Recevoir de 9 kHz à 6 GHz avec une seule radio : comment construit-on un frontal RF aussi large ?

Banniere Récepteur AOR AR5700D : de 9 kHz à 6 GHz

À l’occasion du JARL Ham Fair 2026, qui s’est tenu les 29 et 30 août à Tokyo, AOR a créé la surprise en présentant une évolution de son récepteur haut de gamme AR5700D : une version dont la couverture est étendue jusqu’à 6 GHz.

Le prototype présenté comme AR5700D 6GHz Extended Version annonce ainsi une réception continue de 9 kHz à 6000 MHz. Une plage impressionnante : entre ses deux extrémités, le rapport de fréquences dépasse 660 000 !

Mais comment une seule radio peut-elle recevoir aussi bien les très basses fréquences que les hyperfréquences ? Suffirait-il d’installer un convertisseur analogique-numérique très rapide derrière la prise d’antenne ?

Pas vraiment. Le véritable secret se trouve dans ce que les électroniciens appellent le frontal RF.

Le SDR ne règle pas tous les problèmes

Sur le papier, le principe d’un récepteur SDR paraît simple :

Antenne → convertisseur A/N → FPGA/DSP → démodulation

Les convertisseurs modernes sont extrêmement rapides et permettent de numériser des fréquences autrefois inaccessibles directement. Mais un problème demeure : l’antenne ne reçoit pas uniquement le petit signal qui nous intéresse.

Imaginons vouloir écouter un signal de –120 dBm, tandis qu’un puissant émetteur voisin arrive à –20 dBm.

La différence atteint 100 dB !

Si tout cela est envoyé sans précaution vers un amplificateur, un mélangeur ou un convertisseur, celui-ci peut saturer. Apparaissent alors désensibilisation, signaux fantômes et produits d’intermodulation.

Le travail doit donc commencer avant la numérisation.

Une gare de triage derrière l’antenne

Un récepteur couvrant plusieurs gigahertz ne possède pas réellement un unique chemin RF capable de tout recevoir simultanément.

Son frontal ressemble davantage à une gare de triage :

Antenne → protection → commutation → filtres → amplificateur → mélangeur → ADC → FPGA/DSP

Lorsque l’utilisateur choisit une fréquence, des commutateurs électroniques sélectionnent automatiquement le chemin RF correspondant.

Ce qui se cache derrière la prise d'antenne

Le frontal RF trie, filtre et adapte le signal avant sa numérisation et son traitement par le DSP.

Le AR5700D actuel, couvrant 9 kHz à 3,7 GHz, en fournit un remarquable exemple. AOR indique que les fréquences inférieures à 25 MHz sont divisées en 8 plages de filtrage, tandis qu’au-dessus de 25 MHz le frontal utilise 16 plages RF.

Pourquoi autant de filtres ?

Parce qu’avant d’amplifier le signal, il est préférable d’éliminer tout ce qui se trouve très loin de la fréquence recherchée.

Le préselecteur, premier gardien du récepteur

Supposons que nous écoutions 145 MHz. Pourquoi laisser entrer simultanément les puissants émetteurs FM autour de 100 MHz, la télévision, la téléphonie mobile et quantité d’autres signaux ?

Le préselecteur ne conserve qu’une portion du spectre.

Cette opération doit intervenir très tôt dans la chaîne, idéalement avant les composants susceptibles de produire de l’intermodulation. Deux puissants signaux hors bande peuvent en effet se combiner dans un composant non linéaire et créer artificiellement un troisième signal exactement dans la bande que nous écoutons.

Même le meilleur DSP du monde ne pourra plus distinguer ce faux signal d’un véritable signal radio : le mal a été fait avant la numérisation.

Un récepteur, 16 chemins RF

Le AR5700D découpe son immense plage de réception en plusieurs bandes de filtrage sélectionnées automatiquement.

À plusieurs GHz, une piste devient un composant

Autre difficulté : on ne construit pas un filtre pour 100 kHz comme un filtre pour 5 GHz.

Aux fréquences relativement basses, résistances, condensateurs et inductances restent des composants bien individualisés.

En montant en fréquence, leurs imperfections deviennent importantes. Les pistes du circuit imprimé elles-mêmes commencent à se comporter comme des éléments RF.

Le AR5700D actuel illustre parfaitement cette évolution. AOR indique qu’entre 2,1 et 3,7 GHz, son frontal comporte cinq banques de filtres d’environ 300 MHz de largeur utilisant des filtres interdigitaux à deux étages, associés à des amplificateurs faible bruit et réalisés à l’aide de lignes microstrip.

À ces fréquences, la longueur et la largeur de quelques millimètres de cuivre ne servent donc plus seulement à relier deux composants : elles font partie du composant.

De 9 kHz à 6 GHz, les composants changent

De la HF aux micro-ondes, les composants et même les pistes du circuit deviennent partie intégrante du filtrage RF.

Pourquoi ces compartiments métalliques ?

En observant l’intérieur d’un récepteur professionnel, on découvre souvent des circuits enfermés dans de petites cavités métalliques.

Ce n’est pas esthétique.

À plusieurs gigahertz, les circuits peuvent se coupler entre eux. Un oscillateur local peut rayonner vers un autre étage, deux filtres peuvent s’influencer et des signaux parasites peuvent apparaître.

AOR utilise ainsi sur le AR5700D un blindage en aluminium moulé de 2 mm d’épaisseur, compartimenté selon les différentes sections RF.

Nous sommes déjà beaucoup plus proches de la conception micro-ondes que de la radio traditionnelle.

En réalité, deux architectures cohabitent

Autre surprise : le AR5700D documenté actuellement n’utilise pas la même méthode sur toute sa couverture.

De 9 kHz à 25 MHz, AOR emploie une architecture à conversion directe.

De 25 MHz à 3,7 GHz, le récepteur devient un double superhétérodyne, avec une première fréquence intermédiaire de 321,95 ou 412,05 MHz, puis une seconde à 45,05 MHz.

Ce n’est qu’ensuite que le traitement numérique prend véritablement le relais.

Cela rappelle une chose importante : SDR et superhétérodyne ne sont pas des technologies opposées. Un excellent SDR peut parfaitement employer des mélangeurs et des fréquences intermédiaires avant de numériser le signal.

Le mélangeur : un ascenseur à fréquences

Le mélangeur constitue justement l’une des clés du système.

Plutôt que de demander à toute l’électronique numérique de travailler directement à 2, 3 ou 6 GHz, un oscillateur local et un mélangeur déplacent le signal vers une fréquence intermédiaire beaucoup plus facile à traiter.

C’est une sorte d’ascenseur :

quelle que soit la fréquence sélectionnée, on la transporte jusqu’à l’étage où l’attend le traitement numérique.

Mais cet oscillateur local doit être extrêmement stable et surtout présenter un très faible bruit de phase. Plus on monte en fréquence, plus cette exigence devient difficile à satisfaire.

Sensibilité ou résistance aux signaux forts ?

Le frontal doit également résoudre un compromis permanent.

Un LNA, amplificateur à faible bruit, permet d’améliorer la réception des petits signaux. Mais trop de gain augmente le risque de saturation en présence d’un signal puissant.

