Nos 70 cm convoités par les satellites commerciaux : faut-il s’inquiéter ?

Nos 70cm convoités

La bande des 70 cm, de 430 à 440 MHz, est depuis longtemps un formidable terrain d’expérimentation pour les radioamateurs. Relais, liaisons locales, modes numériques, ATV, signaux faibles et surtout satellites : ces dix mégahertz sont loin d’être inutilisés.

Mais voilà que des satellites commerciaux commencent eux aussi à regarder du côté de nos fréquences. L’affaire AST SpaceMobile en est une illustration particulièrement intéressante. Faut-il craindre de voir progressivement les radioamateurs chassés de leurs 70 cm ?

À qui appartient vraiment la bande 430–440 MHz ?

Première précision : une fréquence radio n’« appartient » pas à ses utilisateurs.

Le spectre est organisé internationalement par l’UIT, puis décliné dans les réglementations nationales. La France appartient à la Région 1 de l’UIT, où 430–440 MHz constitue une bande importante pour le service amateur. La réglementation française est ensuite précisée par le Tableau national de répartition des bandes de fréquences (TNRBF) publié par l’ANFR.

À l’intérieur de cette bande, 435–438 MHz est également particulièrement importante pour le service amateur par satellite.

C’est précisément ce qui rend l’affaire actuelle intéressante : un satellite commercial n’est évidemment pas un satellite du service amateur.

À qui appartient vraiment la bande 430–440 MHz ?

AST SpaceMobile entre dans la bande

AST SpaceMobile développe une constellation de satellites en orbite basse destinée notamment à permettre des communications directes avec des téléphones mobiles.

Mais un satellite doit également communiquer avec ses stations de contrôle. Il faut transmettre sa télémétrie, connaître sa position et pouvoir lui envoyer des commandes : ce sont les fonctions TT&C — Telemetry, Tracking and Command.

AST a utilisé cinq fréquences situées en plein dans les 70 cm :

430,500 – 432,300 – 434,100 – 435,900 – 439,500 MHz.

Les satellites BlueBird utilisent des émissions GFSK d’environ 50 kHz de largeur. Le prototype BlueWalker 3 avait également émis sur 437,500 MHz.

L’affaire a pris une tout autre dimension lorsque l’entreprise a demandé que cette possibilité soit étendue à une constellation pouvant atteindre 248 satellites.

Pourquoi cela pose-t-il problème ?

On pourrait objecter qu’un satellite transmettant quelques données pendant quelques instants ne va pas bouleverser toute une bande de 10 MHz.

Mais une émission depuis l’espace possède une caractéristique redoutable : elle est visible sur une immense superficie.

Un émetteur terrestre de faible puissance sur 435 MHz ne porte généralement que sur une zone limitée. À plusieurs centaines de kilomètres d’altitude, le même principe devient très différent : des milliers de stations peuvent se trouver simultanément dans l’empreinte radio du satellite.

Or certaines activités radioamateurs recherchent des signaux extrêmement faibles.

Un opérateur suivant un CubeSat sur 435–438 MHz, une station travaillant en EME ou un amateur observant une portion de spectre avec un SDR peut recevoir un signal commercial considérablement plus puissant que le signal qu’il cherche à décoder.

Avec quelques satellites, le phénomène reste occasionnel. Avec des centaines de satellites, la question devient beaucoup plus sérieuse.

Pourquoi cela pose-t-il problème ?

Une mobilisation qui a porté ses fruits

L’ARRL, l’IARU, l’AMSAT et de nombreux radioamateurs se sont opposés à une utilisation généralisée de 430–440 MHz par la constellation. Plus de 2 500 contributions ont été adressées à la FCC.

Et cette mobilisation a eu un effet concret.

Le 21 avril 2026, la FCC a accordé une autorisation beaucoup plus restrictive que celle initialement envisagée. AST SpaceMobile peut utiliser les cinq canaux de 50 kHz pour ses 248 satellites uniquement pour des opérations TT&C d’urgence, lorsque les autres fréquences ne sont pas disponibles.

Chaque situation d’urgence est limitée à 24 heures et l’autorisation concerne des communications avec cinq stations terrestres déterminées, situées hors des États-Unis. Les administrations des pays concernés doivent en outre autoriser ces communications.

Autrement dit, AST SpaceMobile n’a pas obtenu un accès commercial permanent à nos 70 cm.

Alors, pourquoi rester vigilant ?

Parce que le véritable enjeu dépasse largement AST SpaceMobile.

L’IARU conteste notamment le recours à l’article 4.4 du Règlement des radiocommunications de l’UIT, qui permet sous certaines conditions d’autoriser une utilisation non conforme au tableau international d’attribution des fréquences, à condition de ne pas provoquer de brouillage préjudiciable.

Le problème est donc celui du précédent.

Aujourd’hui, cinq canaux utilisés exceptionnellement. Demain, d’autres constellations pourraient-elles réclamer des dispositions comparables ?

Avec la multiplication des satellites en orbite basse, les fréquences utilisables pour leurs communications deviennent une ressource extrêmement recherchée.

Faut-il donc s’inquiéter pour nos 70 cm ?

Pas de panique : personne ne vient actuellement supprimer la bande 430–440 MHz aux radioamateurs français.

Mais l’affaire AST SpaceMobile constitue un avertissement particulièrement instructif. Les fréquences radio sont une ressource limitée et les bandes dont disposent les radioamateurs peuvent susciter l’intérêt d’autres utilisateurs.

L’épisode montre également que les interventions de l’IARU, des associations nationales, de l’AMSAT et des radioamateurs peuvent réellement peser dans les décisions réglementaires.

Il existe enfin une excellente manière de défendre nos fréquences : les utiliser.

Une bande active, expérimentée, mesurée, documentée et techniquement utile est beaucoup plus facile à défendre qu’une portion de spectre silencieuse.

Liens et ressources utiles

  • ANFR — Tableau national de répartition des bandes de fréquences (TNRBF) : c’est la référence pour connaître les attributions françaises. La version consolidée du 26 mai 2026 est actuellement proposée par l’ANFR.
    Consulter le TNRBF sur le site de l’ANFR
  • ANFR — Tableau détaillé des fréquences : particulièrement intéressant pour vérifier 430–440 MHz. Il montre notamment les différentes attributions françaises et la présence du service amateur par satellite dans 435–438 MHz.
    Consulter le tableau des fréquences ANFR
  • IARU Région 1 — Position sur AST SpaceMobile : c’est probablement le document le plus pertinent pour votre article, car il expose directement les inquiétudes du monde radioamateur concernant l’utilisation de 430–440 MHz par la constellation.
    IARU Région 1 — AST SpaceMobile et 430–440 MHz
  • ARRL — Opposition à l’utilisation commerciale des 70 cm : l’ARRL détaille la demande d’AST SpaceMobile et les raisons techniques de son opposition.
    ARRL — Protecting the 70-centimeter amateur band
  • FCC — décision d’avril 2026 : c’est la source réglementaire américaine à consulter pour connaître précisément les limitations finalement imposées à AST SpaceMobile.
    FCC — décision DA 26-391

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