Écoutons HAARP depuis la France : comment retrouver un signal inconnu entre 2,8 et 10 MHz avec un SDR ?

Écoutons HAARP depuis la France

Imaginez : nous savons qu’un puissant émetteur situé en Alaska va fonctionner pendant quelques heures. Nous savons qu’il émettra quelque part entre 2,8 et 10 MHz… mais nous ignorons sa fréquence exacte.

Comment le retrouver depuis la France ?

C’est précisément le petit défi que nous propose actuellement HAARP. Et avec un SDR, cette recherche devient une excellente occasion d’apprendre à lire un waterfall, surveiller plusieurs MHz de spectre et distinguer un signal expérimental des innombrables émissions présentes en HF.

HAARP, un gigantesque émetteur pour étudier l’ionosphère

HAARP signifie High-frequency Active Auroral Research Program. L’installation se trouve à Gakona, en Alaska, et dépend aujourd’hui de l’University of Alaska Fairbanks.

Son instrument principal, l’Ionospheric Research Instrument (IRI), est constitué de 180 antennes dipôles croisés organisées en réseau phasé. L’ensemble peut produire jusqu’à 3,6 MW de puissance HF et former électroniquement un faisceau dirigé vers différentes régions de l’ionosphère.

L’objectif n’est donc pas de communiquer avec une station distante comme nous le faisons entre radioamateurs. HAARP utilise les ondes HF pour exciter temporairement une petite région de l’ionosphère, puis différents instruments observent les phénomènes produits.

HAARP : de l’Alaska à la France

De l’Alaska à la France : les émissions HF de HAARP peuvent parcourir plusieurs milliers de kilomètres grâce à la propagation ionosphérique.

Une campagne du 8 au 11 septembre 2026

HAARP a annoncé une nouvelle campagne expérimentale du 8 au 11 septembre 2026 UTC.

Les créneaux annoncés sont :

  • 8 septembre : 01:00–05:00 et 17:00–22:30 UTC ;
  • 9 septembre : 14:00–18:00 UTC ;
  • 10 septembre : 12:00–16:00 UTC ;
  • 11 septembre : 02:00–07:00 UTC.

Attention : ces horaires peuvent être modifiés. Les expériences dépendent directement des conditions ionosphériques et géomagnétiques.

Plus amusant encore pour l’écoute : HAARP ne donne pas à l’avance les fréquences exactes.

Nous savons seulement que les émissions de cette campagne se situeront entre 2,8 et 10 MHz.

Nous devons donc les chercher !

Pourquoi la fréquence change-t-elle ?

HAARP ne choisit pas nécessairement une fréquence plusieurs jours à l’avance. Certaines expériences doivent tenir compte de l’état réel de l’ionosphère.

Un paramètre particulièrement intéressant est foF2, la fréquence critique de la couche F2. Elle peut être déterminée à partir d’un ionogramme réalisé à Gakona.

Selon l’expérience, HAARP peut avoir besoin de travailler au-dessous, au voisinage ou au-dessus de cette fréquence. Comme l’ionosphère évolue continuellement avec l’heure, l’ensoleillement et l’activité solaire et géomagnétique, la fréquence d’émission peut également changer en cours d’expérience.

Les ionogrammes de Gakona deviennent donc un premier indice pour notre chasse.

De quoi avons-nous besoin ?

Pas d’une station extraordinaire.

Il nous faut essentiellement :

  • un SDR capable de recevoir les HF ;
  • une antenne couvrant correctement quelques MHz ;
  • un ordinateur et un logiciel affichant un waterfall.

Une boucle active, un long fil, une EFHW, une antenne multibande ou un dipôle peuvent parfaitement convenir.

Côté récepteur, un SDRplay, Airspy HF+, Elad ou autre SDR HF fera l’affaire. Un récepteur RTL-SDR peut également être envisagé s’il dispose réellement de la réception HF nécessaire ou s’il est associé à un convertisseur adapté.

Le véritable avantage du SDR n’est pas ici sa sensibilité, mais sa capacité à voir simultanément une large portion du spectre.

Comment chercher entre 2,8 et 10 MHz ?

Voilà le cœur de notre expérience.

La plage représente environ 7,2 MHz. Chercher fréquence par fréquence serait particulièrement fastidieux.

Avec un SDR affichant 1 ou 2 MHz de spectre, nous pouvons procéder par fenêtres successives :

2,8–4 MHz → 4–6 MHz → 6–8 MHz → 8–10 MHz

Observons alors le waterfall et recherchons l’apparition soudaine d’un signal.

HAARP donne justement quelques précieux indices aux écouteurs. Ses émissions démarrent souvent exactement en haut d’une minute, par exemple :

18:42:00 UTC

Certaines peuvent également commencer à :

18:42:30 UTC

Les changements intervenant sur des repères temporels aussi nets constituent un indice particulièrement intéressant.

Lorsqu’une porteuse apparaît soudainement sur le waterfall, relevons immédiatement sa fréquence centrale.

À quoi ressemble un signal HAARP ?

C’est là que les choses se compliquent : HAARP n’a pas une modulation unique.

Selon l’expérience, l’installation peut transmettre une ou deux porteuses. Celles-ci peuvent être non modulées ou employer différentes formes de modulation : AM, FM, balayage linéaire de fréquence (LFM) ou formes d’onde beaucoup plus complexes.

La largeur d’émission peut atteindre environ 46 kHz, soit ±23 kHz autour de la fréquence centrale, mais certaines expériences utilisent une bande beaucoup plus étroite, voire une simple porteuse.

Autrement dit, ne cherchez pas un dessin précis.

