Faire un QSO à 1 500 km sur 144 MHz sans relais, sans satellite et alors que la bande semble complètement fermée ? C’est possible grâce au Meteor Scatter, qui exploite pendant quelques fractions de seconde les traînées ionisées laissées par les météores dans la haute atmosphère.
Mais faut-il pour autant disposer d’un amplificateur de plusieurs centaines de watts et d’un impressionnant groupement d’antennes ? Pas nécessairement. Avec MSK144, une station 144 MHz relativement classique permet déjà de tenter l’expérience.
Quelques millisecondes pour faire passer un message
Lorsqu’un météore pénètre dans l’atmosphère, il crée derrière lui une traînée ionisée. Pendant un instant très court, celle-ci peut diffuser un signal VHF et permettre à deux stations normalement hors de portée de s’entendre.
Sur 144 MHz, beaucoup de ces « pings » ne durent que quelques dizaines ou centaines de millisecondes. Il faut donc transmettre énormément d’informations pendant ce très court instant.
C’est précisément la raison d’être de MSK144, développé par K9AN et K1JT et intégré à WSJT-X.
Le protocole utilise des trames de 144 bits, une modulation à 2 000 bauds et atteint un débit effectif d’environ 250 caractères par seconde. Une trame normale ne dure que 72 ms. Son codage correcteur d’erreurs permet en outre de décoder certains signaux jusqu’à environ –8 dB dans une bande de référence de 2 500 Hz.
Autrement dit, MSK144 a été spécialement conçu pour extraire un message d’un ping extrêmement bref.

Principe d’une liaison Meteor Scatter en MSK144 sur 144 MHz. Les signaux émis par deux stations équipées d’antennes Yagi sont diffusés par la brève traînée ionisée créée par un météore dans la haute atmosphère. MSK144 exploite ces réflexions de très courte durée pour permettre des liaisons pouvant dépasser 1 000 km, même avec une station VHF relativement modeste.
Jusqu’à 2 100 km sur 144 MHz
Le Meteor Scatter n’est d’ailleurs pas réservé aux Perséides ou aux Géminides. Des météores sporadiques pénètrent continuellement dans l’atmosphère et des QSO MS peuvent être réalisés toute l’année.
La documentation de WSJT-X indique des distances pouvant atteindre environ 2 100 km. Elle précise également que les QSO sont généralement plus faciles le matin que le soir et deviennent plus difficiles lorsque l’on approche de cette limite.
Reste la question essentielle : combien de watts faut-il ?
50 W, 100 W ou 500 W ?
Il n’existe pas de puissance minimale magique en dessous de laquelle le Meteor Scatter cesserait brutalement de fonctionner.
Un signal de 10 ou 25 W peut parfaitement être réfléchi par une traînée météoritique et être décodé. Cela ne signifie cependant pas qu’une station de 10 W permettra facilement d’enchaîner les QSO.
Pour une première approche sur 144 MHz, on peut retenir les ordres de grandeur suivants :
| Puissance | Avec une Yagi correcte | En pratique |
|---|---|---|
| 10 W | décodages possibles | expérimental |
| 25 W | QSO possibles dans de bonnes conditions | difficile |
| 50 W | réellement exploitable | bon point de départ |
| 100 W | nettement plus confortable | puissance conseillée |
| 200–300 W | davantage de pings exploitables | station confortable |
| 500 W et + | marge importante | station spécialisée |

Quelle puissance pour le Meteor Scatter en MSK144 ? Il n’existe pas de seuil absolu : quelques dizaines de watts peuvent permettre des décodages et des QSO lorsque les conditions sont favorables. Autour de 50 W, l’expérimentation devient réellement accessible avec une bonne Yagi, tandis que 100 W constituent une configuration de départ confortable. Augmenter la puissance améliore les probabilités, mais le gain d’antenne, les pertes de ligne et la qualité de réception restent tout aussi déterminants.
Les premières valeurs ne constituent évidemment pas des seuils garantis : le résultat dépend de la distance, de l’antenne des deux correspondants, des pertes, du bruit local et surtout du météore qui passe au bon moment.
En revanche, nous disposons d’une référence intéressante : la documentation officielle de WSJT-X indique qu’avec de la patience, 100 W ou davantage et une seule Yagi suffisent généralement pour pratiquer le Meteor Scatter.
K1JT donne également comme exemple de bonne station de débutant sur 2 mètres 100 W et une Yagi dix éléments.
Avant d’ajouter des watts, regardez l’antenne
Passer de 50 à 100 W ne représente que 3 dB. Pour gagner encore 3 dB par la puissance, il faudrait passer de 100 à 200 W. Et atteindre 400 W pour gagner 6 dB par rapport à 100 W.
Une bonne antenne peut donc être beaucoup plus rentable.
Une Yagi apportant par exemple une dizaine de décibels de gain dans la direction du correspondant transforme complètement le bilan de liaison par rapport à une antenne omnidirectionnelle.

