parole afin de les transmettre à travers un canal radio.

L’encodeur travaille notamment à partir d’informations décrivant le spectre vocal, la hauteur de la voix et son caractère voisé. Il produit ensuite des symboles destinés à être transportés par une modulation OFDM.

Au récepteur, le réseau effectue l’opération inverse et reconstruit les informations nécessaires au synthétiseur vocal. L’ensemble a été entraîné en présence de bruit et de perturbations caractéristiques des liaisons HF, notamment les trajets multiples.

Autrement dit, RADE n’essaye pas simplement de protéger une suite de bits contre les erreurs : le système apprend comment transmettre intelligemment les informations nécessaires à la reconstruction de la voix.

Comparatif SSB classique et RADE FreeDV

8 kHz de voix dans seulement 1,5 kHz de HF

C’est probablement le chiffre qui surprendra le plus un radioamateur.

RADE V1 traite une parole possédant une bande audio de 8 kHz, alors que le signal radio n’occupe qu’environ 1 500 Hz.

Il ne faut évidemment pas confondre ces deux valeurs. Les 8 kHz concernent la bande audio de la parole traitée, tandis que les 1,5 kHz correspondent à la largeur du signal transmis sur la bande HF.

À titre de comparaison, une communication SSB radioamateur utilise généralement autour de 2,4 à 2,8 kHz.

RADE peut donc transmettre une voix étonnamment naturelle tout en occupant moins de spectre qu’une communication SSB traditionnelle.

Que se passe-t-il lorsque le signal devient faible ?

C’est justement là que les choses deviennent intéressantes.

En SSB, lorsque le rapport signal/bruit diminue, le bruit devient progressivement plus présent. La voix devient difficile à comprendre, mais l’opérateur expérimenté parvient parfois encore à extraire quelques mots du bruit.

Un système numérique se comporte différemment. La qualité peut rester très bonne jusqu’à proximité de sa limite de fonctionnement, puis se détériorer rapidement lorsque la synchronisation ou le décodage deviennent impossibles.

FreeDV annonce pour RADE un fonctionnement pouvant descendre autour de −2 dB de SNR. Des essais sur des canaux HF réels ont également montré des résultats compétitifs avec la SSB aussi bien avec des signaux forts que faibles.

Cela ne signifie évidemment pas que RADE sera systématiquement supérieur : fading, brouillages, sélectivité du canal et conditions de propagation restent déterminants.

Que se passe-t-il lorsque le signal devient faible ?

Peut-on essayer RADE avec notre station actuelle ?

Dans beaucoup de cas, oui.

Une station peut être représentée très simplement :

Micro → ordinateur avec FreeDV → interface audio/USB → transceiver SSB → antenne

À la réception, le trajet est naturellement inversé.

FreeDV fonctionne sous Windows, macOS et Linux. Un ordinateur moderne convient et RADE peut même fonctionner sur un Raspberry Pi 4 ou supérieur. En revanche, ses besoins en calcul et en mémoire sont trop importants pour de petits microcontrôleurs comme les ESP32 ou STM32 et pour certains matériels FreeDV plus anciens.

Un point mérite également l’attention : comme pour beaucoup de modes numériques, il ne faut pas surmoduler l’émetteur. FreeDV recommande de régler le niveau TX de manière à seulement commencer à solliciter l’ALC.

Peut-on essayer RADE avec notre station actuelle ?

RADE contre SSB : le match

Critère SSB RADE V1
Bande RF ≈ 2,4–2,8 kHz ≈ 1,5 kHz
Qualité vocale Bonne Très bonne
Signaux faibles Dégradation progressive Très bonne jusqu’à proximité du seuil
Ordinateur Non Oui
Compatibilité Universelle Encore limitée
Technologie ouverte Oui Oui, open source
Mise en œuvre Très simple Plus complexe

RADE possède donc de sérieux arguments techniques. Mais la SSB conserve un avantage colossal : elle est universelle.

Alors, RADE va-t-il remplacer la SSB ?

Techniquement, RADE commence sérieusement à pouvoir rivaliser avec elle. Le projet FreeDV considère même avoir atteint avec RADE V1 ses objectifs de qualité supérieure à la SSB à fort comme à faible SNR.

Mais une technologie radio ne s’impose pas uniquement parce qu’elle est meilleure.

Pour réaliser un QSO RADE, il faut qu’un correspondant utilise lui aussi FreeDV. En SSB, il suffit de tourner le VFO et d’appuyer sur le PTT.

Le véritable défi sera donc probablement moins technique que communautaire : RADE parviendra-t-il à atteindre une masse critique d’utilisateurs ?

L’histoire de la radio nous rappelle que l’AM semblait autrefois indétrônable avant que la SSB ne s’impose progressivement.

Peut-être assistons-nous aujourd’hui aux premiers pas d’une transition comparable.

Après avoir remplacé l’AM par la SSB, les radioamateurs remplaceront-ils un jour la SSB par une voix numérique entièrement open source ?

Pour aller plus loin

Vous souhaitez expérimenter FreeDV RADE ou simplement mieux comprendre son fonctionnement ? Voici quelques ressources de référence :

  • FreeDV – site officiel : présentation du projet, actualités et documentation. freedv.org
  • RADE – Radio Autoencoder : documentation technique, présentation du mode, code source et ressources destinées aux radioamateurs. Documentation RADE
  • Installer FreeDV : téléchargement de FreeDV GUI pour Windows, macOS et Linux. Télécharger FreeDV
  • Premiers pas avec FreeDV : configuration audio, CAT/PTT, réglages d’émission et conseils pratiques. Guide de démarrage FreeDV
  • Publication scientifique RADE : l’article de David Rowe et Jean-Marc Valin décrit en détail l’autoencodeur neuronal et son fonctionnement sur les canaux HF. Lire la publication RADE

De quoi passer rapidement de la théorie aux premiers essais RADE sur les bandes HF !

