La SSTV : transmettre et recevoir des images par radio, du Robot 36 au PD120

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Bien avant Internet, les radioamateurs savaient déjà transmettre des images à travers le monde. Pas besoin de haut débit : quelques kilohertz de bande passante suffisent !

La SSTV (Slow Scan Television), ou télévision à balayage lent, transforme une image fixe en une succession de tonalités audio. À la réception, un logiciel effectue l’opération inverse et reconstruit progressivement l’image.

Et contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, la SSTV reste aujourd’hui particulièrement accessible : un récepteur, un ordinateur ou même un smartphone suffisent pour commencer.

Une image transformée en sons

Le principe ressemble davantage à celui d’un ancien fax qu’à celui de la télévision.

L’image est analysée ligne après ligne. La luminosité et les informations de couleur sont converties en fréquences audio. Dans les modes SSTV classiques, les informations de l’image se situent principalement entre 1 500 et 2 300 Hz, tandis qu’une tonalité autour de 1 200 Hz sert notamment à la synchronisation.

La chaîne complète peut se résumer ainsi :

Image → encodeur SSTV → signal audio → émetteur → récepteur → décodeur SSTV → image

Une image transformée en sons

Principe d’une transmission SSTV : l’image est analysée ligne par ligne et transformée en tonalités audio, transmises par la radio puis décodées à la réception pour reconstruire progressivement l’image originale.

En HF, ce signal audio peut être transmis en SSB ; en VHF/UHF, la FM peut également être utilisée. Le récepteur n’a donc pas besoin de « comprendre » la SSTV : il lui suffit de restituer correctement le signal audio.

Comment le logiciel reconnaît-il le mode ?

Lorsque vous écoutez une transmission SSTV, vous entendez généralement une série caractéristique de tonalités juste avant que l’image commence.

Il s’agit notamment du VIS (Vertical Interval Signalling).

Cette séquence transmet au décodeur un numéro correspondant au mode utilisé. Le logiciel peut ainsi déterminer automatiquement s’il doit reconstruire un Martin M1, un Scottie S1, un Robot 36 ou un PD120.

Par exemple, le VIS du Martin M1 est 44 (0x2C), celui du Scottie S1 est 60 (0x3C), celui du Robot 36 est 8 et celui du PD120 est 95 (0x5F).

Si vous prenez une transmission en cours de route et manquez cette séquence, le logiciel peut avoir davantage de difficultés à identifier automatiquement le format.

Pourquoi existe-t-il autant de modes SSTV ?

C’est là que les choses se compliquent un peu. Il n’existe pas un format SSTV mais plusieurs familles proposant chacune différents compromis entre durée de transmission, résolution et qualité d’image.

Robot

Les modes Robot sont parmi les plus connus, particulièrement Robot 36 et Robot 72.

Robot 36 transmet une image couleur de 320 × 240 pixels en seulement 36 secondes. Robot 72 demande environ deux fois plus longtemps.

Le Robot 36 est donc intéressant lorsqu’on privilégie la rapidité.

Martin

Les Martin M1 et M2 sont des grands classiques de la SSTV.

Le Martin M1 transmet une image 320 × 256 en environ 114 secondes, contre seulement 58 secondes pour le Martin M2.

Le Martin M1 reste très facilement observable sur les bandes HF : une station française de réception automatique sur 14,230 MHz recevait encore de nombreuses images Martin 1 en août 2026.

Scottie

Autre grande famille : Scottie S1, S2 et DX.

Scottie S1 demande environ 110 secondes, Scottie S2 environ 71 secondes et Scottie DX pousse le curseur vers la qualité avec une transmission d’environ 269 secondes.

Les modes PD

Les modes développés par Paul Dunlap permettent notamment d’obtenir des images de résolution supérieure.

On rencontre les PD50, PD90, PD120, PD160, PD180, PD240 et PD290.

Le célèbre PD120 transmet une image de 640 × 496 pixels en environ 126 secondes. À l’autre extrémité, le PD290 atteint 800 × 616 pixels mais demande près de cinq minutes.