À l’inverse, un atténuateur améliore la résistance aux signaux forts mais dégrade la sensibilité.

Un récepteur performant doit donc jongler entre :

filtrage + amplification + atténuation + dynamique.

C’est une grande partie de la différence entre un simple récepteur large bande et un appareil professionnel.

Et de 3,7 à 6 GHz ?

C’est justement là que la nouvelle version du AR5700D devient intéressante.

AOR a présenté au Ham Fair une couverture atteignant 6000 MHz, avec notamment une adaptation de l’entrée ANT1. En revanche, l’entreprise n’a pas encore publié le supplément technique détaillant l’architecture de cette nouvelle section 3,7–6 GHz.

Il serait donc prématuré d’affirmer comment elle est exactement réalisée.

Mais atteindre 6 GHz impose nécessairement de maîtriser filtres, commutation, amplificateurs, mélangeurs, lignes microstrip, blindages et pertes jusque dans la bande des 5,7 GHz radioamateur.

Et l’antenne dans tout cela ?

Une dernière difficulté demeure : si le récepteur couvre 9 kHz–6 GHz, l’antenne universelle parfaite, elle, n’existe pas.

Une boucle active pourra être excellente en LF/HF, une discone intéressante en VHF/UHF, tandis qu’à 2,4 ou 5,7 GHz une antenne dédiée donnera généralement de bien meilleurs résultats.

AOR propose d’ailleurs pour ses récepteurs plusieurs antennes ainsi qu’un système permettant de sélectionner automatiquement différentes antennes suivant la fréquence.

Ce qu’il faut retenir

Recevoir de 9 kHz à 6 GHz n’est donc pas simplement une affaire d’ADC ultrarapide.

Derrière la prise d’antenne se cache toute une chaîne :

protection → filtres commutés → LNA/atténuation → mélangeurs → oscillateurs locaux → ADC → FPGA → DSP.

Le paradoxe du SDR moderne est finalement assez joli : plus le traitement devient numérique, plus la qualité de l’électronique analogique placée devant lui reste déterminante.

Pour aller plus loin

TM-D750 : à quoi sert réellement un waterfall sur un poste uniquement VHF/UHF ?

Bannière TM-D750

Le Kenwood TM-D750 apporte une fonction encore assez inhabituelle sur un mobile VHF/UHF : un affichage waterfall. Nous avions déjà évoqué cette nouveauté dans notre précédent article consacré au TM-D750, mais elle mérite que l’on s’y attarde.

Car une question vient immédiatement à l’esprit : à quoi peut bien servir un waterfall sur un poste principalement destiné à la FM, au D-STAR et à l’APRS ?

En HF, son intérêt paraît évident. Sur un SDR ou un IC-7300, par exemple, on observe une portion entière du spectre et l’on voit immédiatement apparaître les stations. Mais sur 145 ou 430 MHz, où nous utilisons souvent des fréquences simplex ou des relais parfaitement connus, est-ce vraiment utile ?

La réponse est oui… à condition de comprendre ce que le TM-D750 affiche réellement.

Ce n’est pas le waterfall d’un SDR

C’est probablement le point le plus important.

Le TM-D750 ne possède pas un analyseur de spectre large bande fonctionnant comme celui d’un véritable SDR. Son affichage repose sur une évolution d’une fonction bien connue des utilisateurs de Kenwood : le Visual Scan.

Le principe consiste à balayer successivement un certain nombre de fréquences autour de celle utilisée et à mesurer leur niveau.

Kenwood permet de choisir quatre largeurs de Visual Scan :

  • Mode 1 : 23 canaux ;
  • Mode 2 : 33 canaux ;
  • Mode 3 : 57 canaux ;
  • Mode 4 : 115 canaux.

Le bouton VISUAL, directement accessible sur la façade, permet d’ailleurs d’activer cette fonction.

Sur un SDR, une portion du spectre est observée pratiquement simultanément. Avec le TM-D750, le récepteur va au contraire examiner successivement les différents canaux.

Cette différence est fondamentale.

TM-D750 : SDR contre Visual Scan

SDR et TM-D750 : le premier observe une portion de spectre simultanément, tandis que le second construit son affichage par balayages successifs.

Alors, d’où vient le waterfall ?

C’est précisément là que Kenwood a fait évoluer le principe.

Un Visual Scan classique donne une photographie de l’activité détectée pendant le balayage. Mais une émission qui disparaît quelques secondes plus tard risque également de disparaître de l’affichage.

Le TM-D750 conserve désormais l’historique des niveaux relevés lors des balayages précédents.

TM-D750 : Comment se construit le waterfall

Le TM-D750 répète ses balayages et conserve les niveaux détectés : leur succession construit progressivement le waterfall.

Kenwood décrit officiellement la fonction comme permettant d’afficher non seulement le niveau des signaux actuellement scannés, mais également l’historique des niveaux détectés précédemment, sous la forme d’un waterfall couleur.

Autrement dit, l’écran ne nous montre plus seulement :

« Qu’est-ce qui émet maintenant ? »

Il peut également nous montrer :

« Qu’est-ce qui a émis ici il y a quelques instants ? »

Et sur les bandes VHF/UHF, cette différence peut devenir très intéressante.

Trouver une fréquence active

Imaginons que nous arrivions dans une région que nous connaissons mal.

Avec un poste traditionnel, nous pouvons lancer un scan. Le récepteur saute alors de fréquence en fréquence jusqu’à trouver un signal suffisamment puissant pour ouvrir le squelch.

C’est efficace, mais nous ne voyons pratiquement rien de l’activité environnante.

Le Visual Scan apporte une dimension supplémentaire : plusieurs fréquences sont représentées simultanément à l’écran.

Une fréquence régulièrement utilisée va donc progressivement laisser une trace identifiable.

Pour rechercher de l’activité simplex sur 145 MHz, par exemple, cela devient beaucoup plus parlant que de tourner continuellement le VFO.

Retrouver une émission que l’on a manquée

Voilà probablement l’un des meilleurs arguments en faveur du waterfall.

Supposons qu’une station transmette pendant quatre secondes alors que nous regardons ailleurs. Lorsque nous revenons sur le poste, la fréquence est redevenue silencieuse.

Avec un simple S-mètre : nous n’avons rien vu.

Avec un scan traditionnel : nous avons peut-être raté la transmission.

Avec l’historique du waterfall : une trace peut rester visible.

Nous savons alors qu’il s’est passé quelque chose à cet endroit du spectre et pouvons nous placer sur la fréquence pour attendre la prochaine transmission.

Cela peut concerner une conversation simplex, un relais brièvement activé, une balise ou certaines transmissions numériques.

Pourquoi le balayage reste pertinent en VHF/UHF

On pourrait objecter qu’un scanner est forcément moins performant qu’un véritable analyseur de spectre. C’est exact.

Mais l’utilisation de nos bandes VHF/UHF joue plutôt en sa faveur.

Une communication FM vocale dure généralement plusieurs secondes et les fréquences utilisées sont organisées suivant des pas relativement importants.

Le récepteur dispose donc d’un certain temps pour tomber sur le signal.

C’est très différent d’une recherche de petits signaux numériques extrêmement étroits et très courts en HF.