Hamlib

Hamlib

Le traducteur universel entre votre ordinateur et votre station radio

Vous utilisez WSJT-X, un logiciel de log, un programme de poursuite satellite ou une application de commande à distance ? Il y a de fortes chances que vous ayez déjà utilisé Hamlib, parfois sans même le savoir.

Ce projet libre joue un rôle discret mais essentiel : permettre aux logiciels radioamateurs de communiquer avec des transceivers, des rotors et même certains amplificateurs sans que chaque programme ait à connaître tous les protocoles de tous les constructeurs.

Pourquoi avons-nous besoin de Hamlib ?

Un transceiver moderne peut généralement être commandé depuis un ordinateur par une liaison USB, série, Ethernet, Wi-Fi ou parfois Bluetooth. Le problème est qu’il n’existe pas un langage CAT universel utilisé de manière identique par tous les appareils.

Icom possède notamment son protocole CI-V, tandis que Yaesu, Kenwood, Elecraft et les autres constructeurs utilisent leurs propres commandes et particularités.

Imaginons un logiciel de modes numériques devant supporter plusieurs centaines de radios. Sans intermédiaire, ses développeurs devraient programmer et maintenir séparément le dialogue avec chacune d’elles.

C’est précisément le problème que résout Hamlib.

Logiciel → Hamlib → protocole du constructeur → transceiver

Hamlib fournit aux logiciels une interface commune, puis se charge de traduire leurs demandes dans le langage compris par le matériel sélectionné.

Pourquoi Hamlib ?

Hamlib, le traducteur de la station

Prenons un exemple simple. Un logiciel souhaite régler le transceiver sur 14,074 MHz.

Pour l’application, l’ordre reste essentiellement : « règle la fréquence sur 14 074 000 Hz ».

Hamlib connaît le modèle de transceiver configuré et son protocole. Son backend, c’est-à-dire le module chargé de gérer cette famille d’appareils, transforme alors la demande en commande appropriée.

Le logiciel n’a donc pas besoin de savoir comment un IC-705, un FT-991A ou un TS-590 réalise cette opération.

C’est toute la force du système : une interface commune côté logiciel et des pilotes spécialisés côté matériel. La liste officielle montre d’ailleurs que Hamlib prend en charge des appareils provenant de très nombreux constructeurs.

Que peut commander Hamlib ?

La fréquence est seulement le début. Selon les possibilités du matériel, Hamlib peut notamment lire ou modifier le mode USB, LSB, CW, FM ou AM, sélectionner les VFO, commander le PTT, gérer le fonctionnement en split ou encore accéder à différents niveaux et réglages.

Mais Hamlib ne s’arrête pas aux transceivers. Le projet propose également des interfaces destinées aux rotors d’antennes et aux amplificateurs.

Toutes les fonctions ne sont évidemment pas disponibles sur tous les équipements. Une commande ne peut être utilisée que si le matériel lui-même la permet et si son protocole est correctement pris en charge.

Du clic de souris jusqu’au transceiver

Prenons maintenant WSJT-X. Lorsque nous sélectionnons une bande, le chemin peut être schématisé ainsi :

WSJT-X

demande une fréquence

Hamlib

traduit la commande

CAT / USB / série / réseau

Transceiver

Dans les paramètres de WSJT-X, nous retrouvons justement le choix du modèle de radio, du port série, de la vitesse de communication et différentes options concernant le PTT et le fonctionnement en split. Le bouton Test CAT permet ensuite de vérifier que le dialogue fonctionne.

Ce qui paraît être une simple sélection dans un menu cache donc toute une chaîne de communication.

Comment une commande arrive jusqu'au poste ?

rigctl, rigctld, rotctl… qu’est-ce que c’est ?

Hamlib fournit également plusieurs utilitaires dont les noms peuvent sembler mystérieux.

rigctl permet de commander et d’interroger un transceiver, notamment depuis une ligne de commande.

rigctld va plus loin : le « d » signifie daemon. Il fonctionne comme un serveur de commande radio auquel d’autres logiciels peuvent se connecter par le réseau.

Pour les rotors, on retrouve le même principe avec rotctl et rotctld.

Cette architecture devient particulièrement intéressante lorsque plusieurs logiciels doivent accéder à la même radio. La documentation de WSJT-X recommande justement l’utilisation d’un véritable serveur de contrôle tel que rigctld plutôt qu’un simple partage du port série, susceptible de provoquer des collisions entre commandes CAT.

Hamlib dans une station radioamateur

Les applications sont nombreuses.

Avec WSJT-X, le logiciel peut automatiquement positionner le transceiver sur la fréquence FT8 appropriée et commander l’émission.

Un logiciel de log peut récupérer fréquence et mode afin de compléter automatiquement un QSO.

Dans une station satellite, un programme de poursuite peut modifier continuellement la fréquence afin de compenser l’effet Doppler et transmettre parallèlement les positions demandées au contrôleur du rotor.

Enfin, grâce au fonctionnement en réseau, Hamlib trouve naturellement sa place dans une station télécommandée.

Dans tous ces exemples, Hamlib n’effectue ni le décodage FT8, ni le calcul de l’orbite, ni la tenue du carnet de trafic. Il assure la communication entre l’application et le matériel.

Hamlib au cœur d'une station automatisée

Hamlib sait aussi faire tourner les antennes

Le pilotage des rotors est particulièrement intéressant pour les expérimentateurs.

Une station automatisée peut être organisée ainsi :

Logiciel de poursuite → Hamlib → contrôleur → rotor

Le logiciel détermine par exemple qu’une antenne doit être orientée vers un azimut de 135° et une élévation de 28°. Hamlib transmet les informations au contrôleur compatible, qui se charge du mouvement réel des moteurs.

