TM-D750 : à quoi sert réellement un waterfall sur un poste uniquement VHF/UHF ?

Bannière TM-D750

Le Kenwood TM-D750 apporte une fonction encore assez inhabituelle sur un mobile VHF/UHF : un affichage waterfall. Nous avions déjà évoqué cette nouveauté dans notre précédent article consacré au TM-D750, mais elle mérite que l’on s’y attarde.

Car une question vient immédiatement à l’esprit : à quoi peut bien servir un waterfall sur un poste principalement destiné à la FM, au D-STAR et à l’APRS ?

En HF, son intérêt paraît évident. Sur un SDR ou un IC-7300, par exemple, on observe une portion entière du spectre et l’on voit immédiatement apparaître les stations. Mais sur 145 ou 430 MHz, où nous utilisons souvent des fréquences simplex ou des relais parfaitement connus, est-ce vraiment utile ?

La réponse est oui… à condition de comprendre ce que le TM-D750 affiche réellement.

Ce n’est pas le waterfall d’un SDR

C’est probablement le point le plus important.

Le TM-D750 ne possède pas un analyseur de spectre large bande fonctionnant comme celui d’un véritable SDR. Son affichage repose sur une évolution d’une fonction bien connue des utilisateurs de Kenwood : le Visual Scan.

Le principe consiste à balayer successivement un certain nombre de fréquences autour de celle utilisée et à mesurer leur niveau.

Kenwood permet de choisir quatre largeurs de Visual Scan :

  • Mode 1 : 23 canaux ;
  • Mode 2 : 33 canaux ;
  • Mode 3 : 57 canaux ;
  • Mode 4 : 115 canaux.

Le bouton VISUAL, directement accessible sur la façade, permet d’ailleurs d’activer cette fonction.

Sur un SDR, une portion du spectre est observée pratiquement simultanément. Avec le TM-D750, le récepteur va au contraire examiner successivement les différents canaux.

Cette différence est fondamentale.

TM-D750 : SDR contre Visual Scan

SDR et TM-D750 : le premier observe une portion de spectre simultanément, tandis que le second construit son affichage par balayages successifs.

Alors, d’où vient le waterfall ?

C’est précisément là que Kenwood a fait évoluer le principe.

Un Visual Scan classique donne une photographie de l’activité détectée pendant le balayage. Mais une émission qui disparaît quelques secondes plus tard risque également de disparaître de l’affichage.

Le TM-D750 conserve désormais l’historique des niveaux relevés lors des balayages précédents.

TM-D750 : Comment se construit le waterfall

Le TM-D750 répète ses balayages et conserve les niveaux détectés : leur succession construit progressivement le waterfall.

Kenwood décrit officiellement la fonction comme permettant d’afficher non seulement le niveau des signaux actuellement scannés, mais également l’historique des niveaux détectés précédemment, sous la forme d’un waterfall couleur.

Autrement dit, l’écran ne nous montre plus seulement :

« Qu’est-ce qui émet maintenant ? »

Il peut également nous montrer :

« Qu’est-ce qui a émis ici il y a quelques instants ? »

Et sur les bandes VHF/UHF, cette différence peut devenir très intéressante.

Trouver une fréquence active

Imaginons que nous arrivions dans une région que nous connaissons mal.

Avec un poste traditionnel, nous pouvons lancer un scan. Le récepteur saute alors de fréquence en fréquence jusqu’à trouver un signal suffisamment puissant pour ouvrir le squelch.

C’est efficace, mais nous ne voyons pratiquement rien de l’activité environnante.

Le Visual Scan apporte une dimension supplémentaire : plusieurs fréquences sont représentées simultanément à l’écran.

Une fréquence régulièrement utilisée va donc progressivement laisser une trace identifiable.

Pour rechercher de l’activité simplex sur 145 MHz, par exemple, cela devient beaucoup plus parlant que de tourner continuellement le VFO.

Retrouver une émission que l’on a manquée

Voilà probablement l’un des meilleurs arguments en faveur du waterfall.

Supposons qu’une station transmette pendant quatre secondes alors que nous regardons ailleurs. Lorsque nous revenons sur le poste, la fréquence est redevenue silencieuse.

Avec un simple S-mètre : nous n’avons rien vu.

Avec un scan traditionnel : nous avons peut-être raté la transmission.

Avec l’historique du waterfall : une trace peut rester visible.

Nous savons alors qu’il s’est passé quelque chose à cet endroit du spectre et pouvons nous placer sur la fréquence pour attendre la prochaine transmission.

Cela peut concerner une conversation simplex, un relais brièvement activé, une balise ou certaines transmissions numériques.

Pourquoi le balayage reste pertinent en VHF/UHF

On pourrait objecter qu’un scanner est forcément moins performant qu’un véritable analyseur de spectre. C’est exact.

Mais l’utilisation de nos bandes VHF/UHF joue plutôt en sa faveur.

Une communication FM vocale dure généralement plusieurs secondes et les fréquences utilisées sont organisées suivant des pas relativement importants.

