
Il existe des projets qui attirent immédiatement l’attention des radioamateurs. Non pas parce qu’ils promettent des performances hors normes, mais parce qu’ils démontrent jusqu’où il est possible d’aller avec un peu d’ingéniosité, beaucoup de travail et une excellente maîtrise de l’électronique. Le TinyDX fait incontestablement partie de cette catégorie.
À une époque où les transceivers deviennent toujours plus sophistiqués, plus puissants et souvent plus coûteux, certains passionnés suivent une voie totalement différente : celle de la miniaturisation extrême. L’objectif n’est plus de disposer de centaines de watts ou d’un écran tactile couleur, mais de créer un véritable émetteur-récepteur décamétrique capable de fonctionner avec seulement quelques centaines de milliwatts… dans un volume à peine plus grand qu’une clé USB.
Le projet présenté par Barbaros Aşuroğlu (WB2CBA) est exactement ce type de défi technique qui fait rêver les amateurs de construction. Il rappelle que le radioamateurisme reste avant tout un formidable laboratoire d’idées où l’expérimentation est souvent plus importante que le résultat lui-même.
Un transceiver pensé pour les modes numériques
Le TinyDX n’a pas vocation à remplacer un transceiver traditionnel. Son objectif est beaucoup plus ciblé : offrir une plateforme extrêmement compacte destinée aux modes numériques tels que FT8 et FT4.
Depuis plusieurs années, ces modes connaissent un succès considérable. Ils permettent de réaliser des contacts à très longue distance avec des puissances extrêmement faibles, parfois inférieures au watt. Cette évolution ouvre naturellement la porte à des équipements toujours plus petits et économes en énergie.
Le cahier des charges du TinyDX est ambitieux :
- alimentation uniquement par USB 5 V ;
- consommation très faible ;
- fonctionnement avec un simple smartphone ou une tablette ;
- puissance proche du watt ;
- encombrement minimal.
Le résultat est étonnant : un véritable émetteur-récepteur HF capable d’émettre jusqu’à environ 900 mW sur 20 mètres et 700 mW sur 15 mètres, tout en restant alimenté par un simple port USB.
La miniaturisation poussée à l’extrême
Ce qui impressionne le plus est probablement le travail de conception mécanique.
L’auteur souhaitait intégrer dans un espace d’environ 50 × 25 × 30 mm :
- un codec audio USB ;
- un microcontrôleur ATmega328P ;
- un synthétiseur SI5351 ;
- un récepteur à conversion directe ;
- un amplificateur RF ;
- plusieurs filtres passe-bas ;
- toute l’électronique de gestion.
Pour y parvenir, le TinyDX adopte une architecture modulaire particulièrement originale.
Au lieu de concevoir un unique circuit imprimé très dense, le projet est réparti sur trois cartes électroniques empilées, maintenues entre deux plaques servant également de boîtier de protection.
Cette approche facilite le routage, réduit les dimensions globales et rend l’ensemble étonnamment robuste malgré sa taille réduite.
Une conception volontairement simple
Le TinyDX ne cherche pas à battre des records technologiques.
Au contraire, chaque choix semble guidé par une idée simple :
faire le maximum avec le minimum de composants.
Le contrôleur repose sur un ATmega328P, bien connu des utilisateurs d’Arduino.
Le synthétiseur de fréquence est confié au désormais incontournable SI5351, devenu une référence dans de nombreux projets radioamateurs.
Le récepteur utilise un détecteur Tayloe (QSD) associé à un circuit 74CBT3253, une solution réputée pour ses excellentes performances en réception des signaux étroits comme le FT8.
L’émetteur est probablement la partie la plus surprenante.
L’amplificateur RF repose… sur un simple circuit logique 74ACT244.
À première vue, cela paraît presque irréaliste.
Pourtant, ce composant est utilisé depuis plusieurs années dans plusieurs réalisations de l’auteur, démontrant qu’avec un filtrage adapté et une conception soignée, il est possible d’obtenir un excellent rendement pour des puissances inférieures au watt.
Une fabrication désormais accessible
Autre aspect intéressant : le TinyDX n’est pas réservé aux possesseurs d’un laboratoire professionnel.
La majorité des composants CMS sont montés directement par JLCPCB grâce aux fichiers de fabrication fournis sur GitHub.
L’utilisateur n’a plus qu’à :
- commander les cartes déjà assemblées ;
- souder quelques composants traversants ;
- programmer le microcontrôleur ;
- assembler les trois modules.
