Après le FT8, voici le LQ8 : que change ce nouveau mode ?

Après le FT8 : cap sur le LQ8

À peine avons-nous pris l’habitude de voir nos waterfalls remplis de FT8 qu’un nouveau venu fait son apparition : LQ8.

Présenté en septembre 2026 par Luis Quesada, HB9IPH, LQ8 appartient à une nouvelle famille de modes numériques destinés aux communications à très faible signal. À première vue, il ressemble beaucoup au FT8 : mêmes créneaux de 15 secondes, modulation à huit tonalités, messages courts et synchronisation précise.

Alors pourquoi inventer encore un nouveau mode ?

Parce que LQ8 ne cherche pas tellement à transmettre plus vite. Il cherche surtout à faire un QSO avec moins d’échanges.

Du FT8… mais organisé autrement

Prenons un QSO FT8 classique. Une station lance CQ, une autre répond, les reports sont échangés puis viennent les confirmations. Chaque information occupe sa place dans une succession de périodes émission/réception.

LQ8 conserve le principe des périodes de 15 secondes, mais réorganise les informations afin d’en placer davantage dans certains messages.

Un QSO LQ8 structuré peut ainsi être terminé en quatre transmissions, soit 60 secondes, là où la séquence FT8 canonique à six transmissions en demande 90.

Le gain ne vient donc pas d’un message radio qui traverserait l’éther beaucoup plus rapidement : c’est surtout le dialogue entre les deux stations qui a été raccourci.

Quatre transmissions et le QSO est terminé

Imaginons que F4LER appelle une station.

Le principe général peut être représenté ainsi :

1 — F4LER : CQ + locator

↓ 15 secondes

2 — Station appelée : indicatif + locator + report

↓ 15 secondes

3 — F4LER : report + confirmation

↓ 15 secondes

4 — Station appelée : confirmation finale

Le QSO complet peut alors tenir dans une minute.

L’une des astuces de LQ8 apparaît dès la deuxième transmission : le locator et le report peuvent être envoyés ensemble.

Cela paraît presque évident vu de l’extérieur, mais réussir à faire tenir ces informations dans les contraintes d’un message numérique faible signal nécessite de revoir la façon dont celui-ci est construit.

Comparatif FT8 et LQ8 en infographie

Comparaison d’un QSO FT8 et LQ8 : le LQ8 réduit l’échange à quatre transmissions, soit 60 secondes.

Tout doit tenir dans 77 bits

Voilà un chiffre que les utilisateurs de FT8 connaissent peut-être déjà : 77 bits.

LQ8 conserve lui aussi une charge utile structurée de 77 bits.

Cela représente moins de dix octets ! Et pourtant, dans ce minuscule espace doivent trouver place des informations telles que les indicatifs, le locator, le report et la nature du message.

Imaginez une toute petite valise : impossible de l’agrandir, il faut donc apprendre à mieux ranger ce que l’on met dedans.

LQ8 : 77 bits bien rangés !

LQ8 optimise ses 77 bits pour transporter un maximum d’informations utiles dans chaque message.

C’est précisément l’une des idées de LQ8.

Au lieu de réserver systématiquement la même quantité d’espace à l’identification de chaque type de message, son protocole utilise notamment des codes préfixes de longueur variable. Les messages les plus utiles peuvent ainsi exploiter plus efficacement les 77 bits disponibles.

C’est ce mécanisme qui permet, par exemple, d’associer le locator de la station qui répond et son report dans le même message.

Des 77 bits aux huit tonalités

Notre petit message doit maintenant devenir un véritable signal radio.

On peut résumer le voyage ainsi :

Message radioamateur 77 bits d’information contrôle et correction des erreurs codage en symboles 8-GFSK signal audio émetteur SSB antenne

Du message au signal LQ8

Du message aux huit tonalités : les étapes qui transforment les 77 bits du LQ8 en signal radio.

Comme le FT8, LQ8 utilise une modulation à huit tonalités, appelée 8-GFSK.

Pourquoi huit ?

Parce que huit possibilités permettent de représenter trois bits à la fois : 000 – 001 – 010 – 011 – 100 – 101 – 110 – 111

Chaque combinaison peut être associée à l’un des huit états de fréquence.

Le « G » de GFSK signifie Gaussian. Sans entrer dans les mathématiques, retenons simplement que les passages d’une fréquence à l’autre sont façonnés afin d’éviter des transitions trop brutales et de conserver un signal spectralement propre.

LQ8 utilise 79 symboles par transmission, avec un CRC de 14 bits destiné à vérifier l’intégrité du message.

Et les signaux très faibles ?

Accélérer un QSO serait finalement assez facile si l’on acceptait de sacrifier les performances en présence de signaux faibles.

Mais ce n’est justement pas l’objectif de LQ8.

La spécification annonce une sensibilité de l’ordre de –21 dB de rapport signal/bruit, avec une modulation continue 8-GFSK. L’objectif est donc de conserver les capacités de communication à très faible signal auxquelles les utilisateurs de FT8 sont habitués, tout en améliorant l’efficacité du dialogue.