Plus une transmission reste présente longtemps par rapport à la durée nécessaire pour effectuer un balayage complet, plus sa probabilité d’être détectée augmente.

Le Visual Scan est donc particulièrement bien adapté à une recherche d’activité radio, plutôt qu’à une analyse précise du spectre.

Voir vivre une portion de bande

Après plusieurs balayages, le waterfall peut donner une représentation assez intuitive de l’occupation des fréquences.

Une fréquence peut apparaître régulièrement.

Une autre seulement de temps en temps.

Une troisième rester totalement silencieuse.

Le radioamateur obtient progressivement une sorte de carte temporelle de l’activité locale.

C’est finalement assez différent de notre façon habituelle d’utiliser un poste FM. Nous avons tendance à mémoriser quelques relais et quelques fréquences simplex puis à écouter uniquement celles-ci.

Le waterfall permet au contraire de regarder ce qui se passe autour de notre fréquence habituelle.

TM-D750 : À quoi ça sert sur 2 m ?

Sur 2 m et 70 cm, le waterfall permet de distinguer d’un coup d’œil activité continue, transmissions intermittentes et fréquences silencieuses.

Intéressant également pour les relais

Prenons maintenant un radioamateur en déplacement.

Il dispose peut-être d’une longue liste de relais dans les mémoires de son poste, mais lesquels sont réellement actifs à cet instant ?

Un affichage graphique de l’activité peut rapidement devenir intéressant.

Cela peut être utile lors d’un trajet, d’une sortie portable, d’une activation POTA ou simplement lors de vacances dans une région inconnue.

Le TM-D750 dispose par ailleurs de 1 000 canaux mémoire et jusqu’à 1 500 entrées dans ses listes de répéteurs, ce qui montre bien son orientation vers l’exploitation mobile et itinérante.

Kenwood n’a pas inventé le Visual Scan avec le D750

La filiation avec le TM-D710 est intéressante.

Celui-ci possédait déjà une fonction Visual Scan permettant de surveiller graphiquement 31, 61, 91 ou 181 canaux.

Le principe n’est donc pas nouveau chez Kenwood.

La nouveauté importante du TM-D750 est d’avoir associé cette philosophie de balayage à un historique représenté sous forme de waterfall couleur.

Ce n’est d’ailleurs pas non plus le premier poste VHF/UHF à proposer un affichage waterfall. L’intérêt du TM-D750 est ailleurs : Kenwood modernise une fonction historiquement présente sur ses mobiles et l’intègre directement à leur logique d’exploitation.

S-mètre, scan, Visual Scan ou waterfall ?

La différence peut finalement se résumer assez simplement :

Fonction Ce qu’elle nous apprend
S-mètre Niveau du signal sur une fréquence
Scan Recherche une fréquence occupée
Visual Scan Montre graphiquement l’activité sur plusieurs fréquences
Visual Scan + waterfall Ajoute l’historique de cette activité
Spectrum scope SDR Observe simultanément une portion de spectre

Cette dernière ligne est importante.

Le waterfall du TM-D750 ne transforme absolument pas le poste en analyseur de spectre.

Il faut aussi connaître ses limites

Une émission très courte peut parfaitement apparaître entre deux passages du scanner et donc ne jamais être détectée.

La représentation obtenue ne permettra pas non plus d’examiner précisément la largeur d’un signal, ses bandes latérales ou les caractéristiques détaillées de sa modulation comme nous pourrions le faire avec un véritable SDR.

Et plus nous demandons au Visual Scan de surveiller de canaux, plus le principe même du balayage impose des compromis.

Il faut donc considérer cet affichage pour ce qu’il est : un outil permettant de visualiser l’activité radio détectée au cours de balayages successifs.

Et non un analyseur FFT déguisé.

Gadget ou véritable outil ?

Sur un transceiver HF moderne, le waterfall est devenu tellement pratique qu’il serait aujourd’hui difficile d’imaginer certains postes sans lui.

En VHF/UHF, son importance est différente.

Nous connaissons généralement les fréquences que nous voulons utiliser et nous travaillons beaucoup avec des canaux mémorisés et des relais. Le waterfall n’est donc certainement pas indispensable pour réaliser un QSO.

Mais il apporte quelque chose que le traditionnel scan ne peut pas offrir aussi facilement : une représentation visuelle et surtout historique de l’activité radio environnante.

Et c’est probablement ainsi qu’il faut comprendre la fonction du TM-D750.

Son waterfall n’est pas destiné à transformer notre bibande en SDR.

Il permet simplement de voir ce que le scanner a entendu pendant que nous ne regardions pas la fréquence.

Une nuance technique importante… qui pourrait bien rendre le Visual Scan beaucoup plus utile qu’il n’y paraît.

De FreeDV à la télévision Full-HD : combien de bits peut-on réellement faire passer dans nos bandes radioamateurs ?

Banniere : De FreeDV à la télévision Full-HD

Lorsque nous parlons de transmission numérique, nous mélangeons facilement hertz, bauds et bits par seconde. Pourtant, ce sont trois choses bien différentes. Entre une conversation en FreeDV qui tient dans quelques kilohertz et une image de télévision HD transmise en DATV, l’écart paraît gigantesque.

Mais combien d’informations peut-on réellement faire passer dans une bande radio ? Et surtout, comment peut-on transmettre de la vidéo avec seulement quelques centaines de kilohertz de spectre ?

quelques bit/s → plusieurs Mbit/s

Du FreeDV à la DATV Full-HD, le débit passe de quelques bit/s à plusieurs Mbit/s.

Un hertz n’est pas un bit par seconde

Commençons par trois définitions.

La largeur de bande, exprimée en hertz, représente l’espace occupé par notre signal dans le spectre. Le débit symbole, exprimé en bauds ou symboles par seconde, indique combien de symboles sont transmis chaque seconde. Enfin, le débit binaire, exprimé en bit/s, mesure la quantité d’information transportée.

Un symbole peut justement représenter plusieurs bits.

Modulation Nombre d’états Bits par symbole
BPSK 2 1
QPSK 4 2
8PSK 8 3
16APSK/QAM 16 4
32APSK 32 5

autour de la partie BPSK/QPSK/8PSK pour expliquer les bits par symbole,

Plus un symbole représente de bits, plus le débit augmente — mais le signal devient aussi plus exigeant à décoder.

Prenons une transmission QPSK à 333 kS/s. Chaque symbole représentant deux bits, nous obtenons théoriquement :

333 000 × 2 = 666 000 bit/s

Nous avons donc déjà 666 kbit/s bruts. Mais ils ne seront pas tous disponibles pour transporter notre voix, nos données ou notre vidéo.

Où disparaissent les bits ?

Une liaison radio n’est jamais parfaite. Bruit, fading, parasites et erreurs de transmission imposent d’ajouter des informations permettant au récepteur de retrouver les données perdues.

C’est le rôle du FEC — Forward Error Correction.

Avec un FEC 2/3, par exemple, seuls deux bits sur trois correspondent schématiquement aux données protégées : le reste sert à la correction.

