Pendant des années, HamClock a occupé une place un peu particulière dans de nombreux shacks. Installé sur un Raspberry Pi ou un ordinateur et relié à un écran, il affichait en permanence l’heure UTC, la greyline, les conditions de propagation, l’activité solaire, les DX et quantité d’autres informations utiles.
Ce qui n’était au départ qu’une « horloge pour radioamateur » était devenu un véritable tableau de bord du shack.
Depuis, le concept fait des émules. HamClock-Next, HamDash, HamTab, PropDeck et surtout Helioclock montrent une tendance évidente : l’écran auxiliaire du shack devient presque aussi important que celui du transceiver.
Mais une question se pose : avons-nous réellement besoin de toutes les informations qu’il est désormais possible d’afficher ?
De HamClock au cockpit radio
Le succès de HamClock reposait sur une idée simple : réunir sur un seul écran les informations que le radioamateur devait auparavant rechercher sur plusieurs sites.
Quelle heure est-il en UTC ? Où se trouve la greyline ? Quelle est l’activité solaire ? Les bandes hautes sont-elles ouvertes ? Où sont les DX intéressants ?
Un coup d’œil suffisait.
La disparition de son créateur, Elwood Downey WB0OEW, début 2026, n’a pas fait disparaître le concept. Au contraire, plusieurs projets communautaires ou indépendants ont repris l’idée, parfois en allant beaucoup plus loin.
HamClock-Next, par exemple, propose des dizaines de widgets configurables. D’autres projets comme HamTab, HamDash ou PropDeck privilégient une utilisation directement depuis un navigateur.
Nous assistons donc à une évolution intéressante : l’horloge du shack devient progressivement son cockpit.

De HamClock à Helioclock : l’écran du shack évolue progressivement de l’horloge enrichie vers un véritable cockpit radio.
Helioclock pousse le concept beaucoup plus loin
Parmi cette nouvelle génération, Helioclock, développé par KA9NWM, est particulièrement intéressant.
Son principe reste familier : un écran fonctionne en permanence dans le shack et centralise les informations utiles. Mais la quantité de données exploitables est considérable.
On y retrouve notamment la greyline, les conditions HF, la MUF, les indices solaires, l’activité géomagnétique, les cartes DRAP d’absorption ionosphérique, les images du Soleil, les aurores, le DX Cluster, le Reverse Beacon Network, PSK Reporter, POTA, SOTA, WWFF, les DXpeditions, les concours, les satellites, l’ISS, les balises NCDXF ou encore la météo.
Helioclock peut fonctionner sur Raspberry Pi 4 ou 5 ainsi que sur des machines x86-64. Il est donc possible d’en faire un véritable appareil autonome, allumé en permanence à côté du transceiver.
Mais cette profusion d’informations soulève justement le problème qui nous intéresse.
Plus de données signifie-t-il forcément un meilleur tableau de bord ?
« Quelle bande dois-je utiliser maintenant ? »
Prenons un exemple.
Notre écran indique : SFI 145 — Kp 2 — MUF 24,8 MHz.
Ces chiffres sont intéressants… à condition de savoir exactement comment les interpréter.
Mais ce que veut généralement savoir l’opérateur est beaucoup plus simple : « Sur quelle bande ai-je le plus de chances de faire du DX maintenant ? »
C’est précisément l’une des orientations intéressantes de Helioclock avec sa fonction Best Band Now.
Le système ne se contente pas d’une prévision théorique. Il peut confronter les conditions attendues à l’activité réellement observée, notamment à travers le DX Cluster et le Reverse Beacon Network.
Une bande peut alors être présentée comme probablement ouverte, confirmée par l’activité observée, fermée ou même connaître une ouverture inattendue.
C’est un changement important.
Au lieu de simplement afficher des données, le tableau de bord commence à les interpréter.
Prévoir, observer… puis écouter
Pour savoir si une bande est ouverte, nous disposons aujourd’hui de trois niveaux d’information.
Le premier est la prévision. Des modèles comme VOACAP permettent d’estimer la probabilité d’une liaison HF selon l’heure, la saison, l’activité solaire, les fréquences utilisées et le trajet envisagé.
Le deuxième niveau est l’observation du réseau.
Le Reverse Beacon Network peut montrer que des stations sont effectivement reçues sur une bande. PSK Reporter apporte une quantité considérable d’informations pour les modes numériques. Les clusters DX montrent également où se déroule l’activité.
Autrement dit : la théorie prévoit, le réseau observe.
Helioclock ajoute encore une possibilité particulièrement intéressante : utiliser un RTL-SDR local.
Le tableau de bord peut alors disposer d’un récepteur avec spectre, waterfall et démodulation. À terme, l’écoute locale de balises ou d’autres signaux peut devenir une information supplémentaire pour juger réellement l’état d’une bande.
Nous obtenons alors : Prévision → activité observée sur Internet → signaux réellement reçus dans le shack.

