80, 40 ou 20 mètres : quand tout tombe, il faut savoir où appeler.
Une panne électrique majeure, plus de réseau mobile, Internet inaccessible… Dans ce genre de situation, nos installations radioamateurs retrouvent immédiatement tout leur intérêt. Un émetteur-récepteur HF, une batterie et quelques dizaines de mètres de fil peuvent suffire pour établir une liaison à plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres.
Mais encore faut-il choisir la bonne bande au bon moment.
Car disposer de 100 W et d’une excellente antenne ne sert pas à grand-chose si notre correspondant se trouve… dans la zone de silence de la bande choisie.
La distance n’est pas le seul critère
Imaginons que ADRASEC souhaite mettre en place un réseau HF indépendant d’Internet. Il faut pouvoir joindre une station située à 100 km, une autre à 500 km et éventuellement transmettre un message à plus de 1 000 km.
Quelle bande utiliser ?
La réponse dépend principalement de trois paramètres :
la distance, l’heure et l’état de l’ionosphère.
Pendant la journée, le rayonnement solaire ionise fortement les couches supérieures de l’atmosphère, mais augmente également l’absorption des fréquences HF les plus basses dans la couche D. Après le coucher du Soleil, cette absorption diminue fortement.
Voilà pourquoi une bande excellente à midi peut devenir médiocre la nuit… et inversement.

Quelle bande HF choisir selon la distance ? Les bandes basses 80 et 40 m sont particulièrement adaptées aux communications locales et régionales, notamment en NVIS, tandis que les bandes 20, 17 et 15 m permettent d’envisager des liaisons de plus en plus lointaines lorsque les conditions ionosphériques sont favorables. Ces distances restent indicatives : heure, saison, activité solaire et antennes peuvent considérablement modifier la propagation.
80 mètres : le spécialiste de la nuit
La bande des 80 mètres, autour de 3,5 MHz, est particulièrement intéressante pour établir des communications régionales après le coucher du Soleil.
Avec une antenne adaptée, elle permet de couvrir quelques dizaines à plusieurs centaines de kilomètres. Elle devient donc une candidate sérieuse pour un réseau départemental ou régional.
Son principal défaut apparaît pendant la journée : l’absorption ionosphérique devient importante. Ajoutons à cela un niveau de bruit souvent élevé et des antennes relativement longues.
Pour les communications d’urgence, l’IARU Région 1 indique 3,760 MHz comme centre d’activité.
40 mètres : la bande à essayer en premier
S’il fallait choisir une seule bande pour constituer un réseau HF régional, le 40 mètres serait probablement notre premier candidat.
Autour de 7 MHz, il représente un excellent compromis entre portée, dimensions des antennes et disponibilité.
Pendant la journée, une liaison de quelques centaines de kilomètres peut être obtenue grâce au NVIS — Near Vertical Incidence Skywave.
Le principe est presque paradoxal : au lieu d’essayer d’envoyer le signal le plus loin possible vers l’horizon, on installe généralement une antenne relativement basse afin de favoriser un rayonnement à angle élevé.
Le signal monte alors presque verticalement vers l’ionosphère avant de revenir au sol.