Cela ouvre également la porte aux réalisations personnelles utilisant Arduino, Raspberry Pi ou d’autres microcontrôleurs : plutôt que d’inventer toute l’interface logicielle, le constructeur peut chercher à rendre son contrôleur compatible avec un protocole déjà reconnu.

Et quand cela ne fonctionne pas ?

Hamlib n’est pas magique. Un mauvais modèle de transceiver, un port COM incorrect, une mauvaise vitesse série ou une configuration RTS/DTR inadaptée suffisent à empêcher la communication.

Autre piège classique : deux logiciels tentant de commander directement le même port CAT. Les commandes peuvent alors entrer en collision. L’utilisation d’un serveur comme rigctld constitue une solution beaucoup plus propre lorsque plusieurs applications doivent partager le contrôle d’une radio.

Il faut également garder Hamlib suffisamment à jour : la prise en charge des matériels et de leurs fonctionnalités évolue régulièrement.

Une formidable boîte à outils pour expérimenter

Hamlib devient particulièrement intéressant dès que l’on souhaite dépasser le simple couple ordinateur-transceiver.

PC → Hamlib → réseau → Raspberry Pi ou contrôleur → station

À partir de cette architecture, on peut imaginer une station distante, un rotor automatique, une station satellite, un banc de mesure ou quantité d’autres automatismes.

Et comme Hamlib est un projet libre, il constitue également une excellente base pour les radioamateurs qui aiment comprendre, programmer et construire leurs propres équipements.

Pour aller plus loin

Vous souhaitez approfondir Hamlib ou vérifier si votre matériel est compatible ? Quelques ressources de référence permettent d’aller plus loin :

De quoi passer progressivement de la simple utilisation de Hamlib à l’expérimentation et à l’automatisation complète d’une station.

Ce qu’il faut retenir

Hamlib n’est ni un logiciel FT8, ni un carnet de trafic, ni un programme de poursuite satellite. C’est avant tout une couche de communication universelle entre nos logiciels et nos équipements radio.

Il évite aux développeurs de réinventer la commande CAT de chaque appareil et facilite considérablement l’automatisation d’une station.

Vous ne voyez presque jamais Hamlib. Pourtant, il est probablement déjà quelque part dans votre station.

Construire une station satellite automatique : du TLE au moteur du rotor

Station Sat

Suivre un satellite à la main avec une antenne directive est tout à fait possible. Mais lorsqu’un satellite en orbite basse traverse le ciel en quelques minutes, il faut simultanément connaître sa position, orienter l’antenne en azimut et en élévation et, pour certaines liaisons, corriger le décalage Doppler.

La bonne nouvelle, c’est que toutes ces opérations peuvent être automatisées.

Derrière une station satellite automatique se cache une chaîne assez logique :

TLE → calcul orbital → logiciel de poursuite → Hamlib → contrôleur → moteurs → antennes

Voyons comment les différents éléments communiquent.

Tout commence par le TLE

Pour suivre un satellite, il faut d’abord savoir où il se trouve et où il va se trouver quelques secondes plus tard.

C’est notamment le rôle des données orbitales appelées TLE — Two-Line Element Set. Malgré leur aspect quelque peu cryptique, ces deux lignes contiennent les paramètres permettant de calculer l’orbite d’un satellite : inclinaison, excentricité, mouvement moyen, époque des éléments, etc.

Des organismes comme CelesTrak publient régulièrement ces données.

Attention cependant : un TLE ne dit pas directement :

« Orientez l’antenne à 137° d’azimut et 43° d’élévation. »

Il faut encore transformer ces paramètres orbitaux en coordonnées utilisables depuis notre station.

Du TLE à la position du satellite

C’est ici qu’intervient un modèle de propagation orbital tel que SGP4.

Le calcul tient compte du TLE, de l’heure et de la position géographique de la station :

TLE + heure UTC + latitude + longitude + altitude → position apparente du satellite

On obtient alors deux valeurs essentielles.

L’azimut (AZ) indique la direction horizontale :

0° = nord — 90° = est — 180° = sud — 270° = ouest.

L’élévation (EL) indique la hauteur du satellite au-dessus de l’horizon :

0° = horizon — 90° = zénith.

Voilà enfin des nombres qu’un rotor peut comprendre.

Du TLE à l’antenne

Gpredict, le chef d’orchestre

Un logiciel comme Gpredict automatise une grande partie de ces opérations.

Après avoir chargé les éléments orbitaux et renseigné la position de la station, il peut prévoir les prochains passages et calculer continuellement l’azimut et l’élévation du satellite.

Pendant un passage, ces valeurs changent constamment :

AZ 125,2° / EL 18,4°

puis quelques secondes plus tard :

AZ 137,4° / EL 42,8°

et ainsi de suite.

Gpredict peut également participer au pilotage de la radio afin de compenser automatiquement le Doppler, particulièrement sensible en VHF et UHF.

Hamlib : faire communiquer logiciel et matériel

Reste un problème : comment transmettre ces coordonnées au rotor ?

Une solution très utilisée dans le monde radioamateur est Hamlib, bibliothèque open source proposant une interface commune avec de nombreux équipements radio.

Pour les rotors, le programme rotctld peut servir d’intermédiaire.

La chaîne devient :

Gpredict → TCP/IP → rotctld → contrôleur du rotor

L’intérêt est considérable : le logiciel de poursuite n’a plus besoin de connaître les détails électroniques ou mécaniques du système.

Il fournit simplement une consigne :

AZ = 137,4° — EL = 42,8°

Le contrôleur se charge du reste.

Arduino ou ESP32 : le contrôleur

Nous arrivons maintenant à la partie qui intéressera particulièrement les amateurs de construction.

Un Arduino, ESP32 ou autre microcontrôleur peut constituer le cerveau du rotor.

Son travail consiste à recevoir les positions demandées, lire les capteurs donnant la position réelle du rotor et commander les moteurs.