De la prévision à l’écoute locale : Helioclock croise plusieurs sources pour transformer les données de propagation en informations directement exploitables.
Voilà qui commence à ressembler à un véritable instrument radio.
Que faut-il vraiment laisser affiché ?
Si nous devions construire le tableau de bord F5KEE idéal, certaines informations mériteraient incontestablement d’être visibles en permanence.
D’abord, l’heure UTC et l’heure locale. Simple, mais indispensable.
Ensuite, une carte mondiale avec la greyline. Elle permet de comprendre instantanément la position jour/nuit et reste particulièrement intéressante pour certaines ouvertures DX sur les bandes basses.
Puis viendrait l’information essentielle : l’état des bandes.
Plutôt que dix valeurs scientifiques, pourquoi ne pas afficher simplement : 80 m ● 40 m ● 20 m ● 15 m ● 10 m ●
avec un code visuel indiquant les bandes ouvertes, incertaines ou peu favorables ?
À côté, quelques DX réellement entendus ou signalés, avec leur fréquence, leur mode, leur distance et surtout leur azimut depuis le QTH.
Les données solaires resteraient disponibles, mais de manière secondaire : SFI, Kp, MUF ou DRAP n’ont pas nécessairement besoin d’occuper la moitié de l’écran.
Une indication comme : Propagation HF : BONNE — 15 m recommandé vers l’Amérique du Nord
serait souvent beaucoup plus utile.
Le tableau de bord devrait connaître notre station
C’est peut-être la prochaine grande évolution.
La plupart des services nous donnent encore des informations relativement générales. Pourtant, les conditions intéressantes pour une station équipée d’une Yagi trois éléments à 20 mètres du sol ne sont pas exactement celles d’un opérateur utilisant 10 W dans un dipôle.
Le tableau de bord idéal devrait donc connaître notre locator, nos antennes, notre puissance, nos modes favoris et éventuellement la position du rotor.
Imaginez alors l’affichage : 15 m — ouverture Amérique du Sud — 214° — activité confirmée par RBN.
Et pourquoi pas, demain : Tourner l’antenne vers 214° ?
À ce stade, le dashboard ne serait plus seulement un afficheur. Il deviendrait véritablement le copilote du shack.
DXer, FT8iste ou amateur de satellites : pas le même écran !
Il n’existe cependant probablement pas de tableau de bord universel.
Le DXer voudra principalement surveiller propagation, greyline, DX Cluster, RBN et DXpeditions.
L’amateur de FT8 privilégiera PSK Reporter, WSJT-X et l’activité par bande.
L’opérateur satellite préférera connaître les prochains passages, l’azimut, l’élévation, la position de l’ISS et les satellites actuellement accessibles.
Le passionné de QO-100 aura encore d’autres priorités.
La véritable force d’un tableau de bord moderne doit donc être sa personnalisation.
Attention au sapin de Noël !
Nous arrivons finalement au paradoxe.
Il est désormais possible d’afficher une carte mondiale, deux waterfalls, la météo locale, le Soleil en temps réel, trente spots DX, cinq indices géomagnétiques, quatre satellites, les concours du week-end et la température extérieure.
Mais si nous devons passer trente secondes à chercher l’information importante, le tableau de bord a raté son objectif.
Une règle pourrait suffire : une information affichée en permanence doit permettre de prendre une décision.
La greyline répond à cette règle. L’état des bandes aussi. Une alerte d’éruption solaire également.
En revanche, certaines informations très spécialisées peuvent parfaitement rester accessibles dans un écran secondaire.
Le meilleur dashboard n’est donc probablement pas celui qui possède le plus de widgets, mais celui qui sait montrer la bonne information au bon moment.
Le tableau de bord ultime du shack ?
Imaginons finalement notre écran idéal.

Le tableau de bord F5KEE idéal : l’essentiel de la propagation, du DX et de l’activité radio réuni sur un seul écran.
Au centre : une grande carte mondiale avec greyline et directions DX.
À gauche : l’état instantané des bandes.
À droite : quelques DX intéressants réellement entendus.
En haut : heure UTC, heure locale, indicatif et locator.
Dans un coin : SFI, Kp et MUF, accompagnés d’une interprétation immédiatement compréhensible.
En bas : prochaine DXpedition recherchée, prochain passage satellite ou alerte propagation.
Et au milieu de tout cela, une seule phrase pourrait parfois être l’information la plus précieuse : « 15 mètres ouvert — Japon entendu — tournez l’antenne vers 45°. »
HamClock nous avait appris à garder les conditions radio sous les yeux. Helioclock et les nouveaux tableaux de bord montrent maintenant l’étape suivante.
Il ne s’agit plus seulement de nous présenter davantage de données.
Il s’agit de répondre à trois questions :
Quelle bande est ouverte ? Vers où ? Et qui puis-je contacter maintenant ?
Après l’horloge du shack, voici peut-être venir son copilote.
Pour aller plus loin
- Helioclock — site officiel : https://helioclock.com/
- Helioclock — fonctions radioamateurs : https://helioclock.com/for-hams/
- HamClock-Next : https://sourceforge.net/p/hamclock-next/wiki/Home/
- HamTab : https://www.hamtab.net/
- HamDash : https://hamdash.com/
- PropDeck : https://propdeck.net/
- VOACAP : https://www.voacap.com/
- Reverse Beacon Network : https://www.reversebeacon.net/
- PSK Reporter : https://pskreporter.info/