Cherchez plutôt un comportement inhabituel : apparition brutale, porteuse très nette, balayage, structure répétitive, déplacement en fréquence ou cycles émission/repos.

Une fois le signal découvert, réduisons l’affichage à environ 50 kHz autour de celui-ci. Nous pouvons alors examiner beaucoup plus précisément sa modulation.

Repérer un signal HAARP sur un waterfall

Sur un waterfall SDR, un signal HAARP potentiel se repère par son apparition, sa structure, sa largeur et son comportement dans le temps.

Enregistrer maintenant, chercher plus tard

Une autre méthode est particulièrement efficace : l’enregistrement IQ ou baseband.

Un logiciel comme SDR++ peut enregistrer non seulement l’audio d’une station, mais également les données IQ de toute la bande reçue par le SDR. L’enregistrement peut ensuite être relu comme si nous étions toujours devant le récepteur.

C’est extrêmement pratique.

Avec suffisamment de bande passante et surtout suffisamment d’espace disque, nous pouvons enregistrer plusieurs MHz pendant une partie de l’expérience puis rechercher tranquillement HAARP après coup.

Attention à la taille des fichiers : quelques MHz de données IQ enregistrées pendant plusieurs heures représentent rapidement plusieurs dizaines de gigaoctets.

Attention aux faux HAARP !

Entre 2,8 et 10 MHz, nous allons rencontrer beaucoup de monde : radioamateurs, radiodiffusion internationale, communications aéronautiques ou maritimes, stations utilitaires, signaux numériques, radars HF et, bien entendu, nos parasites domestiques.

Un puissant trait sur le waterfall n’est donc pas automatiquement HAARP.

Il faut accumuler les indices :

heure UTC + fréquence + largeur + modulation + durée + cycles ON/OFF.

Nous pouvons aussi vérifier si le signal disparaît exactement à la fin d’une séquence expérimentale puis revient quelques minutes plus tard sur une autre fréquence.

HAARP précise d’ailleurs que certaines expériences peuvent rester actives quelques minutes comme plusieurs heures, tandis que d’autres utilisent des cycles successifs émission/repos.

Et depuis la France ?

Gakona est à plusieurs milliers de kilomètres de la France. Nous dépendons donc complètement de la propagation ionosphérique HF.

Les chances de recevoir une émission à 3 MHz et à 9 MHz ne seront pas identiques à la même heure. Les fréquences basses sont fortement influencées par l’absorption diurne de la couche D, tandis que les fréquences supérieures dépendent notamment de la MUF disponible sur le trajet.

Il faut également garder à l’esprit que le faisceau HAARP n’est pas nécessairement dirigé vers l’Europe.

Une absence de réception ne signifie donc pas une absence d’émission.

Les WebSDR peuvent nous aider

Si nous trouvons, par exemple, un curieux signal à 5,42 MHz à 18:37 UTC, notons immédiatement ces informations puis cherchons la même fréquence sur plusieurs récepteurs SDR distants.

Un signal observé simultanément par plusieurs stations européennes ou nord-américaines devient beaucoup plus intéressant qu’un trait présent uniquement sur notre propre installation : ce dernier pourrait simplement provenir d’une alimentation à découpage située dans la maison !

Les récepteurs distants constituent donc d’excellents outils de comparaison.

Une véritable petite enquête radio

Voici finalement notre méthode :

1. Consulter le créneau d’émission HAARP.

2. Regarder éventuellement l’ionogramme de Gakona.

3. Ouvrir largement le waterfall du SDR.

4. Explorer progressivement 2,8 à 10 MHz.

5. Surveiller particulièrement les changements à HH:MM:00 et HH:MM:30.

6. Dès qu’un candidat apparaît, relever fréquence et heure UTC.

7. Réduire la bande observée autour du signal et étudier sa modulation.

8. Enregistrer waterfall, audio ou IQ.

9. Comparer éventuellement avec d’autres SDR distants.

Méthode pour repérer un signal HAARP au SDR

De 2,8 à 10 MHz : la méthode pas à pas pour repérer, vérifier et documenter une émission HAARP avec un SDR.

Et surtout : ne concluons pas trop vite que nous avons trouvé HAARP.

Faisons confirmer notre réception

C’est justement là que l’expérience devient particulièrement sympathique pour les radioamateurs.

HAARP accepte officiellement les rapports de réception.

Le formulaire demande notamment la date, l’heure UTC, la fréquence, l’indicatif de l’opérateur, la position ou le locator et une description de la réception.

L’équipe HAARP peut alors vérifier si notre signal correspond effectivement à une émission de l’IRI.

Mieux encore : lorsque la réception est confirmée, il est possible de demander une carte QSL HAARP. Son envoi dépend cependant du temps disponible pour l’équipe et peut prendre plusieurs semaines.

Notre simple chasse au waterfall devient ainsi une véritable expérience d’observation scientifique.

À vos SDR !

HAARP nous offre finalement un exercice particulièrement intéressant : nous connaissons l’émetteur, sa région géographique et approximativement ses horaires, mais nous ignorons la fréquence que nous devons écouter.

C’est exactement le genre de problème que le SDR permet aujourd’hui d’aborder d’une manière qui aurait demandé des moyens considérables il y a quelques décennies.

Alors ouvrez votre waterfall, affichez l’heure en UTC et partez explorer les 2,8 à 10 MHz.

Peut-être qu’au milieu des stations de radiodiffusion, des signaux numériques et des parasites apparaîtra soudainement une nouvelle trace.

Cette fois, ne tournez pas le bouton trop vite : l’Alaska est peut-être en train de faire bouger l’ionosphère sous vos yeux.

Pour aller plus loin

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