NVIS ou DX : deux stratégies de propagation différentes. Sur 40/80 m, une antenne basse favorise un rayonnement à angle élevé qui permet au signal de revenir à quelques dizaines ou centaines de kilomètres de l’émetteur. Sur les bandes plus hautes, un angle de départ plus faible favorise les grandes distances, mais peut créer une zone de silence rendant les stations proches injoignables.
Résultat : il devient possible de couvrir une zone située approximativement entre quelques dizaines et plusieurs centaines de kilomètres sans relais intermédiaire.
C’est exactement ce que l’on recherche pour un réseau d’urgence régional.
Sur 40 mètres, le centre d’activité d’urgence indiqué par l’IARU Région 1 est 7,110 MHz.
20 mètres : attention à la zone de silence
Pour contacter une station située à 1 000 ou 2 000 km, le 20 mètres devient souvent beaucoup plus intéressant.
La bande des 14 MHz est l’une des grandes bandes DX du radioamateur. Lorsque les conditions sont favorables, quelques dizaines de watts peuvent suffire pour réaliser des liaisons à plusieurs milliers de kilomètres.
Mais il existe un piège.
Votre signal peut parfaitement être reçu à 1 500 km tout en étant totalement inaudible à 200 km.
Entre la portée locale et le premier retour ionosphérique apparaît alors une zone de silence, ou skip zone.
Dans un réseau d’urgence régional, choisir systématiquement la bande offrant la plus grande portée serait donc une erreur.
Le centre mondial d’activité d’urgence sur cette bande est 14,300 MHz.
Et les bandes 17 et 15 mètres ?
Lorsque l’ionisation est suffisante et que les distances deviennent importantes, les bandes des 17 et 15 mètres constituent également d’excellentes possibilités.
L’IARU indique comme centres mondiaux d’activité d’urgence :
18,160 MHz sur 17 mètres et 21,360 MHz sur 15 mètres.
Pour notre réseau régional, elles seront cependant moins prioritaires que les bandes 80 et 40 mètres.
Quelle bande essayer ?
Voici une règle volontairement simplifiée :
| Distance | Jour | Nuit |
|---|---|---|
| 0–100 km | 40 m NVIS | 80/40 m |
| 100–500 km | 40 m NVIS | 40/80 m |
| 500–1 000 km | 40/20 m | 40 m |
| 1 000–3 000 km | 20/17 m | 20/40 m |
| > 3 000 km | 20/17/15 m | 20 m |
Ce tableau n’est évidemment pas une garantie de liaison. Saison, activité solaire, antennes, puissance et bruit radioélectrique peuvent complètement changer la situation.
Il donne simplement la première bande à essayer.
Plus d’Internet ? Écoutez !
Aujourd’hui, nous avons pris l’habitude de consulter VOACAP, les clusters, PSKReporter ou différents indicateurs de propagation.
Mais notre scénario est justement celui où Internet n’existe plus.
Il reste alors un instrument formidable : le récepteur de notre station.
Écoutons plusieurs bandes.
Le 40 mètres regorge de stations européennes ? C’est encourageant. Le 20 mètres est extrêmement actif mais seules des stations lointaines apparaissent ? Une zone de silence existe probablement autour de nous.
Les balises, les stations puissantes et simplement l’activité entendue permettent déjà d’obtenir une bonne idée de l’état de la propagation.
Un opérateur HF expérimenté finit ainsi par devenir son propre indicateur de propagation.
Préparer le réseau avant la panne
Le moment où Internet vient de disparaître n’est évidemment pas le meilleur moment pour décider :
« Bon… on se retrouve où ? »
Un réseau d’urgence doit donc être préparé à l’avance.
On peut par exemple définir :
Fréquence principale : 40 m
Fréquence de secours : 80 m
Longue distance : 20 m
Rendez-vous : heure pleine et H+30
Chaque station conserve cette procédure sur une simple feuille de papier à côté du transceiver.

Exemple de fiche « Plan B » à conserver près de la station HF : bandes à privilégier selon la distance et l’heure, fréquences de rendez-vous, solutions de secours et procédure d’appel. L’objectif n’est pas d’improviser lorsque les réseaux habituels disparaissent, mais de disposer d’un plan simple connu à l’avance par tous les opérateurs. Les fréquences IARU indiquées sont des centres d’activité d’urgence et non des fréquences exclusivement réservées.
Attention également aux fréquences 3,760, 7,110, 14,300, 18,160 et 21,360 MHz : l’IARU les définit comme des centres d’activité d’urgence, et non comme des fréquences exclusivement réservées au trafic d’urgence.
La radio commence là où Internet s’arrête
La véritable force d’un réseau HF d’urgence ne réside finalement ni dans la puissance de l’émetteur ni dans le prix du transceiver.
Elle réside dans la capacité des opérateurs à comprendre leur moyen de communication.
Pour quelques centaines de kilomètres, pensons 40 mètres et NVIS. La nuit, essayons également 80 mètres. Pour aller beaucoup plus loin, regardons vers 20, 17 ou 15 mètres.
Et surtout : écoutons avant d’émettre.
Car lorsque les écrans Internet deviennent noirs, l’ionosphère, elle, continue de fonctionner.
Liens utiles pour aller plus loin
- IARU — Emergency Communications — ressources générales sur les communications d’urgence radioamateur.
- IARU — Emergency Telecommunications Guide — guide de référence sur l’organisation des communications d’urgence et les centres d’activité HF.
- IARU Région 1 — Band Plans — plans de bandes applicables en Région 1.
- VOACAP Online — outil de prévision de propagation HF.
- VOACAP Online — Manuel utilisateur — documentation complète pour comprendre et exploiter les prévisions.
- NOAA Space Weather Prediction Center — suivi de l’activité solaire et de la météo spatiale.
- NOAA/NCEI — D-Region Absorption Prediction — suivi de l’absorption HF dans la couche D.
