Le monde du SDR ne manque pas de logiciels. HDSDR, SDR++, SDRangel, Thetis ou encore SmartSDR ont chacun trouvé leur public. Pourtant, un nouveau venu mérite que l’on s’y attarde : AetherSDR.
Open source, multiplateforme et doté d’une interface moderne, AetherSDR ambitionne d’aller beaucoup plus loin que le simple affichage d’un spectre. Panadapter, waterfall, multiples récepteurs, traitement audio, modes numériques, packet radio, récepteurs distants et même passerelle vers d’autres transceivers : aurait-on trouvé le nouveau couteau suisse du radioamateur ?
AetherSDR, encore un logiciel SDR ?
Pas tout à fait.
AetherSDR est à l’origine un client open source pour les transceivers FlexRadio, destiné notamment aux familles FLEX-6000, FLEX-8000 et Aurora. Il dialogue nativement avec la radio en utilisant le protocole SmartSDR.
Le logiciel est développé en C++20 avec Qt 6 et fonctionne nativement sous Windows, Linux et macOS, sans nécessiter Wine ou une machine virtuelle. Une version ARM64 permet également son utilisation sur Raspberry Pi et d’autres ordinateurs ARM.
Le projet est distribué sous licence GPLv3 : son code source peut donc être consulté, étudié et modifié.
Mais réduire AetherSDR à une simple alternative gratuite à SmartSDR serait passer à côté de l’essentiel.
Une station radio dans l’ordinateur
Avec un FlexRadio, une grande partie du traitement radio est déjà réalisée numériquement. L’ordinateur communique avec le transceiver par le réseau Ethernet.
On peut simplifier l’architecture ainsi : Antenne → FlexRadio → réseau Ethernet → AetherSDR → opérateur
AetherSDR affiche alors le spectre sous forme de panadapter, le waterfall et les différents récepteurs virtuels, appelés « slices ».
Chaque slice peut être placé sur une fréquence différente et disposer de son propre mode, filtre et niveau audio.
On peut donc imaginer :
- Slice 1 → QSO SSB
- Slice 2 → surveillance FT8
- Slice 3 → écoute d’une balise
Voilà déjà quelque chose de très différent du traditionnel VFO A/VFO B de nos transceivers classiques.

Architecture d’une station FlexRadio pilotée par AetherSDR via le réseau Ethernet.
Un panadapter particulièrement soigné
Le spectre et le waterfall constituent évidemment la partie la plus spectaculaire d’un logiciel SDR.
AetherSDR utilise l’accélération graphique du GPU à travers Qt QRhi et peut exploiter différentes technologies graphiques suivant le système d’exploitation, notamment OpenGL, Metal ou Direct3D 11.
L’affichage du spectre peut atteindre 60 images par seconde. Le logiciel propose également plusieurs panadapters, des fenêtres détachables et même un mode d’affichage 3D « stacked trace ».
Mais ce n’est pas uniquement esthétique.
Le panadapter permet de visualiser immédiatement l’occupation d’une bande, tandis que le waterfall ajoute la dimension temporelle. Une émission très courte, disparue du spectre instantané, reste ainsi visible quelques secondes dans le waterfall.
Pour la recherche d’un DX ou la surveillance d’une bande, c’est devenu un outil particulièrement précieux.
Le traitement du signal ne s’arrête pas à la radio
AetherSDR possède également sa propre chaîne de traitement audio.
Le signal reçu peut passer par différents filtres et systèmes de réduction du bruit avant d’arriver dans les haut-parleurs ou le casque.
Le projet intègre plusieurs moteurs de réduction de bruit, dont certains reposent sur des techniques modernes de traitement neuronal.
Le principe peut être résumé ainsi : Signal radio → démodulation → filtrage → réduction du bruit → traitement audio → haut-parleur
Nous sommes donc loin d’un logiciel qui se contenterait d’afficher ce que fait la radio.

La chaîne RX d’AetherSDR : du signal I/Q à l’audio, avec filtrage et réduction du bruit.
Et à l’émission ?
Le même principe existe dans l’autre sens.
AetherSDR dispose d’une chaîne de traitement TX permettant de travailler le signal provenant du microphone avant son émission.
On y retrouve des outils bien connus dans le monde de l’audio : égaliseur, gate, compresseur, de-esser, exciter, limiteur ou encore réverbération.
Pour le radioamateur, l’objectif n’est évidemment pas de transformer un QSO en concert !
Ces outils permettent surtout d’adapter la dynamique et la bande passante de la voix afin d’obtenir une modulation SSB plus régulière et mieux adaptée aux conditions de trafic.
FT8, JS8Call, VARA… sans sortir le fer à souder
L’un des grands avantages d’une station entièrement numérique est la possibilité de faire circuler directement l’audio entre les applications.
Avec une station traditionnelle, il fallait autrefois relier la sortie audio du transceiver à l’entrée de la carte son, régler les niveaux et parfois fabriquer une interface d’isolation.