Le principe est celui d’un asservissement :

Erreur = position demandée − position mesurée

Si l’azimut demandé est de 137° alors que l’antenne se trouve à 125°, le contrôleur actionne le moteur jusqu’à atteindre la nouvelle position.

Un potentiomètre, un encodeur ou un autre capteur permet de fermer cette boucle de régulation.

Du microcontrôleur au moteur

Les sorties d’un Arduino ne peuvent évidemment pas alimenter directement un moteur de rotor.

Il faut donc ajouter un étage de puissance : pont en H pour certains moteurs à courant continu ou driver adapté pour des moteurs pas-à-pas.

Nous obtenons finalement :

Arduino → driver → moteur → réducteur → rotor

Le réducteur diminue la vitesse et augmente le couple tout en permettant un positionnement plus précis.

Des fins de course peuvent compléter l’installation afin d’éviter qu’une erreur logicielle n’entraîne le rotor au-delà de ses limites mécaniques.

De l’ordinateur aux moteurs

Pourquoi deux moteurs ?

Une station satellite classique possède deux axes indépendants.

Le moteur AZ fait tourner l’ensemble horizontalement, généralement sur une plage proche de 360°.

Le moteur EL incline les antennes entre l’horizon et le zénith.

Les deux mouvements sont effectués simultanément afin que les Yagi VHF/UHF restent orientées vers le satellite pendant tout son passage.

Un passage presque au zénith constitue d’ailleurs un exercice difficile : la direction apparente peut changer très rapidement et le rotor doit être suffisamment réactif.

Rotor satellite AZ/EL

Finalement, rien de mystérieux

Une station satellite automatique peut sembler complexe lorsqu’on l’observe dans son ensemble. Pourtant, elle n’est qu’une succession de blocs relativement simples :

TLE → SGP4 → Gpredict → Hamlib/rotctld → Arduino → drivers → moteurs AZ/EL → antennes.

Chaque bloc possède une fonction précise et peut être remplacé ou amélioré indépendamment.

C’est précisément ce qui rend le projet passionnant pour un radioamateur : informatique, mécanique, électronique, radio et programmation se rencontrent dans une même réalisation.

Et maintenant que nous savons comment tout cela fonctionne, une suite s’impose presque naturellement :

construire notre propre contrôleur de rotor AZ/EL autour d’un Arduino et le faire dialoguer avec Gpredict.

Liens et ressources utiles

Pour aller plus loin et commencer à expérimenter avec votre propre station satellite automatique, voici quelques ressources de référence :

  • CelesTrak — pour récupérer les données orbitales TLE et comprendre leur format : celestrak.org
  • Gpredict — logiciel open source permettant de prévoir les passages des satellites et de piloter radios et rotors : projet Gpredict
  • Hamlib — bibliothèque open source assurant l’interface entre les logiciels radioamateurs et de nombreux transceivers ou contrôleurs de rotors : documentation Hamlib
  • SatNOGS — réseau mondial de stations sol satellites open source, particulièrement intéressant pour découvrir des solutions de rotors, contrôleurs et logiciels réalisés par la communauté : satnogs.org
  • AMSAT — une excellente porte d’entrée pour suivre l’actualité des satellites radioamateurs, leurs fréquences et leurs modes de fonctionnement : AMSAT

Ces ressources permettent de passer progressivement de la théorie à l’expérimentation : récupérer les TLE, prévoir un passage, calculer la trajectoire, commander le rotor et finalement suivre automatiquement un satellite avec ses propres antennes.

LinHT : et si le prochain talkie-walkie radioamateur était entièrement open source ?

LinHT

Nos talkies-walkies modernes ont énormément progressé. FM, DMR, D-Star, C4FM, GPS, Bluetooth… ils embarquent parfois une électronique impressionnante. Pourtant, leur fonctionnement reste généralement déterminé par le constructeur : on peut programmer des fréquences, des mémoires et quelques paramètres, mais certainement pas réinventer le fonctionnement de la radio.

LinHT propose une approche radicalement différente.

Imaginez un portatif UHF contenant un véritable ordinateur Linux, capable d’exécuter GNU Radio et associé à un frontal RF fournissant directement les signaux I/Q. Le mode radio n’est alors plus nécessairement figé dans l’électronique : une partie importante du fonctionnement du poste devient… du logiciel.

C’est précisément l’idée derrière LinHT, pour Linux Handheld Transceiver.

LinHT, c’est quoi exactement ?

LinHT est un projet de talkie-walkie SDR open source développé par des membres de la communauté M17. Il succède au projet OpenHT avec un objectif clairement affiché : réaliser une plateforme radio portable ouverte, modifiable et suffisamment accessible pour permettre l’expérimentation.

Le projet ne part d’ailleurs pas complètement de zéro. Les prototypes actuels utilisent le boîtier d’un Retevis C62 ainsi que plusieurs de ses éléments mécaniques : écran, boutons latéraux, connecteur SMA, prises audio, encodeur et diverses pièces du châssis.

Mais la carte électronique principale est remplacée par celle du LinHT.

Attention toutefois : en 2026, LinHT reste un projet expérimental. Il ne s’agit pas encore d’un talkie que l’on commande pour l’utiliser le lendemain.

À l’intérieur : un véritable ordinateur Linux

Schema LinHT

Le cœur du LinHT n’est pas un petit microcontrôleur comme on pourrait l’imaginer dans un talkie classique.

Il utilise un module informatique basé sur un NXP i.MX93, avec deux cœurs ARM Cortex-A55 cadencés jusqu’à 1,7 GHz, auxquels s’ajoute un Cortex-M33. La configuration actuelle dispose de 2 Go de mémoire LPDDR4 et 32 Go d’eMMC.

Autrement dit, nous sommes beaucoup plus proches d’un petit ordinateur embarqué que d’un poste radio traditionnel.