Notre transmission précédente devient donc approximativement :

666 kbit/s × 2/3 = 444 kbit/s

Et ce n’est pas encore exactement le débit vidéo disponible : il faut également tenir compte des trames, synchronisations, pilotes et autres informations nécessaires au système.

Voilà pourquoi annoncer seulement un « symbol rate » ne suffit pas pour connaître le débit réellement exploitable.

FreeDV : faire parler quelques centaines de bits

FreeDV constitue un remarquable exemple de ce que permettent les transmissions numériques sur HF.

Au lieu de transmettre directement notre voix comme en SSB, celle-ci est analysée et fortement compressée par un codec vocal. Les informations produites sont ensuite protégées contre les erreurs puis modulées pour être transmises par radio.

Les modes historiques de FreeDV ont ainsi démontré qu’une conversation intelligible pouvait être transportée avec des débits extrêmement faibles, de l’ordre du kilobit par seconde.

FreeDV évolue d’ailleurs rapidement. En 2026, le projet travaille notamment autour de RADE, une nouvelle génération reposant sur des techniques d’apprentissage automatique ; le développement de FreeDV 3.0 prévoit même le retrait de plusieurs anciens modes, dont 700D/E et 1600.

Cela illustre parfaitement une première règle :

le débit nécessaire dépend énormément de ce que nous voulons transmettre et de la manière dont nous le compressons.

Et dans nos habituels 2,7 kHz ?

Imaginons maintenant disposer d’un canal radio de la largeur d’une émission SSB, soit environ 2,7 kHz.

On pourrait y transporter de la voix analogique, de la voix numérique, des données ou des images très lentement. Mais affirmer que 2,7 kHz permettent de transporter exactement 2 700 bit/s serait faux.

Tout dépend de l’efficacité spectrale de la transmission.

Elle peut s’exprimer en :

bit/s/Hz

Et c’est une notion beaucoup plus intéressante pour comparer deux systèmes.

Le transpondeur bande étroite de QO-100 en fournit d’ailleurs une jolie démonstration : dans le même environnement radio, AMSAT-DL prévoit de la SSB limitée à 2 700 Hz, une balise BPSK à 400 bit/s et même une balise multimédia 8APSK à 7 200 bit/s.

Alors, pourquoi ne pas mettre toujours plus de bits ?

Parce que la nature finit par nous présenter l’addition.

Une modulation QPSK possède quatre états. Avec 8PSK, nous en avons huit. Avec 16APSK, seize et avec 32APSK, trente-deux.

Plus les états deviennent nombreux, plus le récepteur doit être capable de les distinguer malgré le bruit.

Les spécifications DVB-S2/S2X montrent très bien cette progression : les modulations offrant une efficacité spectrale élevée exigent également un rapport signal/bruit nettement supérieur. Certaines extensions DVB-S2X atteignent même 64, 128 ou 256 états, mais avec des exigences radio autrement plus sévères.

En pratique, il faut donc choisir entre débit, robustesse et largeur de bande.

Avec la DATV, nous changeons d’échelle

Passons maintenant à la télévision numérique amateur.

Les radioamateurs utilisent notamment le DVB-S2, particulièrement bien adapté aux transmissions par satellite et à la DATV.

Prenons encore notre exemple :

333 kS/s en QPSK = 666 kbit/s bruts.

chemin : 333 kS/s → QPSK → FEC → vidéo compressée

De 333 kS/s à l’image Full-HD : modulation, FEC et compression déterminent le débit vidéo réellement disponible.

Après application du FEC et des différents overheads, il reste quelques centaines de kilobits par seconde utilisables.

Et cela peut déjà suffire pour transmettre de la vidéo !

La clé s’appelle évidemment compression vidéo. Une caméra Full-HD produit naturellement une quantité gigantesque de données, mais des codecs comme H.264 ou H.265 recherchent les redondances entre les images et évitent de retransmettre inutilement ce qui n’a pratiquement pas changé.

Une personne parlant devant une caméra fixe est donc beaucoup plus facile à compresser qu’une retransmission sportive remplie de mouvements.

QO-100 : un laboratoire grandeur nature

Le transpondeur large bande de QO-100 constitue une extraordinaire démonstration.

Son plan de bande DATV prévoit différentes catégories d’émissions :

  • 1 MS/s pour les transmissions larges ;
  • 333 et 250 kS/s pour les transmissions étroites ;
  • 125, 66 et même 33 kS/s pour les transmissions très étroites.

La balise elle-même est indiquée à 1 500 kS/s en DVB-S2 avec FEC 4/5.

Nous sommes donc très loin de l’époque où télévision amateur signifiait nécessairement occuper plusieurs mégahertz.

Avec DVB-S2 et la compression vidéo moderne, quelques centaines de kS/s deviennent déjà exploitables pour transporter de l’image animée.

Peut-on vraiment transmettre de la Full-HD ?

Oui, mais le terme Full-HD peut être trompeur.

Full-HD indique essentiellement une définition de 1920 × 1080 pixels. Il ne définit pas le débit nécessaire pour transporter ces images.

Sans compression, à 25 images/s et avec 24 bits par pixel, un calcul simplifié donne :

1920 × 1080 × 25 × 24 ≈ 1,24 Gbit/s !

Autant dire que nous n’allons pas transmettre cela directement sur QO-100.

Mais une fois compressée, cette même vidéo peut descendre à quelques mégabits par seconde, voire beaucoup moins en acceptant certains compromis sur la qualité, la cadence d’image et le contenu.

C’est ainsi qu’une image portant fièrement l’étiquette 1080p peut être transmise avec un débit finalement assez modeste.

Combien peut-on donc transmettre ?

Quelques ordres de grandeur permettent de visualiser l’incroyable étendue des possibilités :

Transmission Débit envisageable
Télémétrie très lente quelques bit/s
Modes numériques faibles signaux dizaines de bit/s
Voix numérique très compressée ~1 kbit/s
Données HF quelques kbit/s
Données numériques VHF/UHF dizaines à centaines de kbit/s
DATV très étroite ~100 à 200 kbit/s
DATV 333 kS/s quelques centaines de kbit/s
DATV 1 MS/s autour du Mbit/s et davantage selon le MODCOD
DATV large plusieurs Mbit/s

Ces valeurs restent volontairement des ordres de grandeur : le débit réel dépend de la modulation, du FEC, du roll-off et de tous les mécanismes utilisés par le protocole.

Et Shannon dans tout cela ?

En 1948, Claude Shannon formalisa une limite fondamentale des télécommunications. La capacité théorique d’un canal peut s’écrire :

C = B × log₂(1 + S/N)

avec B la largeur de bande et S/N le rapport signal/bruit.

Derrière cette formule apparemment savante se cache une idée très simple :

pour transmettre davantage d’informations, il faut davantage de bande passante, un meilleur rapport signal/bruit… ou utiliser plus intelligemment les deux.

On ne peut donc pas multiplier éternellement le débit dans les mêmes 2,7 kHz simplement en inventant une modulation comportant toujours davantage d’états.

Du murmure numérique à la télévision

Nous pouvons maintenant répondre à notre question initiale.