Le récepteur dispose donc d’un certain temps pour tomber sur le signal.

C’est très différent d’une recherche de petits signaux numériques extrêmement étroits et très courts en HF.

Plus une transmission reste présente longtemps par rapport à la durée nécessaire pour effectuer un balayage complet, plus sa probabilité d’être détectée augmente.

Le Visual Scan est donc particulièrement bien adapté à une recherche d’activité radio, plutôt qu’à une analyse précise du spectre.

Voir vivre une portion de bande

Après plusieurs balayages, le waterfall peut donner une représentation assez intuitive de l’occupation des fréquences.

Une fréquence peut apparaître régulièrement.

Une autre seulement de temps en temps.

Une troisième rester totalement silencieuse.

Le radioamateur obtient progressivement une sorte de carte temporelle de l’activité locale.

C’est finalement assez différent de notre façon habituelle d’utiliser un poste FM. Nous avons tendance à mémoriser quelques relais et quelques fréquences simplex puis à écouter uniquement celles-ci.

Le waterfall permet au contraire de regarder ce qui se passe autour de notre fréquence habituelle.

TM-D750 : À quoi ça sert sur 2 m ?

Sur 2 m et 70 cm, le waterfall permet de distinguer d’un coup d’œil activité continue, transmissions intermittentes et fréquences silencieuses.

Intéressant également pour les relais

Prenons maintenant un radioamateur en déplacement.

Il dispose peut-être d’une longue liste de relais dans les mémoires de son poste, mais lesquels sont réellement actifs à cet instant ?

Un affichage graphique de l’activité peut rapidement devenir intéressant.

Cela peut être utile lors d’un trajet, d’une sortie portable, d’une activation POTA ou simplement lors de vacances dans une région inconnue.

Le TM-D750 dispose par ailleurs de 1 000 canaux mémoire et jusqu’à 1 500 entrées dans ses listes de répéteurs, ce qui montre bien son orientation vers l’exploitation mobile et itinérante.

Kenwood n’a pas inventé le Visual Scan avec le D750

La filiation avec le TM-D710 est intéressante.

Celui-ci possédait déjà une fonction Visual Scan permettant de surveiller graphiquement 31, 61, 91 ou 181 canaux.

Le principe n’est donc pas nouveau chez Kenwood.

La nouveauté importante du TM-D750 est d’avoir associé cette philosophie de balayage à un historique représenté sous forme de waterfall couleur.

Ce n’est d’ailleurs pas non plus le premier poste VHF/UHF à proposer un affichage waterfall. L’intérêt du TM-D750 est ailleurs : Kenwood modernise une fonction historiquement présente sur ses mobiles et l’intègre directement à leur logique d’exploitation.

S-mètre, scan, Visual Scan ou waterfall ?

La différence peut finalement se résumer assez simplement :

Fonction Ce qu’elle nous apprend
S-mètre Niveau du signal sur une fréquence
Scan Recherche une fréquence occupée
Visual Scan Montre graphiquement l’activité sur plusieurs fréquences
Visual Scan + waterfall Ajoute l’historique de cette activité
Spectrum scope SDR Observe simultanément une portion de spectre

Cette dernière ligne est importante.

Le waterfall du TM-D750 ne transforme absolument pas le poste en analyseur de spectre.

Il faut aussi connaître ses limites

Une émission très courte peut parfaitement apparaître entre deux passages du scanner et donc ne jamais être détectée.

La représentation obtenue ne permettra pas non plus d’examiner précisément la largeur d’un signal, ses bandes latérales ou les caractéristiques détaillées de sa modulation comme nous pourrions le faire avec un véritable SDR.

Et plus nous demandons au Visual Scan de surveiller de canaux, plus le principe même du balayage impose des compromis.

Il faut donc considérer cet affichage pour ce qu’il est : un outil permettant de visualiser l’activité radio détectée au cours de balayages successifs.

Et non un analyseur FFT déguisé.

Gadget ou véritable outil ?

Sur un transceiver HF moderne, le waterfall est devenu tellement pratique qu’il serait aujourd’hui difficile d’imaginer certains postes sans lui.

En VHF/UHF, son importance est différente.

Nous connaissons généralement les fréquences que nous voulons utiliser et nous travaillons beaucoup avec des canaux mémorisés et des relais. Le waterfall n’est donc certainement pas indispensable pour réaliser un QSO.

Mais il apporte quelque chose que le traditionnel scan ne peut pas offrir aussi facilement : une représentation visuelle et surtout historique de l’activité radio environnante.

Et c’est probablement ainsi qu’il faut comprendre la fonction du TM-D750.

Son waterfall n’est pas destiné à transformer notre bibande en SDR.

Il permet simplement de voir ce que le scanner a entendu pendant que nous ne regardions pas la fréquence.

Une nuance technique importante… qui pourrait bien rendre le Visual Scan beaucoup plus utile qu’il n’y paraît.

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