Le système fonctionne sous Linux, construit avec Yocto, et peut notamment exécuter Python, des outils de développement et surtout GNU Radio.

L’architecture peut être résumée ainsi :

Antenne → frontal RF → signaux I/Q → Linux → GNU Radio → traitement du mode radio

Et détail intéressant : les concepteurs ont choisi de réaliser cette architecture sans FPGA dans la chaîne de traitement.

Le SX1255 : quand le talkie devient SDR

Pour comprendre l’intérêt de LinHT, il faut regarder le composant situé entre l’antenne et l’ordinateur : le Semtech SX1255.

Celui-ci constitue le frontal RF Direct-IQ du poste.

Dans une radio conventionnelle, une grande partie des fonctions de réception et de modulation est assurée par des circuits électroniques spécialisés. Avec LinHT, le SX1255 fournit au système les composantes I et Q du signal.

Sans entrer trop profondément dans les mathématiques, ces deux signaux permettent de conserver les informations d’amplitude et de phase nécessaires au traitement numérique.

Le logiciel peut ensuite filtrer, démoduler ou décoder le signal.

C’est là toute la différence :

le matériel reçoit le signal ; le logiciel décide en grande partie quoi en faire.

La version actuelle reste cependant UHF uniquement et travaille avec une largeur de bande I/Q pouvant atteindre environ 500 kHz.

GNU Radio directement dans le talkie

C’est probablement la partie la plus séduisante du projet pour l’expérimentateur.

LinHT peut exécuter GNU Radio directement à bord.

On peut donc construire une chaîne de réception ressemblant conceptuellement à :

RF → I/Q → filtrage → démodulation → décodage → audio

et réaliser le chemin inverse en émission.

Le projet a naturellement beaucoup travaillé sur M17, protocole numérique vocal open source destiné aux radioamateurs. Dès novembre 2025, LinHT fonctionnait déjà comme un véritable transceiver M17 autonome.

Mais l’architecture ne se limite pas théoriquement à un seul mode. La documentation actuelle mentionne notamment FM, SSB, M17 et différents modes numériques expérimentaux, tandis que des essais de réception TETRA ont également été réalisés.

Un talkie peut ainsi devenir une véritable plateforme portable d’expérimentation SDR.

Et côté puissance ?

Un SDR expérimental capable de décoder des signaux sur une table de laboratoire est une chose. Un véritable talkie capable d’émettre plusieurs watts en est une autre.

La Rev B a justement permis de franchir cette étape.

Elle intègre un amplificateur RF GRF5604. Les essais ont mesuré environ 4,5 W en CW et autour de 3,5 W lors d’un essai M17.

Les concepteurs ont également validé la commutation émission/réception ainsi que deux atténuateurs RF programmables destinés notamment à éviter la saturation du récepteur.

LinHT commence donc réellement à ressembler à un portatif utilisable sur l’air.

Open source… jusqu’au circuit imprimé

L’intérêt du projet ne se limite pas à Linux.

La documentation matérielle est publiée : schémas électroniques, fichiers KiCad, PCB, nomenclature et données nécessaires à la fabrication sont accessibles.

On peut donc étudier le fonctionnement du poste, modifier son électronique et développer ses propres logiciels ou chaînes GNU Radio.

Il faut néanmoins apporter une nuance au terme « open source » : les fichiers matériels sont actuellement distribués sous licence CC BY-NC-SA 4.0, qui comporte notamment une restriction concernant l’utilisation commerciale.

Peut-on déjà construire son LinHT ?

Techniquement, un expérimentateur très bien équipé peut étudier le projet et envisager sa réalisation.

Mais nous sommes encore loin d’un kit à monter tranquillement un dimanche après-midi.

La Rev B a été fabriquée et testée et a permis de valider une grande partie de l’architecture. Plusieurs problèmes ont néanmoins été identifiés, notamment autour du GNSS, de certaines commandes matérielles et de l’intégration audio.

Ces enseignements servent maintenant au développement de la Rev C, qui devra elle-même être fabriquée et mesurée avant que ses performances puissent être considérées comme acquises.

Et si c’était cela, le talkie de demain ?

LinHT est finalement intéressant au-delà du projet lui-même.

Depuis des décennies, nous utilisons des postes dont le constructeur définit les possibilités. LinHT inverse en partie cette logique : le matériel devient une plateforme sur laquelle le radioamateur peut expérimenter.

Linux, GNU Radio, SDR, matériel documenté et logiciels modifiables réunis dans un appareil tenant dans la main…

Après les talkies que l’on pouvait simplement programmer, voici peut-être venir une nouvelle génération : des talkies que l’on pourra véritablement transformer.

Reste maintenant à voir si LinHT restera un formidable terrain de jeu pour quelques passionnés… ou s’il préfigure réellement le talkie-walkie radioamateur de demain.

Pour aller plus loin

Vous souhaitez suivre le développement de LinHT, consulter ses schémas ou découvrir plus en détail son architecture ? Voici les principales ressources officielles du projet.

  • Documentation matérielle LinHT : schémas, fichiers KiCad, Gerber, nomenclature et modèles 3D.
    linux-radio.eu
  • M17 Project : site de la communauté à l’origine de LinHT et du protocole numérique M17.
    m17project.org
  • Actualités LinHT : essais des prototypes et évolution des différentes révisions matérielles.
    Actualités LinHT
  • Architecture interne de LinHT : présentation détaillée du SX1255, de l’i.MX93, de Linux et de GNU Radio.
    Comprendre le fonctionnement de LinHT
  • Sources matérielles : fichiers de conception du circuit imprimé.
    Dépôt LinHT-hw sur GitHub

LinHT évoluant rapidement, privilégiez ces sources officielles pour disposer des informations les plus récentes.