Une liaison radioamateur peut transporter quelques bits par seconde lorsqu’on privilégie la robustesse extrême, environ un kilobit par seconde pour de la voix fortement compressée, des centaines de kilobits par seconde en DATV étroite et plusieurs mégabits par seconde lorsque suffisamment de spectre et de rapport signal/bruit sont disponibles.

Entre FreeDV et une émission DATV Full-HD, le principe reste finalement exactement le même.

Nous échangeons en permanence largeur de bande, puissance, rapport signal/bruit, robustesse et débit.

Et c’est peut-être là que le numérique devient particulièrement passionnant pour le radioamateur : faire passer le maximum d’informations dans le minimum de spectre… tout en réussissant encore à les décoder à l’autre bout !

Liens utiles pour aller plus loin

Yaesu FTX-1 : nouveau firmware et enfin le logiciel ADMS-19

Bannier Yeasu FTX-1 ADMS19

Le Yaesu FTX-1 poursuit son évolution. Après plusieurs mises à jour depuis sa commercialisation, Yaesu propose un nouveau firmware accompagné d’une nouveauté particulièrement attendue : ADMS-19, le logiciel permettant de gérer plus facilement les mémoires du transceiver depuis un ordinateur.

FTX-1 Yaesu et ADMS19

Le Yaesu FTX-1 peut désormais profiter du logiciel ADMS-19 pour la gestion de ses mémoires.

Un nouveau firmware pour le FTX-1

Cette mise à jour concerne plusieurs composants logiciels internes du FTX-1 :

  • DISPLAY : 01-10
  • MAIN : 01-13
  • DSP : 01-10
  • SDR : 01-06 (inchangé)
  • OPT : 01-14

Comme souvent avec les équipements SDR modernes, le FTX-1 repose sur plusieurs firmwares indépendants. Il est donc important de vérifier les différentes versions présentes dans le poste avant d’effectuer la mise à jour.

Mais cette fois, l’intérêt principal n’est probablement pas dans les numéros de version.

ADMS-19 : enfin !

La véritable nouveauté est l’arrivée d’ADMS-19 (Amateur Data Management System), le logiciel de gestion destiné spécifiquement au FTX-1.

Ce type d’outil existe déjà pour plusieurs transceivers Yaesu. Il permet de préparer et modifier confortablement sur ordinateur les mémoires du poste, plutôt que de tout saisir depuis son écran.

Et sur un appareil aussi polyvalent que le FTX-1, capable de travailler en HF, 50 MHz, VHF et UHF, l’intérêt est évident.

Fréquences favorites, relais, noms des mémoires, modes, décalages ou encore tonalités peuvent rapidement représenter des dizaines, voire des centaines d’entrées. ADMS-19 devrait rendre leur organisation beaucoup plus pratique.

Mise à jour par carte microSD

La mise à jour du FTX-1 s’effectue à l’aide d’une carte microSD, préalablement formatée dans le transceiver.

Les fichiers du firmware sont ensuite placés dans le dossier prévu sur la carte avant de lancer la procédure depuis le FTX-1.

Comme toujours, il faudra suivre scrupuleusement les instructions de Yaesu et surtout ne jamais interrompre l’alimentation pendant la mise à jour.

Le FTX-1 continue de mûrir

Depuis son lancement, le FTX-1 a déjà reçu plusieurs améliorations importantes par logiciel. WIRES-X, par exemple, n’est arrivé qu’avec une mise à jour publiée en mars 2026.

L’arrivée d’ADMS-19 confirme donc une tendance : le matériel était là, mais l’environnement logiciel du FTX-1 continue progressivement de se compléter.

On pourra évidemment regretter qu’un logiciel de gestion des mémoires arrive aussi tard pour un transceiver de cette catégorie.

Mais pour les possesseurs du FTX-1, l’essentiel est ailleurs : ADMS-19 est enfin là, et programmer son FTX-1 depuis un PC devrait devenir beaucoup plus confortable.

Icom IC-7110 : le X-026 enfin dévoilé — que vaut réellement le successeur de l’IC-7100 ?

Banniere ICOM IC7110

Depuis plusieurs mois, Icom entretenait le mystère autour d’un nouveau transceiver désigné simplement sous le nom de code X-026. Quelques silhouettes, un prototype volontairement dissimulé et suffisamment d’indices pour alimenter les spéculations…

Le voile vient finalement de tomber au Tokyo Ham Fair 2026 : le X-026 devient officiellement Icom IC-7110.

Et le choix de cette référence n’est évidemment pas anodin. L’IC-7110 est présenté comme le successeur direct de l’IC-7100, apparu en 2013 et dont la production japonaise s’est achevée en 2025.

Treize ans plus tard, Icom conserve donc la philosophie de son célèbre « couteau suisse » HF/VHF/UHF, mais lui offre une sérieuse cure de modernisation.

Alors, simple IC-7100 avec un bel écran couleur ou véritable nouvelle génération ?

Un véritable descendant de l’IC-7100

La première bonne nouvelle est qu’Icom n’a pas bouleversé le concept.

L’IC-7110 reste un transceiver HF, 50, 144 et 430 MHz, capable de fonctionner en SSB, CW, AM, FM, RTTY et bien entendu en D-STAR. La version destinée au marché européen doit également couvrir la bande des 70 MHz (4 mètres).

Icom conserve surtout l’architecture qui faisait l’originalité de l’IC-7100 : le poste est constitué d’une unité radio séparée de la façade de commande.

Les deux éléments sont reliés par un câble de 3,5 mètres, avec un câble de 5 mètres annoncé en option.

C’est particulièrement pratique en mobile : l’unité radio peut disparaître sous un siège ou dans le coffre tandis que seule la façade reste accessible au conducteur.

Attention toutefois : contrairement à ce que certaines premières images du projet X-026 pouvaient laisser imaginer, la façade n’est pas un transceiver autonome. Elle doit obligatoirement être reliée au boîtier radio.

architecture particulière de l'IC-7110

Architecture de l’Icom IC-7110 : une façade déportée reliée à l’unité radio HF/VHF/UHF.

Enfin un véritable affichage SDR

C’était probablement le domaine dans lequel l’IC-7100 accusait le plus son âge.

Son petit écran tactile monochrome était novateur en 2013, mais paraît aujourd’hui bien rudimentaire face aux interfaces des IC-7300 ou IC-705.

L’IC-7110 adopte donc un écran tactile couleur de 4,3 pouces, accompagné de commandes physiques rétroéclairées.

On retrouve surtout ce qui est devenu pratiquement indispensable sur un transceiver moderne : analyseur de spectre en temps réel et waterfall.

Le radioamateur peut ainsi visualiser instantanément l’activité autour de la fréquence utilisée, repérer un signal puis se déplacer directement dessus.

L’interface reprend clairement la philosophie de l’IC-705, ce qui devrait permettre aux utilisateurs des SDR récents d’Icom de retrouver rapidement leurs habitudes.

Un récepteur à échantillonnage direct

La modernisation ne se limite pas à l’écran.

Selon les premières informations communiquées lors du Ham Fair, le récepteur de l’IC-7110 utilise une architecture SDR à échantillonnage direct, comme l’IC-705.

