Aujourd’hui, un transceiver SDR peut embarquer des millions de transistors, des convertisseurs rapides et un puissant processeur de signal. Impressionnant… mais pas forcément idéal pour comprendre comment naît réellement un signal radio.
Pour cela, revenons en 1976 avec un montage devenu mythique : le Tuna Tin 2, un véritable émetteur CW pour la bande des 40 mètres construit avec… deux transistors et une poignée de composants.
Une boîte de thon devenue célèbre
Le Tuna Tin 2 fut imaginé par Doug DeMaw, W1CER puis W1FB, alors membre de l’équipe technique de l’ARRL. Son montage paraît dans QST en mai 1976 : un petit émetteur QRP installé sur une boîte de conserve métallique.
Le principe est remarquablement simple :
Quartz → oscillateur → amplificateur RF → filtre passe-bas → antenne

Architecture simplifiée du Tuna Tin 2.
Deux transistors 2N2222 suffisent. Le premier génère le signal HF, le second fournit la puissance nécessaire à l’antenne.
Premier miracle : fabriquer du 7 MHz avec du continu
Une alimentation de 12 V ne produit évidemment aucune HF. C’est le premier transistor qui transforme cette énergie continue en oscillation.
Un quartz 40 m est placé dans la boucle de réaction de l’oscillateur. Grâce à sa très forte sélectivité, il impose pratiquement la fréquence d’émission.
C’est une première leçon fondamentale : l’énergie vient de l’alimentation, mais le quartz détermine la fréquence.
Et contrairement à un VFO, il n’y a quasiment rien à régler.
Deuxième transistor : passer des milliwatts aux centaines de milliwatts
Le signal produit par l’oscillateur est encore trop faible pour être envoyé directement vers l’antenne.
Le deuxième 2N2222 fonctionne donc comme amplificateur RF. Une réalisation typique fournit environ un demi-watt.
Cela paraît dérisoire. Pourtant :
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Sur une charge fictive de 50 Ω, on peut même retrouver la puissance avec :
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Le Tuna Tin devient ainsi un excellent petit laboratoire de mesure RF.
Le composant essentiel : le filtre de sortie
Un transistor ne produit pas une sinusoïde parfaite. En plus de notre fondamentale vers 7 MHz apparaissent des harmoniques, notamment vers 14, 21 ou 28 MHz.

D’où le réseau LC placé en sortie : le filtre passe-bas.
Il laisse passer le 7 MHz tout en atténuant fortement les fréquences supérieures. Les versions modernisées du Tuna Tin 2 conservent naturellement ce principe.
Voilà une excellente expérience : observer le signal avant et après filtrage avec un analyseur de spectre.
Un émetteur simple ne doit jamais devenir un émetteur sale !
Et peut-on vraiment communiquer avec 500 mW ?
Absolument.
Le QRP démontre justement que la puissance ne fait pas tout. Une bonne antenne, peu de pertes dans le coaxial, un correspondant attentif et une propagation favorable peuvent permettre des liaisons étonnamment lointaines.
Le Tuna Tin 2 original a même inspiré des défis QRP et des réalisations ayant obtenu le Worked All States avec environ un demi-watt.
Sur 40 mètres, le plan de bande IARU Région 1 prévoit 7000 à 7040 kHz pour la CW, avec 7030 kHz comme centre d’activité QRP CW.
Construire un Tuna Tin 2 en 2026 ?
C’est justement là que l’expérience devient intéressante.
Deux 2N2222A, quelques résistances et condensateurs, un quartz, quelques inductances, un filtre passe-bas, une alimentation et une prise BNC suffisent pour retrouver les fondamentaux d’un véritable émetteur.
Mais aujourd’hui, nous pouvons ajouter quelque chose dont Doug DeMaw ne disposait pas aussi facilement en 1976 : nos instruments de mesure modernes.
La démarche devient alors :
Construire → brancher une charge fictive 50 Ω → mesurer la fréquence → mesurer la puissance → observer les harmoniques → vérifier le filtrage → seulement ensuite connecter l’antenne.
Le Tuna Tin 2 ne remplacera évidemment pas votre transceiver moderne. Mais pour comprendre ce qui se passe réellement entre 12 volts et une antenne, deux transistors peuvent parfois en apprendre beaucoup plus qu’un SDR à 2 000 €.
Liens et ressources utiles
Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, retrouver le schéma du Tuna Tin 2 ou envisager sa construction, voici une sélection de ressources intéressantes :
- Tuna Tin 2 original — QST, mai 1976 : l’article de Doug DeMaw, W1FB, « Build a Tuna Tin 2 », pp. 14–16, est la publication qui a lancé ce petit émetteur devenu un classique du QRP. L’ARRL confirme également que le montage original figurait en couverture de ce numéro.
ARRL — histoire du Tuna Tin 2 - Une adaptation avec des composants plus modernes : Doug Hendricks, KI6DS, explique comment le circuit historique a été adapté afin d’utiliser des composants plus faciles à trouver. C’est une excellente ressource pour qui souhaite réellement reconstruire le montage.
The Tuna Tin 2 Transmitter — KI6DS - Schéma détaillé du Tuna Tin 2 : cette version « 35th Anniversary » montre clairement les deux 2N2222A, l’oscillateur à quartz, l’amplificateur, les valeurs des composants et surtout le filtre passe-bas de sortie. Le document indique également plusieurs tensions utiles pour le dépannage.
QRPme — schéma Tuna Tin 2 35th Anniversary - Manuel de construction NJQRP : probablement la ressource la plus intéressante pour passer de la théorie à la pratique. On y trouve schéma, implantation des composants, câblage, transformateurs et procédure de mesure.
NJQRP — Tuna Tin 2 Assembly Manual - Plan de bande IARU Région 1 : sur 40 mètres, la plage 7000–7040 kHz est prévue pour la CW et 7030 kHz constitue le centre d’activité QRP CW. Attention : il s’agit d’un centre d’activité, pas d’une fréquence réservée.
IARU Région 1 — HF Band Plan - Réglementation radioamateur française : l’ANFR rassemble sur cette page les textes concernant les bandes attribuées, les conditions d’utilisation des installations radioamateurs et les principales références réglementaires françaises.
ANFR — cadre juridique radioamateur