L’examen radioamateur français se modernise

examen radioamateur ANFR

Qu’est-ce qui change réellement ?

L’examen permettant d’obtenir le certificat d’opérateur radioamateur en France évolue. Mais attention : il ne s’agit ni d’un nouvel examen, ni d’une modification du programme. C’est avant tout l’infrastructure informatique utilisée par l’ANFR qui se modernise.

Une évolution assez discrète pour le candidat, mais intéressante puisqu’elle concerne l’outil sur lequel passent les futurs radioamateurs.

Un examen déjà entièrement informatisé

Depuis plusieurs années, les candidats ne répondent plus à un questionnaire papier. L’examen organisé par l’Agence nationale des fréquences (ANFR) est informatisé.

Le principe reste bien connu : une partie consacrée à la réglementation et une seconde aux connaissances techniques.

L’ANFR propose d’ailleurs sur son site une présentation en ligne de l’interface d’examen, permettant de se familiariser avec son fonctionnement. L’Agence précise cependant qu’il s’agit uniquement d’une présentation et non d’un véritable logiciel d’entraînement.

C’est l’infrastructure qui se cache derrière cette interface qui évolue.

Une nouvelle solution informatique

Les informations publiées autour de cette modernisation indiquent que l’examen doit désormais s’appuyer sur la solution d’un éditeur numérique français.

L’objectif est de disposer d’une interface plus moderne et d’une infrastructure plus robuste, mais également d’un système susceptible d’évoluer plus facilement dans les années à venir.

La nouvelle solution doit aussi permettre de conserver un environnement de présentation accessible depuis le site de l’ANFR afin que les futurs candidats puissent découvrir l’interface avant de se présenter à l’examen.

L’évolution concerne donc essentiellement les coulisses informatiques de l’examen, plutôt que l’examen lui-même.

Un hébergement dans un cloud français

Un autre point mérite l’attention : l’hébergement des données.

Les informations disponibles indiquent que les données doivent rester sous la maîtrise de l’ANFR et être hébergées dans un cloud français.

Ce choix prend évidemment une importance particulière lorsqu’une administration manipule les informations personnelles des candidats.

Sur son site officiel, l’ANFR confirme que les données renseignées dans l’outil d’examen font l’objet d’un traitement par l’Agence dans le cadre de sa mission d’organisation des examens. Elle précise également les droits des candidats en matière d’accès, de rectification, d’effacement et d’opposition conformément au RGPD.

Ce qui ne change pas

C’est probablement le point le plus important pour les futurs candidats : cette modernisation informatique ne signifie pas qu’il faut revoir sa préparation à l’examen.

Les informations disponibles indiquent que le contenu des épreuves et les conditions d’accès ne sont pas modifiés par ce changement d’infrastructure.

Le programme reste fixé par l’annexe 1 de l’arrêté du 21 septembre 2000 relatif aux conditions d’obtention des certificats d’opérateur des services d’amateur.

L’inscription continue également de s’effectuer auprès d’un centre d’examen de l’ANFR. L’Agence organise les sessions dans ses services régionaux et ses antennes et précise qu’il convient de prendre rendez-vous directement auprès du centre choisi.

Autrement dit, inutile de jeter vos cours et de recommencer votre préparation !

Vers un examen davantage dématérialisé ?

Cette évolution pourrait néanmoins préparer l’avenir.

Une infrastructure informatique plus moderne et plus souple facilite théoriquement les mises à jour, la maintenance et l’évolution des services proposés aux candidats. Elle ne signifie toutefois pas que l’examen radioamateur pourra prochainement être passé depuis son domicile.

À ce jour, l’ANFR continue d’organiser les examens dans ses centres et antennes, avec la possibilité exceptionnelle d’organiser certaines sessions à l’extérieur de ses locaux. Pour cela, plusieurs conditions doivent être réunies, notamment plus de dix candidats sur une même journée et un éloignement supérieur à 100 km du centre d’examen le plus proche.

Pour les sessions organisées dans un établissement scolaire ou universitaire, l’ANFR recommande même de prendre contact avec le centre concerné au moins six mois auparavant.

Une modernisation bienvenue

Pour le candidat, cette évolution ne provoquera donc probablement aucun bouleversement spectaculaire.

Et c’est finalement plutôt une bonne nouvelle.

Le but n’est pas de réinventer l’examen radioamateur, mais de moderniser l’outil informatique qui permet de l’organiser, d’améliorer sa pérennité et de disposer d’une infrastructure capable d’accompagner les évolutions futures.

Programme, préparation, rendez-vous auprès de l’ANFR et passage des épreuves restent pour l’instant fondamentalement identiques.

La modernisation se déroule surtout derrière l’écran.

Mais dans un hobby où SDR, traitement numérique, modes numériques et stations contrôlées par ordinateur prennent chaque année davantage d’importance, il était finalement assez logique que l’examen permettant de devenir radioamateur modernise lui aussi son infrastructure numérique.

Les liens utiles de l’ANFR pour les futurs radioamateurs

Pour terminer, voici quelques pages officielles de l’Agence nationale des fréquences (ANFR) qu’il est utile de conserver dans ses favoris lorsqu’on prépare l’examen ou que l’on vient d’obtenir son certificat.

Préparer et passer l’examen radioamateur
La page « Les certificats » explique comment choisir un centre d’examen, s’inscrire, préparer les épreuves et se présenter le jour J. Elle rappelle également le déroulement des deux QCM de 20 questions, consacrés à la réglementation et à la technique.

Les certificats et l’examen radioamateur

Découvrir l’interface de l’examen
L’ANFR propose une présentation en ligne permettant de découvrir le fonctionnement des épreuves informatisées. Attention : il ne s’agit pas d’un logiciel d’entraînement complet, mais d’une présentation destinée à se familiariser avec l’interface.