Voici quelques modes représentatifs :

Mode Résolution Durée approximative
Robot 36 320 × 240 36 s
Robot 72 320 × 240 72 s
Martin M1 320 × 256 114 s
Martin M2 320 × 256 58 s
Scottie S1 320 × 256 110 s
Scottie S2 320 × 256 71 s
Scottie DX 320 × 256 269 s
PD120 640 × 496 126 s
PD180 640 × 496 187 s
PD290 800 × 616 289 s

Il existe encore d’autres formats, notamment Wraase/SC2 et AVT, sans compter plusieurs anciens modes monochromes.

tableau comparatif des modes

Comparaison de trois modes SSTV : Robot 36 privilégie la rapidité, Martin M1 offre un bon compromis entre durée et qualité, tandis que PD120 transmet une image de résolution supérieure au prix d’un temps de transmission plus long.

Le PD120 et les transmissions spatiales

Le PD120 est particulièrement connu des radioamateurs grâce aux transmissions SSTV réalisées depuis l’espace.

Lors d’opérations SSTV, la Station spatiale internationale a notamment utilisé les modes PD120 et PD180, avec une réception sur 145,800 MHz FM.

La SSTV présente ici un énorme avantage pédagogique : il n’est pas nécessaire d’émettre pour participer.

Une antenne VHF, un récepteur ou un SDR et un logiciel de décodage permettent de tenter l’expérience.

Comment recevoir la SSTV ?

La configuration traditionnelle est extrêmement simple :

Récepteur → sortie audio → carte son du PC → logiciel SSTV

Avec un transceiver moderne disposant d’une interface USB audio, la connexion est encore plus facile.

On peut également utiliser un SDR :

Antenne → SDR → logiciel SDR → câble audio virtuel → logiciel SSTV

Comment recevoir la SSTV ?

Décoder une image SSTV avec un SDR : le signal reçu est démodulé par le logiciel SDR puis envoyé, via une liaison audio virtuelle, au décodeur SSTV qui identifie le mode et reconstruit progressivement l’image ligne par ligne.

Il faut alors sélectionner la modulation correspondant à la transmission, régler correctement la bande passante et surtout éviter de saturer l’entrée du décodeur.

Certains projets vont encore plus loin. Il existe par exemple un module SSTV pour SDR++ capable de décoder directement Martin, Scottie, Robot et PD avec détection automatique du mode, correction automatique du slant et affichage de l’image en direct.

Et avec un simple smartphone ?

C’est probablement la façon la plus amusante de découvrir la SSTV.

Une application telle que Robot36 peut écouter directement le haut-parleur d’un poste avec le microphone du téléphone et reconstruire l’image.

Cela fonctionne sans aucune interface.

Pour de meilleurs résultats, une liaison audio directe est toutefois préférable : elle évite les bruits ambiants, l’écho et certaines distorsions. Le projet Robot36 propose d’ailleurs un exemple d’interface isolée entre une sortie audio et l’entrée microphone d’un smartphone.

Quels logiciels utiliser ?

Sous Windows, MMSSTV demeure une référence historique particulièrement connue des radioamateurs.

Sous Linux, QSSTV constitue une excellente solution.

Sur Android, Robot36 permet de transformer très simplement un téléphone ou une tablette en décodeur.

Pour l’émission, SSTV Encoder prend notamment en charge Martin 1/2, toute une série de modes PD, Robot 36/72, Scottie 1/2/DX et Wraase SC2-180. Il peut également produire directement un fichier WAV contenant la transmission SSTV.

Des projets permettent même maintenant de décoder une SSTV directement dans un navigateur Web, à partir d’un enregistrement audio.

Où écouter ?

L’une des fréquences SSTV HF les plus connues est :

14,230 MHz USB — bande des 20 mètres

Et ce n’est pas seulement une fréquence indiquée dans de vieux documents : une station automatique française y recevait encore quotidiennement en août 2026 des images en Martin 1, Scottie 1, Robot 36 et PD120.

En VHF, on rencontre également de l’activité autour de :

144,500 MHz — SSTV

Et, bien entendu, lors des opérations SSTV depuis l’ISS :

145,800 MHz FM.

Les fréquences utilisées doivent naturellement être vérifiées par rapport au plan de bande et aux recommandations applicables dans votre région.

Pourquoi mon image est-elle penchée ?

C’est l’un des problèmes typiques de la SSTV.

Vous recevez une image parfaitement reconnaissable mais elle se décale progressivement vers la gauche ou vers la droite.