Cette approche démocratise énormément ce type de projet.
Il y a encore quelques années, réaliser une telle électronique aurait nécessité des heures de soudure sous microscope.
Aujourd’hui, quelques clics suffisent pour recevoir des cartes pratiquement terminées.
Une radio pensée pour le terrain
L’un des points forts du TinyDX est son autonomie énergétique.
Aucune batterie spécifique n’est nécessaire.
Le transceiver fonctionne directement :
- sur un smartphone Android ;
- sur un iPhone ;
- sur une tablette ;
- sur un ordinateur portable ;
- ou sur une simple batterie USB externe.
Avec une consommation d’environ 350 mA en émission et 100 mA en réception, une batterie USB classique permet plusieurs heures d’utilisation sur le terrain.
Pour les adeptes du SOTA, du POTA, des activations en montagne ou simplement des sorties en pleine nature, l’idée est particulièrement séduisante.
Un smartphone, une batterie USB, une petite antenne filaire et quelques centaines de grammes de matériel suffisent pour être opérationnel.
Quelques compromis assumés
Naturellement, miniaturisation rime avec compromis.
Le TinyDX ne dispose pas de :
- CAT Control ;
- grand écran ;
- DSP sophistiqué ;
- tuner intégré ;
- multimodes voix.
Les changements de bande et de mode se font manuellement grâce à deux petits interrupteurs.
Ce choix est parfaitement cohérent avec la philosophie du projet.
Chaque fonction supprimée permet de gagner quelques millimètres, quelques composants et quelques milliampères.
Le résultat est un appareil extrêmement spécialisé mais remarquablement optimisé pour son domaine d’utilisation.
Une belle source d’inspiration
Le TinyDX ne sort pas de nulle part.
Il s’inscrit dans une longue série de réalisations de son concepteur, parmi lesquelles on retrouve notamment les projets uSDX, ADX ou encore plusieurs balises WSPR.
Tous ces développements poursuivent le même objectif : rendre les communications numériques HF plus accessibles, moins coûteuses et plus simples à construire.
Cette philosophie est particulièrement inspirante.
Elle rappelle qu’un radioamateur n’est pas uniquement un utilisateur d’équipements commerciaux.
Il peut également devenir concepteur, expérimentateur, programmeur, dessinateur de circuits imprimés et même développeur de logiciels.
C’est précisément cet esprit qui anime notre hobby depuis plus d’un siècle.
Un projet qui donne envie
Même si l’on ne prévoit pas de construire un TinyDX, la lecture de sa documentation est passionnante.
Elle montre comment il est possible d’optimiser chaque composant, de détourner intelligemment certains circuits intégrés et d’obtenir des performances étonnantes avec un budget très raisonnable.
Les nombreuses photographies, les schémas détaillés, les fichiers Gerber et le code source mis à disposition permettent également de comprendre toute la démarche de conception.
C’est une excellente source d’inspiration pour quiconque souhaite développer un futur projet radio.
Quelques liens utiles
- https://antrak.org.tr/blog/tinydx-my-quest-for-designing-the-smallest-digital-modes-hf-transceiver/
- https://www.youtube.com/watch?v=lumVageEz0A
- https://www.youtube.com/watch?v=hrUlXIVn2EU
Conclusion
Le TinyDX est bien plus qu’un simple transceiver QRP.
C’est une démonstration de ce que la créativité, l’expérience et la passion peuvent produire lorsque l’on cherche à repousser les limites de la miniaturisation.
À une époque où beaucoup d’équipements deviennent des « boîtes noires » impossibles à comprendre ou à modifier, ce projet rappelle que le radioamateurisme reste un formidable terrain d’expérimentation. Il montre qu’avec un microcontrôleur, quelques circuits logiques, un synthétiseur de fréquence et beaucoup d’ingéniosité, il est encore possible de concevoir un véritable émetteur-récepteur HF original.
Des projets de cette qualité donnent envie de ressortir le fer à souder, d’ouvrir son logiciel de CAO électronique et de tenter sa propre aventure. Ils nous rappellent que la satisfaction ne vient pas uniquement du QSO réalisé, mais aussi du plaisir d’utiliser un équipement que l’on a construit ou amélioré soi-même.
Alors, la question est toute trouvée…
Y a-t-il parmi les lecteurs du radio-club un passionné prêt à relever le défi, à assembler un TinyDX, à l’améliorer, ou pourquoi pas à imaginer sa propre version ? Car après tout, c’est bien ainsi que naissent les plus belles réalisations radioamateurs.