APRS sans TNC — Un smartphone peut-il désormais tout faire ?

APRS sans TNC : radio et randonnée

Pendant longtemps, faire de l’APRS sur les bandes radioamateurs impliquait une petite chaîne de matériels : un GPS pour connaître sa position, un ordinateur ou un tracker pour préparer les données, un TNC pour les transformer en signal exploitable par la radio, puis enfin un émetteur-récepteur VHF.

Aujourd’hui, nous avons dans notre poche un appareil qui possède déjà un GPS, une connexion Internet, du Bluetooth, de l’USB, une puissance de calcul considérable, un écran, une cartographie et même les capacités nécessaires pour générer et décoder les signaux audio de l’APRS.

Alors, en 2026, avons-nous encore besoin d’un TNC ?

La réponse est plus intéressante qu’un simple oui ou non.

Le TNC, cette petite boîte autrefois indispensable

L’APRS — Automatic Packet Reporting System — permet notamment aux radioamateurs d’échanger automatiquement positions, messages courts, informations météorologiques et télémétrie.

En Europe, l’activité APRS VHF se retrouve principalement sur 144,800 MHz, avec une transmission classique en AFSK 1200 bauds utilisant AX.25.

Une station mobile traditionnelle pouvait ressembler à ceci : GPS → ordinateur ou tracker → TNC → émetteur-récepteur VHF → antenne

Le TNC (Terminal Node Controller) jouait un rôle essentiel. On peut grossièrement le comparer au modem de nos anciens ordinateurs : d’un côté les données numériques, de l’autre les tonalités audio que la radio peut transmettre.

Mais regardons maintenant ce que contient un smartphone.

Presque toute une station APRS dans la poche

Un téléphone moderne dispose déjà de pratiquement tout ce dont l’APRS a besoin :

GPS, processeur puissant, traitement numérique du signal, Bluetooth, USB, Wi-Fi, réseau mobile, écran tactile, cartographie et stockage.

Il lui manque essentiellement… la partie radio VHF.

Des applications comme APRSdroid et aprs.fi exploitent désormais ces possibilités. Le smartphone peut connaître notre position, préparer les informations APRS, afficher les autres stations sur une carte, recevoir et envoyer des messages, communiquer avec APRS-IS et, dans certaines configurations, produire ou décoder directement le signal audio AFSK.

Autrement dit, la petite boîte appelée TNC commence sérieusement à devenir optionnelle.

Du TNC au smartphone : APRS simplifié

Du GPS au TNC, plusieurs appareils étaient autrefois nécessaires. Le smartphone peut aujourd’hui en remplacer l’essentiel.

Première solution : APRS sans radio

C’est la méthode la plus simple.

Smartphone → 4G/5G ou Wi-Fi → APRS-IS

Le GPS du téléphone détermine notre position et l’application l’envoie directement sur Internet vers APRS-IS.

Quelques secondes plus tard, notre indicatif peut apparaître sur une carte comme aprs.fi.

Aucune radio, aucune antenne VHF et aucun TNC ne sont nécessaires.

C’est extrêmement pratique, mais il faut comprendre une différence fondamentale : être visible sur aprs.fi ne signifie pas nécessairement que nous avons émis en radio.

Dans cette configuration, aucune trame n’est passée sur 144,800 MHz. Nous utilisons l’infrastructure Internet de l’APRS.

Et dès que disparaît la couverture mobile, notre belle station APRS disparaît avec elle.

Deuxième solution : le smartphone et un petit TNC

Nous pouvons alors remettre la radio dans la boucle : Smartphone ⇄ Bluetooth/BLE ⇄ TNC ⇄ transceiver VHF

Le smartphone fournit le GPS, la carte, l’interface utilisateur et l’application APRS. Un petit TNC, par exemple de type Mobilinkd, assure l’interface avec le poste.

C’est déjà beaucoup plus compact qu’une ancienne installation avec ordinateur portable, GPS externe et TNC.

