Quand Internet et le téléphone tombent : comment un réseau radioamateur d’urgence s’organise réellement ?

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Une catastrophe naturelle, une panne électrique majeure ou la destruction d’infrastructures peut rapidement rendre nos moyens de communication habituels inutilisables. Les antennes de téléphonie mobile disposent certes d’alimentations de secours, mais leur autonomie n’est pas infinie. Internet dépend également d’une longue chaîne d’équipements, de fibres, de routeurs et d’alimentations électriques.

La radio possède alors un avantage considérable : deux stations peuvent communiquer directement, sans Internet, sans réseau téléphonique et parfois sans aucune infrastructure intermédiaire.

Mais disposer d’un émetteur-récepteur ne suffit pas. Encore faut-il organiser le trafic.

De la Colombie aux réseaux d’urgence

La Colombie constitue un exemple intéressant en raison de son exposition aux séismes, glissements de terrain, inondations et autres catastrophes naturelles. Sa réglementation prévoit explicitement une place pour les communications radioamateurs en situation d’urgence : certaines communications normalement interdites, notamment celles destinées à des tiers, deviennent possibles lorsqu’il s’agit de communications d’urgence.

Le principe dépasse largement le cas colombien : lorsque les infrastructures classiques deviennent indisponibles, un réseau radio autonome peut recréer rapidement des liaisons entre plusieurs points stratégiques.

Un réseau d’urgence n’est pas un immense QSO

Réseau d'urgence

Imaginons plusieurs communes isolées, un centre de secours et un poste de commandement.

Si chaque opérateur appelle qui il veut et quand il veut, la fréquence devient rapidement inutilisable. Un réseau d’urgence fonctionne donc généralement comme un réseau dirigé.

Une station centrale coordonne les communications. Les stations participantes s’identifient, attendent leur tour et transmettent des messages aussi courts et précis que possible :

origine → destination → priorité → message → confirmation.

Une demande urgente concernant des victimes doit évidemment passer avant un simple compte rendu de situation.

L’objectif n’est plus de réaliser un QSO : la fréquence devient une ressource collective qu’il faut gérer.

VHF, UHF, HF : à chaque liaison sa solution

Pour quelques kilomètres, les VHF/UHF permettent de relier équipes mobiles, communes ou centres de secours. Un relais peut considérablement augmenter la couverture.

Si les infrastructures intermédiaires sont indisponibles, la HF permet d’établir des communications sur plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de kilomètres, sans relais terrestre.

Les radioamateurs disposent également de modes numériques permettant d’échanger données, positions ou messages courts. L’APRS constitue par exemple un moyen de géolocalisation utilisé dans le monde radioamateur. La FNRASEC mentionne également l’utilisation des relais terrestres, des transmissions numériques et de l’APRS parmi les technologies maîtrisées par les radioamateurs.

Et en France ? Les ADRASEC

C’est précisément le rôle des ADRASEC, les Associations Départementales des Radioamateurs au service de la Sécurité Civile, fédérées au sein de la FNRASEC.

Nous ne parlons plus ici simplement de quelques OM décidant spontanément de prêter main-forte.

La FNRASEC bénéficie d’un agrément national de sécurité civile, renouvelé à compter du 3 janvier 2025 pour trois ans, spécifiquement pour les opérations de secours concernant les réseaux de communication et transmissions.

Les ADRASEC peuvent ainsi mettre en œuvre des réseaux radio palliatifs ou complémentaires afin de relier les différents acteurs d’une crise. Certaines disposent de moyens HF, VHF, UHF, de transmissions de données et de réseaux tactiques spécialisés.

Elles participent également aux opérations SATER, notamment pour rechercher et localiser depuis le sol les émissions de balises de détresse aéronautiques.

Point essentiel : leur intervention s’effectue dans une chaîne de commandement organisée. Dans le cadre des opérations de secours, le concours de la FNRASEC intervient à la demande du directeur des opérations de secours et sous l’autorité du commandant des opérations de secours.

Sommes-nous prêts ?

Une station radio de secours pourrait finalement sembler assez simple : un transceiver VHF/UHF, éventuellement une station HF, des antennes rapidement déployables, des batteries, une alimentation autonome, quelques câbles, un GPS et de quoi noter les messages.

Mais l’équipement ne représente qu’une partie de la solution.

Il faut surtout savoir écouter, respecter une procédure, transmettre fidèlement un message et maintenir une station opérationnelle lorsque le secteur, Internet et le téléphone ont disparu.

C’est peut-être là que le radioamateurisme retrouve l’une de ses dimensions les plus fondamentales : être capable d’établir une communication avec presque rien.

Car en situation de crise, la meilleure station n’est pas forcément celle qui porte le plus loin : c’est celle qui transmet le bon message, au bon destinataire, au bon moment.

Liens et ressources utiles

  • FNRASEC — Nos missions : présentation du rôle des radioamateurs au service de la Sécurité civile.
  • Ministère de l’Intérieur — Associations agréées de Sécurité civile : informations officielles sur les associations agréées.
  • Légifrance — Arrêté du 9 janvier 2025 : renouvellement de l’agrément national de la FNRASEC.
  • ADRASEC 08 — Réseaux de radiocommunications : exemple particulièrement détaillé de réseaux HF, VHF, UHF et complémentaires.
  • Services de l’État dans l’Aude — ADRASEC 11 : présentation officielle des missions ORSEC et SATER.
  • Colombie — Decreto 1078 de 2015 : cadre réglementaire colombien applicable notamment aux communications radioamateurs d’urgence.

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