Pourquoi le pays qui fabriquait nos Icom, Yaesu et Kenwood perd-il plus de 1 000 stations radioamateurs par mois ?

Banniere Le déclin de la radioamateur japonaise Le déclin de la radioamateur japonaise

Pour plusieurs générations de radioamateurs européens, le Japon est indissociable de notre hobby. Icom, Yaesu, Kenwood : trois noms qui ont peuplé nos shacks avec des appareils devenus parfois mythiques.

Le Japon fut également pendant longtemps l’un des pays comptant le plus grand nombre de stations radioamateurs au monde. Pourtant, un chiffre inquiète aujourd’hui : depuis juin 2025, le pays perd plus de 1 000 stations par mois.

Et cette diminution ne semble pas vouloir ralentir.

De 1,36 million à moins de 330 000 stations

Le sommet historique est atteint en avril 1995 avec 1 364 316 stations radioamateurs enregistrées.

Trente et un ans plus tard, le contraste est spectaculaire.

En janvier 2026, il n’en reste plus que 332 120. Fin mars, le nombre passe sous la barre symbolique des 330 000 avec 329 653 stations, puis 328 288 fin avril.

Entre mars et avril seulement, 1 365 stations supplémentaires ont disparu.

Plus impressionnant encore : d’après les statistiques publiées par le ministère japonais des Affaires intérieures et des Communications, cette diminution supérieure à 1 000 stations mensuelles se poursuit sans interruption depuis juin 2025.

Il faut cependant préciser ce que nous comptons : il s’agit ici de stations radioamateurs enregistrées, ce qui n’est pas exactement la même chose que le nombre de personnes possédant une qualification d’opérateur.

Mais la tendance, elle, est incontestable.

Est-ce simplement parce que le Japon perd des habitants ?

On pourrait être tenté d’invoquer immédiatement la démographie japonaise.

Le pays vieillit et sa population diminue. Mais les proportions n’ont rien de comparable.

Le Japon comptait environ 125,5 millions d’habitants en 1995. Trente ans plus tard, sa population reste proche de 123 millions.

Pendant que la population diminuait de quelques pourcents, le nombre de stations radioamateurs chutait, lui, d’environ 76 %.

Rapportons les deux valeurs à la population.

En 1995 :

environ 10,9 stations radioamateurs pour 1 000 habitants.

Aujourd’hui :

environ 2,6 stations pour 1 000 habitants.

La densité des stations radioamateurs a donc été divisée par plus de quatre.

Japon : population stable, radios en chute

Depuis 1995, la population japonaise a peu diminué, tandis que le nombre de stations radioamateurs a chuté d’environ 76 %.

La baisse démographique japonaise n’explique clairement pas, à elle seule, la disparition des radioamateurs.

Une communauté qui vieillit

La JARL, l’association nationale japonaise des radioamateurs, ne cache d’ailleurs plus son inquiétude.

En 2026, elle indiquait qu’environ 80 % de ses membres avaient 60 ans ou plus, tandis que les moins de 30 ans ne représentaient qu’environ 1,5 % des adhérents.

Le problème apparaît alors beaucoup plus clairement : les anciens opérateurs cessent progressivement leur activité et ne sont pas remplacés en nombre suffisant par de nouveaux venus.

Et ce phénomène pourrait bien concerner demain de nombreux pays européens.

Le smartphone a changé la signification du DX

Il faut également se souvenir de ce que représentait la radio il y a quarante ou cinquante ans.

Entendre depuis son domicile une station située en Australie ou au Japon était extraordinaire. Quelques watts, une antenne et les propriétés de l’ionosphère permettaient de communiquer à l’autre bout du monde.

Aujourd’hui, un adolescent peut discuter gratuitement en vidéo avec Tokyo depuis son téléphone.

Présenter le radioamateurisme uniquement comme « un moyen de parler très loin » est donc devenu beaucoup moins convaincant.

