Vous voulez contacter le Japon ce soir. Faut-il tenter le 10, 15, 17, 20 ou 40 mètres ? On peut évidemment allumer le poste, tourner le VFO et écouter… mais il existe une méthode un peu plus scientifique : demander à VOACAP.
Derrière ce nom se cache le Voice of America Coverage Analysis Program, un modèle de prévision de propagation HF issu d’IONCAP et développé à l’origine pour les besoins de radiodiffusion de Voice of America. Aujourd’hui encore, le logiciel est mis gratuitement à disposition par le NTIA/ITS américain.
Et malgré son âge, VOACAP reste particulièrement intéressant pour nous, radioamateurs.
Une météo des bandes HF ?
VOACAP ne vous dira pas : « JA1XYZ sera S7 sur 14,210 MHz à 18 h 37 ».
Ce serait évidemment trop beau !
Il fournit plutôt une prévision statistique de la qualité d’une liaison HF entre deux endroits du globe. Il tient notamment compte de la fréquence, du mois, de l’heure, de l’activité solaire, de la puissance d’émission et des caractéristiques de la liaison.
VOACAP peut réaliser des prévisions point à point, mais également calculer une zone de couverture. Il permet notamment de représenter différents paramètres sur 24 heures et jusqu’à 30 MHz.
Pour le radioamateur, la question devient donc :
« Quelles sont les bandes offrant les meilleures chances de contacter cette région du monde à cette heure ? »
Et là, VOACAP devient très intéressant.

Principe de fonctionnement de VOACAP : à partir de la position des stations, de l’heure, de l’activité solaire, des antennes, de la puissance et du bruit, VOACAP modélise la propagation ionosphérique et estime les fréquences, horaires et conditions offrant les meilleures chances d’établir une liaison HF.
Donnons-lui notre station
Imaginons que F5KEE, en région parisienne, souhaite contacter Tokyo.
Il faut commencer par renseigner les deux extrémités du trajet :
TX : France
RX : Tokyo, Japon
Il faut ensuite décrire notre station de manière réaliste : puissance disponible, antenne d’émission, antenne de réception, mois considéré et conditions solaires.
Inutile d’indiquer 1 500 W et une Yagi 5 éléments à 30 mètres du sol si nous utilisons réellement 100 W et un dipôle !
Comme toujours en simulation :
mauvaises données d’entrée = mauvais résultat de sortie.
VOACAP travaille heure par heure
L’un des grands intérêts du système est de pouvoir observer l’évolution d’un trajet pendant 24 heures.
Et c’est exactement ce dont nous avons besoin.
Une liaison France–Japon peut par exemple être médiocre sur 20 mètres à une certaine heure, tandis que le 15 mètres devient excellent. Quelques heures plus tard, la situation peut complètement changer et une bande plus basse devenir préférable.
Ce comportement est évidemment lié aux variations de l’ionosphère entre le jour et la nuit, mais aussi à la saison et à l’activité solaire.
VOACAP permet donc de remplacer le traditionnel :
« Je pense que le 15 mètres devrait ouvrir… »
par :
« D’après les prévisions, le 15 mètres présente actuellement les meilleures probabilités. »
Ce n’est pas tout à fait la même chose !
MUF : attention au piège
Les radioamateurs connaissent généralement la MUF, Maximum Usable Frequency, ou fréquence maximale utilisable.
Mais constater que notre fréquence de travail se trouve sous la MUF ne signifie pas automatiquement que nous allons réaliser le QSO.
Les méthodes modernes de prévision HF prennent également en compte la puissance reçue, le rapport signal/bruit et la fiabilité du circuit. La recommandation ITU-R P.533, consacrée à la prévision des circuits HF, utilise justement des paramètres tels que MUF, puissance disponible au récepteur, rapport signal/bruit, LUF et fiabilité.
Autrement dit :
une bande théoriquement ouverte n’est pas nécessairement une bonne bande.
REL : un chiffre particulièrement intéressant
Dans VOACAP Online, l’un des résultats les plus faciles à exploiter est REL, pour Reliability.
Il représente la fiabilité statistique prévue de la liaison pour satisfaire le rapport signal/bruit demandé.
Pour commencer, inutile donc de vouloir comprendre immédiatement les dizaines de paramètres disponibles.
Regardez d’abord REL.
Une valeur élevée indique que les conditions statistiques sont favorables. On peut ensuite examiner SDBW, qui renseigne sur la puissance du signal attendue au récepteur. Le manuel de VOACAP Online recommande précisément d’utiliser REL pour rechercher les bandes les plus favorables, puis SDBW pour mieux évaluer le niveau du signal.
Voilà déjà de quoi décider quelle bande essayer en premier.

Comment lire une prévision VOACAP : commencez par rechercher dans REL les bandes et horaires présentant la meilleure fiabilité, puis vérifiez avec SDBW si le niveau du signal attendu est suffisant. Dans cet exemple France–Japon, le 15 mètres apparaît particulièrement favorable durant une partie de la journée.
Short Path ou Long Path ?
Pour les amateurs de DX, VOACAP possède un autre intérêt : il peut considérer les deux chemins permettant d’atteindre une destination.
Le Short Path correspond au chemin le plus court autour de la Terre.
Le Long Path part dans la direction opposée et effectue le grand tour.
Sur certaines liaisons DX, ce second trajet peut devenir étonnamment intéressant. VOACAP Online calcule d’ailleurs ses paramètres de propagation en considérant Short Path et Long Path.

Short Path ou Long Path ? Pour une même destination DX, le signal HF peut emprunter deux directions autour du globe. Le chemin le plus court n’est pas toujours le plus favorable : selon l’heure et les conditions ionosphériques, le Long Path peut offrir une liaison étonnamment meilleure. VOACAP permet de comparer les deux possibilités.
De quoi expliquer certains QSO où votre correspondant arrive beaucoup mieux lorsque l’antenne semble pointée… dans la mauvaise direction !
Prévision ne signifie pas conditions réelles
Il faut néanmoins garder une chose essentielle à l’esprit : VOACAP n’est pas un système de mesure en temps réel.
Il utilise des modèles statistiques.
Une éruption solaire, une perturbation géomagnétique ou simplement un niveau de bruit important chez votre correspondant peuvent transformer une magnifique prévision en un grand silence dans le haut-parleur.
Même le NTIA précise qu’il ne garantit pas l’exactitude ou la fiabilité des résultats produits par son logiciel.
La bonne méthode consiste donc à utiliser :
VOACAP pour prévoir → la météo spatiale pour vérifier → le récepteur pour confirmer.
Finalement, quelle bande choisir ?
C’est probablement là que VOACAP est le plus utile au radioamateur.
Au lieu de parcourir toutes les bandes au hasard, nous pouvons déterminer à l’avance les fréquences et les horaires offrant statistiquement les meilleures chances de réussite.
Destination, heure UTC, puissance, antenne, conditions solaires… quelques paramètres suffisent déjà pour obtenir une indication extrêmement intéressante.
VOACAP ne remplacera donc jamais notre récepteur.
Mais la prochaine fois que quelqu’un vous dira :
« Le 15 mètres devrait ouvrir vers le Japon ce soir… »
inutile de sortir la boule de cristal.
Demandez d’abord à VOACAP !