Présentation des épreuves d’examen

Obtenir et gérer son indicatif
Une fois le certificat obtenu, cette rubrique explique les différentes catégories d’indicatifs et les démarches permettant notamment de demander un indicatif personnel, un indicatif de radio-club ou un indicatif spécial. On y trouve également les informations concernant les duplicatas et la suspension d’un indicatif.

Les indicatifs radioamateurs

Accéder au téléservice Radioamateur
Le téléservice de l’ANFR permet d’effectuer en ligne plusieurs démarches administratives liées à son activité radioamateur.

Téléservice Radioamateur de l’ANFR

Consulter l’annuaire officiel des radioamateurs
L’ANFR met également à disposition un annuaire permettant de rechercher les radioamateurs autorisés.

Annuaire officiel des radioamateurs

Trouver une réponse à une question particulière
Changement d’adresse, obtention d’un indicatif, radio-clubs, examen pour les personnes en situation de handicap, bandes de fréquences autorisées… la rubrique Questions/Réponses regroupe de nombreuses informations pratiques.

Questions / Réponses Radioamateurs

Enfin, pour les textes réglementaires qui encadrent notre activité, la rubrique dédiée permet de retrouver les principales références juridiques applicables au service amateur.

Cadre juridique des radioamateurs

Ces pages constituent les sources officielles à privilégier : réglementation, modalités d’examen ou démarches administratives peuvent évoluer et une information ancienne trouvée sur un forum ou un site radioamateur n’est pas nécessairement encore valable.

L’UIT publie son nouveau Handbook 2026

Handbook 2026

Une référence mondiale pour les radioamateurs

L’Union internationale des télécommunications (UIT) vient de publier l’édition 2026 de son Handbook on Amateur and Amateur-Satellite Services. Derrière ce titre plutôt institutionnel se cache un document particulièrement intéressant : il dresse un panorama international du radioamateurisme, de ses techniques, de sa réglementation et de son rôle dans les communications modernes.

Un document destiné aux administrations… mais pas seulement

Le Handbook n’est pas à proprement parler un manuel destiné à apprendre à trafiquer. L’UIT indique qu’il rassemble dans un même document les informations relatives aux services amateur et amateur par satellite, principalement à destination des administrations et des organisations radioamateurs.

Mais son contenu mérite largement l’attention des opérateurs.

Cette édition 2026 actualise une grande partie de la précédente version. L’UIT précise notamment que les chapitres concernant les satellites et les techniques opérationnelles ont été largement révisés, tandis que de nouvelles parties expliquent l’apport du radioamateurisme à la société et à l’enseignement technique.

De la réglementation à l’expérimentation

Le premier chapitre revient sur l’histoire du service amateur, les licences, les qualifications des opérateurs, les stations de radio-club, les relais et balises ainsi que la reconnaissance internationale des licences, notamment dans le cadre de la CEPT.

Mais le deuxième chapitre devient beaucoup plus concret.

On y retrouve les plans de bandes, les activités radio, les concours, DXpeditions, radiogoniométrie et programmes destinés aux jeunes. Le Handbook aborde également les différents systèmes de communication : télégraphie, transmission de données, téléphonie, images et multimédia.

L’expérimentation occupe elle aussi une place importante avec la conception d’antennes, l’étude de la propagation, le traitement numérique du signal et même les systèmes SDR — Software Defined Radio.

Voilà qui montre à quel point la radio d’amateur actuelle dépasse largement l’image du simple émetteur-récepteur posé sur une table.

Une place importante pour les communications d’urgence

L’UIT consacre également une partie du Handbook au rôle des radioamateurs lors des catastrophes.

Réseaux locaux, liaisons à moyenne distance et communications longue distance sont évoqués. Cette reconnaissance n’est pas anodine : une recommandation UIT-R actualisée en février 2026 encourage les administrations à favoriser l’existence de réseaux radioamateurs capables de fonctionner lorsque les autres moyens de télécommunication deviennent indisponibles, y compris depuis des installations temporaires alimentées sur batteries ou groupes électrogènes.

Les satellites radioamateurs à l’honneur

Un chapitre complet concerne le service amateur par satellite.

Stations terriennes, bandes utilisées, expérimentation, satellites de communication, missions éducatives et coordination internationale des fréquences sont abordés.

Pour ceux qui pratiquent les satellites LEO ou QO-100, cette partie permet surtout de comprendre tout le travail réglementaire et de coordination qui existe derrière quelques minutes de QSO via un satellite.

Une photographie du radioamateurisme moderne

Ce Handbook 2026 est finalement intéressant pour une raison simple : il montre comment une organisation internationale considère aujourd’hui notre activité.

On y retrouve les fondamentaux — antennes, trafic, bandes de fréquences — mais aussi SDR, traitement numérique, satellites, Internet, multimédia, expérimentation et communications d’urgence.

À l’heure où certains imaginent encore le radioamateurisme comme une activité essentiellement centrée sur la télégraphie et la phonie HF, le document de l’UIT raconte une tout autre histoire.

Le radioamateur reste un opérateur, mais il est également expérimentateur, concepteur, utilisateur du numérique et acteur potentiel des communications d’urgence.

Et en 2026, l’UIT continue manifestement de considérer cette activité centenaire comme suffisamment actuelle pour lui consacrer un Handbook international entièrement remis à jour.

Pour consulter le document : Handbook on Amateur and Amateur-Satellite Services — édition 2026 (PDF officiel UIT)

SDRoxide

SDRoxide

A quoi ressemblera la station radioamateur 100 % logicielle ?

La radio logicielle, ou SDR (Software Defined Radio), n’est plus une nouveauté chez les radioamateurs. Panadapter, waterfall, filtrage numérique ou pilotage CAT font désormais partie du quotidien de nombreuses stations. Mais un projet récent pousse le concept beaucoup plus loin : SDRoxide ambitionne de rassembler dans un seul logiciel pratiquement tout ce qui compose aujourd’hui une station numérique.