Dans ce type d’architecture, le signal RF reçu est numérisé beaucoup plus tôt dans la chaîne de réception qu’avec un transceiver superhétérodyne traditionnel. Une grande partie du traitement — filtrage, démodulation, largeur de bande — peut ensuite être réalisée numériquement.

C’est cette architecture qui permet notamment d’obtenir les analyseurs de spectre rapides et les waterfalls auxquels nous sommes désormais habitués.

Il faudra cependant attendre des mesures indépendantes pour juger réellement les performances du récepteur : dynamique, comportement en présence de signaux puissants, bruit de phase, sélectivité, etc.

Sur ce point, une fiche commerciale ne remplacera jamais un passage au banc de mesure !

Deux bandes simultanément

Voici probablement l’une des évolutions les plus intéressantes par rapport à l’IC-7100 : l’IC-7110 permet la réception simultanée de deux bandes différentes.

Les premières informations indiquent notamment les combinaisons :

HF + 144 MHz

HF + 430 MHz

144 + 430 MHz

Voilà qui change considérablement l’utilisation d’un appareil multibande.

On pourra par exemple réaliser un QSO sur 20 mètres tout en surveillant le relais VHF local, écouter simultanément une fréquence VHF et une fréquence UHF ou conserver une fréquence d’appel active pendant une activité HF.

L’arrière du boîtier présente d’ailleurs deux sorties haut-parleur et deux connecteurs d’antenne.

Attention cependant à ne pas confondre double réception et full duplex. Les possibilités précises d’émission/réception simultanées devront être vérifiées lorsque la documentation technique complète sera publiée.

Wi-Fi, Bluetooth, GNSS et USB-C

Treize années séparent l’IC-7100 de son successeur et cela se remarque également côté connectivité.

L’IC-7110 reçoit désormais :

  • le Wi-Fi ;
  • le Bluetooth 5.3 ;
  • un récepteur GNSS intégré ;
  • une interface USB Type-C ;
  • un emplacement pour carte SD ;
  • une interface réseau LAN.

Le Bluetooth permettra notamment l’utilisation de casques ou accessoires audio sans fil.

Le Wi-Fi va plus loin. Icom annonce la possibilité de connecter directement le transceiver à Internet afin d’effectuer certaines mises à jour en ligne, notamment le firmware et les listes de répéteurs D-STAR.

La télécommande via le logiciel RS-BA1 est également annoncée.

Nous sommes donc très loin de la connectivité proposée par l’IC-7100 à sa sortie.

D-STAR toujours présent

Sans surprise, Icom conserve son mode numérique maison D-STAR.

Mais l’environnement qui l’accompagne devient beaucoup plus moderne.

Grâce au GNSS, au Wi-Fi et à la possibilité de récupérer les informations de répéteurs en ligne, l’utilisation mobile ou portable devrait être nettement plus confortable.

L’IC-7110 dispose également d’une fonction de surveillance des répéteurs D-STAR.

Ce n’est donc pas une révolution du protocole D-STAR lui-même, mais plutôt une modernisation complète de son intégration dans le transceiver.

Une petite surprise européenne : le 70 MHz

La version destinée au Royaume-Uni et à l’Europe devrait proposer la bande 70 MHz, également appelée bande des 4 mètres.

C’est une excellente nouvelle pour les radioamateurs européens disposant de cette allocation.

Il faudra évidemment tenir compte des réglementations nationales : l’existence de la bande dans le transceiver ne signifie pas automatiquement qu’elle puisse être utilisée partout avec les mêmes limites de fréquence et de puissance.

Les télégraphistes ne sont pas oubliés

L’IC-7110 récupère également une fonction récemment apparue sur l’IC-7300MK2 : le décodage CW intégré.

Le transceiver peut donc afficher les caractères Morse décodés directement à l’écran.

Cette fonction pourra être intéressante pour l’apprentissage ou comme aide ponctuelle lorsque les conditions de réception deviennent difficiles.

Elle ne remplacera évidemment pas une bonne oreille : comme tous les décodeurs automatiques, ses performances dépendront fortement de la qualité du signal, du bruit, du QSB et de la régularité de la manipulation de la station reçue.

Toujours pas de coupleur automatique !

Voilà peut-être la première petite déception.

Malgré cette importante modernisation, l’IC-7110 ne possède toujours pas de coupleur automatique d’antenne intégré.

Icom explique ce choix par la volonté de conserver une unité radio compacte et recommande notamment l’utilisation de son coupleur externe AH-6.

Le boîtier radio mesurerait approximativement 168 × 58 × 240 mm, selon les mesures effectuées sur le modèle présenté au Ham Fair. La façade mesurerait environ 198 × 83 × 39 mm.

Ces dimensions restent provisoires tant qu’Icom n’a pas publié la fiche technique définitive.

IC-7100 contre IC-7110 : treize années d’évolution

Voici ce que donnent les principales évolutions connues à ce jour :

Fonction IC-7100 IC-7110
HF / 50 MHz Oui Oui
144 / 430 MHz Oui Oui
70 MHz Europe Selon version/limitations Oui annoncé Europe
Puissance HF/50 jusqu’à 100 W 100 W
Puissance 144 MHz jusqu’à 50 W 50 W
Puissance 430 MHz selon version 50 W annoncé
D-STAR Oui Oui
Écran Monochrome Couleur 4,3″
Waterfall Non Oui
SDR Direct Sampling Non Oui
Double réception interbandes Non Oui
Wi-Fi Non Oui
Bluetooth Non Oui, 5.3
GNSS intégré Non Oui
USB-C Non Oui
Décodeur CW Non Oui
Façade déportée Oui Oui
Coupleur automatique Non Non

On comprend immédiatement que l’IC-7110 ne constitue pas une simple évolution cosmétique.

Icom a conservé le concept de l’IC-7100, mais a pratiquement reconstruit l’électronique et l’interface autour des technologies de sa génération SDR actuelle.

Trois versions annoncées

Au Japon, trois déclinaisons ont été annoncées.

L’IC-7110S délivrerait 10 W en HF et 20 W à partir du 50 MHz.

L’IC-7110M proposerait 50 W sur toutes les bandes.

Enfin, l’IC-7110 atteindrait 100 W sur HF/50 MHz et 50 W sur 144/430 MHz.

Il faudra attendre les annonces d’Icom Europe pour connaître précisément les versions qui seront commercialisées chez nous.

Fixe, mobile ou portable ?

La polyvalence reste clairement la raison d’être de l’IC-7110.

Dans une station fixe, il pourrait remplacer plusieurs appareils avec un seul transceiver couvrant pratiquement toutes les bandes amateur usuelles du décamétrique à l’UHF.

En mobile, sa façade séparée constitue probablement son meilleur argument. Le boîtier RF peut être installé à distance tandis que le petit contrôleur reste sur le tableau de bord.

En portable, la situation est plus nuancée. L’appareil reste compact, mais il faut transporter le boîtier radio, le contrôleur, le câble et une alimentation capable de fournir la puissance nécessaire. Nous sommes donc loin de la philosophie autonome d’un IC-705.

La double réception pourrait également rendre l’IC-7110 intéressant pour certaines activités satellites, mais attendons la documentation définitive avant de lui attribuer des possibilités full duplex qui ne sont pas encore confirmées.