Surtout, cette solution fonctionne sans réseau téléphonique : les paquets APRS sont réellement transmis par radio.

Le Bluetooth ou le BLE évite également un câble entre téléphone et TNC, tandis que le petit boîtier spécialisé s’occupe de la partie audio et de la commande du poste.

C’est encore aujourd’hui une excellente solution pour une station mobile fiable.

Troisième solution : supprimons réellement le TNC !

C’est ici que les choses deviennent particulièrement intéressantes.

Pourquoi utiliser un appareil supplémentaire pour fabriquer et décoder de l’AFSK alors que le processeur du téléphone sait parfaitement traiter de l’audio ?

La chaîne devient : GPS → application APRS → modem AFSK logiciel → audio → transceiver VHF

Le TNC matériel vient de disparaître.

APRSdroid permet depuis longtemps d’utiliser l’AFSK audio. Le smartphone génère alors lui-même les tonalités nécessaires à la transmission des paquets et peut exploiter le signal audio provenant du récepteur.

L’application aprs.fi pousse aujourd’hui également dans cette direction avec un modem DSP logiciel capable d’assurer directement une partie du travail autrefois confié au TNC.

Finalement, nous n’avons pas réellement supprimé le TNC.

Nous l’avons transformé en logiciel.

Les trois façons d’utiliser l’APRS avec un smartphone

Trois façons d’utiliser l’APRS avec un smartphone : par Internet, avec un TNC Bluetooth ou directement en audio AFSK sans TNC matériel.

Il reste un problème : appuyer sur le PTT !

Fabriquer les tonalités AFSK est une chose. Les transmettre en est une autre.

Lorsque le téléphone veut envoyer une trame, il faut faire passer le transceiver de réception en émission.

Plusieurs solutions sont possibles suivant le poste : interface dédiée, commande par accessoire, interface USB ou utilisation du VOX.

Cette dernière solution est particulièrement séduisante pour une expérimentation.

Le téléphone commence à produire le signal AFSK. Le VOX du transceiver détecte l’audio, commute automatiquement le poste en émission et la trame part sur 144,800 MHz.

Nous obtenons alors une installation extrêmement réduite : Smartphone → câble audio → portable VHF en VOX → antenne

En théorie, difficile de faire plus simple.

En pratique, quelques difficultés nous attendent.

Le câble audio n’est pas qu’un simple câble

L’AFSK demande une liaison audio correcte.

Un niveau trop faible peut empêcher le bon fonctionnement. Un niveau trop élevé provoquera de la distorsion et rendra les trames difficiles, voire impossibles à décoder.

Il faut également tenir compte des entrées microphone, sorties haut-parleur, masses et connectiques propres à chaque transceiver.

Et nos smartphones modernes compliquent encore légèrement l’affaire : la traditionnelle prise jack a pratiquement disparu. Il faut souvent passer par un adaptateur USB-C/audio.

Attention également au VOX. Son déclenchement doit être suffisamment rapide et il peut être nécessaire de prévoir un petit délai avant l’envoi effectif des données afin de ne pas perdre le début du paquet.

En APRS, un beau signal fort mais saturé n’est pas nécessairement un bon signal !

APRSdroid ou aprs.fi ?

Sur Android, APRSdroid reste une référence. L’application permet notamment de travailler via APRS-IS, avec certains TNC Bluetooth et en AFSK audio.

Mais l’année 2026 a apporté une évolution intéressante : aprs.fi est désormais également disponible sous Android, après avoir été développé sur l’écosystème Apple.

L’application peut travailler avec différents TNC via Bluetooth, BLE, Wi-Fi ou USB selon la plateforme et le matériel, mais propose également un modem DSP logiciel.

Sur iPhone et iPad, aprs.fi permet également l’utilisation de TNC compatibles et du traitement DSP. Les possibilités Bluetooth diffèrent toutefois de celles d’Android : iOS impose davantage de contraintes sur certaines liaisons Bluetooth classiques, tandis que le BLE est largement utilisé par les périphériques modernes.