Dans une architecture SDR moderne, le chemin peut devenir : Radio → AetherSDR → audio numérique → WSJT-X
Le même principe peut être employé avec des logiciels comme fldigi, VARA ou JS8Call.
AetherSDR prend en charge les flux audio virtuels ainsi que des flux I/Q. Le signal reste donc numérique entre les différentes applications.
C’est particulièrement intéressant pour le FT8, FT4, JS8, RTTY et les nombreux modes numériques aujourd’hui utilisés par les radioamateurs.
AetherModem : le packet radio n’est pas oublié
Plus surprenant, AetherSDR ne s’arrête pas aux modes numériques HF modernes.
Le projet comprend également AetherModem, destiné notamment au packet radio et à l’APRS.
On y retrouve l’environnement AX.25, ainsi que des possibilités d’interconnexion KISS/TCP permettant à d’autres applications d’utiliser le modem.
AetherSDR commence alors réellement à mériter notre comparaison avec un couteau suisse : plusieurs fonctions qui nécessiteraient normalement différents programmes commencent à se retrouver au même endroit.
Écouter depuis l’autre bout du monde
Autre possibilité intéressante : l’utilisation de récepteurs SDR accessibles par Internet.
AetherSDR dispose notamment d’une intégration avec des récepteurs distants tels que KiwiSDR.
Pourquoi utiliser un récepteur situé à plusieurs centaines ou milliers de kilomètres ?
Tout simplement pour vérifier comment notre propre émission arrive dans une autre région, observer la propagation ou écouter une bande depuis un emplacement géographique beaucoup plus favorable.
On peut alors avoir : Notre PC → Internet → SDR distant → antenne distante
Le récepteur de notre station n’est donc plus nécessairement celui qui se trouve devant nous.
Aether-gate change la donne
Voici probablement l’évolution la plus intéressante pour les radioamateurs ne possédant pas de FlexRadio.
AetherSDR parle principalement le langage des FlexRadio. Aether-gate joue alors le rôle de traducteur.
Son principe est astucieux : présenter un autre matériel à AetherSDR comme s’il s’agissait d’un FlexRadio.
On peut schématiser son fonctionnement ainsi : Icom / Kenwood / Yaesu / autre transceiver → CAT / CI-V / Hamlib → Aether-gate → protocole FlexRadio → AetherSDR
Pour les récepteurs SDR : RTL-SDR / Airspy / SDRplay / autre SDR compatible → SoapySDR → Aether-gate → AetherSDR
AetherSDR peut ainsi conserver une architecture interne relativement propre : c’est Aether-gate qui se charge de traduire les particularités des différents matériels.

Aether-gate fait le lien entre AetherSDR et différents transceivers ou récepteurs SDR.
Et si mon transceiver n’a pas de waterfall ?
C’est justement l’une des idées intéressantes d’Aether-gate.
Certains transceivers modernes peuvent fournir directement les informations nécessaires à l’affichage du spectre. Mais un ancien poste commandé uniquement en CAT ne sait évidemment pas envoyer un waterfall.
La solution consiste alors à lui associer un petit récepteur SDR.
Par exemple : Kenwood TS-450 → CAT → Aether-gate → RTL-SDR → réception du spectre ↗
Aether-gate peut commander le transceiver tout en utilisant le dongle SDR pour produire le spectre et le waterfall.
Le projet indique avoir notamment validé son fonctionnement réel avec un Icom IC-9700 et un Kenwood TS-450S, ce dernier utilisant justement un SDR séparé pour obtenir le spectre.
Attention à l’émission
Il faut néanmoins éviter de croire qu’Aether-gate transforme aujourd’hui n’importe quel transceiver en FlexRadio complet.
Le projet reste jeune.
La réception, le waterfall et le contrôle de la fréquence et du mode constituent actuellement ses fonctions les plus générales.
L’émission est beaucoup plus délicate. Le projet expérimente déjà une véritable commande PTT sur certains chemins Icom LAN, avec différentes sécurités, mais ce fonctionnement n’est pas généralisé aux transceivers CAT/Hamlib.
Sur ces derniers, appuyer sur TX dans AetherSDR ne signifie donc pas nécessairement que le transceiver passera réellement en émission.
Aether-gate doit encore être considéré principalement comme une passerelle de réception et de contrôle, sauf configuration explicitement documentée comme capable d’émettre.
Le Raspberry Pi comme passerelle radio
Aether-gate peut également fonctionner sans écran sous forme de service.
Voilà une utilisation particulièrement séduisante pour un Raspberry Pi.
Imaginons : Transceiver + Raspberry Pi → réseau local → ordinateur avec AetherSDR
Le Raspberry Pi reste dans le shack, à proximité de la radio. AetherSDR peut fonctionner sur l’ordinateur situé dans une autre pièce.