Alors, que vaut réellement ce successeur de l’IC-7100 ?

Sur le papier, l’évolution est considérable.

Icom semble avoir identifié presque tous les domaines dans lesquels l’IC-7100 avait pris un sérieux coup de vieux : affichage monochrome, absence de waterfall, architecture de réception ancienne génération, connectivité limitée et réception unique.

L’IC-7110 apporte en réponse SDR à échantillonnage direct, écran couleur, waterfall, double réception, Wi-Fi, Bluetooth, GNSS, USB-C et décodage CW, tout en conservant la couverture HF/VHF/UHF, le D-STAR et surtout l’excellente idée de la façade déportée.

Il subsiste néanmoins quelques inconnues importantes.

Icom n’a encore communiqué ni prix officiel, ni date précise de commercialisation, et la fiche technique définitive reste à venir. Les performances réelles du récepteur devront également être mesurées avant de pouvoir comparer sérieusement l’IC-7110 aux autres transceivers du marché.

Mais une chose paraît déjà acquise : l’IC-7110 n’est pas simplement un IC-7100 auquel Icom aurait greffé un écran couleur.

Treize ans après son prédécesseur, il reprend son concept particulièrement réussi et le transpose enfin dans la génération SDR actuelle.

Reste maintenant la question que beaucoup de radioamateurs vont se poser en regardant les premières photos du Ham Fair :

combien faudra-t-il débourser pour installer un IC-7110 dans le shack ou dans la voiture ?

Pour aller plus loin

HamLife.jp — Présentation de l’IC-7110 au Tokyo Ham Fair 2026
Premières photographies réelles du poste, caractéristiques recueillies auprès d’Icom et vidéo de présentation.
https://www.hamlife.jp/2026/08/29/hamfair2026-icom-ic7110-release/

Icom UK — Présentation officielle de l’IC-7110
Premières caractéristiques destinées notamment au marché européen.
https://icomuk.co.uk/Unveiled-Tokyo-Ham-Fair-2026-Introducing-the-New-Icom-IC-7110/2/5662/

Icom Japan
Site officiel du constructeur, à surveiller pour l’arrivée de la fiche technique et du manuel de l’IC-7110.
https://www.icom.co.jp/

Icom France
À surveiller pour les caractéristiques, disponibilité et tarif de la future version française.
https://www.icomfrance.com/

Icom — IC-7100
Documentation de l’ancien modèle permettant de comparer les deux générations.
https://www.icom.co.jp/lineup/products/IC-7100/

Un transceiver de 144 MHz à 6 GHz dans un satellite : découvrons le SDR Gen 2 d’AMSAT

Banniere GEN2

Imaginez un satellite radioamateur capable de fonctionner en VHF, UHF, 1,2 GHz, 2,4 GHz ou 5,6 GHz, de transmettre en CW, SSB, FM, FT8 ou SSTV et même d’évoluer après son lancement grâce au logiciel.

C’est précisément la philosophie du SDR Gen 2, actuellement développé par AMSAT. Une véritable « radio à tout faire » destinée aux futurs satellites Fox-Plus et GOLF.

Une radio qui tient dans un CubeSat

Développé notamment par Ray Roberge, WA1CYB, le SDR Gen 2 est un transceiver/transpondeur programmable reposant sur la technologie SDR — Software Defined Radio.

Le défi est considérable : AMSAT veut intégrer cette radio dans l’encombrement disponible d’un CubeSat 1U, tout en assurant une couverture continue de 144 MHz à 6 GHz.

Cela permet de couvrir directement plusieurs bandes bien connues des radioamateurs :

  • VHF : 144 MHz ;
  • UHF : 430 MHz ;
  • 900 MHz ;
  • bande L : autour de 1,2 GHz ;
  • bande S : autour de 2,4 GHz ;
  • bande C : autour de 5,6 GHz.

Et AMSAT ne compte pas s’arrêter là.

De 144 MHz jusqu’à… 10 GHz

Le SDR Gen 2 couvre directement les fréquences jusqu’à 6 GHz, mais AMSAT prévoit également une conversion permettant d’atteindre 10 GHz. C’est ce que l’organisation appelle parfois la capacité « Five & Dime », en référence aux bandes 5 et 10 GHz.

Nous entrons alors véritablement dans le domaine des micro-ondes, avec la possibilité d’expérimenter des liaisons plus larges et des transmissions de données rapides.

spectre 144 MHz → 6 GHz → 10 GHz, avec VHF/UHF/L/S/C/X

Le SDR Gen 2 d’AMSAT couvre en continu les fréquences de 144 MHz à 6 GHz, englobant les principales bandes satellites radioamateurs VHF, UHF, L, S et C. Une conversion RF supplémentaire doit permettre d’étendre ses possibilités jusqu’à la bande X, autour de 10 GHz.

Sur le projet GOLF-TEE, AMSAT travaille justement sur un transpondeur SDR multibande pouvant recevoir sur les bandes V, U, L, S ou C et utiliser une liaison descendante en 10 GHz.

Five & Dime

Le concept « Five & Dime » du SDR Gen 2 ouvre la voie aux liaisons satellites radioamateurs dans les micro-ondes. Le SDR couvre directement les fréquences jusqu’à 6 GHz, tandis qu’une conversion RF permet d’envisager une liaison descendante autour de 10 GHz, notamment pour les futures missions GOLF d’AMSAT. De telles fréquences offrent davantage de bande passante et permettent d’expérimenter des transmissions numériques à plus haut débit.

Une radio définie par logiciel

Le véritable intérêt du SDR Gen 2 n’est pourtant pas sa couverture en fréquence, mais sa programmabilité.

Dans un transpondeur traditionnel, une grande partie de la fonction radio est déterminée par l’électronique. Avec un SDR, le signal est numérisé et une partie importante du traitement est effectuée par logiciel.

schéma fonctionnel pédagogique du SDR Gen 2, de l'antenne au traitement GNU Radio

Principe de fonctionnement du SDR Gen 2 d’AMSAT : après la chaîne RF large bande, les signaux sont convertis en données numériques puis traités par la plateforme embarquée. Le logiciel, notamment à travers GNU Radio, permet de définir différentes fonctions radio — répéteur, transpondeur, modes numériques ou transmission de données — sans devoir concevoir une électronique spécifique pour chaque usage.

Le SDR Gen 2 s’appuie notamment sur GNU Radio, environnement open source bien connu des expérimentateurs SDR.

Résultat : la même plateforme peut potentiellement remplir des fonctions très différentes sans devoir redessiner toute la chaîne radio.

CW, SSB, FT8, FM, SSTV…

AMSAT annonce une impressionnante variété de modes : CW, SSB, FT8, NBFM, SSTV, FSTV/ATV, auxquels pourront s’ajouter différents modes numériques.

Un même matériel pourrait donc devenir un transpondeur vocal, transporter des données ou servir à différentes expérimentations numériques.

C’est un changement important : plutôt que d’envoyer dans l’espace une radio conçue pour une fonction très précise, on envoie une plateforme radio reconfigurable.

Et les transmissions rapides ?

