Les satellites radioamateurs ne se limitent plus aux répéteurs FM ou aux transpondeurs linéaires. CO-128, lancé durant l’été 2026, en apporte une belle démonstration : digipeater sur 2 mètres, télévision numérique sur 10 mètres, balises CW, SDR embarqué et même sondage de l’ionosphère.
Derrière l’indicatif Canada-OSCAR 128 se cache MARMOTSat, un CubeSat canadien particulièrement ambitieux.
MARMOTSat devient CO-128
MARMOTSat, pour Mission for Atmospheric Radio Measurements with Open-source Technology Satellite, est un CubeSat 3U de 340 × 100 × 100 mm, développé principalement par des étudiants de l’University of Victoria, en Colombie-Britannique. Sa masse au moment de l’intégration atteignait environ 5,49 kg.
Le satellite a été placé en orbite terrestre basse le 7 juillet 2026, lors de la mission SpaceX Transporter-17 depuis Vandenberg, en Californie. Après l’activation réussie de sa première balise radioamateur, AMSAT lui a officiellement attribué la désignation Canada-OSCAR 128, ou CO-128.

Vue d’ensemble de CO-128/MARMOTSat : architecture du CubeSat 3U, sous-systèmes embarqués, antennes et principales expériences radioamateurs sur 145,875 MHz, 29,410 MHz et 436,125 MHz.
Un laboratoire SDR de trois litres dans l’espace
Une des particularités de CO-128 est son architecture radio largement basée sur le SDR, Software Defined Radio.
Le projet développe notamment le Modular CubeSat Radio (MCR), une plateforme radio modulaire et ouverte. L’idée est séduisante : plutôt que de construire une électronique spécifique pour chaque modulation, une partie importante des traitements est réalisée numériquement et peut donc être modifiée par logiciel.
CO-128 devient ainsi non seulement un satellite à écouter ou à utiliser, mais également un banc d’essai en orbite pour de futures radios spatiales open source.
145,875 MHz : un peu de GreenCube sur 2 mètres
L’une des expériences les plus attendues est le digipeater VHF sur 145,875 MHz.
Le principe rappelle celui qui a fait le succès de IO-117/GreenCube : une station envoie un message numérique au satellite, celui-ci le reçoit puis permet sa retransmission vers d’autres stations.
Le système doit pouvoir fonctionner en communication directe mais également selon le principe store-and-forward : le satellite conserve temporairement certaines données pour les retransmettre ultérieurement.
On peut donc imaginer CO-128 comme une sorte de boîte aux lettres numérique passant à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes.
La même fréquence de 145,875 MHz est également utilisée pour une balise CW. Celle-ci a déjà été reçue au sol. L’équipe indiquait le 14 août qu’elle fonctionnait encore de façon intermittente, en fonction notamment de l’énergie disponible à bord.

Principe du digipeater VHF de CO-128 sur 145,875 MHz : retransmission directe d’un message entre deux stations ou fonctionnement « store-and-forward » avec stockage temporaire à bord du satellite.
De la télévision numérique… sur 29,410 MHz !
CO-128 réserve une expérience encore plus étonnante : transmettre des images de la Terre en DVB-S2 sur la bande des 10 mètres.
Le satellite embarque une caméra et prévoit une transmission sur :
29,410 MHz – DVB-S2 – QPSK – 33 ou 66 kbauds – FEC 1/2 – roll-off 0,35.
Pour les radioamateurs pratiquant la DATV, le DVB-S2 est loin d’être inconnu : c’est notamment le système largement utilisé pour les transmissions numériques via QO-100.
Mais recevoir du DVB-S2 à 29 MHz depuis un CubeSat en orbite basse constitue une expérience autrement inhabituelle. Contrairement à QO-100, CO-128 défile rapidement dans le ciel et le signal reçu est soumis au déplacement Doppler.
Le bruit radioélectrique présent sur les bandes HF représente également un sérieux défi. Une bonne antenne et surtout un environnement radio relativement calme devraient donc être précieux.
CO-128 sonde aussi l’ionosphère
La fréquence 29,410 MHz ne sert pas uniquement à transmettre de la vidéo.
CO-128 doit également émettre un signal LFM – Linear Frequency Modulation, autrement dit un signal dont la fréquence varie suivant une loi connue.
Le principe scientifique peut être résumé simplement :
CO-128 émet un signal connu → celui-ci traverse l’ionosphère → une station au sol l’enregistre → les modifications du signal sont analysées.
Ces mesures doivent contribuer à l’étude de la structure et de la composition de l’ionosphère. Le projet a justement été conçu pour expérimenter le sondage transionosphérique par satellite.
Et c’est là que les radioamateurs peuvent jouer un rôle intéressant : des stations équipées de SDR peuvent participer à la collecte des signaux. Le radioamateur ne serait donc plus seulement utilisateur du satellite, mais pourrait devenir contributeur à une expérience scientifique.

Principe du sondage ionosphérique de CO-128 : un signal LFM émis sur 29,410 MHz traverse l’ionosphère avant d’être enregistré et analysé au sol par des stations radioamateurs équipées d’un SDR.
CO-128 en un coup d’œil
| Caractéristique | CO-128 / MARMOTSat |
|---|---|
| Format | CubeSat 3U |
| Dimensions | 340 × 100 × 100 mm |
| Masse | ≈ 5,49 kg |
| Lancement | 7 juillet 2026 |
| Orbite | LEO |
| Digipeater VHF | 145,875 MHz |
| Balise CW VHF | 145,875 MHz |
| Balise CW 10 m | 29,410 MHz |
| DATV DVB-S2 | 29,410 MHz |
| Sondage LFM | 29,410 MHz |
| TT&C | 436,125 MHz |
| Indicatif balise | VA7UVS |
| Radio | SDR modulaire/open source |
Les différentes expériences utilisant une fréquence commune ne doivent évidemment pas être considérées comme fonctionnant toutes simultanément.
Peut-on déjà écouter CO-128 ?
Oui, et la situation évolue rapidement.
Une information publiée le 14 août 2026 par l’équipe MARMOTSat apporte d’ailleurs une précision importante : la mise en service générale du satellite (bus commissioning) est annoncée comme achevée depuis le 30 juillet. Les panneaux solaires sont déployés, le contrôle d’attitude fonctionne et le satellite a été identifié sous le numéro NORAD 69912.
La balise CW VHF a déjà été activée et reçue par plusieurs stations. En revanche, toutes les expériences radioamateurs ne sont pas encore nécessairement opérationnelles en permanence. L’activation du digipeater constitue notamment l’une des prochaines grandes étapes annoncées par l’équipe.
Il faudra donc surveiller les informations officielles avant chaque tentative.
Ce qu’il faut retenir
CO-128 est intéressant moins par sa taille que par la quantité d’expériences qu’il embarque. VHF, UHF, bande 10 mètres, digipeater, CW, DVB-S2, SDR et étude de l’ionosphère se retrouvent dans un CubeSat de seulement trois unités.
Après GreenCube pour les communications numériques et QO-100 pour la DATV, CO-128 pourrait bien devenir un nouveau terrain d’expérimentation pour les radioamateurs équipés d’un SDR.
Et cette fois, une partie de l’aventure se déroule sur une bande que beaucoup possèdent déjà dans leur station : le 10 mètres.
