Un pico-ballon peut sembler n’être qu’un ballon équipé d’une balise GPS. Pour un radioamateur français, il peut pourtant devenir un véritable laboratoire volant : propagation HF, température, pression, alimentation solaire ou télémétrie peuvent être étudiées avec seulement quelques grammes d’électronique.
Mais en France, avant de penser antenne et capteurs, il faut aussi penser DGAC.
Quelques grammes d’électronique
Le principe d’un pico-ballon est de réduire au maximum la masse suspendue. Un tracker moderne peut réunir GPS, microcontrôleur, émetteur et capteurs sur quelques grammes seulement.
L’architecture typique devient :
cellules solaires → alimentation → microcontrôleur → GPS/capteurs → émetteur → antenne
Des cartes comme le LightAPRS-W et les projets Traquito montrent qu’un tracker WSPR/APRS extrêmement léger est aujourd’hui réalisable.
À cette échelle, quelques grammes supplémentaires comptent énormément : batterie importante, caméra ou Raspberry Pi classique sont donc rarement adaptés.
Le ballon comme laboratoire de propagation
L’expérience la plus intéressante pour un radioamateur est probablement d’embarquer une balise WSPR.
Avec quelques milliwatts seulement, elle peut être reçue à des centaines ou milliers de kilomètres lorsque la propagation le permet. En connaissant simultanément la position et l’altitude du ballon, on peut étudier :
- les distances de réception ;
- les rapports signal/bruit ;
- les variations jour/nuit ;
- les différences entre plusieurs bandes HF ;
- l’évolution de la propagation pendant le déplacement.
Le pico-ballon devient ainsi une balise radio mobile à altitude connue.
Fabriquer sa propre radiosonde
Quelques capteurs légers permettent d’aller plus loin.
Un capteur de température permet de suivre l’évolution thermique de l’atmosphère. Un baromètre mesure la chute spectaculaire de pression avec l’altitude. On peut également enregistrer l’humidité.
Un autre paramètre particulièrement intéressant est la tension des cellules solaires. Elle permet d’observer directement la production énergétique disponible pour la station et son évolution au cours de la journée.
GPS, altitude, température, pression et tension d’alimentation constituent déjà une expérience très complète.
APRS ou WSPR ?
Pour un vol restant principalement au-dessus de zones disposant d’une bonne infrastructure terrestre, l’APRS est séduisant pour le suivi de position.
Pour les vols de longue durée, le WSPR devient particulièrement intéressant grâce à son efficacité avec des puissances extrêmement faibles et au réseau mondial de stations de réception.
Les données peuvent ensuite être exploitées avec des services comme SondeHub ou les réseaux de réception WSPR.
En France : attention, pico-ballon ne signifie pas lancement libre
C’est probablement le point le plus important pour un projet Pico-Ballon.
Le règlement SERA classe comme « léger » un ballon libre non habité transportant moins de 4 kg de charge utile. Mais la réglementation française ajoute des dispositions beaucoup plus directement applicables à nos minuscules pico-ballons.
En France, une autorisation préalable de la Direction de la sécurité de l’aviation civile est notamment requise dès lors que le ballon comporte des éléments métalliques ou électroniques, mais aussi lorsque sa charge utile dépasse 50 g ou lorsque son enveloppe gonflée au sol dépasse un mètre.
Autrement dit : un tracker radio de 10 g contient de l’électronique ; sa faible masse ne suffit donc pas à dispenser le radioamateur des démarches.
La demande utilise le CERFA 15915*01 et doit être adressée à l’autorité de l’aviation civile territorialement compétente.
Pour un pico-ballon susceptible de poursuivre sa route au-delà des frontières françaises, la question devient encore plus importante : SERA prévoit également l’autorisation appropriée des États susceptibles d’être survolés.
Quelques grammes, beaucoup d’expériences
Un pico-ballon radioamateur peut donc embarquer très peu de matériel, mais produire énormément d’informations.
Avec GPS + WSPR + température + pression + mesure solaire, on dispose déjà d’un remarquable laboratoire atmosphérique et radio.
Et cela suggère naturellement un prochain projet F5KEE :
concevoir nous-mêmes un tracker stratosphérique français de moins de 10 grammes.
Liens utiles
- DGAC – Réglementation de la circulation aérienne en France
- Document SERA complet, version du 17 janvier 2026
- CERFA 15915*01 – Ballons libres non habités
- Traquito – WSPR Pico Balloons
- LightAPRS-W
- SondeHub Amateur
- WSJT-X / WSPR
