Dans nos deux précédents articles consacrés au WSPR, nous avons commencé par découvrir comment quelques milliwatts, quatre tons et près de deux minutes d’émission peuvent permettre à un minuscule signal de parcourir des milliers de kilomètres.
Puis nous avons ouvert le capot : indicatif, locator et puissance transformés en 50 bits, codage convolutif, entrelacement, synchronisation et enfin 162 symboles 4-FSK transmis pendant environ 110,6 secondes.
Cette fois, oublions les bits !
Notre balise vient d’envoyer :
F5KEE — JN18 — 20 dBm
Autrement dit, 100 mW viennent de partir dans l’antenne.
La question est maintenant beaucoup plus amusante :
Qui nous a entendus et jusqu’où notre petit signal est-il allé ?
WSPRnet : la mémoire du réseau
Le premier endroit où regarder est naturellement WSPRnet.
Les stations qui décodent votre transmission avec WSJT-X ou un logiciel compatible peuvent automatiquement envoyer un spot aux serveurs WSPRnet.
Quelques minutes après votre émission, une recherche sur votre indicatif permet donc de découvrir les stations qui vous ont reçu.
Une ligne de résultat peut, par exemple, nous apprendre que :
F5KEE → reçu à –23 dB → 100 mW → 4 850 km

Comment lire un spot WSPR ? Chaque ligne indique notamment qui a émis, sur quelle fréquence et avec quelle puissance, qui a reçu le signal, avec quel rapport signal/bruit (SNR), ainsi que la distance parcourue. Ici, l’exemple montre comment interpréter la réception d’une émission WSPR de F5KEE par une station distante.
On y retrouve notamment l’heure, la fréquence, le rapport signal/bruit (SNR), la dérive en fréquence, l’indicatif et le locator du récepteur ainsi que la distance.
La carte permet également de visualiser géographiquement les chemins parcourus.
Et c’est là que WSPR devient particulièrement addictif : une émission que vous n’entendriez probablement même pas à l’oreille peut soudain apparaître à plusieurs milliers de kilomètres !
WSPR Rocks! : faisons parler les spots
WSPR Rocks! reprend les données WSPR mais propose une interface particulièrement pratique pour les explorer.
Entrez votre indicatif, choisissez une bande et une période : vous pouvez rapidement découvrir qui vous a reçu, à quelle distance et avec quel niveau.
Mais l’intérêt ne s’arrête pas à une jolie carte.
Les filtres et graphiques permettent de commencer à poser de vraies questions de radioamateur :
À quelle heure le 20 mètres commence-t-il à s’ouvrir ?
Quelle station me reçoit le plus régulièrement ?
Dans quelle direction mes meilleurs reports sont-ils obtenus ?
Que se passe-t-il si je réduis ma puissance de 1 W à 100 mW ?
Et surtout :
ma nouvelle antenne fonctionne-t-elle réellement mieux que l’ancienne ?
Voilà où WSPR cesse d’être un simple moyen de collectionner les records de distance pour devenir un véritable outil de mesure de la propagation et de notre station.
Et pour les amateurs de données : WSPR Live
Si quelques points sur une carte ne vous suffisent plus, WSPR Live permet d’aller encore plus loin.
Le service donne accès à une immense quantité de données WSPR accumulées au fil des années.
Il devient alors possible d’étudier l’évolution de la propagation sur de longues périodes, de comparer des bandes ou d’effectuer des analyses statistiques beaucoup plus poussées.
Nous quittons progressivement le simple :
« Qui m’a entendu ce soir ? »
pour entrer dans :
« Que pouvons-nous apprendre de plusieurs millions de réceptions ? »
Et là, il y aurait largement matière à un autre article !
Un conseil : ne regardez pas seulement la distance
Lors de vos premières émissions WSPR, le réflexe sera probablement de chercher immédiatement le spot le plus éloigné.
C’est amusant, mais ce n’est pas forcément l’information la plus intéressante.
Regardez également le SNR, l’heure, la direction, la répétition des réceptions et leur évolution.
Une station qui vous reçoit régulièrement à 1 500 km peut fournir davantage d’informations pour comparer deux antennes qu’un unique spot exceptionnel à 10 000 km.
WSPR devient réellement passionnant lorsque l’on commence à comparer plutôt qu’à simplement regarder.
Émettre n’était finalement que la moitié de l’expérience
Nous avons maintenant parcouru toute la chaîne.
Dans notre premier article, nous avons découvert pourquoi WSPR pouvait aller si loin avec si peu de puissance.
Dans le deuxième, nous avons démonté les 162 symboles qui transportent notre indicatif.
Et maintenant, nous savons retrouver leur trace à l’autre bout du monde.
Il ne reste donc plus qu’à lancer une émission.
100 mW dans l’antenne, un café… et voyons jusqu’où ils sont allés.
Pour aller plus loin
WSPRnet — Le réseau historique et la base de données des spots WSPR.
https://www.wsprnet.org/
Carte WSPRnet — Pour visualiser les stations et les chemins de propagation.
https://www.wsprnet.org/drupal/WSPRnet/map
WSPR Rocks! — Recherche, cartes, graphiques et exploration très pratique de vos spots.
https://wspr.rocks/
Aide de WSPR Rocks! — Pour découvrir les filtres, graphiques et possibilités d’analyse.
https://wspr.rocks/help.html
WSPR Live — Pour explorer et analyser plus profondément les données historiques WSPR.
https://wspr.live/