Les différentes publications d’AMSAT utilisent plusieurs unités pour caractériser les performances envisagées. L’état du projet publié en août 2026 indique notamment un débit descendant minimal de 1 Msps. D’autres communications AMSAT ont évoqué 1 Mbps, voire jusqu’à 1 MBps.

Attention à ne pas les confondre : échantillons par seconde, bits par seconde et octets par seconde ne représentent pas la même chose. Les performances définitives dépendront également du mode utilisé et de la configuration retenue pour chaque mission.

Un projet ouvert

Autre caractéristique particulièrement intéressante pour les radioamateurs : AMSAT prévoit que le matériel comme le logiciel soient open source.

Le projet ne concerne donc pas seulement quelques ingénieurs développant une boîte noire destinée à être lancée dans l’espace. Il pourrait également devenir une formidable plateforme d’expérimentation pour la communauté radioamateur.

Bientôt dans l’espace ?

Le SDR Gen 2 est encore en développement. Il ne faut donc pas chercher aujourd’hui son signal dans le ciel.

AMSAT prévoit cependant cette architecture pour ses futurs programmes Fox-Plus et GOLF. Le projet GOLF est particulièrement ambitieux puisqu’il doit contribuer au retour d’AMSAT vers des orbites plus élevées et donc des zones de couverture beaucoup plus importantes.

Avec SDR Gen 2, le satellite radioamateur pourrait ainsi progressivement devenir ce que nos stations terrestres sont déjà en train de devenir : un ordinateur auquel on ajoute des antennes et dont une grande partie de la radio est définie par logiciel.

Et lorsque ces satellites travailleront couramment à 5 ou 10 GHz, il faudra aussi commencer à repenser sérieusement… nos stations satellites au sol !

Pour aller plus loin

WSPR : mon signal est parti… mais jusqu’où est-il allé ?

Jusqu'ou est-il alle

Dans nos deux précédents articles consacrés au WSPR, nous avons commencé par découvrir comment quelques milliwatts, quatre tons et près de deux minutes d’émission peuvent permettre à un minuscule signal de parcourir des milliers de kilomètres.

Puis nous avons ouvert le capot : indicatif, locator et puissance transformés en 50 bits, codage convolutif, entrelacement, synchronisation et enfin 162 symboles 4-FSK transmis pendant environ 110,6 secondes.

Cette fois, oublions les bits !

Notre balise vient d’envoyer :

F5KEE — JN18 — 20 dBm

Autrement dit, 100 mW viennent de partir dans l’antenne.

La question est maintenant beaucoup plus amusante :

Qui nous a entendus et jusqu’où notre petit signal est-il allé ?

WSPRnet : la mémoire du réseau

Le premier endroit où regarder est naturellement WSPRnet.

Les stations qui décodent votre transmission avec WSJT-X ou un logiciel compatible peuvent automatiquement envoyer un spot aux serveurs WSPRnet.

Quelques minutes après votre émission, une recherche sur votre indicatif permet donc de découvrir les stations qui vous ont reçu.

Une ligne de résultat peut, par exemple, nous apprendre que :

F5KEE → reçu à –23 dB → 100 mW → 4 850 km

Comment lire un spot WSPR ?

Comment lire un spot WSPR ? Chaque ligne indique notamment qui a émis, sur quelle fréquence et avec quelle puissance, qui a reçu le signal, avec quel rapport signal/bruit (SNR), ainsi que la distance parcourue. Ici, l’exemple montre comment interpréter la réception d’une émission WSPR de F5KEE par une station distante.

On y retrouve notamment l’heure, la fréquence, le rapport signal/bruit (SNR), la dérive en fréquence, l’indicatif et le locator du récepteur ainsi que la distance.

La carte permet également de visualiser géographiquement les chemins parcourus.

Et c’est là que WSPR devient particulièrement addictif : une émission que vous n’entendriez probablement même pas à l’oreille peut soudain apparaître à plusieurs milliers de kilomètres !

WSPR Rocks! : faisons parler les spots

WSPR Rocks! reprend les données WSPR mais propose une interface particulièrement pratique pour les explorer.

Entrez votre indicatif, choisissez une bande et une période : vous pouvez rapidement découvrir qui vous a reçu, à quelle distance et avec quel niveau.

Mais l’intérêt ne s’arrête pas à une jolie carte.

Les filtres et graphiques permettent de commencer à poser de vraies questions de radioamateur :

À quelle heure le 20 mètres commence-t-il à s’ouvrir ?

Quelle station me reçoit le plus régulièrement ?

Dans quelle direction mes meilleurs reports sont-ils obtenus ?

Que se passe-t-il si je réduis ma puissance de 1 W à 100 mW ?

Et surtout :

ma nouvelle antenne fonctionne-t-elle réellement mieux que l’ancienne ?

Voilà où WSPR cesse d’être un simple moyen de collectionner les records de distance pour devenir un véritable outil de mesure de la propagation et de notre station.

Et pour les amateurs de données : WSPR Live

Si quelques points sur une carte ne vous suffisent plus, WSPR Live permet d’aller encore plus loin.

Le service donne accès à une immense quantité de données WSPR accumulées au fil des années.

Il devient alors possible d’étudier l’évolution de la propagation sur de longues périodes, de comparer des bandes ou d’effectuer des analyses statistiques beaucoup plus poussées.

Nous quittons progressivement le simple :

« Qui m’a entendu ce soir ? »

pour entrer dans :

« Que pouvons-nous apprendre de plusieurs millions de réceptions ? »

Et là, il y aurait largement matière à un autre article !

Un conseil : ne regardez pas seulement la distance

Lors de vos premières émissions WSPR, le réflexe sera probablement de chercher immédiatement le spot le plus éloigné.

C’est amusant, mais ce n’est pas forcément l’information la plus intéressante.

Regardez également le SNR, l’heure, la direction, la répétition des réceptions et leur évolution.

Une station qui vous reçoit régulièrement à 1 500 km peut fournir davantage d’informations pour comparer deux antennes qu’un unique spot exceptionnel à 10 000 km.

WSPR devient réellement passionnant lorsque l’on commence à comparer plutôt qu’à simplement regarder.

Émettre n’était finalement que la moitié de l’expérience

Nous avons maintenant parcouru toute la chaîne.

Dans notre premier article, nous avons découvert pourquoi WSPR pouvait aller si loin avec si peu de puissance.

Dans le deuxième, nous avons démonté les 162 symboles qui transportent notre indicatif.

Et maintenant, nous savons retrouver leur trace à l’autre bout du monde.

Il ne reste donc plus qu’à lancer une émission.

100 mW dans l’antenne, un café… et voyons jusqu’où ils sont allés.

Pour aller plus loin

WSPRnet — Le réseau historique et la base de données des spots WSPR.
https://www.wsprnet.org/

Carte WSPRnet — Pour visualiser les stations et les chemins de propagation.
https://www.wsprnet.org/drupal/WSPRnet/map

WSPR Rocks! — Recherche, cartes, graphiques et exploration très pratique de vos spots.
https://wspr.rocks/

Aide de WSPR Rocks! — Pour découvrir les filtres, graphiques et possibilités d’analyse.
https://wspr.rocks/help.html

WSPR Live — Pour explorer et analyser plus profondément les données historiques WSPR.
https://wspr.live/