Plus qu’un simple programme SDR, il donne un aperçu assez fascinant de ce que pourrait devenir la station radioamateur de demain.

Un logiciel pour remplacer… plusieurs logiciels

Une station moderne peut rapidement devenir une collection de programmes : logiciel SDR, WSJT-X pour le FT8, Fldigi pour certains modes numériques, logiciel de log, DX Cluster, suivi satellite, propagation, carnet de trafic, etc.

SDRoxide cherche précisément à éviter cette accumulation.

Écrit en Rust et distribué en open source, il fonctionne sous Linux, Windows et macOS. Il peut communiquer avec différents matériels par SoapySDR, OpenHPSDR, TCI ou CAT/Audio, ce qui lui permet de piloter aussi bien certains SDR qu’un émetteur-récepteur traditionnel contrôlable par CAT.

L’idée est simple : faire du PC le véritable centre de la station.

Du waterfall au FT8

L’interface comprend évidemment les fonctions attendues d’un logiciel SDR : panadapter accéléré par GPU, waterfall, double VFO, RIT/XIT, filtres réglables, AGC, noise blanker, notch automatique, enregistrement audio, etc.

Mais SDRoxide va beaucoup plus loin.

Il intègre directement FT8 et FT4, avec décodage, séquencement des QSO et journalisation. S’ajoutent PSK31, RTTY, Olivia, THOR, FSQ et même la SSTV.

Un skimmer peut également surveiller une portion importante du spectre et décoder simultanément des signaux CW, PSK et RTTY. Les indicatifs détectés apparaissent alors directement sur le waterfall.

Autrement dit, on ne regarde plus simplement le spectre : le logiciel commence à expliquer ce qui s’y passe.

L’intelligence artificielle arrive dans le récepteur

Autre fonction intéressante : la réduction de bruit utilisant un réseau neuronal.

SDRoxide propose RNNoise, destiné à reconnaître la parole et à réduire certains bruits parasites. Cette technique complète les méthodes DSP classiques comme la réduction spectrale du bruit, le noise blanker et le notch automatique.

C’est probablement l’une des évolutions que nous retrouverons de plus en plus dans nos équipements : au lieu de simplement filtrer certaines fréquences, le logiciel tente d’identifier ce qui constitue réellement la voix utile.

Le projet intègre également FreeDV RADE, mode de voix numérique utilisant un codec neuronal.

Propagation, satellites et activité solaire

Voilà une fonctionnalité plus inattendue : SDRoxide possède une sorte de HamClock en trois dimensions.

Le logiciel peut afficher le Soleil, les éruptions solaires, les CME, l’ovale auroral et différents indices comme Kp et F10.7. Il exploite notamment des données provenant de la NASA, de la NOAA, du réseau GIRO et de CelesTrak.

Il sait également afficher les orbites et passages des satellites.

La propagation n’est donc plus une information consultée sur un site extérieur : elle devient une composante de l’environnement de trafic.

DX Cluster, POTA, SOTA et carnet de trafic

Même philosophie pour le reste de la station.

SDRoxide intègre un DX Cluster, les spots POTA et SOTA, ainsi que PSK Reporter. Les informations peuvent apparaître directement sur le panadapter.

Le carnet de trafic est également intégré, avec import/export ADIF et connexions prévues avec plusieurs services utilisés par les radioamateurs, notamment LoTW, eQSL et Club Log.

On commence alors à comprendre la philosophie du projet : faire disparaître les frontières entre le récepteur, les modes numériques, le log et les services Internet.

Et la station devient accessible depuis un navigateur

SDRoxide peut fonctionner directement sur l’ordinateur de la station, mais également en mode serveur.

Dans ce cas, l’interface peut être utilisée depuis un navigateur Web, tandis qu’un client natif permet également l’exploitation à distance.

On peut donc imaginer le transceiver et le PC restant dans le shack tandis que l’opérateur utilise sa station depuis un autre ordinateur.

La station radio devient progressivement un service accessible sur le réseau.

Le poste radio va-t-il disparaître ?

Pas tout à fait.

Même avec une station « 100 % logicielle », il faudra toujours une partie matérielle : convertisseurs analogique-numérique et numérique-analogique, oscillateurs, filtres RF, préamplificateurs, amplificateur de puissance et, bien entendu, une antenne.

Le logiciel ne remplacera jamais les 100 W de l’étage final ni le filtre passe-bas placé derrière !

Mais la frontière se déplace.

Autrefois, le comportement d’un poste était largement déterminé par son électronique. Avec le SDR, une part croissante de ses possibilités dépend désormais du logiciel.

SDRoxide pousse simplement cette logique jusqu’au bout.

Le projet reste néanmoins jeune et ses développeurs le présentent eux-mêmes comme un logiciel bêta en développement actif. La version disponible lors de la rédaction de cet article est la 0.6.0.

Mais l’intérêt de SDRoxide dépasse déjà le logiciel lui-même. Il montre une direction possible pour notre hobby : demain, nous n’installerons peut-être plus cinq ou dix programmes autour de notre transceiver.

Le transceiver pourrait devenir une interface RF, tandis que la véritable station radio serait… le logiciel.

Pour aller plus loin

Pour découvrir SDRoxide plus en détail, le mieux est encore de visiter le site officiel du projet. Vous y trouverez une présentation des nombreuses fonctionnalités du logiciel, des captures de l’interface, les informations nécessaires pour l’installer ainsi que les liens vers son développement open source. SDRoxide étant encore en évolution, c’est également l’endroit à privilégier pour suivre les nouvelles versions et découvrir les fonctions ajoutées au fil du développement. Si l’idée d’une station radioamateur largement pilotée par logiciel vous tente, voilà un projet qui mérite assurément d’être essayé !

Découvrir le site officiel de SDRoxide