Ce phénomène appelé slant provient généralement d’une petite différence entre les horloges utilisées lors de l’émission et de la réception. Sur plusieurs centaines de lignes, une erreur minuscule finit par devenir parfaitement visible.

Les logiciels SSTV proposent donc généralement une correction du slant, parfois automatique.

Une image très dégradée peut également provenir d’un niveau audio trop important, d’une mauvaise fréquence, d’une bande passante incorrecte ou tout simplement des aléas de la propagation.

Et la SSTV numérique ?

Attention à ne pas tout mélanger.

Les Martin, Scottie, Robot ou PD sont des modes SSTV analogiques : les caractéristiques de l’image sont représentées par les fréquences audio et l’image est reconstruite progressivement.

Il existe parallèlement des systèmes de transmission numérique d’images, généralement désignés DSSTV ou Digital SSTV, dont HAMDRM.

Le principe est alors différent : nous ne sommes plus simplement dans une variante du Martin ou du Robot mais dans une transmission numérique de données permettant de reconstruire l’image.

Cela mériterait presque un article à lui seul !

Pour aller plus loin

  • MMSSTV — le grand classique sous Windows
    Probablement le logiciel SSTV le plus connu chez les radioamateurs. Développé à l’origine par Makoto Mori JE3HHT, il permet l’émission et la réception et prend en charge de très nombreux modes SSTV.
    Documentation et ressources MMSSTV

  • RX-SSTV — décodage SSTV simplifié sous Windows
    Une solution orientée réception utilisant le moteur de décodage de MMSSTV. Elle reconnaît automatiquement le VIS et prend en charge 37 modes SSTV.
    RX-SSTV et documentation

  • QSSTV — Linux, SSTV analogique et numérique
    Logiciel open source permettant l’émission et la réception en SSTV analogique ainsi qu’en HAMDRM/DSSTV. Il constitue une excellente alternative à MMSSTV sous Linux.
    QSSTV — dépôt officiel

  • Robot36 — décoder la SSTV avec Android
    Application open source particulièrement pratique pour débuter avec un smartphone. Elle permet de décoder les signaux SSTV directement depuis l’audio reçu par le téléphone.
    Robot36 — projet officiel

  • SSTV Encoder — transmettre des images depuis Android
    Complément intéressant de Robot36 : il transforme une image en signal SSTV et peut également produire un fichier audio WAV.
    SSTV Encoder — projet officiel

  • SSTV Decoder pour SDR++ par F4JTV
    Projet particulièrement intéressant pour les utilisateurs de SDR : le décodeur fonctionne directement dans SDR++ et reconnaît automatiquement 14 modes, dont Martin, Scottie, Robot et toute la famille PD. Il propose également une correction automatique du slant.
    SSTV Decoder pour SDR++ — F4JTV

  • SSTV Decoder — décoder depuis un navigateur Web
    Projet permettant de charger un enregistrement WAV, MP3 ou OGG et de reconstruire l’image SSTV directement dans le navigateur, avec détection automatique du VIS pour plusieurs modes.
    SSTV Decoder Web — Equinoxis

  • SlowscanTV — comprendre les différents modes SSTV
    Une ressource pédagogique utile pour comparer Martin, Scottie, Robot et PD : résolution, temps de transmission, caractéristiques et fonctionnement du VIS.
    Guide des modes SSTV

  • SSTV.fr — voir ce qui est réellement reçu sur 14,230 MHz
    Très intéressant pour l’article F5KEE : cette station française publie automatiquement les images reçues sur 14,230 MHz. On peut y observer en conditions réelles du Martin 1/2, Robot 36 et d’autres modes.
    Réception SSTV automatique sur 14,230 MHz

 

Ce qu’il faut retenir

Malgré son âge, la SSTV reste l’un des modes les plus spectaculaires et les plus simples à expérimenter en radioamateur.

Pour débuter, nul besoin d’une installation complexe : un récepteur, un ordinateur ou un smartphone peuvent suffire. Réglez-vous sur une fréquence SSTV, lancez le décodeur et attendez.

Quelques secondes plus tard, une image commencera peut-être à apparaître, ligne après ligne.

Et lorsqu’on réalise que cette photographie vient parfois de l’autre côté de l’Europe… ou de plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes, la bonne vieille SSTV conserve tout son charme.

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