Une certaine prudence est néanmoins nécessaire : LQ8 est extrêmement récent. Les performances annoncées dans sa spécification devront maintenant être confrontées à l’expérience accumulée sur les bandes par les radioamateurs.

Une station peut même en traiter deux !

LQ8 possède une autre particularité intéressante, notamment pour les DX-péditions et les pile-up.

Son protocole prévoit des messages appelés MULTI_CALL.

Ils permettent à une station de confirmer jusqu’à deux correspondants simultanément dans une même transmission monoporteuse.

Illustration 1 + où + légende courte

MULTI_CALL : LQ8 peut intégrer jusqu’à deux correspondants dans une même transmission.

Ce détail est important.

Il ne s’agit pas simplement d’émettre deux signaux côte à côte et de partager la puissance de l’émetteur entre eux. Les informations concernant les deux correspondants sont intégrées dans le protocole d’une transmission unique.

On comprend immédiatement l’intérêt lorsqu’une station DX est appelée par des dizaines de radioamateurs.

Jusqu’à 160 QSO par heure ?

Sur le papier, les chiffres deviennent impressionnants.

La spécification LQ8 indique qu’en exploitation multi-station, le débit théorique peut atteindre 160 QSO par heure avec une seule porteuse, et jusqu’à 320 QSO/h avec deux porteuses.

Attention au mot théorique !

Nos bandes ne sont pas des laboratoires. Il faut compter avec le QRM, le fading, les collisions entre stations, les messages non décodés, les répétitions et les erreurs des opérateurs.

Ces valeurs indiquent donc surtout le potentiel du protocole. Elles ne signifient évidemment pas qu’une station réalisera systématiquement 160 contacts chaque heure.

FT8 contre LQ8 : qu’est-ce qui change vraiment ?

LQ8 ne bouleverse pas tout ce que nous connaissons.

Les deux modes partagent plusieurs caractéristiques : périodes synchronisées, messages structurés de 77 bits, modulation à huit tonalités et recherche de performances avec des signaux extrêmement faibles.

La grande différence se situe ailleurs : FT8 optimise remarquablement la transmission d’un petit message.

LQ8 cherche en plus à optimiser la conversation constituée de plusieurs de ces messages.

Autrement dit, LQ8 ne demande pas seulement : « Comment transmettre efficacement ces 77 bits ? »

Il demande aussi : « Avons-nous réellement besoin d’autant d’allers-retours pour terminer notre QSO ? »

C’est probablement la meilleure manière de comprendre sa philosophie.

LQ8 n’est pas seul

LQ8 appartient en réalité à une famille.

La spécification prévoit également LQ16, LQ4 et LQ2, chacun répondant à des objectifs différents.

LQ16 privilégie une sensibilité encore plus importante. LQ4 vise notamment des applications VHF/UHF et le trafic de type contest, tandis que LQ2 est destiné à des échanges beaucoup plus rapides.

Le chiffre placé derrière « LQ » ne représente donc pas simplement une nouvelle version du même logiciel : il correspond à différents profils de communication.

Comment essayer LQ8 ?

Au moment où nous écrivons ces lignes, en septembre 2026, LQ8 est encore expérimental et très récent.

Une façon de le découvrir est l’application Android qFT8, elle aussi développée par HB9IPH. Elle prend actuellement en charge FT8, FT4, FT2, LQ8, JS8 et WSPR.

Elle peut être utilisée avec différents transceivers via USB/CAT et audio, mais également avec des liaisons audio plus simples selon l’installation.

Comme pour le FT8, la synchronisation horaire reste essentielle puisque les stations doivent respecter leurs créneaux temporels.

Le LQ8 remplacera-t-il le FT8 ?

Il est beaucoup trop tôt pour le dire — et ce n’est finalement pas la question la plus intéressante.

FT8 bénéficie d’un immense avantage : une communauté mondiale, des logiciels éprouvés et des années d’utilisation sur les bandes.

LQ8 doit encore sortir du laboratoire, être expérimenté par de nombreux radioamateurs et démontrer ses qualités en conditions réelles.

Mais son approche mérite notre attention.

FT8 nous avait montré qu’avec seulement quelques dizaines de bits, une synchronisation précise et beaucoup de traitement numérique, deux stations pratiquement noyées dans le bruit pouvaient réaliser un QSO à des milliers de kilomètres.

LQ8 pose aujourd’hui une nouvelle question : Puisque chaque bit est précieux, pourquoi ne pas optimiser également la conversation ?

Et c’est peut-être là que se trouve la véritable nouveauté du LQ8.

Liens utiles

La référence principale sera la publication scientifique de Luis Quesada :

The LQ Digital Mode Family — spécification LQ8 sur arXiv

Portail officiel LQ8 / famille LQ

qFT8 — site officiel

Manuel qFT8 — section LQ8

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