Tempête, inondation, panne électrique prolongée ou rupture des réseaux téléphoniques : lorsque les infrastructures habituelles cessent de fonctionner, la radio retrouve immédiatement tout son intérêt. Pour un radioamateur, il est possible de réunir dans une seule valise une véritable station de communication autonome, transportable et opérationnelle en quelques minutes.
Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, un budget inférieur à 500 € peut suffire.

À quoi pourrait ressembler notre valise de communication d’urgence autonome.
Une station pensée pour fonctionner sans infrastructure
Notre cahier des charges est simple : la valise doit permettre de communiquer en VHF/UHF, fonctionner plusieurs heures sans secteur, utiliser une antenne extérieure, transmettre éventuellement des messages numériques et pouvoir être rechargée depuis le secteur, une voiture ou un panneau solaire.
Ce concept rejoint celui des Go-Kits utilisés par les organisations de communications d’urgence. Certaines recommandations ARES/RACES prévoient par exemple une station VHF/UHF de 25 W minimum et une batterie d’au moins 20 Ah pour une station autonome de 12 heures.

Architecture électrique de notre valise de communication d’urgence
Le cœur de la valise : un poste VHF/UHF
Un transceiver bibande FM 20 à 50 W constitue un excellent compromis. Il permet les communications directes en simplex mais également l’accès aux relais encore opérationnels.
La puissance maximale n’est cependant pas toujours souhaitable.
En situation d’urgence, l’autonomie devient aussi importante que la portée. Si 5 ou 10 W permettent d’établir la liaison, inutile d’émettre à 50 W et de vider inutilement la batterie.
L’autre élément déterminant sera l’antenne. Une antenne bibande placée à quelques mètres de hauteur sera généralement beaucoup plus efficace qu’une augmentation de puissance.
20 Ah de LiFePO₄ comme réservoir d’énergie
Une batterie LiFePO₄ 12,8 V / 20 Ah représente environ :
12,8 × 20 = 256 Wh
Elle constitue un excellent compromis entre capacité, poids et encombrement.
La distribution électrique pourra être réalisée autour de connecteurs Anderson Powerpole, très utilisés dans les installations radio d’urgence. On ajoutera un fusible général, plusieurs départs protégés, un voltmètre et des sorties USB.
La valise devient ainsi également une petite centrale électrique capable de recharger téléphone, tablette ou accessoires.
Et lorsque la batterie est vide ?
C’est là qu’intervient le solaire.
Un panneau pliable de 50 à 60 W, associé à un régulateur de charge, peut prolonger considérablement l’autonomie. L’installation devient alors :
Panneau solaire → régulateur → batterie LiFePO₄ → distribution → équipements
Une seconde entrée permettra de raccorder la valise au 12 V d’un véhicule.
L’objectif n’est pas nécessairement de recharger complètement la batterie en quelques heures, mais de produire suffisamment d’énergie pour ralentir fortement sa décharge, voire équilibrer la consommation lors d’une utilisation radio modérée.
Ajouter une véritable messagerie radio
Pourquoi se limiter à la phonie ?
Un petit ordinateur et une interface audio/PTT USB permettent d’ajouter des communications numériques. Winlink est particulièrement intéressant : son écosystème prend notamment en charge AX.25 Packet et VARA FM en VHF/UHF.
Il devient alors possible de transmettre des messages structurés par radio lorsque les réseaux traditionnels ne sont plus disponibles. RMS Packet est d’ailleurs conçu pour permettre la création de passerelles VHF/UHF et est présenté par Winlink comme adapté aux portails temporaires de communication d’urgence.
Raspberry Pi ou vieux PC portable ?
Le Raspberry Pi semble naturellement indiqué, mais attention à la consommation.
Un Raspberry Pi 5 peut demander une alimentation 5 V / 5 A, soit jusqu’à 25 W disponibles, notamment pour alimenter correctement ses périphériques USB.
Pour une station fonctionnant sur batterie, un Raspberry Pi moins puissant, un mini-PC basse consommation ou simplement un ancien ordinateur portable déjà disponible peut donc être plus judicieux.
La récupération permettra également de respecter facilement notre budget.
Combien coûte notre valise ?
| Équipement | Budget indicatif |
|---|---|
| Valise robuste | 40 € |
| Transceiver VHF/UHF | 100 € |
| Batterie LiFePO₄ 20 Ah | 80 € |
| Panneau solaire 50–60 W | 60 € |
| Régulateur solaire | 25 € |
| Petit ordinateur/récupération | 50 € |
| Interface numérique | 25 € |
| Distribution, fusibles, Powerpole | 35 € |
| Convertisseurs et câblage | 25 € |
| Antenne et coaxial | 40 € |
| Total | ≈ 480 € |
Ces prix sont naturellement des ordres de grandeur : récupération et bonnes affaires peuvent facilement ramener la facture vers 300 à 400 €.
Une valise, mais surtout un système cohérent
La réussite du projet ne dépend finalement pas du nombre d’appareils entassés dans une caisse. Une bonne station d’urgence doit avant tout être simple, modulaire, protégée électriquement et immédiatement utilisable.
Radio, batterie, panneau solaire, antenne et informatique doivent pouvoir fonctionner indépendamment et être remplacés facilement.
Une fois construite, il restera surtout un test à réaliser : charger complètement la batterie, couper volontairement l’alimentation secteur et utiliser la station pendant 24 heures en totale autonomie.
C’est probablement à ce moment-là que commencera la partie la plus intéressante de l’expérience.
