Lorsque l’on évoque le déclin du radioamateurisme, le Japon constitue un cas spectaculaire : le pays qui a vu naître Icom, Yaesu et Kenwood a perdu une grande partie de ses radioamateurs en quelques décennies. Mais qu’en est-il plus près de chez nous ?
La situation européenne est très contrastée. L’Allemagne et le Royaume-Uni conservent une communauté importante, tandis que la France reste étonnamment peu représentée compte tenu de sa population. Pourtant, les derniers chiffres français apportent une petite surprise : après une longue érosion, la courbe semble enfin se redresser.
En France, une histoire en trois périodes
Les statistiques françaises montrent d’abord une progression importante durant les dernières décennies du XXe siècle.
En 1986, l’administration comptabilisait 13 610 radioamateurs. Le nombre continue ensuite d’augmenter et approche les 20 000 opérateurs à la fin des années 1990.
Puis la tendance s’inverse.
| Année | Radioamateurs en France |
|---|---|
| 1986 | 13 610 |
| 1998 | ≈ 19 540 |
| 2000 | ≈ 18 000 |
| 2005 | ≈ 16 100 |
| 2008 | ≈ 15 300 |
| 2010 | ≈ 14 800–15 000 |
| 2013 | ≈ 14 200 |
| 2015 | ≈ 13 900 |
| 2016 | ≈ 13 700 |
| 2024 | 15 266 |
Les séries anciennes présentent quelques différences selon que l’on compte les opérateurs, les licences ou certains indicatifs. La tendance générale est néanmoins très claire.
Une réponse officielle du gouvernement indiquait ainsi 13 610 radioamateurs en 1986 et 14 990 en 2010, tout en reconnaissant que leur nombre était historiquement faible par rapport aux pays européens comparables.
Les statistiques historiques compilées à partir des rapports de l’administration permettent de mieux voir le phénomène : environ 19 500 radioamateurs en 1998, 17 996 en 2000, 15 706 en 2006, 14 963 en 2009 et autour de 13 700 en 2016.
Autrement dit, la France aurait perdu près de 30 % de ses radioamateurs entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2010.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là.
Un petit retournement français
Le rapport 2024 de l’ANFR comptabilise 15 266 radioamateurs enregistrés, auxquels s’ajoutent 422 radioclubs actifs. Plus intéressant encore : 413 nouveaux radioamateurs ont été certifiés durant l’année.
Nous sommes donc revenus au niveau du début des années 2000, sans toutefois retrouver le sommet de la fin des années 1990.
Cela pourrait signaler un changement de tendance.
Les modes numériques, FT8, les SDR, les satellites, QO-100, le trafic portable, POTA, SOTA, les microcontrôleurs et les nombreux projets associant radio et informatique ont profondément renouvelé l’image du radioamateurisme.
Il serait donc prématuré d’annoncer sa disparition.
Mais la population française a augmenté
Comparer uniquement le nombre d’indicatifs peut cependant être trompeur.
La France comptait environ 60,5 millions d’habitants en 2000, contre 69,1 millions début 2026.
Il faut donc rapporter le nombre de radioamateurs à la population.
Vers 2000 :
18 000 / 60,5 millions ≈ 30 radioamateurs pour 100 000 habitants.
Avec 15 266 opérateurs et une population d’environ 69 millions :
≈ 22 radioamateurs pour 100 000 habitants.

Évolution du nombre de radioamateurs en France et de leur proportion dans la population entre 1998 et 2024.
La remontée récente est donc réelle en valeur absolue, mais la densité de radioamateurs reste nettement inférieure à celle d’il y a un quart de siècle.
Et surtout, elle est faible comparée à certains voisins.
Traversons le Rhin
L’Allemagne constitue probablement le contraste le plus intéressant.
Au 31 décembre 2025, elle comptait 61 105 licences personnelles de radioamateur : 51 155 en classe A, 9 133 en classe E et déjà 817 dans la nouvelle classe N destinée à faciliter l’entrée dans le hobby.
Avec 83,5 millions d’habitants fin 2025, cela représente environ :
73 radioamateurs pour 100 000 habitants.
Contre environ 22 en France.
À population comparable, l’Allemagne possède donc proportionnellement plus de trois fois plus de radioamateurs.
La création récente de la classe N est également intéressante. Elle constitue une licence d’entrée plus accessible permettant aux débutants de découvrir progressivement le radioamateurisme avant éventuellement d’accéder aux classes supérieures.
Le Royaume-Uni : plus de 100 000 licences
Le cas britannique est encore différent.
L’Ofcom indique qu’environ 100 000 licences radioamateurs sont actuellement délivrées au Royaume-Uni.