Watts ou antenne ? Passer de 50 à 500 W apporte 10 dB supplémentaires, mais une Yagi offrant 10 dBd de gain procure théoriquement un avantage du même ordre dans sa direction privilégiée, sans augmenter la puissance de l’émetteur. En Meteor Scatter, une bonne antenne, un coaxial à faibles pertes et une réception soignée peuvent donc être plus efficaces qu’une simple course aux watts.
Et sur 144 MHz, il faut également surveiller les pertes du coaxial.
Avant d’acheter un PA de 500 W, mieux vaut donc disposer d’une bonne Yagi, d’un coaxial faible perte et d’une réception correctement optimisée.
La station minimale pour essayer
Beaucoup de radioamateurs possèdent finalement déjà presque tout le matériel nécessaire :
Transceiver 144 MHz SSB → 50 à 100 W → coaxial faible perte → Yagi horizontale → ordinateur avec WSJT-X
Dans WSJT-X, les réglages de départ recommandés sont simples :
- mode MSK144 ;
- décodage Fast ;
- fréquence audio de réception 1 500 Hz ;
- F Tol = 100 Hz ;
- périodes émission/réception de 15 secondes ;
- horloge de l’ordinateur correctement synchronisée.
Contrairement à la plupart des autres modes de WSJT-X, le décodeur MSK144 travaille en temps réel : lorsqu’un ping apparaît, le message décodé peut donc s’afficher presque immédiatement.
En Région 1, il faudra également respecter le plan de bande et les procédures Meteor Scatter de l’IARU, notamment pour les appels et les QSO « random ».
Alors, peut-on commencer avec 50 W ?
Oui.
Avec 50 W et une Yagi correcte, particulièrement pendant une pluie météoritique importante, tenter ses premiers décodages puis ses premiers QSO MSK144 est parfaitement réaliste.
Avec 100 W, les choses deviennent évidemment plus confortables et cette puissance constitue probablement un excellent objectif pour une petite station Meteor Scatter sur 144 MHz.
Les 300, 500 ou 1 000 W amélioreront encore le bilan de liaison, mais ils ne constituent absolument pas un ticket d’entrée obligatoire.
Vous possédez un transceiver 144 MHz de 50 W, une Yagi et un ordinateur ? Avant d’acheter un amplificateur, installez WSJT-X et écoutez les météores. Vous pourriez être surpris de ce que votre station sait déjà faire.
Liens utiles
WSJT-X — documentation et utilisation de MSK144
La documentation décrit les réglages du mode et indique notamment la portée d’environ 2 100 km ainsi que la référence pratique de 100 W et une Yagi.
WSJT-X User Guide — MSK144
The MSK144 Protocol for Meteor-Scatter Communication — K9AN et K1JT
La référence technique pour comprendre la modulation, les trames, le codage correcteur et les performances du protocole.
Télécharger l’article technique MSK144 publié dans QEX
IARU Region 1 — VHF Handbook
Document de référence pour les procédures d’exploitation Meteor Scatter, les périodes d’émission et les recommandations applicables en Région 1.
IARU Region 1 — VHF Handbook
K5ND — Meteor Scatter et MSK144
Une ressource pratique complémentaire consacrée à l’utilisation de MSK144 et à son prédécesseur FSK441.
K5ND — MSK144 vs FSK441 Meteor Scatter Modes
Pour aller plus loin sur F5KEE
Notre article consacré aux Perséides explique plus largement comment les traînées météoritiques permettent d’établir des liaisons sur 144 MHz.
F5KEE — Perséides 2026 : et si nous utilisions les étoiles filantes pour faire des QSO en 144 MHz ?