Aether-gate peut même lancer automatiquement ses services au démarrage du Raspberry Pi.
On commence alors à entrevoir une station où les radios deviennent simplement des ressources disponibles sur le réseau.
Une particularité : AetherSDR est développé avec l’aide de l’IA
Le développement du projet présente également une particularité assez révélatrice de l’évolution actuelle de l’informatique.
L’équipe d’AetherSDR indique utiliser largement des assistants de programmation basés sur l’intelligence artificielle.
Claude Code constitue l’un des outils principaux du projet, tandis que des contributeurs utilisent également Codex, Copilot, Cursor, Gemini ou Aider.
Cela ne signifie cependant pas que l’IA peut directement modifier le logiciel sans contrôle : le projet indique que les modifications doivent passer par les procédures de validation, les tests automatisés et une revue humaine avant intégration.
AetherSDR est donc aussi un exemple intéressant de ce que pourrait devenir le développement open source assisté par IA.
Windows, Linux, macOS… et ARM
Autre bon point : AetherSDR n’est pas limité à Windows.
Des versions sont proposées pour :
- Windows x64 — installateur ou version portable
- Linux x86-64 — AppImage
- Linux ARM64 — AppImage
- macOS — Apple Silicon, avec prise en charge des Mac Intel via Rosetta selon la version actuelle
Le code source permet naturellement aux utilisateurs expérimentés de compiler eux-mêmes le programme.
Cette approche multiplateforme constitue un avantage appréciable dans le monde radioamateur, où de nombreux logiciels restent encore exclusivement Windows.
AetherSDR face aux logiciels SDR classiques
Il serait injuste de vouloir désigner un « meilleur logiciel SDR » : leurs objectifs sont différents.
HDSDR reste une solution simple et éprouvée pour de nombreux récepteurs.
SDR++ privilégie notamment la réception SDR avec une interface relativement légère.
SDRangel propose un environnement extrêmement riche destiné à l’expérimentation et au traitement SDR.
Thetis est étroitement associé à l’écosystème HPSDR/ANAN.
SmartSDR constitue naturellement la référence propriétaire dans l’écosystème FlexRadio.
AetherSDR occupe une position un peu particulière. Il cherche à offrir une véritable station de travail radio open source, tout en élargissant progressivement son horizon au-delà des seuls FlexRadio.
Et c’est précisément là que le projet devient intéressant.
Alors, vraiment un couteau suisse ?
Regardons les différentes « lames » déjà disponibles ou en développement :
panadapter et waterfall, multiples récepteurs, traitement DSP, réduction du bruit, traitement audio RX/TX, audio numérique, flux I/Q, modes numériques, packet/APRS, récepteurs distants, contrôle réseau, prise en charge des FlexRadio et passerelles vers d’autres matériels.
La liste commence à devenir impressionnante.
Pour autant, AetherSDR n’est pas encore la solution universelle permettant de brancher n’importe quel transceiver et d’obtenir instantanément toutes les fonctions RX et TX d’un FlexRadio.
Son intégration la plus naturelle et la plus complète reste aujourd’hui l’écosystème FlexRadio.
Mais Aether-gate montre une direction particulièrement intéressante : dissocier progressivement le logiciel SDR du matériel radio utilisé.
Demain, l’opérateur pourrait choisir son interface indépendamment de la marque du transceiver placé dans son shack.
Et c’est peut-être finalement cela, la partie la plus intéressante du projet.
AetherSDR n’est peut-être pas encore le couteau suisse universel du SDR. Mais il possède déjà beaucoup de lames… et les développeurs continuent d’en ajouter.
Liens utiles
Pour découvrir le projet et suivre son évolution :
Site officiel AetherSDR
Présentation générale du projet, actualités et téléchargements.
Visiter le site officiel AetherSDR
AetherSDR sur GitHub
Le dépôt principal : code source, versions, problèmes signalés et évolution du projet.
Consulter AetherSDR sur GitHub
README officiel d’AetherSDR
Une excellente source pour connaître les fonctionnalités actuellement disponibles, les plateformes prises en charge et les méthodes d’installation.
Lire le README d’AetherSDR
Documentation et Wiki AetherSDR
Documentation complémentaire destinée à l’installation, à la configuration et à l’utilisation du logiciel.
Consulter le Wiki AetherSDR
Aether-gate
Le projet passerelle permettant de présenter différents transceivers et récepteurs SDR à AetherSDR comme s’il s’agissait d’un FlexRadio.
Découvrir Aether-gate sur GitHub
Architecture audio d’AetherSDR
Pour les lecteurs souhaitant aller plus loin et comprendre comment le logiciel organise le traitement et l’acheminement de l’audio.
Consulter la documentation de l’architecture audio
Architecture AetherD
Documentation technique consacrée au projet de séparation entre le moteur radio et les interfaces clientes. Elle permet surtout de comprendre la direction architecturale envisagée par le projet.
Découvrir le projet d’architecture AetherD