À cela s’ajoute un autre problème particulièrement sensible au Japon : l’urbanisation. Installer un dipôle de 40 mètres ou une beam sur le toit d’un appartement à Tokyo n’est évidemment pas toujours simple !

Pourtant, le Japon continue de fabriquer nos radios

Voilà tout le paradoxe.

Le marché radioamateur intérieur s’est considérablement contracté, mais l’industrie japonaise reste incontournable.

L’histoire d’Icom illustre parfaitement cette relation. L’entreprise qui deviendra Icom commence notamment par fabriquer du matériel radioamateur et développe très tôt des technologies nouvelles, des transistors aux synthétiseurs PLL.

Les appareils japonais ont ensuite accompagné toutes les grandes évolutions de nos stations.

Ainsi, le pays qui comptait autrefois plus d’un million de stations est progressivement devenu un pays qui fabrique des transceivers pour une communauté radioamateur devenue mondiale.

Deux époques, une même passion

Du transceiver analogique au SDR et aux satellites : les technologies changent, mais l’expérimentation reste au cœur du radioamateurisme.

Le radioamateurisme japonais est-il condamné ?

Pas nécessairement.

La JARL a parfaitement identifié le problème. Elle propose notamment aux moins de 22 ans une première année d’adhésion gratuite et développe les possibilités de découverte de la radio sans imposer immédiatement toutes les démarches traditionnelles.

Elle souhaite également renforcer les activités dans les écoles, les musées scientifiques et accompagner davantage les jeunes depuis la découverte de la radio jusqu’à l’obtention de leur licence.

Le symbole est d’autant plus fort que la JARL fête ses 100 ans en 2026, avant le centenaire du radioamateurisme japonais en 2027.

Et si le Japon nous montrait notre avenir ?

La question dépasse largement les frontières japonaises.

Le radioamateurisme devra probablement évoluer pour attirer une nouvelle génération.

Son avenir n’est peut-être plus seulement le QSO phonie traditionnel. Il se trouve également dans le SDR, les modes numériques, les satellites, les pico-ballons, le POTA, le SOTA, l’EME, les micro-ondes, la radioastronomie, Arduino, ESP32 et l’expérimentation électronique.

SDR, satellites, portable, électronique, EME ou radioastronomie : l’avenir du radioamateurisme passe aussi par de nouvelles façons d’expérimenter.

SDR, satellites, portable, électronique, EME ou radioastronomie : l’avenir du radioamateurisme passe aussi par de nouvelles façons d’expérimenter.

Car le smartphone possède finalement un gros défaut : tout fonctionne sans que son utilisateur comprenne réellement comment.

Le radioamateur fait exactement l’inverse.

Il construit une antenne, mesure son adaptation, expérimente un mode numérique, programme un microcontrôleur, reçoit un satellite ou tente de faire rebondir quelques watts sur la Lune.

C’est peut-être là que se trouve la réponse.

Le radioamateurisme ne doit plus seulement apprendre aux jeunes à communiquer. Il doit leur donner envie de comprendre comment une communication devient possible.

Le Japon ne nous annonce donc peut-être pas la disparition du radioamateurisme.

Il nous prévient simplement que, pour survivre, notre hobby devra savoir se réinventer.

Pour en savoir plus

• JARL – Japan Amateur Radio League : informations, actualités et initiatives de l’association japonaise
https://www.jarl.org/

• Centenaire du radioamateurisme japonais : histoire et manifestations organisées en 2026-2027
https://100th.jarl.org/en/

• Statistiques récentes du nombre de stations radioamateurs japonaises – HamLife.jp
https://www.hamlife.jp/2026/05/08/soumusyo-toukei-202603/

• JARL – Actions en faveur de la prochaine génération de radioamateurs
https://www.jarl.org/Japanese/2_Joho/News2026/2026_news-2.htm

• JARL – Programme d’adhésion destiné aux moins de 22 ans
https://www.jarl.org/campaign/campaign.htm

• Icom – Histoire de l’entreprise et des premiers équipements radioamateurs
https://www.icom.co.jp/corporate/history/