Le choix dépendra donc beaucoup du téléphone et de l’interface radio dont nous disposons.

Essayons une station APRS minimaliste

Voilà une petite expérimentation parfaitement adaptée au radio-club.

Prenons : un smartphone, une application APRS capable d’AFSK, un adaptateur audio si nécessaire, un câble adapté au transceiver et un portable VHF.

Réglons le poste sur 144,800 MHz FM, sans tonalité CTCSS.

Station APRS minimaliste en montagne

Une station APRS VHF minimaliste : le smartphone assure le GPS et le modem AFSK, tandis que le portable transmet les trames sur 144,800 MHz.

Première étape : essayons simplement de recevoir.

Si l’activité APRS locale est suffisante, nous devrions entendre les fameux courts « bruits de modem » caractéristiques des paquets. L’application pourra tenter de les décoder et afficher les stations reçues.

Deuxième étape : configurons notre indicatif et notre position puis préparons une balise.

Le téléphone fabrique le paquet AX.25, le modem logiciel le transforme en AFSK et le signal est envoyé vers le transceiver.

Avec le VOX correctement configuré : clic… émission… brrrzzzt… réception !

Notre smartphone vient d’émettre une véritable balise APRS sur la bande des 2 mètres sans aucun TNC matériel.

Si un iGate se trouve à portée, celui-ci pourra recevoir notre paquet radio et le transmettre vers APRS-IS. Quelques instants plus tard, nous pourrons éventuellement retrouver notre station sur aprs.fi.

Nous aurons alors parcouru toute la chaîne : Smartphone → VHF → iGate → Internet → aprs.fi

Et cette fois, contrairement à notre première expérience, notre paquet aura réellement voyagé par radio.

Et pourquoi ne pas transformer le smartphone en iGate ?

Le raisonnement peut être poussé encore plus loin.

Puisque le téléphone peut décoder les paquets reçus par la radio et dispose simultanément d’une connexion Internet, il possède les deux éléments fondamentaux nécessaires à un iGate.

La radio reçoit les trames sur 144,800 MHz, le smartphone les décode puis les transmet vers APRS-IS.

Certaines applications modernes, dont aprs.fi, proposent justement des fonctions permettant un fonctionnement RX iGate.

Notre téléphone peut donc devenir à la fois GPS, terminal APRS, modem logiciel, cartographie, messagerie et passerelle vers Internet.

Il ne lui manque toujours qu’une chose : l’émetteur-récepteur VHF lui-même.

Alors, le TNC est-il mort ?

Pas vraiment.

Pour une expérimentation, une station portable légère ou une utilisation occasionnelle, le smartphone peut aujourd’hui remplacer une quantité impressionnante de matériel.

Mais un TNC dédié conserve de sérieux avantages pour une station permanente ou mobile : connexions radio fiables, commande PTT maîtrisée, fonctionnement autonome et absence des aléas liés aux adaptateurs audio ou au système d’exploitation du téléphone.

Pour un digipeater ou un iGate destiné à fonctionner 24 heures sur 24, nous préférerons généralement une solution dédiée plutôt qu’un téléphone posé à côté d’un transceiver.

Le smartphone n’a donc pas tué le TNC.

Il a simplement démontré quelque chose de beaucoup plus intéressant : le TNC n’était finalement qu’une fonction… et cette fonction peut désormais être assurée par logiciel.

Pour aller plus loin

APRSdroid
https://aprsdroid.org/

aprs.fi
https://aprs.fi/

Guide aprs.fi pour Android
https://android-guide.aprs.fi/

Guide aprs.fi pour iPhone et iPad
https://ios-guide.aprs.fi/

France APRS
https://www.franceaprs.fr/

Mobilinkd — TNC Bluetooth
https://www.mobilinkd.com/

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