Avec environ 69,5 millions d’habitants en 2025, cela représente théoriquement près de 144 licences pour 100 000 habitants.
Attention cependant : une licence britannique n’est pas nécessairement équivalente statistiquement à un « radioamateur enregistré » français. C’est précisément pourquoi les comparaisons internationales doivent être considérées comme des ordres de grandeur plutôt que comme un classement au radioamateur près.
Le Royaume-Uni dispose surtout d’un système progressif très intéressant : Foundation, Intermediate et Full. Le débutant peut commencer avec des connaissances relativement accessibles, pratiquer réellement la radio, puis progresser.
En 2024, l’Ofcom a d’ailleurs modernisé les conditions d’utilisation et augmenté certaines puissances autorisées, notamment pour les titulaires de la Foundation Licence.
Espagne et Italie : encore deux modèles différents
L’Espagne compterait aujourd’hui de l’ordre de 30 000 licences radioamateurs, soit approximativement une soixantaine pour 100 000 habitants. Sa population dépassait 49,1 millions d’habitants début 2025.
L’Italie possède elle aussi une importante tradition radioamateur, même si les données publiques facilement comparables sont plus difficiles à homogénéiser. Le système italien repose sur une patente d’opérateur puis une autorisation générale de station, désormais valable dix ans moyennant une contribution forfaitaire.
Cette difficulté statistique nous rappelle une règle essentielle : ne jamais comparer directement des listes d’indicatifs sans vérifier ce qu’elles représentent.

Densité de radioamateurs dans plusieurs pays européens : avec environ 22 opérateurs pour 100 000 habitants, la France reste loin derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni.
Pourquoi la France compte-t-elle si peu de radioamateurs ?
La question n’est pas nouvelle.
En 2011, le gouvernement français reconnaissait déjà officiellement que le nombre de radioamateurs était « historiquement faible » par rapport aux pays européens de taille comparable. Il évoquait notamment un examen français relativement sélectif, dont le taux de réussite était alors voisin de 63 %, alors que certains pays européens dépassaient 90 %.
Mais l’examen n’explique probablement pas tout.
La culture associative, la présence des radioclubs, la promotion auprès des jeunes, les liens avec les écoles et universités, la possibilité de commencer avec une licence simplifiée et la visibilité du radioamateurisme dans la société jouent probablement un rôle considérable.
Le modèle allemand est particulièrement instructif : plutôt que d’exiger immédiatement du débutant l’ensemble des connaissances nécessaires à une licence complète, la nouvelle classe N crée une porte d’entrée.
Internet n’a finalement pas tué la radio
Voilà peut-être le résultat le plus intéressant de cette comparaison.
Il y a quinze ans, l’administration française expliquait notamment la diminution des effectifs par « l’attractivité des réseaux Internet et sociaux ».
L’analyse semblait logique à l’époque.
Mais aujourd’hui, Internet est partout… et pourtant de nouveaux radioamateurs continuent d’arriver.
Car la radio offre précisément ce qu’Internet ne propose pas : construire sa propre antenne, comprendre une propagation, décoder un signal venu d’un satellite, contacter une station à 10 000 km avec quelques watts, expérimenter un SDR, lancer un ballon, faire rebondir un signal sur la Lune ou simplement installer une station portable au milieu d’un parc.
Internet n’est même plus nécessairement le concurrent du radioamateurisme : il en est devenu l’un des principaux outils d’apprentissage et de partage.
La France peut-elle remonter la pente ?
Les 15 266 radioamateurs enregistrés en 2024 ne permettent pas encore de parler de renaissance. Mais ils montrent au moins que la longue descente observée entre la fin des années 1990 et les années 2010 n’est pas irréversible.
Et les expériences britannique et allemande posent une question intéressante.
Plutôt que de se demander continuellement « pourquoi les jeunes ne viennent-ils plus à la radio ? », ne faudrait-il pas se demander :
« Comment leur permettre de commencer facilement ? »
Une licence d’initiation, davantage d’activités pratiques dans les radioclubs, des projets Arduino et SDR, des satellites, du FT8, du POTA, de la construction d’antennes et une présence plus importante dans les établissements scolaires pourraient probablement faire davantage pour l’avenir du radioamateurisme qu’une nostalgie permanente de l’époque où les bandes étaient pleines.
Le radioamateurisme européen n’est donc pas mort.
Mais lorsqu’un pays de 69 millions d’habitants compte environ 15 000 radioamateurs tandis que son voisin allemand en compte plus de 61 000, la France a manifestement encore une belle marge de progression.
